décembre 21, 2011

Déserteuse

 

Déserteuse ici,

Pour l’instant je suis

!

 

juillet 3, 2011

En sentier

Ce blog est né de deuils à faire. D’intime à tournoyer. De creux à creuser, de bosses à délier.

Il a fait son travail, un sacré bout.

Il doit aller dormir maintenant, digérer et passer. Le sentier a bifurqué.

juin 30, 2011

habiter

La maison soulève des tas de questions. Le soir immobile dans le lit, sur le dos, je regarde le mur du fond, je lève un peu les yeux, je les redescends, je les ferme mais je les ouvre. Comme pour comprendre comment je suis arrivée là.

Je recherche ce qui nous a fait, comment il y a longtemps tu vivais très loin. Comment il y a longtemps je suis partie vivre ailleurs. Je repense aux voyages, aux métiers partagés, je ne peux écrire  « exerçés » c’est moche comme mot, et ces métiers de loin en loin étaient tant de brassage, d’humains ensemble, seuls nous n’étions absolument rien.

C’est sans doute cela ce terrible vide que laisse ce passé d’êtres si ensemble, qui construisent tant. Ce passé qui a rempli jusqu’à ras bord, jusqu’à aujourd’hui, ici.

Je repense à des pays, des sensations. J’en ai un stock enfoui, profondément, parce que la survie en Europe demandait de tout garder secret, comme une autre façon de respirer quasi incompatible avec notre air, ici. Je m’y revois presque aujourd’hui. Je peux presque à nouveau me toucher telle que là bas, telle que tant de choses que je n’aurais peut être faites qu’une fois dans ma vie. Les j’y retournerai n’existent plus en pensées. S’ils sont, ils seront, point. Ici est autre chose et cette chose n’est qu’ajouts et ajouts qui sont d’une grande simplicité finalement.

Le temps ne demande pas que tu te retournes sur lui. C’est toi qui voit.

Mais la maison, pour que je l’habite, semble avoir besoin que je retourne vers le lointain. Je ne veux pas penser à nous qui sommes là dans ce lit. A tout ce chemin. C’est beaucoup trop bouleversant, presque inquiétant, presque impossible à concevoir, même mentalement. Seule la vie vécue, imprévue, imprévisible, impossible, épouvantablement, dramatique, tragique, époustouflante, époustouflée, insolite, oui insolite, seule elle, peut concevoir des choses pareilles, celles que jamais tu n’as voulues ni envisagées. Ce que nous sommes là, jamais nous ne pouvions croire. Tu es tellement un autre que je ne veux pas non plus penser à moi, penser au cheminement, aux errances, aux pouvoirs, aux successions d’années, succès-damnés, longues et longues et jamais courtes. Non, je ne comprends jamais les gens qui disent  « ça passe vite, c’est fou ! ». Je ne sais pas comment je vis mais ça ne passe ni vite ni lent. Cela dégouline, ça va son cours, son fruit juteux ou pas mûr, ça s’ébranle, ça s’en branle, ça suinte, ça perle, ça pleure, ça fouette, mais rien ne me glisse des mains. Peut être que je m’accroche, que je retiens, que je trempe mes lèvres dans chaque goutte, les paumes serrées en creux, travaillant les jointures.

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juin 24, 2011

En plein

Le sens des choses n’est pas à chercher. N’a aucune importance quand on les vit puisqu’on le vit.

juin 22, 2011

amie

Lundi je lui ai envoyé un e mail avec les photos de mon nouveau chez moi.

Elle est comme une soeur. Non, je ne vais pas écrire  « fut comme une soeur », pas pour elle. Pourtant je crois que cela fait deux ans qu’on ne s’est pas vues, volontairement. Un contre-temps ? Un avec-le-temps, une étape. Un moment pas synchro partagé et dit. ( Tu sais mes défauts…). Une violence entre nous, une violence d’amitié qu’on croyait inséparable pourtant. Elle avait dit « Il me faudra du temps ». Nous étions brisées. Des potiches cassées, fêlées, les larmes qui si souvent nous réunissent, les larmes en se quittant, les gorges sérrées en se retrouvant. Tout cela était en tempête, on avait lâché les rames.

