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mars 23, 2010

Faire ta cour

Assise sur une vieille pierre dans le jardin du temple, je prends un petit-dejeûner avec toi. Je ne sais pas ce qui se passe, je ne peux pas le penser. Je suis troublée, déconnectée, diffuse et soumise à ta cour.

La cour que tu as commencé à me faire déjà en montant mon escalier avec une boîte laquée. Quelques jours plus tard tu es parti en week-end au bord de mer et tu es revenu en me disant que tu t’étais presque ennuyé car je t’avais manqué. Tu as dit cela comme si c’était incongru ce qui t’arrivait. Tu ne saisissais pas tout, chose inhabituelle.

Tu m’as ramené ce petit voilier, petit pendentif d’or khmer. Que tu tiens dans tes doigts jusqu’à ce qu’il glisse sur mon cou.

Alors tu as décidé de saisir, de m’emporter. Tu m’as donné un mystérieux rendez-vous. Tu es venu ce matin aux aurores sans me dire où nous irions. Nous avons deux heures devant nous avant de démarrer le travail. Nous quittons la ville presque dans la nuit et pour moi c’est la première fois que je sors de cette poussière, de ce cloaque. La campagne khmère s’étale dans la vitre ouverte. Je n’en reviens pas. La route est longue et poussière et orangée. Et nous grimpons dans cette petite vallée, une colline, des tournants et devant, comme des friches, un lieu calme, déserté.

En fait ce lieu est habité par de vieux bonzes. Tu es toujours l’ami des vieux bonzes. Tu connais ce temple ancien et c’est aussi la vue dégagée sur la plaine qui te plaît.

Je n’ai rien à faire. Tu fais tout. Tu as emporté un thermos et de quoi manger.

La chaleur est encore supportable à 6h du matin. Le pique-nique est posé au sol et sur les pierres. Je ne dis rien. Nous ne disons rien. Je suis dépassée, confuse, émerveillée, entière et parcellée.

Les vieux bonzes me regardent de loin et sourient. Un temple boudhiste est un abri, un lieu d’accueil sans conditions. Un lieu béni et de vie. Je les aime intensément depuis le premier rencontré il y a quelques années.

Je ne te connais guère. Je te regarde mais ne te vois pas. Je cherche au delà. Celui que tu seras. Celui que tu me présentes. Mon silence te plaît. Tu auras tout à me dire mais d’abord il faut faire.

Je ne suis pas encore allée chez toi. Je n’ai pas encore remonté ma main, pour la première fois, dans ton cou, dans la voiture. Mon dos n’est pas encore tatoué de rouge et de bleu du drapeau cambodgien, couvre-de -ton-lit. L’amour n’a pas encore dit. Il trotte sans dire qui il est. Il couve des yeux, il allume ses lanternes, il prépare la table, il cueille ses bouquets.

L’amour n’est pas encore sûr de demain. Il observe, il tourne autour, il baisse la tête, il marche sur la pointe des pieds puis se retourne tout à coup et te regarde dans son miroir. L’amour est en marche. Il ne sait pas encore à quelle cadence se feront et se déferont les corps, les langues, les doigts, les cheveux trempés de sueur. Mais ils feront.

La vue est presque trop grande. Mon étonnement palpite. J’en ai plein partout dedans. Il n’y a rien à réflechir. Un peu de brume puis nous verrons le jour se lever complètement.

Voilà c’est cela que tu voulais voir avec moi. Le jour qui se lève ici, assis sur les vieilles pierres, un vieux bonze pas loin. Le thé est chaud, il ne faut pas être maladroite. Aucun étranger ne vient ici, jamais.  Et jamais ne voit le jour se lever à cet endroit où nous sommes assis toi et moi.

Je te regarde à peine. Je tremble un peu sans doute quand nous reprenons la voiture. Les langues se délient, on plaisante, on dit un peu. Nous retrouvons la ville et arrivons directement au bureau et je ne comprends vraiment rien de ce qui m’arrive. Oui, ce n’est qu’un commencement.

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