Archive for mars, 2010

mars 31, 2010

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mars 31, 2010

L’avion en robe

Je veux te parler d’un rêve mais d’abord je veux te parler d’une robe.

Deux fois j’ai pris l’avion habillée comme une pin-up. C’est qu’il y avait à l’aéroport un homme impatient et aimant qui serait là. Pas le même à chaque fois. Il faut plusieurs hommes aimants et impatients au bout de la passerelle quand tu t’envoles, sinon c’est pas une vie, non.

La robe de l’avion était couleur turquoise, d’un tissu un peu moiré comme du velours, avec des reflets clairs. Une allure de chemisier aux manches courtes en haut, et comme noué sur le ventre. Puis un bas droit un peu jupe, jusqu’aux genoux. Souple, fluide, légère. Cette robe avait du style et il ne la connaissait pas.

J’ai fait les milliers de kilomètres qu’il fallait. Dans l’avion jusqu’à Bangkok, j’étais une parmi les autres. Bon, tout le monde n’a pas mis sa petite robe du dimanche et ses souliers noirs avec petits talons. Moi même, d’habitude, quand je suis dans mon état normal, non. C’est donc que j’ai encore fait le plein de petits pois dans ma tête. Ils brûlent, ils crament, ça sent le brûlé d’amour tout pour toi.

C’est l’été 1994, celui de nos retrouvailles. Bon sang ça fait deux ans que j’attends ! J’ai bossé tout l’été dans cet immense Bazar de l’Hôtel de Ville. Oui, c’est moi qui vendais du papier peint pour refaire la chambre du petit en août. Oui, c’est moi qui coupais ce merveilleux tissu pour refaire tes rideaux. En août à Paris, tu t’ennuies, rien de tel que le BHV. Avec les collègues on se marre comme des tordus et je dis : en septembre je pars me fiancer avec lui, au Cambodge. Ils ouvrent des yeux joyeux et on se marre comme des tordus. Faut dire que dans ces intermittents là, y’en a un paquet qui mènent des vies incroyables, d’artistes, d’intello ou autres grands incompris.

Dans l’avion entre Bangkok et Phnom Penh c’est là que je sens la force de ma robe. Nous ne sommes pas nombreux sur le vol local. Et moi je connais, rien ne m’inquiète, et je touche le but. Je me revois marchant dans l’allée et dressant le buste, le cou, la tête, et l’hôtesse-de-misère me croisant. Je lui souris, conquérante. Elle se dit que celle-là sait où elle met les pieds avec sa robe turquoise et ses souliers impeccables.  Elle rentre chez elle, pense-t-elle, elle était là hier peut être ?

Oui, c’est cela fillette…Je rentre chez mon amour et il fait jour de plein jour, ça explose de lumières, c’est du tonnerre.

L’avion se pose. Et là le coeur bat et s’affole. Je retrouve cet aéroport, je le vois autrement. Je vois moins d’avions militaires sur le tarmac, je vois des pancartes de pub nouvelles et un hall toujours aussi petit mais rénové. Grand comme l’épicerie  en bas de chez toi. Je me redresse, je tends, bien fière, mes papiers. Je ne te cherche pas. Je ne veux rien attendre ni avoir l’air aux aguets. Tout va vite, peu de passagers. Je fais ce que je dois faire et je jette un oeil dans la salle. Personne.

Bon, on s’en fout. Je m’en fous, je suis là, moi, maintenant le temps n’existe pas. Je sais que tu n’en fais qu’à ta tête et que tu bosses. On verra… J’attends dix minutes au dehors. C’est tout calme, c’est tout drôle. Je pourrais être sur un quai de gare à Nantes ou à Madrid, ce serait pareil, au fond. Comme c’est drôle ! Comme c’est facile. Je suis là et tout va.

Tu as passé ton été à m’envoyer des télégrammes et une carte par jour. Sur chaque télégramme il y a marqué la même chose : je t’aime. une fois, deux fois, trois fois d’affilée. Puis le lendemain on recommence. Voilà ce que j’appelle savoir bien passer son temps à quelque chose de sage et intelligent.

Je les ai enfilé à une ficelle, les uns sur les autres, à la verticale, pour en faire un mobile. Je l’ai accroché près de mon lit. Qui n’est guère vraiment mon lit  car je n’ai plus de maison, finalement, depuis que j’ai quitté ce pays où je t’ai rencontré et où  je te rejoins aujourd’hui. Depuis qu’il y a eu toi, je suis Sans Domicile Fixe.