Au bout d’une année quand même, on a compris que rien ne nous séparerait. Que maintenant ce n’était plus possible. Sans doute le pire de nos caractères, les fondamentaux de nos vies étaient gravés et nous fondent autant que nous creusent maintenant. Sa façon d’être mère à cinquante ans bien tassés avec ce petit dernier et toute son histoire. Ma façon d’être orpheline un peu avant mes cinquante années. A un moment il y a eu hiatus, un doigt coupé en pleine fête des mères chez elle, les urgences, le drame en moi, peu d’indulgence pour rien, tout qui flanche.  « Je n’ai rien à faire là » ai je dit. « Je ne reviendrai pas bientôt » Ai-je écrit.

Nous avons vécu l’une sans l’autre depuis. Chose inconcevable. On se connait trop. Il y a trop de manques. Et je l’aime, lui, presque autant qu’elle. Dans la cuisine il frôle mes cheveux, nous petit déjeunons ensemble, nous sommes confidences tous les trois, nous savons hors des mots. Elle adore mon Lui qui lui masse le corps comme elle aime ( c’est son métier faut dire…), elle entend ce qu’il ne dit pas, elle le connaît mieux que moi parfois.

Depuis que je suis dans cette maison je pense à eux tous les jours. Lui téléphoner ce n’est pas facile, c’est devenu quelqu’un qui a un emploi du temps infernal. Choix de vivre sa passion, de monter sa boutique et de s’y consacrer. Une boutique-lieu-de-femmes, lieu unique, presque son enfant, comme elle dit.

J’ai eu du bol alors, 13h30 pile poil. Je voulais entendre sa voix depuis deux jours. Lui faire savoir que je l’accompagnerai en pensées dans son voyage à Singapour auprès de son frère si malade. Elle ne voulait pas « Attendre qu’un jour il aille mieux ». Non, il a besoin maintenant, elle prend l’avion pour huit jours, elle est comme cela. Ils sont comme cela, tous les deux.

C’est dur d’entendre la voix de quelqu’un que tu n’as pas vu depuis longtemps, volontairement. C’est beaucoup et trop. Souvent je n’aime pas le téléphone pour les lointains. Ce n’est pas mon truc. Cela te fait faire des bonds émotionnels trop puissants et te laisse avec tout cela à digérer, il faut continuer à vivre sans l’autre auprès de toi. Trop compliqué.

Mais parfois il y a urgence. L’absence urge, le silence veut tout engloutir, tu ne veux pas. Pas là.

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juin 20, 2011

La route

Sur la route j’ai le coeur amoureux du paysage, du pays. Pays, c’est un beau mot, quoiqu’en disent les frontières discutables.

Sur la route je m’émerveille. C’est un pays d’arbres qui grimpent. Ils se roulent sur les collines, ils s’accrochent aux rives des rivières qui sont parfois abruptes. Les arbres ici se sont emparés du vert pour toujours. Pour la vie. Le grand mariage, les promesses de toujours tendre. De traverser les saisons, les couleurs, les froidures, les chaleurs comme aujourd’hui. De toujours rester là, au plus près.

Sur la route mon coeur s’étire. Je suis retournée au boulot ce matin par cette route que j’avais tant pratiquée autrefois, lors de mes huit années dans ce pays,mais il y a une surprise qui s’est invitée pour ce retour ici, un détour qui rapproche de la maison, une route en lacets un peu plus pure. D’un coup de tournant il y a la vue qui déborde, en face, face, à droite, sur le côté. Il faut tourner et regarder puis le ruban coule droit, dru, et tout est pour toi. Cette beauté. Les roches aux formes impossibles, ces routes qui peuvent t’y mener et là-haut tout, tout est encore autre. C’est le Vercors que tu trouveras et là tu sauras pourquoi tu n’aimais pas les autres montagnes, pourquoi là, c’est autre chose, c’est tout pour toi.

Il n’y a rien de fermé, les arbres restent multiples, il n’y a pas de sombre, ou bien l’ombre raide des gouffres, des précipices, et toujours la nature accrochée aux flancs. Tu te sens chèvre dans les rochers. Tu es fière.

Il y a les dégagés soudains, où une plaine s’évade, douce, remplie de fleurs, de foin, de chevaux, d’ânes, et de rapaces pas loin.

Sur la route mon coeur s’étale comme une plaine. La vie me touche. Si l’amour m’a menée là, aujourd’hui qu’est ce qui me fait revenir à ce point et comme cela ? Qui suis-je en ces creux, ces brisures géologiques, ces formes coulantes et abruptes, ces vallées creusées d’eaux claires ? Des vaisseaux pour mon continent ?

