Baby power

Récemment un ami qui sait que je suis une experte en bébés, m’a demandé comment le tout petit se découvre dans le miroir.

En voilà une chose passionnante ! Comment tu fais face à cette réalité, un jour, comme ça, un beau jour de mai ou un pluvieux novembre, là, avec ton visage rond de poupon ? Hein, comment donc ?

Mais tout d’abord qu’on se mette d’accord : les bébés sont plus intelligents que toi, que nous tous rassemblés. Si tu ne le sais pas, je te plains. Essayes de t’acoquiner avec un ou deux petits tendres et tentes de passer inaperçu dans leur monde, de les voir penser, de les voir agir et apprendre. Si tu ne vois rien, passes ton chemin, ami, oh ! je te plains…

Je suis  savamment  experte en rien, je ne peux donc que m’amuser à te décrire ici la chance que j’ai eue d’apprendre d’eux et d’en croiser des dizaines et même des centaines, disons le.

Le bébé, tout petit, regarde dans le miroir et est surpris. Il y a un être, il ne sait pas que c’est lui.

Au début, je l’ai vu tant de fois, ce spectacle est extraordinaire, au début il recule un peu. Son regard évite, puis revient. Un peu de peur, après tout, on le comprend bien.

Ensuite il se dit qu’il vaut mieux faire ami-ami. Des fois que celui là aussi voudrait lui piquer ses jouets ou sa tétine. Alors le bébé charme cet autre qu’il voit dans le miroir, au travers.

Sourires, balbutiements. L’autre à l’air tout content finalement… Serait ce une bonne poire ?

Même qu’il lui tend un jouet et que l’autre aussi tend. Oui, au fond cet autre là n’est pas méchant. Il rit aussi, et en même temps. Il sourit et répond aux balbutiements. Même que ce serait comme un ami, quasi ?

Le petit d’Homme alors n’a plus peur de celui là dans le miroir. Partout d’ailleurs, dans tous les miroirs, c’est le même ami. Petit à petit, on finit par s’y attacher. Parfois on ne le regarde plus car il est un peu bênet celui là derrière, non ? Pas de bagarres, pas de nounours arrachés, pas de goûter non plus à lui piquer. Oui, il ne donne rien ce miroir là, il reçoit, tout pareil, tout pareil.

Un jour l’enfant qui a ouvert son monde et observe l’espace avec précisions – cet espace qui le différencie et qu’il différencie de lui, très exactement -un jour, dans le miroir, cet enfant observe que l’espace qui l’entoure est dedans le miroir aussi. Il regarde à côté de lui, cette souris en plastique, par ex, puis regarde dans le miroir et voit la même souris.

Il recommence bien des fois car il est comme l’animal dans la forêt, il ne fait pas confiance une seule fois, il faut tester, être à l’affût, sentir, être sûr de ne pas être une proie, il faut contourner les pièges.

Il reprend confiance, il a compris que quelque chose était à découvrir, qu’une avancée était là. L’enfant est un anthropologue-né.

Alors il tend la souris à cet enfant du miroir et il la repose et plusieurs fois comme cela. Refaire, noter, refaire dans différents contextes, noter les variantes et les variables, l’enfant est doué, son étude sur le terrain c’est sa vie.

Il observe comment l’autre ne prend pas, n’enchaine pas sur autre chose, n’est pas extérieur à lui et à la souris. Cet autre-du-miroir n’a pas de vie indépendante, pas de réaction autonome. Au bout de son bras la main qui tient la souris cogne sur le miroir et rien ne continue au delà, personne d’autre ne prend la souris, ne prend la relève du mouvement de la vie.

Son geste c’est lui et c’est lui qui mène cette danse.

Devant lui ce miroir, devant c’est lui. En prime, il sait, il a testé aussi, il n’est pas un abruti, il est un chercheur de haut vol… il sait que derrière ce truc-miroir, accroché, il n’y a pas non plus une autre pièce. Il en a fait le tour et a  regardé le dos du miroir. Il a bien compris que cela ne lui permet pas non plus d’aller taper la main de cet autre bébé. Derrière le miroir, pour de vrai, tu en fais le tour physiquement et c’est l’arnaque totale : y ‘a personne au rendez-vous. Même pas ce bébé qui, d’habitude, l’attend à chaque fois, comme un nigaud, face à lui. Il a quoi alors ce bébé là qui ne sort pas de là, il n’a pas encore soutenu sa thèse et son Bac + 15 comme tout bon bébé qui se respecte ?

Voilà tu vois, c’est comme cela que l’enfant s’aperçoit que personne dans le miroir ne vient le rejoindre pour attraper sa souris, ni son gâteau, d’ailleurs. Là, avec les gâteaux, c’est le test final, tu penses bien ! Le gars en face il ne lui chipe pas son boudoir, pas même quand leurs mains se touchent sur la paroi du miroir. Donc, là le gars, vraiment, s’il existait il serait naze, un zéro, un ramolli du bulbe.

Non, y ‘a pas, y ‘a personne. Y ‘a lui, rien que toi baby, et y ‘a plus qu’à…

Oui, c’est bien ça,  t’as pigé petit capitaine, bienvenue au club !

Ce regard c’est le tien, accroches toi bien petit, because c’est pour la vie…

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4 commentaires to “Baby power”

  1. Bravo !

    J’ai toute une série de photos de l’un de mes fils, prisent devant un grand miroir. Il ne marchait pas encore à l’époque mais là, il se tient assis puis debout et, les mains plaquées contre la glace, « il s’embrasse » en tirant la langue. Incroyable ! Il connaissait déjà le jeu de mot glace-miroir mon petit génie !

    ;o)

  2. Non !… Le mec, dans le miroir, que j’aperçois tous les matins, c’est moi ? Tain’ l’arnaque ! En vrai, j’suis beaucoup plus beau que ça…

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