Archive for février, 2010

février 28, 2010

A peine

Je suis un lien

Je suis une cicatrice.

Avec les êtres

A peine je suis

Sur le tranchant de cet espace

Entre tous.

février 28, 2010

Sweet calendar

Sur la route de la soie

Que tu m’empruntas

Je n’ai pas vu les heures

Passées

Sur le calendrier

Quatre pépins de melon

Sur ma nuque plantés

L’égal n’est pas toi

L’alter fut d’ailleurs

Le restant

Je me dois

Étiquettes : ,
février 28, 2010

Au coeur

On ne dit pas tout

On dit quelque fois

Juste un coeur qui bat.

Étiquettes :
février 26, 2010

Battre des ailes et quoi d’autre ?

Avons-nous vraiment tout essayé ?

Debout, allonges tes bras de chaque côté, à l’horizontale

Voir si ça touche.

Étiquettes :
février 25, 2010

île et elle

Étiquettes : ,
février 25, 2010

Les oranges, vraies

Dans le tout petit espace du souvenir, la tête se penche à la vitre de la voiture et le vent cogne mes cheveux.

Nous sommes sur les routes qui surplombent la mer, ces routes qui tournent, dangereuses et exhalent la vie dans les yeux.

Le paysage est à l’immensité de ce bleu qui roule, sent, hume, roucoule, fronde, fouette les roches rouges.

C’est la mère qui conduit, elle emmène l’enfant, elle aime cela. Sa petite Fiat blanche toute ronde comme un oeuf, sa fierté, et derrière sa petite dernière, puisque les autres n’ont pas voulu rester au foyer et sont partis avec fracassements.

« Les enfants sont trop ingrats, ma fille, ne fait pas d’enfant ! « 

Elles roulent les deux complices, elles s’amusent. Et nous entrons dans la cour d’une maison qui va marquer ma mémoire à jamais. C’est une vieille maison de bord de mer, mais vraiment tellement au bord qu’elle a dans son jardin le paradis lui-même avec ce petit portail qui mène à quelques marches qui mènent sur le sable de la crique. Le portail du Paradis. Qui s’ouvre quand tu veux et moi devant.

L’enfant ne croyait cela possible que dans des films ou dans des livres. Mais non, voilà. Le vieil homme est chaleureux, beau-père d’une nièce, il nous accueille comme sa famille, ici, c’est comme cela.

Je les laisse entre grands, je crois. Je suis passée dans un autre monde, je déambule un peu dans la maison, qui n’est pas une maison, qui est un conte de fées, bien sûr. Il y a une grande véranda et à perte de vue la Mediterranée, là, pour toi, pour toi toute seule.

Mes yeux sont restés bloqués là, sur cette vision, une vraie invasion dans mon cerveau de petite fille. Ma mère m’emmène dans des contes de fées, c’est bien ça.

Le vieil homme nous emmènera sous ses orangers. « Regardes ma fille, ça c’est des oranges, tu n’en as jamais vu des vraies comme celles là ». Je ne suis pas fana, mais je respecte le respect et le don. Plus de quarante ans après, je comprendrai. Oui, c’est long. Parfois il faut cela.

Dans la toute petite voiture italienne nous repartons et je me penche entière à la fenêtre minuscule qui me scie les bras et les joues mais c’est bon.

Cet air, cette liberté !

Les oranges jonchent les sièges. « Manges une orange ma fille, goûtes-les celles là, des oranges comme ça, tu n’en as jamais mangé, c’est autre chose, goûtes-les ! »

Le jus dégouline. C’est toujours comme ça, il faut faire tout de suite, maintenant, profiter, profiter !! Des fois que les oranges prendraient la poudre d’escampette ?

Des fois qu’au prochain tournant on ait plus envie de rien, que l’ombre se fasse, que le goût se vide, qu’on se perde, qu’on perde l’envie.

Les doigts sont poisseux, ça colle, le jus dégouline sur la portière au dehors, c’est bon cette vie…Oh, oui…

Étiquettes : ,
février 25, 2010

Plongée

Étiquettes :
février 24, 2010

Petit oiseau

Hier un rouge-gorge est entré dans ma maison. C’est vrai, la porte-fenêtre était ouverte.

C’est moi qui était impressionnée, ensuite, de le prendre dans mes mains pour le libérer. Il s’agitait accroché face au carreau, paniqué. Il avait trouvé le seul endroit où l’accès au dehors n’était pas possible alors que juste à côté, tout était libre et ouvert

La panique le coinçait là, obstiné, grattant de ses pattes, battant des ailes, cognant du bec. Alors que juste là, allez tournes la tête, éloignes toi un peu, reprends du recul, oui, en rentrant encore un peu à l’intérieur de cette pièce qui t’effraies. Contournes cette fenêtre derrière laquelle tu t’es réfugié, malheureux, et regardes, humes l’air libre qui est devant et d’où tu viens…

Essaies, quoi c’est trop difficile ?

Oui. Je l’ai pris dans ma main en tremblant. Nous ne sommes pas mieux l’un que l’autre, tu sais…Je suis allée sur le balcon et je voulais le poser sur la terre, dans le grand pot.

Dès que j’ai relâché mes mains, j’ai entendu ses ailes voler, devant moi, presque dans ma main leur bruit, leur frou-frou.

Parti, à l’horizontale, dans l’air, lui.

Étiquettes :
février 23, 2010

Dans le bureau, la musique

Il y avait une petite pièce et cette pièce était son bureau, le bureau de mon père.