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juin 18, 2011

Pensées en pluies

Il pleut fort, un peu et avec passion, rendant la montagne invisible et fuji-yamaesque.

Il pleut enfin. Cadeau de bien-venue ici. Et je suis ravie de ces eaux. Tombée du ciel j’atterris avec elles ici.

La pluie, les pluies, ramènent les souvenirs. La Normandie d’enfance où il y a plus de jours de pluies que de soleil. Cette ville d’adoption par pur hasard où rien ne m’a jamais retenue sauf, justement, les amis de l’enfance, de l’adolescence et ses suites si vives. Vivre dans un lieu où ta famille n’a aucune racine, c’est une expérience.

Nous cherchions les bois et la mer. Les côtes sont splendides, des bijoux, de la Haute à la Basse Normandie, des écrins de caractères que j’ai toujours aimés. Un charme fou. Et puis le premier amant et compagnon m’a emmené en Bretagne, une autre que celle affectionnée par mes parents. Celle où dormir dans les forêts, pique-niquer sur les plages, se faire avoir par les marées coincés sur les îlots. Une Bretagne d’aventure comme celle de l’amie de St Egarec, une Bretagne d’eau translucide et de rafiots de grands-pères. Une Bretagne d’hiver sous le soleil, des terres de surprises jamais comme on les attend. Aux caprices à prendre comme ils sont à plein bras. Unisson. Des gîtes, des copines, des criques, des homards dans les casiers-de-grand-père, et surtout des rochers. Ceux où l’on saute, on enjambe, une activité apprise dans les rivières corses, une de mes préférées.

La pluie normande est froide. Des années de lycées à être glacée à pied et en bus, entrer dans les salles, tous frigorifiés avec nos parkas humides. Se réfugier dans les troquets, vouloir être libres. S’aimer, tout se dire. Les années de lycée, les plus fortes en amitiés, les plus dures en famille. Le caractère s’éprouve, tout se vit, se crache, se terre, attend son heure ou explose.

Mais la pluie était froide et ici elle est amie, attendue. Une semaine dans la vallée et déjà plusieurs jours de pluies longues, courtes et variées. Je n’avais pas revécu cela depuis les quatre années dans la ville, en  plaine. L’herbe du jardin pousse, les fleurs sauvages atteignent les 80 cms !  Je retrouve le sens de la nature, celle qui impose, qui dicte tes journées et raffole de tes pensées.

 

 

juin 14, 2011

D’avant et d’après

Je n’en menais pas large, comme on dit. Pas long non plus, court même.

Je ne me sentais pas bien. Exactement cela. Je ne me sentais pas bien. Je tremblais dedans, je me sentais sans forces, pas capable. Surtout j’avais envie de pleurer, de m’effondrer.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais maintenant que ce n’est pas utile de chercher cet introuvable pourquoi qui rayonne au fin fond avec des réponses sourdes et muettes à tout appel, même sincère.

Sincèrement, je te le dis, je n’étais pas bien, j’étais patraque et désespérée, désemparée. Pas prise, flottante, sans hameçon, noyée et chutant dans un curieux marécage. Boueuse j’étais.

Je pensais : Tu l’as fait tant de fois pourtant…!!

Et avant j’allais en avant, sans vouloir tracer derrière je ne regardais que ce vers quoi je me ferai, j’étais faite de cela, ce vers quoi.

Serais-je devenue plus lourde ? C’est souvent ma question. Ai-je besoin des autres encore plus ? Saurais-je refaire seule encore tout ce que j’ai fait et refait ? Bagager, décider, partir, envoyer la gomme, prendre haut mon coeur, faire suivre tout le reste sans aucun remord. La tristesse, si. Toujours je l’ai eue, ça je ne me mens pas, elle a laissé trop sa place, elle est en chaise-très-longue avec le truc pour les pieds, installée. Les pleurs, les arrachements, si. Mais il y avait toujours cet élan et le corps ne disait rien du reste. Maintenant si. Le corps dit.

Mon corps ne pouvait pas. Quitter, porter des cartons, trier, retrouver encore des tas de trucs , les remettre en boîte. Cela ne finissait jamais on dirait. Faire face au lourd, franchir des escaliers, quitter pour toujours, emmener.

