Archive for mars, 2010

mars 17, 2010

Vivre cabanes

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mars 17, 2010

L’équipée béarnaise

Un jour le capot de ma voiture m’est tombé sur la tête.

J’étais seule sur la route allant de Pau à Toulouse.  La voiture, un genre d’Ami 8 citroën vaguement break, était bourrée à craquer. J’avais 24 ans, mon père était mort, je quittais une fine équipe d’amis dans le profond Béarn.

C’est en rentrant de Montréal que j’avais débarqué dans ce petit village entre Pau et Oloron Ste Marie, au bord d’un de leurs « gaves », ces rivières à saumon, à plongeon, à baignades des délices…

A chaque fois que je rentre du Québec quelque chose ne tourne plus rond. Ce que j’ai laissé en partant paraît sans interêt voire sacrément impossible à poursuivre. Comme il y a deux ans où je suis revenue d’un court séjour mais suffisant pour que je reprenne le travail le lundi et démissionne le mardi. Tous des cons, on ne pouvait plus se supporter même de loin, surtout moi. Bon débarras.

C’est encore cette année 1983 , une années de bagages, quand A. et G. que j’adore me disent de venir habiter chez eux, après on verra. Je connais A. depuis l’enfance et maintenant c’est la grande migration de la ville à la campagne avec son chéri…

L’appart dans le joli village est très ancien et très beau. Bois craquant, alcôve, cuisinière à charbon qui tente de chauffer l’immense espace, en vain. On se les caille mais on est heureux. Tout est à inventer. Seule A. a trouvé un boulot. On découvre le lieu, les gens. Je découvre tout. Une vie rurale et des amis qui n’ont rien en commun avec mon passé ni avec ma vie.

Nous deviendrons unis comme les doigts de la main. G. est catalan, on mange des tomates écrasées sur de grosses tranches de pains, avec de l’huile d’olive. Lui, mange cela le matin, avec son café puis son coup de rouge, habitude des chantiers de toutes sortes car il sait tout faire et peut bosser partout mais il veut se lancer dans la création de petites serres.

Je rencontre l’Homme des bois. Il ne me voit pas, moi je le veux à moi. Je rencontre ses amis et une alchimie se crée entre notre petit groupe « venus de la ville  » et eux. L’amitié circule à flots, ça rigole énormément, ça picole énormément, je suis obligée de m’y mettre sinon tu restes en plan. On sort, on danse, on part à St jean de Luz en pleine nuit, Sylvie et moi, comme des princesses. On plante la voiture devant la mer qui bat. On dort dedans.  Le matin on se  déplie de là, on est des reines avec notre café en terrasse et le vent dément qui parcourt nos cheveux. Les siens sont très frisés et blonds, magnifiques. C’est une fille extraordinaire. Partie de pas grand chose, gaveuse d’oie à la ferme des parents, en cloque à 17 ans, avec une âme grosse comme ça. Sa vie est et sera un sacré chemin. Vingt cinq ans après quand je la revois c’est la même étincelle en elle et en elle et moi. Nous sommes restées pour toujours mal fagotées dans la bagnole, les yeux éclatés de joie au petit matin.

C’est la fine équipe mais la vie va très vite. Je change trois fois de maison. Le premier appartement puis la maison où A. et G. habiteront, une bicoque de sorcière, magnifique, comme les maisons de là-bas : pierres et toit pointu, escaliers qui penche de tous les côtés. Et tout à refaire. Puis mon appart, celui que me loue la boulangère acariâtre, en lisière du village. Le chemin vers le Gave part devant et, au bout, dans le tournant il y a le mimosa. Le mimosa…

Mais l’Homme des bois reste timide en ces temps là et mon père meurt sans moi, sans que je l’aie revu depuis des mois et des mois. Je suis inconsciente et égoïste comme à cet âge là, quand les vingt ans s’étirent et n’ont pas encore touché les trente. Je me crois tout permis, déjà…

Alors je pars. Je remplis la voiture. J’ai un principe de base dans la vie, non, deux : Partir et puis être capable de tout mettre dans peu d’espace, si possible une voiture, si possible toute seule, avec mes deux bras. J’appelle cela être libre, c’est n’importe quoi.

