Combien ?

Dans le train. Dans les trains.

Combien de marins combien de capitaines ?

Combien de larmes combien de mouchoirs ?

Combien de drames , d’au revoir ?

Combien de baisers serrés en cachette, combien de mains dans la braguette (si, si…souviens toi… ) ?

Combien de regards à la fenêtre, tout cet espace qui court et chaque petite seconde au dehors qui marque et entend et attrape tes souvenirs, tes envies, tes angoisses ?

Toi au dedans, pour un séjour en cavale, un défilé de toi, et les autres où sont-ils ?

N’existent pas, n’existent plus. Et si tout était perdu derrière et s’il n’y avait plus que deux traverses à arpenter droit devant dans l’allure ?

J’ai pris le train en te laissant derrière réduite en cendres, ma mère. Partie seule du Père Lachaise avec des regards vides et haineux sur moi. Plus rien ne sera le même. Ce choix décisif et l’éclosion de la rupture qui vibrait et a tout emporté.

Droite comme un i mon sac à dos au dos je suis entrée dans le bus que je n’ai même pas attendu. Tout le regard neuf. La longue route. La différence, la détermination de ce qui n’a plus rien à perdre. L’expression violente d’une démarcation à vie, de vivre.

Dans le train j’ai annoté sur mon petit agenda parce que, quand même, il faudrait bien, un jour, se souvenir.

Cherchant à poser plus de douceurs sur ce carnet des jours d’une année qui serait finie pour de bon bientôt, j’ai croqué la posture du chat, de gris vêtu crayonné et rond.

Comme une tendresse sur ma joue tout de même, pour ne pas mourir trop tôt, pas tout à fait, pas là.

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4 commentaires to “Combien ?”

  1. J’aime les rimes rythmées en syncope de tes phrases.
    Tu es pleine de vie. J’aime beaucoup ça. Et la vie et la joie et les chats.

    je t’embrasse

  2. J’ai vécu à peu près la même chose en laissant mon père dans sa tombe. D’identiques regards s’étaient portés sur moi lorsque je suis remonté dans ma voiture. Faut dire que j’avais abandonné les trois autres qui portaient son cercueil en me disant: « Bon sang, cet homme ne m’a jamais aimé ! ». Cela faisait un bail que j’étais monté dans le train de ma jeunesse avec mon sac à dos chargé de souvenirs douloureux. (Je reviendrai visiter plus mieux)

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