Je fais semblant de ne rien attendre. Je n’attends rien puisque je t’ai, maintenant. J’ai beaucoup attendu et j’en sais le prix et la dérive. Maintenant être là, devant cet aéroport dans cette chaleur moite et prometteuse, comme une petite gourde de pin-up occidentale avec son minuscule bagage à ses pieds. Oui, cela me suffit. La vie est remplie.

Je t’ai vu, enfin, je crois. Restons raisonnable, pas de panique. Oui, tu te gares, tu sors de la voiture. Mazette, on s’est retrouvés en juin, en France, deux semaines au plus. Maintenant c’est septembre, un incendie s’est déclaré, nous brûlons tout sur le passage.

On se regarde. Et, de loin, tu me vois dans ma robe que j’ai mise pour toi il y a quasi 24 heures dans un tout autre espace-temps, sur une autre planète. Dans le ciel j’ai traversé l’espace pour être debout là dans ma robe turquoise, chic et légère, que tu en sentes le fluide et les reflets. Que tu me voies de loin. Tu poses de bas en haut tes yeux et ce sourire est timide. Il tremble un peu et se retient. Il est impossible ici de se jeter l’un sur l’autre en public et ce n’est pas ce que nous voulons, de toutes façons.

Tu m’expliques le boulot, la journée, où nous allons. Nous sommes dans la chaleur, elle prend tout de nous, dejà. Après tu fais avec les restes. La voiture roule. Bientôt nous irons chez toi, en province, à Battambang.

Avant, j’enlèverai ma robe. Avant, la ville sera inondée. Je t’attendrai toute une après-midi les yeux au plafond, allongée sur un canapé, à écouter la pluie torrentielle s’abattre partout et bloquer toutes les issues. Nous essaierons de ressortir en voiture, en soirée, mais l’eau marron est montée. Elle atteint le haut des portières du 4X4. Les ordures surnagent, les rats nagent, les maisons en cartons flottent. C’est un débordement total. Juste ce qu’il nous fallait.

Bien plus tard, l’année dernière exactement, cette robe pendait encore dans mon placard. Ce n’est pas une robe de placard et je ne la mettai plus. J’ai longtemps attendu. Oh j’ai attendu !… Je l’ai portée, regardée dans le miroir. Et puis mes traits n’allaient plus. La petite robe glissait ou serrait. La refaire ? La couper ? Ses reflets sont toujours aussi beaux. Elle ne doit plus dormir dans mon placard. Dans un grand sac de fringues prêt pour Emmaüs j’ai posé la robe turquoise. Tu es toujours aussi belle, tu es impeccable, aucune marque du Temps sur toi, aucun accroc. Tu es toujours aussi lisse, moirée et d’une couleur indéfinissable, entre bleu et bleu et vert et doré. Tu es indéfinissable. Tu dois partir. Tu dois quitter mon ennuyeux placard et mon corps qui ne te porte plus. Il faut aller au dehors. Il faut quitter ma place, ne plus rien me demander et ne plus rien attendre de moi. Il faut être libre, et puis tu verras…

Dans le hangar d’Emmaüs un gros brave gars barbu attendait. Je lui ai mis dans les pattes mon énorme sac de fringues en lui disant Attention, il y a des super trucs là dedans, des vêtements impeccables, et même du fait sur-mesure en Asie ! Et là je lui montrais la mini-jupe de soie rouge carmin que tu avais fait faire pour moi. Une soie épaisse, très particulière, la soie khmère. Un joyau de vêtement.

Le gars m’a regardé vaguement en souriant comme un nain sorti de sa grotte et n’entendant même pas ce que je disais, comme une conne, je me suis dit… Mais qu’est ce que tu lui dis ? Il s’en tape le gars, complètement !!

Repartie en voiture. Un tournant, deux tournants, puis devant…

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mars 29, 2010

Poser valises ?

J’ai doublé mon sillage, comme un enfant sage déposant ses bagages à la consigne du Temps.

L’avenir se moque.

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mars 29, 2010

Sans limites

Adossée à la paroi

Translucide

La caresse est limpide, elle tournoie

Le ciel au dessus balaie la main qui passe

Je vois se lever

La lenteur

Une joie

La musique accompagne ce mouvement qui roule

Et me prend de moi

A deux mains libres je laisse s’écrouler

Mon corps vide sans penser

Je suis seule, je suis moi

L’espacée, l’absente

Je vois mes deux mains

Se rejoignent vers mon visage

S’étendre

Sur le dos je repose

L’infini en moi

Sa percée

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mars 26, 2010

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mars 26, 2010

M’avalanche

D’un geste qui dit tout

Et la vie fait le reste

S’empilent ce que nous fûmes

Continu jusqu’à l’ultime

Jaillissement silencieux

Perte à vue

En instance de séparation

Saisissable

Jusqu’à l’abandon

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mars 26, 2010

mars 24, 2010

My life with Peter

La voix de Peter Gabriel m’embarque à chaque fois. Tu ne me feras pas changer d’avis, il faudrait changer de vie.