Je me souviens avoir bradé tous mes foulards juste avant de prendre la route. J’ai donné rendez-vous aux copines dans un jardin. J’y pose ma voiture bourrée à craquer, bien que j’aie laissé et donné déjà pas mal de trucs dans diverses maisons. Et je sors un sac de foulards tous très beaux, je dois dire. Petits, carrés, épais, longs, fluides, indiens, fleuris, colorés, unis. Du foulard tout azimut. T’en veux ? En voilà. Ma Sylvie n’en revient pas. Je lui donne tout ça ? Je lui donne tout ce qu’elle veut. Je saurai qu’elle sera belle, qu’elle pensera à moi, que jamais elle n’oubliera. Je ne veux en ramener aucun. Je m’en suis gardé deux , trois , mais j’ai un autre principe de base à la con : débarrasses toi. Largues les choses matérielles, de plus en plus, et avec l’âge le principe ne s’arrange pas. Largues au max, ne laisses derrière toi qu’une poussière, un peu de joie, de l’amour autant que tu pourras. Et quoi d’autre ? Tu es quoi ?

Sur la route je suis seule au volant, pas très sûre de la vieille bagnole. Mais elle doit m’amener à Toulouse pour l’anniversaire d’une amie, une de celles qui fera partie de l’équipée bientôt aussi. Halte de trois jours et puis cette voiture doit me conduire à Paris, oui, carrément.

Cela fait une heure que je roule, je ne sais pas où je suis, il y a une petite montée après un village. Et BAM ! Le capot pète sur le pare-brise. Je ne savais pas que c’était possible un truc comme ça : le capot qui s’ouvre en grand comme une gifle que tu reçois sur toute la face de la voiture ! Mon coeur fait un bond. Panique. De toutes façons je ne vois plus rien alors je n’ai rien d’autre à faire que de m’arrêter immédiatement, là. Chance Ô chance l’Homme des Bois que j’aime répond au téléphone et la mécanique ça le connaît. Il viendra, on trouvera un garage, on mettra une emplâtre de chaque côté du capot et je pourrai repartir.  J’ai dû rouler à 50 km/h sur les 200 kms qui me restaient. Record de lenteur Pau-Toulouse battu.

Deux ans après, lui et moi on reviendra chez lui faire un nid. La joyeuse bande est toujours là. Les filles ont trouvé l’amour et certaines font des bébés. On forme un genre de communauté dont je suis nostalgique. Chacun sa baraque mais l’entraide est permanente. Voiture, légumes, fruits, bois coupé, bricolages…tout est partagé au gré des envies, des besoins, des plaisirs à donner, à vivre.

A Vivre presque de rien mais vraiment Bien.

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mars 15, 2010

An angel at my table

L’émotion de l’homme qui dit sa peine.

L’humide au coin des yeux, au coeur d’un coeur habité de moi.

Minuscule sur ton fil tu te dis, tu dis.

Assis dans la cuisine

Soleil couchant

Devant moi sans prévenir

Un ange déploie ses ailes.

C’est toi qui m’ouvres tes failles et en fait mon berceau

Tu resplendis, lumineux du chagrin

Et pour nulle autre ailleurs je ne changerai ma place.

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mars 15, 2010

Tout autre

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mars 15, 2010

G. Laissé

Hanoï est une ville exceptionnelle. On me l’avait dit, promis et redit, maintenant j’y suis. Venue, en voisine, passer des vacances et rencontrer des collègues.

Il y a un truc fabuleux qui peut t’arriver dans cette ville c’est de circuler en vélo. Loues un biclou et prends-en de la graine. Au début tu te verras mourir à chaque carrefour, ensuite tu passeras de l’autre côté de la vie : la vie à vélo à Hanoï, une autre vision de la circulation des énergies.

Ce n’est pas le bordel africain, non, c’est le speed tout en zen. Personne ne s’arrête, jamais. S’arrêter c’est l’accident ou pire. C’est un courant sans fin, on est des milliers, c’est noir de deux roues qui roulent et ne freineront jamais. Débrouilles toi, faut que ça passe et que ça glisse. Pas de frayeur, juste des frôlements, des vents, des brises d’êtres en mouvance. Une danse. Et quand tu y prends goût, tu es transporté, comme un gosse tu en redemandes. Tu te jettes dans l’arène et tu tentes ta chance.