Trois murs étaient une bibliothèque du sol au plafond, faite sur mesure. Le quatrième mur n’en était pas un, c’était une baie vitrée.

Le bureau lui même, grande table,  était celui du grand-père, lourd, en bois foncé. Un lourd fauteuil devant, un truc avec des accoudoirs en rond, tout autour.

Les livres avalaient toute la pièce, c’était une grotte d’Ali Baba. Tous les styles étaient là, des classiques à la S.F sa passion, qui lui arrivait par courrier et parfois des Amériques. Les bandes-dessinées occupaient des étagères entières.

Et dans un coin il y avait un petit meuble à roulettes et en fer doré qui faisait 80 cms de haut et comportait quatre rayons qui débordaient de 33 tours. Des classiques, exclusivement, les « disques des parents ». Quelques comédies musicales, dont mon amour de « West side story »,  et du Django, mais sinon, non, que du classique qui faisait mon bonheur de petite fille.

Je viens d’écouter du Bach à la radio et me  suis souvenue soudain,  avec force et joie, de mes heures en solitaire dans ce bureau. Je découvrais les disques, ils étaient tassés les uns sur les autres. Les pochettes en papier commençaient parfois à se déppicher, c’était vraiment un beau trésor que je manipulais avec précaution. Les disques noirs et épais étaient lourds.

Le tourne-disque était dans la pièce puis il déménageât. Mais quand j’étais petite, 8 ans, 10 ans, c’est  dans cette pièce que j’écoutais. C’était ma cabine d’écoute, comme dans les magasins de disques de l’époque.

J’ai gardé cette impression, assise par terre, je déballe les couvertures des 33 tours, je lis, je dévore des yeux. Là j’ai tout appris :  Bach, Vivaldi, Mozart, Brahms, Beethoven,   Chopin…Le clavecin, le piano, les flûtes, les violons, le violoncelle. Personne ne me poussait à le faire, c’était vraiment mon choix, mon bonheur, là. Presque un secret.

Des heures et des heures, par terre, les pochettes dans les bras,  à écouter profondément, à en prendre plein les mirettes, fillette.

Étiquettes : ,
février 22, 2010

Étiquettes :
février 22, 2010

Message personnel

Une petite part de ta mémoire, restée coincée entre deux fleuves, et pour longtemps tu te demandes : en sera-t-il toujours ainsi ?

Étiquettes :
février 22, 2010

Étiquettes :
février 22, 2010

S’accompagne

Je vis avec une énigme.

Chaque jour je la vois se lever. Elle revient aussi le soir.

Elle m’accompagne et fait semblant. Elle ne voit rien.

Elle erre dans l’espace et me retient. Je la touche parfois, je crois la retenir.

Mais l’énigme est inconnue d’elle-même.

S’échapper, c’est elle.

Je ne suis rien, je ne sais rien d’elle, et cela vaut mieux,

En réalité.

Étiquettes :
février 22, 2010

Touchée

Dans le vide la main croit plonger

Mais est-elle si courageuse ?

Dans l’inconnu le corps veut se blesser

Et il se jette bien

Après, se hissent les armures

Il est trop tard

Il est trop beau, il est trop tôt, il est trop encore

Quand la forme est prise

Le fond touche.

Étiquettes :
février 22, 2010

Tatouée

Phnom Penh 1992. Dans ta chambre l’air est saturé d’humidité. On ne prend pas, ici, les températures extérieures, cela ferait peur : 35, 40 et au delà ? A quoi bon le savoir. On étouffe, c’est tout, surtout quand avril s’approche.

Le ventilateur tente et tâtonne, sans espoir, sur nos corps trempés. Nous sommes chez toi où tout est  choisi, pensé, fabriqué, avec goût. Tout est signifiant, afin qu’on se tourne vers toi pour en savoir plus… sur toi.

Je suis allongée  sur cet incroyable couvre-lit composé d’un patchwork de drapeaux du Royaume du Cambodge : bleu et rouge rayé, avec ce dessin d’un monument au milieu.

Oui, c’est un Royaume, tu me l’as appris, cela t’enchante : vivre dans un Royaume dont tu parles la langue couramment. Une ivresse et un aboutissement.

Il est midi ou une heure. L’heure bouillante et nous trempons dedans. La météo de la pièce est irrespirable, respirer augmente le taux d’humidité, il faudrait être plus que nus, il faudrait s’exiler dans le frigo la tête la première. L’eau salée ruisselle, coule, dévale entre nos corps. Nous pourrions déclarer  forfait pour catastrophe naturelle car nager  sur ce couvre-lit-rivière devient impossible. Mais rien n’est impossible, on n’y songe même pas. Tout de même, on rit bien de nous quand vient le temps de se lever, de sortir de là.

Nus dans la salle de bains, dans cette pièce carrelée du sol au plafond, où l’eau froide est stockée dans de grandes bassines…Tu me regardes et tu me dis que le drapeau khmer est inscrit sur tout mon dos. Exact : je suis rouge et bleue des fesses au cou. Nous voilà bien. Dans un quart d’heure il s’agit de reprendre le boulot !

Aucun savon n’y fait. Te voilà me frotter avec de la poudre à récurer et une éponge grattante.  L’eau rayée s’écoule, le Royaume prend l’eau mais je reste rouge écarlate.

Rouge, par toi tatouée, de bas en haut.

Étiquettes :