Parce qu’elle m’a portée ici, là, avec des aimés et des amis. Parce que j’ai trop dansé dessus avec un vieux radio-cassette-magnéto pourri pour essayer d’oublier ma vie dans un appartement parisien trop petit.

Elle me guide comme un aveugle, pour écarter des murs d’ennui. Dans cette voix mes échos. Simple et beau, rocaille envolée. La voix de Peter Gabriel est mon amie.

Il y a vingt années j’ai dîné au restau à Londres avec un groupe de musicos branchés, dont Justin, le frère d’une amie. Bassiste et chanteur, Justin Adams a rencontré la REALWORLD de près,  at Peter’s Home- Studio,  with Peter and Sinead O’..Ô, Ô, ô and so.

Justin…Un homme charmant, un dîner élégant et séduisant. J’ai donc « vu l’homme qui a vu l’homme… » et lui ai bien plus que souri. Toute émoustillée, donc,  suis ressortie.

Hmmm…You and me, Peter. Do you want to dance with me ?

mars 24, 2010

Manuel d’alarme

Il suffit maintenant, il faut que cela cesse.

J’ai la main dans ta veste, ton costard, ton gilet, ton hameçon, ta médaille et ton pantalon.

Stop, il suffit il faut que cela cesse.

Emportes le coude aussi et avec, je t’en prie, fais le tri de mes restes.

J’ai la main, c’est la peste, le destin. Et l’arme me glisse des reins.

Epargnes-moi ton baratin, j’ai la main dans ta veste. Croques et moi et reviens loin.

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mars 24, 2010

Au fond, ton jardin

lesyeuxdisent

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mars 24, 2010

Herbes d’enfance

Ce serait trop te dire l’enfant que j’ai été

Au fond des jardins, au fond des allées

Qui n’attendait personne

L’exquise perception

Se fondre dans les ombres

Avoir tout trouvé

Sans vraiment rien chercher

.

Dans ces herbes d’enfance, aujourd’hui je retrouve, ce que j’y ai laissé.

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mars 23, 2010

Faire ta cour

Assise sur une vieille pierre dans le jardin du temple, je prends un petit-dejeûner avec toi. Je ne sais pas ce qui se passe, je ne peux pas le penser. Je suis troublée, déconnectée, diffuse et soumise à ta cour.

La cour que tu as commencé à me faire déjà en montant mon escalier avec une boîte laquée. Quelques jours plus tard tu es parti en week-end au bord de mer et tu es revenu en me disant que tu t’étais presque ennuyé car je t’avais manqué. Tu as dit cela comme si c’était incongru ce qui t’arrivait. Tu ne saisissais pas tout, chose inhabituelle.

Tu m’as ramené ce petit voilier, petit pendentif d’or khmer. Que tu tiens dans tes doigts jusqu’à ce qu’il glisse sur mon cou.

Alors tu as décidé de saisir, de m’emporter. Tu m’as donné un mystérieux rendez-vous. Tu es venu ce matin aux aurores sans me dire où nous irions. Nous avons deux heures devant nous avant de démarrer le travail. Nous quittons la ville presque dans la nuit et pour moi c’est la première fois que je sors de cette poussière, de ce cloaque. La campagne khmère s’étale dans la vitre ouverte. Je n’en reviens pas. La route est longue et poussière et orangée. Et nous grimpons dans cette petite vallée, une colline, des tournants et devant, comme des friches, un lieu calme, déserté.

En fait ce lieu est habité par de vieux bonzes. Tu es toujours l’ami des vieux bonzes. Tu connais ce temple ancien et c’est aussi la vue dégagée sur la plaine qui te plaît.

Je n’ai rien à faire. Tu fais tout. Tu as emporté un thermos et de quoi manger.

La chaleur est encore supportable à 6h du matin. Le pique-nique est posé au sol et sur les pierres. Je ne dis rien. Nous ne disons rien. Je suis dépassée, confuse, émerveillée, entière et parcellée.

Les vieux bonzes me regardent de loin et sourient. Un temple boudhiste est un abri, un lieu d’accueil sans conditions. Un lieu béni et de vie. Je les aime intensément depuis le premier rencontré il y a quelques années.