Tu peux aussi danser sur le pont d’un bateau dans la Baie d’Halong. Si tu rencontres G.

Guillermo et sa bande de joyeux drilles en goguette, eux aussi, et dans le même bus que toi, dans le même hôtel que toi et sur le même pont que toi. Sauf que eux sont italiens et ne reculent devant rien. Ils ont pris leur radio-cassette en embarquant, et au milieu de la Baie d’Halong ils ont le toupet de mettre leur zique à fond : de l’italienne, du rock… Et G. a envie de croquer de l’hirondelle. Une frenchy qui s’amuse beaucoup quand elle entend l’italien lui parler des yeux, lui parler anglish au couteau et la faire danser sur le pont.

Le lendemain : Rendez-vous à 5h30 on fera du Taï Chi, lui dit-elle. Je te montrerai. Montrer quoi ? Du Taï Chi je n’en faisais pas à l’époque. Mon voisin laotien en fait tous les matins au bord du Mékong mais je rate ce coche là, hélas. J’en fera plus tard, mais là, avec ce G. au bord de l’eau à 5h du mat, je fais quoi ? Je déconne, je joue la Comedia dell arte, je fais semblant. Et comme il croque tout ce que l’hirondelle lui donne à picorer, nous sommes là comme deux pommes face à l’eau à faire des mouvements lents et sérieux, en respirant fort, très cons-centrés, surtout lui, sur mes mouvements qui sont du vent. E Bellà la comedia.

L’occasion est trop belle, non ? C’est bon les cerises sur les gâteaux… Au retour , dans le bus, la troupe italienne chante à tue tête. Une ambiance du feu de dieu et c’est bon des gens qui se foutent aussi de tout ce qui les entourent et font leur cinema, dolce vità. Alors tout y passe, les italiens, les Beatles, les Piaf, les…Un répertoire hors pair multilingue car même deux british timides s’y sont mis. Le bus ne retourne plus vers Hanoï, il roule on the rocks.

G. m’écrira, m’écrira, m’écrira. Viens me voir à Savona, chez moi. Il faut que je découvre sa Liguria et puis nous irons à Malte pour le mariage d’un ami. Je réfléchis déjà à ma robe, à mon allure…Six mois plus tard, nous prenons rendez-vous à la gare de Genova.

Les italiens sont d’incorrigibles romantiques tant qu’ils n’ont pas croqué la proie. C’est formidable. Rendez-vous à la gare de Gênes, tu vois cela ? Je rêve de la côte méditerranéenne face à moi à l’heure de l’apéritif. C’est l’été, bien sûr, tu avais deviné.

Je ne le connais pas. Toi je te connais si bien, mon amour éternel. Sur le chemin de l’Italie, je viens te retrouver ici. Je vais voir G., je te le dis, inconsciente. Juste pour voir, te dis-je, faire connaissance … Tu ris. Il n’en est pas question , tu dis. Ah ?

Je suis dans la petite cabine du village, place de la Mairie. Je tremble un peu, je fais le numéro de G. encore une fois. Sur le répondeur je laisse un message où je martèle  :  Je ne viens pas, ne m’attends pas ! en toutes les langues que je connais et la sienne que je parle d’habitude juste pour dire Oui, oui, ouiiii. Mais pas là.

Encore G. m’écrira, m’écrira. Mais de l’hirondelle ne croquera pas. Pas celle là.

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mars 14, 2010

Somme des parties

Nous sommes

De loin en loin

Exactement

Ce que nous sommes

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mars 11, 2010

Deux amies

Deux amies manquantes occupent mon esprit. Je ne sais qu’en faire ni le dire.

Comment l’amitié se déroute. Comment la complicité peut se rompre si soudainement.

Deux brunes et si proches et tout à coup plus. L’une qu’on prenait physiquement pour ma soeur. Attablées aux terrasses nous riions quand le serveur demandait Vous êtes des soeurs ? On souriait d’autant plus que l’une de nous deux savait maintenant que sa soit-disant vraie soeur n’en était pas tout à fait une ! Soeurs d’allure, soeurs de coeur.

L’autre était soeur d’esprit et d’intelligence. Un puzzle à nous deux réunies qu’on aimait faire et refaire et ton prénom en M. de cette belle chanson des Beatles.