La tâche me rebutait, je voulais pleurer. J’ai failli le dire « Tu sais, je ne vais pas bien, j’ai envie de pleurer, ça ne va pas ». Bon et puis on se tait, l’autre n’a pas besoin non plus. Il faut se prendre au corps, c’est la première marche la plus dure à franchir. Et on a commencé par le plus dur à porter, volontairement.

On a bien fait. Rapidement, plus que prévu, un poids est parti, j’étais en mouvement, c’était en route. Je ne voulais plus pleurer. Il n’y avait plus lieu de. Le lieu disparu. La route seule. L’étape infinie, non finie.

Et alors il y a eu ce premier matin. Et la bascule fut définitive.

Je me suis retrouvée. Dans cet inconnu qui sourit, que je veux.

La veille je m’étais fait un cadeau. Quatre même.

Dans cette ville jolie en été et ses petites rues où se perdre en allant au château : une potière. Magasin-atelier. Toute jeune. Un écrin de terre et de couleurs. Des motifs que j’aime énormément et qui croisaient ceux que je venais de faire sur les plinthes de la chambre. Un beau hasard.

Quatre objets en cadeau, beaux . Sur lesquels je ne poserai pas mes lèvres, je crois, j’aime mieux les garder sous les yeux.

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mai 31, 2011

les ultimes

Je ne sais pas quand je re écrirai sur cet ordinateur vers le réseau qui ouvre aux autres. Demain pas. Une petite coupure, une absence légère et tout à coup je me pose la question « et si c’était tes derniers mots sur cette terre ou dans cette vie, que dirais tu ? »

Quels mots dit-on pour la dernière fois dans les derniers instants de vie ? Et je vois des corps sur des lits, allongés, sans mouvements. Immobiles les êtres meurent, l’immobilité est la première étape du grand voyage. Y a-t-il des phrases ? il me semble que la mort va avec le silence qui s’est habitué au corps, en prendra possession. Les mots auront pris leurs habitudes aussi, lentement comme une tranchée pas à pas, un retour aux sources, dans l’infinie retenue de ce qu’il n’y aurait plus à dire.

Dans le silence il y aurait tout qui résonne. Je vois les vieux rester immobiles longtemps. J’ai croisé cette petite dame devant une maison, complètement immobile. Son petit sac à main dans une main, avec deux anses qui laissaient le sac peser au bout de son bras. Et je ne sais vraiment pas ce qu’elle attendait. Elle ressemblait à un cheval dans un pré, quand ils restent extraordinairement immobiles à un poil près, pas un souffle, pas un muscle, pas une respiration. Je me suis demandée si elle attendait un taxi ou quelqu’un et puis je me suis dit qu’elle pouvait aussi être là et ne rien attendre. C’est moi qui la mettais en scène mais elle, elle semblait juste posée comme dans un tableau, sur ma route, sur cette pelouse devant un petit jardin et une petite maison.

Seule, toute droite, et on voyait que c’était un  effort pour elle. Elle a tourné la tête parce que je la regardais un peu et je souriais. Elle m’a regardé mais pas trop, une gêne. Moi je marchais vite et elle ne bougeait pas du tout avec son petit sac noir en cuir. Ce sac qu’elle a depuis très longtemps, je suis sûre. Presque un compagnon de route.

Alors le silence s’est étendu entre elle et moi et une fois de plus je me suis demandée comment  je vieillirai. Une question des plus idiotes sans aucune possibilité de réponse. Je vieillis tous les jours. C’est et sans appel.

Les derniers mots on ne peut pas savoir. On n’aura peut être plus envie. Le silence aura tout rempli, aura tout pris dans ses bras en attendant que le corps se rende

J’entends le merle. Il suffira de l’entendre, je crois.

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mai 28, 2011

tout ces trucs que je ne peux pas jeter

Démenagement, un autre placard à mettre en cartons, de la paperasse. Je m’étais dit  « tu vas jeter tes cours de fac ».

Je suis d’abord retombée sur la vie de loin. Des documents quasi cultes, vieux obsolètes pour tout le monde, mais pas pour moi. Des trucs qui font comme partie de la famille. Des gri-gri.

Puis les cours. C’est vrai j’avais déjà tout jeté je n’avais gardé que la substantifique moelle il y a cinq ans lors du précédent déménagement. Re tri serré. Et puis là aussi il y a mes tripes. Tout ce temps passé en bibli, tous ces cours aimés, ces photocopies de pages de bouquins, de recherches, d’étude, de réflexion.

