Comment on rencontre une amie ?

Milles et une façons, sans doute, de rencontrer un ou une amie.

La chanteuse Lhasa est partie le 1er janvier 2010 et cela me rappelle Cathy, car c’est grâce à elle que j’ai, très tôt, écouté Lhasa.
Le mari de Cathy avait vécu avec Sky, une acrobate de cirque, une soeur de la chanteuse.
A cette époque ces amis vivaient en roulotte. Depuis, beaucoup de choses ont changé et quand j’ai connu Cathy elle n’avait pas encore rencontré son cirqueux d’Homme.

Je m’étais inscrite en fac. Une « reprise » comme on dit, j’ai toujours aimé être étudiante. Mais cette fois j’avais bien envie de décrocher un truc à la fin.

C’est la rentrée, c’est le bordel, les salles sont petites et c’est le premier cours de Bernard Gardin. Je n’ai pas idée de ce que va représenter la rencontre avec ce « Maître » et sa matière ( un truc genre « sociolinguistique-anthropologie », mais beaucoup plus que ce mot là, beaucoup plus, un truc genre la vie qui entre par tous tes petits yeux, ma fille).

Donc, y’a foule, c’est le souk. La salle est minus, on est des dizaines et dizaines à s’engouffrer. Je suis très à l’heure, je crois que je suis déjà installée et puis vu le monde, on commence à bouger des tables à se regarder en rigolant genre  » ça va pas le faire.. »
Le prof arrive. La pipe au bec, comme d’hab, éteinte tout juste.
Il rigole en coin, comme d’hab. Cet homme tout ce qui touche à l’humain entrain de se dépatouiller, entrain de « communiquer », ça le branche. Il nous regarde, zen.

Bon, je ne sais plus ce qui se passe. Tout le monde est debout, à arranger des tables, à se serrer comme des pingouins, à amener des chaises. On voit bien qu’on va pas s’ennuyer.

Une fille est proche de moi, on se retrouve ensemble à assembler nos tables et à se tasser chaise contre chaise. On est « au milieu », c’est cuit, tu t’assois tu bouges plus, tu peux pas ou alors tu montes sur 10 tables et c’est la samba.

On se regarde, on se marre. Ca se calme un peu là dedans, c’est vrai, y’a un prof, là en face, il aimerait peut être commencer ? Bon, les derniers s’installent, je ne regarde pas derrière, doit y’en avoir qui sont debouts, non ?

Dans ce laps de temps, avec cette fille là, côte côte, on se dit nos prénoms.
Voilà c’est comme çà. Y’a un truc qui se passe.
Je regarde comment elle prend ses notes. J’aime cette écriture. On est passionnées, on couve des yeux ce prof qui est entrain de nous parler de trucs inconnus et qui va changer notre vie.
Je vois que, comme moi, elle n’est pas là en touriste. Elle sait pourquoi elle est là. Moi aussi. On ira jusqu’au bout cette fois.

On reste ensemble ensuite. Je ne sais plus ce qu’on fait.

Je sais ce qu’on a fait par contre, bien après.
Elle me montrera comment on mémorise, comment on bosse bien, très bien, avec d’excellents résultats. Il est temps, t’as 35 ans ma fille, fini l’approximatif – qui réussit, certes- mais là tu vas réviser tes copies, refaire tes brouillons, na.

Cathy, elle m’apprend ça.
Cathy elle est belle. Elle a un rire à l’africaine, c’est dingue. Ca vibre là dedans.

A l’époque, je suis déjà partie deux fois vivre et bosser loin. Elle, un peu, mais pas assez. Elle ne le sait pas encore.

Quelques années plus tard, ça mijote un peu trop dans le jus de chaussettes chez elle. Elle se décide, me demande mon avis : le Cambodge ?
Oui. Vas-y.

Quelques conseils dont elle n’a guère besoin mais bon. Des coups de fils, des adresses. Son contrat est signé. Sa vie va basculer.

Elle rencontrera son cirqueux, un gars du cirque, là dans un bar de Phnom Penh. Tu le crois, toi ?
Il est en tournée. Il ne tournera plus. Il a trouvé sa boussole. Il est petit et brun, elle est grande et chatain-blond.
Ca la fait marrer. Il était avec un autre pote ce soir là, c’est plutôt l’autre, grand blond ?, qui draguait cette belle nana. Ben, c’est le p’tit qui a décroché cette étoile. Des fois c’est comme ça, y’a rien à redire.

Comme quoi, finalement, cette fille là, tu t’assois à côté d’elle et hop, c’est plié.

Et oui, il connaissait Lhasa, qui fut sa belle-soeur.

Et, oui, Cathy, tu vis toujours là-bas.

Et depuis  presque quinze ans, tu le crois, toi ?

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6 commentaires to “Comment on rencontre une amie ?”

  1. Et bien voilà, je rentrais du boulot et je mettais la clé dans la serrure en pensant à elle et en me disant « Fais chier »…
    Moi je l’ai connu par la photo, ou plutôt l’eau qui m’a amené chez les photos de Brigitte Henry et puis Lhasa… Et puis voilà… Et puis merde, fais chier…
    Et puis j’arrive là, chez toi et …. c’est chouette toutes ces histoires que tu racontes. Tu écris et je te lis et je souris, me pince les lèvres… Tu me rends curieuse… Une vie bien pleine…

  2. Bon un peu avant Lhasa, Vic Chessnutt s’en est allé. Le jour de Noël me semble-t-il. Bon, personne n’en parle, il va falloir que j’m’y colle…

  3. Espérons que là-bas Cathy lira votre récit.
    Qu’elle racontera elle aussi au cirqueux sa rencontre avec une hirondelle enfermée, que les souvenirs de Lhasa traverseront vos histoires et les images de Marie.
    Loin des journaux j’apprends sa mort en vous lisant, en dérivant depuis Courir les rues où j’écoutais Con toda palabra.
    De plus en plus loin ds journaux je lis cette histoire d’amitié et je comprends le départ de Lhasa, je continue les larmes aux yeux, je cherche quels journaux racontent son décès et j’en parle, ce matin, à mes enfants qui ont grandi dans ses musiques à elle, derrière la rue.
    Leàn se lève, elle a quinze ans, elle est vêtue de noir mais c’est un hasard, et sur le clip de Con toda palabra qu’on a mis plein écran, elle danse la première sevillane, gestuelle plus lente et plus majestueuse, hommage à la chanteuse dans l’odeur du café et du pain chaud.

    • Bonjour et Bienvenue ici.
      Ce matin, je suis émue et toute « drôle » car je vous lis sur mes deux pôles. Sur ma tortue et ici. ET ces deux pôles n’ont aucun pont entre eux pour le moment, volontairement. Vous avez trouvé ce pont mystérieux par les mystère du net, Mystères de l’Ouest, du Sud et de tous les points cardinaux, qui sont bien plus que quatre, je le crois. Vous êtes un sacré cow-boy 😉
      C’est gai. Merci.

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