L’une et l’autre volontairement éclipsées de ma vie. Une complicité aujourd’hui orpheline. C’est ainsi que cela se produit alors qu’on ne l’attendait pas du tout. Alors que je ne le pensais pas possible. Alors se séparer là aussi, en amitié, et grandir.

Et grandir ?

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mars 10, 2010

Tant qu’il y a…

J’ai de droit de vivre avec moi

Avec son pesant de cacahouètes et un doigt de ma vodka.

Avalée d’un trait je ne ferai qu’une bouchée

Et ivre serai sous mon toi.

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mars 10, 2010

L’immobile avance

L’amour est immobile en suspension.

D’au-delà de là, il veut la peine et attend,

Etiré et lent.

Il ne recule devant rien et te regarde.

Il me regarde et n’attend plus, avancé.

Dehors sur la terrasse, immobile, il y a l’amour

Son ombre rejoint mon corps constamment.

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mars 10, 2010

Bien plus qu’un rêve

Elle est attablée avec moi, vêtue d’une robe rouge vif, légère. Cheveux courts chatain clair, frisée, yeux bleus. Comme moi ce n’est pas une jeunette, mais une femme qui a plus de la moitié de sa vie derrière elle, oui, derrière.

Mais c’est de devant dont il s’agit. De voir et d’agir. Je ne la connais pas pourtant elle m’indique la voie, elle me propose ce que je cherche. Changer de vie, partager une maison à la campagne, reprendre un risque. La vie.

Messagère, elle est sérieuse et attentive. Je suis en face d’elle et nous parlons, moi peu car elle a tout à me dire. Un guide. Nous ne nous connaissions pas il y a quelques heures. Depuis je ne la quitte plus des yeux. Mes pensées veulent la retenir. Ne dites pas qu’elle n’existe pas, c’est que vous ne savez pas. Elle est venue me dire. Glissée dans la nuit profonde et l’exactitude des messages ultimes qui vacillent.

Depuis je me réveille, telle la Belle endormie. Le caché je dois le dire, trouver une forme. Trouver une forme de vie à recomposer. Celle de moi qui est patiente, celle qui se contente de…Ne se contente plus.

Hier j’ai pensé te quitter, non pas te quitter, je sais cela me sera impossible. Mais déjà reprendre chacun sa maison, comme nous le faisons depuis toujours quand nous sommes intelligents et vivants. Nous vivons sous le même toit tous les jours quand nous sommes fous : fous de passion les premières années, fous de tristesse ou de peur ou de sécurité destructrice ces cinq dernières années. Entre les deux, l’amour circule, a vogué et a pris la parole, a demandé de nous des preuves et ne s’est contenté de rien. Chacun avait la clé, chacun avait sa clé.

Elle est habillée d’une robe légère et rouge. Elle sait ce qu’elle dit, elle ouvre ma vie, elle dit des possibles et moi je ne suis plus la même. Je ne veux pas renoncer.

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mars 7, 2010

Point de passage

Tout est cousu de fil blanc. Ce fil.

Tu vois, tu le vois, tu ne sais pas. Tu passes, tu choisis. Tu crois réfléchir mais non, ce n’est pas ça.

Tout est cousu de toi, sans toi. Tu passes, tu ne le vois pas.

Il y a des barrières, des check-point à franchir. En vrai, un check-point la première fois que tu le vois, tu as peur. Cela appelle une sorte de guerre sans discussions au fond de toi.

Une guérite, des militaires, parfois des gosses. Dans les pays dits sous-développés se sont des gosses qui tiennent les kalachnikov. Avec des yeux injectés de sang, d’alcool, d’amphèt ou de crack.

Bonjour ? Non, presque pas de bonjour, c’est autre chose, et là tu ne veux pas rester. Un frisson dans le dos. T’as intérêt à avoir des potes dans la voiture et les mots qu’il faut. Quoique, les mots..c’est de la rigolade. Là c’est les yeux et les gestes.

L’enfant a grandi dans la guerre. L’enfant, qui a déjà des enfants sans doute, ne sait rien de la Démocratie ou de la Justice. Quoiqu’on en dise quand on les a…on les a… Il a les tripes dans ses godasses cloutées, ses seules vraies godasses,  et sa paye est dans ses mains, bien serrée, en cash qui tue ou menace.