Ils font partie de ma peau pour le moment. Je n’en n’aurais sans doute plus l’usage. Je compte revenir en fac mais je ne sais encore dans quel secteur ( un cursus de philo ?). Surement pas en sociolinguistique et anthropologie sociale, non je ne crois pas. C’est tatoué tout cela.

Bon, je garde au chaud, faudra me brûler avec.

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CA FERA UN BEAU BUCHER !!!

mai 27, 2011

train de vie

Tout, un peu, et lentement s’échine.

Hier ou je ne sais plus quand, j’ai pensé, je regardais des barrières dans des champs, puis aux abords de la ville. Etait ce dans le train ?

Je meurs un peu plus chaque jour, cette phrase m’est arrivée.

Il faudra alors vivre un peu plus, me suis-je dit. Des piquets de bois sur un fond vert.

J’ai vu des chevaux et des flamants roses. J’ai vu des étangs et du sel très blanc en gros tas comme des montagnes.

J’avais très chaud.

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mai 26, 2011

Etre au monde

Cinq femmes en terrasse face à la mer. Deux que je découvre pour la première fois. L’une d’elle, je sais, va dormir là aussi et donc il y aura demain.

Rien à faire, mon amie qui vit loin, je ne la vois jamais seule, sauf si je la capte chez moi.

Cinq femmes sur le balcon. Quatre qui boivent du rhum, pas moi. Je ne bois pas d’alcool, plus.

Et je suis assise, crevée de la chaleur, du train, de la journée de boulot. Je suis là pour 20h, chrono.

Et cette belle personne parle, fort, hurle presque, raconte, se dresse, parle, envahit, parle, raconte son voyage avec mon amie, d’une façon que je n’aime pas. C’est le genre de personne qui « a fait »…A fait le Pérou (  » ils sont sales et pauvres et pas aimables »…), A fait St Petersbourg, A fait..etc etc…A fait Cuba et n’a pas aimé car « il n’y a rien à voir »….Pas de Musée, de patrimoine, de trucs et choses où tu en as pour ton blé…Pas aimé Cuba, moi je me marre car tout le monde aime, adore autour de moi : les anciennes copines féministes hispanophones, mon amie de Montréal qui y emmène sa classe tous les deux ans, ses filles, le lambda touriste, une copine en famille qui a loué chez l’habitant et s’est régalée de tout….

Et c’est là que je me dis, Merde cette nana me fait chier, j’ai pas envie de la voir, on n’a rien en commun. Je me recroqueville, de toutes façon il n’y aucune place pour les autres. Elle accapare tout contenu et parole durant 45 mns. Je suis mal à l’aise. Je me  demande pourquoi je suis autant mal à l’aise et pourquoi je me sens agressée si facilement dans la vie quand je croise des gens qui ne pensent pas comme moi et le disent, l’affirment.

Je vis dans une bulle protégée. Je redoute tout ce qui pourrait me faire manquer d’air, me priver de liberté d’être, physiquement et moralement. Je prends à coeur chaque chose que je vois et entends et me perturbe. j’ai envie de dire : « merde, non, mais non, réflechis un peu bon sang aux conneries que tu dis !! ». Les cubains sont pauvres et cela t’ennuie ? Ils n’ont pas ouvert un beau Musée pour toi, tu n’as pas vu « de belles choses » ? Trop compliqué à expliquer. Pas la place pour le faire. Elle est dressée et nous couvre d’elle, de sa vision du monde et moi je ne veux pas de cette couverture là.

Je vois bien, au delà des apparences qu’elle déverse et assène, je sens la détresse, la tension, le besoin d’être écoutée et aimée, l’impossibilité de s’arrêter sur soi et verser sa coupe, renverser la crêpe de vivre et repenser sa place. Notre place dans le monde. La construction de nous, notre pensée. En mouvement ?

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mai 22, 2011

Place

Tu es parti et comme je t’aime. Quand tu pars se laisse derrière la distance aimante, la place pour.

La place pour deux se laisse dans notre dos. Deux en même place c’est parfois trop serré pour que l’amour se développe et s’étende. Tout comme en tête. La tête aime l’air.

Tu as changé. Tu as cette capacité que je n’ai pas, de pouvoir radicalement changer de comportement, d’être suffisamment réceptif pour t’adapter à l’autre. Tu as changé. Tu me perçois différemment depuis tout ce que je t’ai dit de moi. Tu m’épates autant que les merles.