Je ne te connais guère. Je te regarde mais ne te vois pas. Je cherche au delà. Celui que tu seras. Celui que tu me présentes. Mon silence te plaît. Tu auras tout à me dire mais d’abord il faut faire.

Je ne suis pas encore allée chez toi. Je n’ai pas encore remonté ma main, pour la première fois, dans ton cou, dans la voiture. Mon dos n’est pas encore tatoué de rouge et de bleu du drapeau cambodgien, couvre-de -ton-lit. L’amour n’a pas encore dit. Il trotte sans dire qui il est. Il couve des yeux, il allume ses lanternes, il prépare la table, il cueille ses bouquets.

L’amour n’est pas encore sûr de demain. Il observe, il tourne autour, il baisse la tête, il marche sur la pointe des pieds puis se retourne tout à coup et te regarde dans son miroir. L’amour est en marche. Il ne sait pas encore à quelle cadence se feront et se déferont les corps, les langues, les doigts, les cheveux trempés de sueur. Mais ils feront.

La vue est presque trop grande. Mon étonnement palpite. J’en ai plein partout dedans. Il n’y a rien à réflechir. Un peu de brume puis nous verrons le jour se lever complètement.

Voilà c’est cela que tu voulais voir avec moi. Le jour qui se lève ici, assis sur les vieilles pierres, un vieux bonze pas loin. Le thé est chaud, il ne faut pas être maladroite. Aucun étranger ne vient ici, jamais.  Et jamais ne voit le jour se lever à cet endroit où nous sommes assis toi et moi.

Je te regarde à peine. Je tremble un peu sans doute quand nous reprenons la voiture. Les langues se délient, on plaisante, on dit un peu. Nous retrouvons la ville et arrivons directement au bureau et je ne comprends vraiment rien de ce qui m’arrive. Oui, ce n’est qu’un commencement.

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mars 21, 2010

Pourquoi ?

Parce qu’on cherche de quoi la vie est faite

Parce qu’on cherche parmi nos défaites

De quoi soleil levant.

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mars 20, 2010

Au guet

Passible, édentée

Force de courage

Je vais tout essayer

Bascule, merveilles dépensées

Je vais sur mon guet

Orage

Nuit de pages

Déracinée, tranquille

Oubliée j’étais

Je serai, non, plus

Je serai

Lune rouge

Faible rage

Par moi même

Dépassée

Là sur la ligne sage

Que tu tiens

Celle de mon poignet

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mars 19, 2010

Vendredi, trottoir planant, c’est l’printemps !

J’étais de retour de la Mediathèque, un gros sac plein, et à pied. En passant j’avais aussi pris mon panier de légumes bio.

J’en avais plein les bottes, ça faisait une demie-heure que je me coltinais les deux sacs lourds, un à bout de bras, celui des bouquins. J’avais encore eu les yeux plus gros que le ventre et dévalisé le rayon littérature américaine. Faut dire qu’en plus ils écoutaient de la musique malienne magnifique au rayon CD. Ca m’avait mis de belle humeur pour traîner.

L’écurie n’était plus très loin, ouf. Faut dire que ça y est, il fait chaud. Ici, y’a pas de demie mesure : c’est les moufles ou les tongues, quasi.

Me v’là sur le trottoir avec un gars. Je fais pas gaffe, je suis naze, sûrement l’air déjantée comme lui, comme d’hab quoi. Les yeux dans le vague, lasse, je croise son regard, je le regarde. Sans penser à rien. Un scoop.

Je traverse, je vais vers chez moi. Le gars me rattrape et se plante devant moi. Yeux grands ouverts  ronds, ouverts sur rien, enfin sur son monde à lui, c’est certain. Les bras ballants, paumes ouvertes avec son grand caban et sa bouille ronde qu’a pas pris ses médicaments mon ti pépère, hein ?

Vous voulez me fréquenter ? Qu’il me dit le zouave. Oups, je me réveille..

Euh . Non, non, excusez moi. Que je lui dis avec un grand sourire hein, parce que on sait jamais des fois qu’ils lui aient laissé sa fin de semaine en free lance à l’H.P…

Bon, cool man. Il repart. Sinon, gaffe, j’avais le matos : un coup de poireau bio sur la nuque et du lourd : Kerouac, A.Poe et S.Sontag derrière les oreilles, vlan ! les trois en même temps, là le type il voyait les étoiles direct.

Non, mais non. Tout gentil. Et puis avec mon sourire de barjotte qui plane, il a bien vu qu’il me dérangeait pas l’animal.

Je plais aux illuminés, ça c’est pas un scoop, man.

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