Archive for mars 3rd, 2010

mars 3, 2010

La boîte laquée

Tu es monté je n’ai pas eu le temps de te voir prendre l’escalier.

En bas on t’avait ouvert. Une voix m’a appelée, je suis sortie de ma chambre et tu finissais de monter les escaliers de cette grande maison coloniale.

Tu étais tout chose. Tu portais cet objet entre tes deux mains.

Cette boîte.

Ronde, lourde, avec des dorures et de la marqueterie. Trouvée chez les antiquaires du « marché russe » de Phnom Penh, bien sûr.

Tu la tenais comme si elle allait exploser ou comme si elle contenait des petites grenouilles vertes à pois, prêtes à faire sauter le couvercle au moindre choc.

J’étais étonnée, très. Certes, il y avait eu cette soirée, un appât. Mais rien au delà, pas depuis deux jours. Et te  voilà, princier, comme tu sais faire. Tu m’offres cette boîte, ronde et grande. Le couvercle la couvre des pieds à la tête, de haut en bas ( toujours, avec toi…). On retire ce couvercle-chapeau, immense, et il y a un premier niveau en bois, dentelé, fait de petites cases. Puis on soulève et on parvient au creux de la boîte, profonde et toujours aussi ronde.

Tu l’as posée. Elle est à moi. C’est aussi, bientôt, mon anniversaire. L’année 1992 débute à grandes enjambées dans ma vie, dans un précipice , une effluve d’inconnu.  Je suis inquiète et perdue. Tout va très vite, tout est très étrange dans ce pays où les traces de la guerre, pourtant lointaine, sont partout présentes.

Les ponts sont encore coupés, il faut traverser les fleuves, traverser, se serrer sur des bacs. En face c’est déjà très loin. Il n’y a pas de pont à passer, aucun aller et retour n’est facile. Il y a un poids partout.

Dans des quartiers d’immeubles encore dévastés, les traces noires des bombes et de leurs fumées lancent leurs menaces sur les façades jusqu’en haut. Les gens vivent entre des cartons. La ville vit dehors, de couvre-feu en couvre-feu. Il faut savoir où poser tes pieds, où aller. Il faut savoir éviter et se protéger.

Dans ce pays le drame est venu et est resté. Il a planté sa lame rouge et c’est bien plus que le noir qui s’est installé. L’Homme fut un loup pour l’Homme et jamais rien ne sera comme avant. Il n’y a plus d’avant et il y a peu maintenant.

Que faisons nous là ? Dans cet endroit impossible pour moi à appréhender.

Ce que nous faisons ? Tu as fini de monter l’escalier et tu t’assois sur mon lit. Nous bavardons. L’envie d’aimer est venue avec toi. Nous sommes transis. L’amour transit les êtres, les remet dans le lit de leur première nuit, les met à genoux, nus, sans rien, malades, incertains, déments, courageux.

Nous sommes ici réunis dans ce pays. Nous y avons guidé nos vies sans rien savoir de ce que nous faisons, sauf que rien ne pourrait être,

Ni ailleurs ni autrement.

Qu’est ce que nous faisons ?

Nous n’en savons rien, rien, rien.

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mars 3, 2010

Ouistitis !

Album Petit à petit, collectif Tendance floue.

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mars 3, 2010

Eclopés d’Amazonie

Je voudrais être en amazone

Dame de compagnie d’un ouistiti qui croirait tout de moi

Nous monterions au plafond et dans le fleuve marron se jeter

Troués comme des sauvages, mariés pieds nus boueux

Croqueurs de pirhanas

Culs à l’air, clopin-clopant dans la pirogue

Ecopants de vie par tous les trous bordés de soleil

Brillants dans la lune

Mâchant la pluie sans relâche, sauf les jours fériés,

Car il faut savoir se reposer.

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mars 3, 2010

J’me souviens plus !

Raplapla

Roploplo

Reupleupleu

Rouplouplou

Rappelez-moi votre nom déjà ?

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mars 3, 2010

Qu’est ce qu’elle dit ?

Ce soir mes cheveux seront rouges. Tu dis  Le rouge c’est la couleur de l’amour.

Tu dis ?

Moi j’ai deux choses à vous dire :

– D’abord passer ici, vraiment je trouve cela toujours aussi généreux que des personnes passent , comme cela. On sait ce que c’est les blogues, on ne fait que passer, c’est curieux et c’est bien comme c’est. Mais c’est déjà un geste, un regard, une ombre portée, posée, même fugitive. Surtout fugitive, c’est le mieux.

– Ensuite, c’est à chaque fois un coup de fouet pour moi, un bon coup de fouet que de vous lire ici dans ce qu’on nomme  commentaire. Cette ombre portée elle me grandit. Parfois je passe moi aussi, c’est vrai quoi je suis chez moi mais je passe en voyeur, comme cela. Voyeuse ? Voyons…

C’est bizarre ce truc de blogue. Vous passez en coup de vent chez vous aussi ? Dans la lucarne. Ce truc à la fois secret et ouvert aux autres.

Alors parfois je viens sans idée particulière, juste pour faire le ménage, voir si quelqu’un est venu. Il se doit d’être polie, ouvrir la porte, faire un tour et repartir.

Quand je vous  lis, ici, cela me hisse, cela fait venir l’envie, la confiance, les mots, des phrases, une chose à raconter, l’idée que quelqu’un sera derrière la porte à écouter, par le trou de la serrure. Et nos yeux se touchent l’oeil contre l’oeil à travers la serrure où il y a du vent qui passe, qui trouve chaque millimètre de nous et de vide pour passer entre nous ou pas.

Rouge tu dis ? C’est quoi ?

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