La vie vaut tripette quand tu dors par terre avec des cafards bien plus gros que le pouce. Le vrai cafard, quoi, celui sur lequel tu ne t’attardes plus.

Tu prends les armes, tu prends la vie.

Le check-point sur ta route, plus de ralenti. Passent tes vitesses, le pas emboîtes-le.

Le check-point sur ta route, ils te regardent dans les yeux les gosses aux yeux rouges.

Tu ne fileras plus jamais droit, ta violence prend un autre tournant.

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mars 4, 2010

Clapotante

Tu t’endors ?

Tu passes ?

Tu glisses ?

Tu serres la vis, tu reboulonnes ?

Tu carapaces ?

Tu respires, tu traces ?

Tu avances ?

Je ne sais pas. Quand on avance on sait ?

J’éprouve cette vie, est-ce si facile ?

Est ce possible ?

Lissée contre l’un, longeant tes murs.

Coulée douce ?

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mars 4, 2010

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mars 3, 2010

La boîte laquée

Tu es monté je n’ai pas eu le temps de te voir prendre l’escalier.

En bas on t’avait ouvert. Une voix m’a appelée, je suis sortie de ma chambre et tu finissais de monter les escaliers de cette grande maison coloniale.

Tu étais tout chose. Tu portais cet objet entre tes deux mains.

Cette boîte.

Ronde, lourde, avec des dorures et de la marqueterie. Trouvée chez les antiquaires du « marché russe » de Phnom Penh, bien sûr.

Tu la tenais comme si elle allait exploser ou comme si elle contenait des petites grenouilles vertes à pois, prêtes à faire sauter le couvercle au moindre choc.

J’étais étonnée, très. Certes, il y avait eu cette soirée, un appât. Mais rien au delà, pas depuis deux jours. Et te  voilà, princier, comme tu sais faire. Tu m’offres cette boîte, ronde et grande. Le couvercle la couvre des pieds à la tête, de haut en bas ( toujours, avec toi…). On retire ce couvercle-chapeau, immense, et il y a un premier niveau en bois, dentelé, fait de petites cases. Puis on soulève et on parvient au creux de la boîte, profonde et toujours aussi ronde.

Tu l’as posée. Elle est à moi. C’est aussi, bientôt, mon anniversaire. L’année 1992 débute à grandes enjambées dans ma vie, dans un précipice , une effluve d’inconnu.  Je suis inquiète et perdue. Tout va très vite, tout est très étrange dans ce pays où les traces de la guerre, pourtant lointaine, sont partout présentes.

Les ponts sont encore coupés, il faut traverser les fleuves, traverser, se serrer sur des bacs. En face c’est déjà très loin. Il n’y a pas de pont à passer, aucun aller et retour n’est facile. Il y a un poids partout.

Dans des quartiers d’immeubles encore dévastés, les traces noires des bombes et de leurs fumées lancent leurs menaces sur les façades jusqu’en haut. Les gens vivent entre des cartons. La ville vit dehors, de couvre-feu en couvre-feu. Il faut savoir où poser tes pieds, où aller. Il faut savoir éviter et se protéger.

Dans ce pays le drame est venu et est resté. Il a planté sa lame rouge et c’est bien plus que le noir qui s’est installé. L’Homme fut un loup pour l’Homme et jamais rien ne sera comme avant. Il n’y a plus d’avant et il y a peu maintenant.

Que faisons nous là ? Dans cet endroit impossible pour moi à appréhender.

Ce que nous faisons ? Tu as fini de monter l’escalier et tu t’assois sur mon lit. Nous bavardons. L’envie d’aimer est venue avec toi. Nous sommes transis. L’amour transit les êtres, les remet dans le lit de leur première nuit, les met à genoux, nus, sans rien, malades, incertains, déments, courageux.

Nous sommes ici réunis dans ce pays. Nous y avons guidé nos vies sans rien savoir de ce que nous faisons, sauf que rien ne pourrait être,

Ni ailleurs ni autrement.

Qu’est ce que nous faisons ?

Nous n’en savons rien, rien, rien.

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mars 3, 2010

Ouistitis !

Album Petit à petit, collectif Tendance floue.

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