On prend des avions

On prend des avions mais c’est la vie qui te pogne et c’est tout.

Il fallait que je vole. D’abord à l’Ouest puis à L’Est.

Traverser l’Atlantique pour partir vivre au Québec de ma grand-mère ( cf: Pourquoi Hirondelle ?).

Y vivre n’a duré que trois mois, mais le temps fut plein à craquer. Le temps de t’en prendre plein la vue, le coeur à l’affût.
Quand je pense que ma dernière arrière-grand-tante encore en vie m’a reçue, m’a offert ses toques en fourrures, ma cajolée toute une soirée, entourée de quelques représentants de la famille québécoise
( tous sortis du Québec et anglophones maintenant, traîtres !!)… Et que moi, moi, du haut de mes 23 ans d’inconscience…je n’ai rien gardé, rien noté, rien photographié !

A quoi je pensais ? Hein ?
A l’amour, au nez au vent, au présent et au futur, rien que cela.
Et à soigner mes détresses, c’était déjà suffisant sans doute.

On prend l’avion et c’est la vie qui vous prend.

Ce ne sera pas l’aller vers Montréal qui changera toute ma vie-du-moment mais le retour.
J’avais les retours difficiles. Impossible de revenir à ma vie laissée derrière moi trois mois auparavant.

Je pris la route du Sud-Ouest. Et là, c’est là que je vécus un chambardement, la découverte d’une vie rurale qui m’était inconnue. La découverte de compagnons de route, d’amour, d’amitiés intenses, de vie en commun autour de cheminées, avec trois fois rien mais tout partagé.

Ce terreau me fît, m’a transformée radicalement. Et bien des années après, c’est vers l’Est que je prenais l’avion, avec toi. Toi qui m’y avais appris la nature, ta terre et ses enchantements.

Je dis toujours que les destinations, oui, sont importantes mais le voyage, le mouvement d’un point à un autre, est en lui même essentiel, comme le disent les proverbes de tous les peuples nomades… »l’important c’est le chemin… »

Et je garde profondes ces photographies mentales de nous tous dans l’avion qui nous menait en Asie du Sud-Est où nous bosserions ensemble. Ô combien ensemble, ô combien séparés, nous n’en n’avions pas idée !

On s’était vus en France, avant le départ, on avait préparé, pris des infos. On s’était regardés, évalués. C’est qu’il allait falloir bien s’entendre et pas superficiellement ! Tu le savais, toi, notre futur « directeur »…Directeur, eh ça me fait marrer ! Toi aussi tu rirais de me lire. Mais tu n’es plus là pour le faire, l’ami. Toi qui aimais tant te foutre de ta gueule et clamer  » je suis pédé comme un phoque » et qui en mourus.

Alors c’est dans l’avion, entre ces sièges bien serrés, tout au long du voyage, que nos vies se sont scellées.

Debouts, assis, dans le bruit de fond de la carlingue. Fatigués, inquiets de ce que nous allions trouver.

L’inconnu total. Et cinq personnes qui se connaissent à peine, qui ne savent pas où ils vont atterrir dans leur vie.

Ils n’en connaissent pas le paysage. Ils n’ont aucune idée de la portée de leurs choix.

Celui d’être là, ensemble, dans cette foutue carlingue, au-dessus de toute une partie du globe.

Tu prends l’avion et c’est la vie qui te pogne.

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2 commentaires to “On prend des avions”

  1. Wow.
    Dur, brutal, beau…tu racontes bien. Je crois que je continuerai demain…

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