Tu es parti et je me retrouve. Du coup tu peux être là, je te fais place, et moi je suis livrée à moi-même. Mon corps s’allonge, s’étire comme un chat. Tous les possibles sont en ronde et me narguent. Feras tu ceci ou cela ?

Tu es parti et je pense à toi.

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mai 19, 2011

Pas besoin de quoi

De quoi me faut-il dans la vie ? Je ne sais pas. Au fond, le croyais-je ?

Est-ce l’amour ? Oui mais si tu as.

Est-ce un lieu précis ? Non, je ne peux pas.Pas seulement comme ça. Je ne saurais pas. Je pense parfois à la mer et je me retrouve au bord des montagnes. Oui mais quelles montagnes ! Elles sont spéciales. Ce sont des roches sculptées, énormes, éléphantesques, qui laissent des places, des percées pleines de rivières. Des vallées larges, des passages, des routes sous lesquelles tu passes sous la roche, tu baisses la tête même dans la voiture.

De quoi ai-je besoin ? Je dis souvent que le bonheur est dans la tête, dans l’être, dans la volonté farouche, dans la résistance.

De quoi ai-je besoin ? De la solitude ?

De quoi ai-je besoin ? De musique ? Mais pourtant je passe beaucoup de jours sans. Puis quand je la retrouve je me demande comment je vivais avant.

De quoi ai-je besoin, maintenant ? Parce qu’avant je sais. Je vivais surtout en sachant ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas de ligne droite. Je ne voulais jamais rester là où j’étais bien. Je voulais toujours voir l’herbe du pré à côté. J’ai eu même ce à quoi je ne pensais pas, je ne savais pas. Je disais autant non que oui.

Qu’est ce que je veux aujourd’hui ?

Ne plus me poser la question. Serais-je dans l’Avoir autant que dans l’Etre ? Ai-je les mains pleines ? Serais je encore amoureuse autant, dans la vie qu’il me reste à vivre ?

De quoi ai-je besoin ? Me découvrir encore. Faire le contraire de ce que je pensais faire. Etre prise au dépourvu. Voilà l’amant admirable, ce dépourvu qui te prend. Pas de gants pour une vie pas douce. Est-ce que je veux la douceur ? Parfois c’est bon contre ton coeur. Mais je veux le dépourvu, être dérangée comme une folle. Mais te tenir serré. Car je t’ai.

Avoir l’amour n’existe pas. Nous sommes deux nids séparés et nous rions car nous savons. Que d’un revers de main, tout peut s’arrêter. Tu n’as pas peur. C’est sans doute pourquoi je t’aime encore. Tu tiens face à l’adversité de moi-même.Tu me protèges de moi.

Ai-je besoin de moi ? Qui, seule, qui a besoin ?

Qui a besoin de quoi ?

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mai 18, 2011

Nostalgie

Derrière mon rideau rouge un oiseau chante. Nous sommes dans la teneur de l’été, qui tient en force le printemps. Je m’abrite. Une pénombre.

Hier mes pieds dans l’eau de mer. Dès que je les ai mis cela m’a envahi. C’est comme un poison. Quand je suis les pieds dans l’eau, je vois ma mère si heureuse les pieds dans l’eau sur ses plages favorites. Debout, scrutant l’horizon et respirant, un grand inspir.

Alors je regarde la mer étalée et je lui demande pourquoi. Pourquoi le temps passe. Pourquoi les aimés meurent. Pourquoi le bonheur. Pourquoi le malheur. Et toutes ces questions dépassent largement la petite vague lancinante qui lèche mes chevilles.

Alors je cherche l’oubli et l’instant présent. Je veux prendre.

Petite, je me rappelle très bien du dernier bain. Le dernier de chaque année car il fallait quitter l’île. Dire au revoir à la mer est une chose pas facile. Elle glisse dans les bras. Mais elle écoute tout. Chaque fois je retrouve cette étreinte. Je fais tomber mon corps lentement, de tous les côtés. Pour que chaque parcelle minimale de ma peau soit comblée, reçoive, récolte, aussi loin et aussi longtemps que possible.

C’est un chagrin. Un déchirement. Elle essaie de me consoler. Je lui fait des promesses.

Hier je n’ai rien dit. Je n’ai pas aimé la nostalgie qui me prenait. Je n’ai pas aimé les fantômes. Et comme je la revois dans huit jours, j’essaierai d’être un peu plus à la hauteur.

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