Cet arbre là

Dans le couloir tout est sans couleurs. L’ informe s’est installé.

La vie est partie. La vie est partie mais je viens régulièrement et, têtue, je veux l’installer. Je veux installer le souffle et nous allons dehors sur ton grand balcon ou dans la cour.

Sur ton balcon un grand arbre se penche. Il est grand, humain, il respire malgré tout ce qui l’entoure, c’est à dire rien.

Rien qui n’incite à grandir ou à être beau.

Les oiseaux s’y posent et chantent alors je t’emmène dehors pour entendre. Entendre car je ne sais plus ce que tu vois. Bientôt tu passeras du temps dans ton lit sans même ouvrir les yeux quand je viens. Sans même un signe de toi, ma mère.

Comme si tu nous punissais de tout cela. Oui, même plus un regard. Plus de ton regard, que reste-t-il de la vie ?

Pour l’instant nous sommes dehors et je te parle de ce que je vois, de ce qu’on entend. Du petit vent dans tes cheveux.

Dans le couloir rien n’existe, rien de ce qu’on voudrait voir. Dans les chambres les vieux meurent. Mais c’est très long. Il faut le voir pour le croire et le décrire n’est rien. Rien.

Alors, pour survivre, dans la chambre on n’a plus de corps, ce serait trop cruel. Et on flotte, émargé dans l’atmosphère.

On se prend la main, il faut tout oublier.

Je refuse le gris, je refuse le blanc, je refuse cette absence sans sens, sans rien. Cet abandon.

Je viens, je souris, à contre-courant, à contre-tout, à contre-tous. Je veux niquer la non-vie, celle que je déteste et que tu détestais aussi. Je veux la mort ou la vie mais pas çà. Pas de ce qu’on voit ici, qu’on respire par tous les bouts.

C’est une mission impossible, je nage à contre-courant.

Dans le couloir on est déjà aspiré par les odeurs, par les odeurs de rien. De tout sauf de chez soi, de tout sauf de ce dont on a envie : tout sauf ce qu’on aime.

Ce lieu est sans issue. Plus rien ne peut en sortir mais le pire c’est y rester. Le pire c’est y tenir.

Dehors il y a le vent, il y a les nuages, il y a la route, il y a les voitures, il y a la forêt à traverser. Je m’y appuie. Je t’y cueille des fleurs pour parer au néant.

Nous sommes dans la cour, tu es dans ton fauteuil, des roses hautes, roses et rouges, sous les yeux. Les vois tu ? Je ne saurai jamais. Je t’en parle, je te dis leur beauté et leur musique quand une brise les effleure.

Un point de couleur vivante qu’il faut croire. Juste pour moi, pour ne pas voir.

L’arbre dehors est grand. Je veux te le faire sentir encore, je veux croire à ce qui nous reste.

Dans le couloir plus rien ne presse. Ce n’est pas un couloir, ce n’est pas une chambre, ce n’est pas un hôpital, ce n’est pas moi, ce n’est pas toi. Je ne veux pas.

Je ne veux rien de tout ce que je vois sauf l’arbre, dehors, devant la terrasse.

Je lui jette des regards, je voudrais qu’il s’en aille, qu’il nous plonge dans le noir ou alors définitivement.

Pour toujours, être absents.

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4 commentaires to “Cet arbre là”

  1. sourire à contre courant, oui. Faire croire, raconter décrire voir de rouge où il y du rose pour qu’elle voie en pastel.
    Continuer malgré tout parce qu’on ne peut/veut pas laisser, parce qu’on est seule. à voir partir. et à le regretter plus qu’absolument.

  2. A lire dans le désordre c’est l’amour qui se mélange à la mort, comme une mauvaise habitude venue des tragédies qu’on lit trop. Ces récits de partages amoureux donnent bien assez de forces pour affronter la noirceur des couloirs. Et votre vie s’écrit, matériaux pour un livre qu’on a envie de lire après les tragédies et les romances, récit de toute une vie qu’on pourrait parcourir, du militaire amoureux au fou rire d’écorché, j’aime votre manière de raconter l’amour où on se lance, l’amour comme aventure à vivre vite.

    • Re Bienvenue ici, toi, le cow boy du net qui trouvât et Lôlà-là bas et PlumedHi ici.
      Merci !! Dégager une ouverture, un sourire, une aventure avec ceux qui ont la bienveillance de me lire : Le Bonheur d’exister. Ensemble.

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