Archive for avril, 2010

avril 30, 2010

Plumes d’amoureux

Les lettres et l’amour et les mots qu’on s’écrit.

Tomber et retomber en amour par lettres, par phrases, dans l’absence physique et la présence nuptiale du courrier.

Le romantisme de tes mots, la puissance des miens. La porte ouverte du Paradis.

Ai-je aimé sans qu’on s’écrive mille fois ? Non, je ne le crois pas. Avant, pendant, longtemps. Ne l’oublie pas.

Ne m’oublie pas.

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avril 30, 2010

avril 30, 2010

Repartir. My Allison.

Il fait si beau ce matin à 6h les portes-fenêtres grandes ouvertes sur le vert et le ciel. Cela m’a transportée dans ces matins lointains de ma maison laotienne.

Le jardin était au milieu des rizières et des bougainvilliers. Une petite route de terre et quelques jolies maisons basses, isolées. Je passais mon temps sur la terrasse couverte. Couverte comme un préau si bien que tu pouvais rester des heures à voir les grosses pluies s’abattre sur la nature qui en voulait encore, jusqu’à se noyer.

Allison venait souvent. Une australienne qui n’aimait guère son pays, du moins était heureuse d’être loin, comme toutes les autres australiennes gauchisantes de mon quartier.

Allison était toujours pieds nus. Hautement diplômée en agronomie et hautement écologiste, elle vivait les pieds plantés dans la nature. Très en avance sur moi, sur nous l’Europe de 1996.

Elle passait son temps avec les paysans laotiens à monter des clôtures, élever des cochons, construire des enclos, planter des arbres, loin dans les campagnes. Sa maison était grande et en cohabitation, of course. Les poules entraient dans la cuisine et un gros canard était son animal de compagnie. Elle conversait et philosophait avec lui.

Voilà la belle vie. Une amie aux pieds nus qui philosophie avec un canard et vient boire le thé chez toi aussi.

Cette fille aux yeux verts vivait sans peurs et sans contraintes. La nature et elle, le compte rond y était. Issue de ce continent où la nature est souveraine, elle était chez elle dans ses plis, ses contours, elle s’adaptait partout. Plus tard elle a passé une année au Canada pour des études et partait camper seule dans la neige.

Elle y a rencontré un de ses fiancés futurs. Comme c’était trop facile elle est revenue au Laos seule, pour vivre au bord du Mékong dans une petite chose en bambou sur pilotis, deux pièces maxi. Il l’a rejoint. C’était le test suprême…Il a tenu bon. Et un bébé en est né, plus tard, de retour sur son continent à elle, celui qu’elle avait fui mais parfois…on s’adapte. Leurs trois enfants y vivent souvent pieds nus, j’en suis sûre. Les parents ont fini par se marier. Une cérémonie au fond d’une forêt, made by Allison…of course, avec plantation d’arbre par les invités et sûrement une communauté aborigène dans les parages…I missed you there, m’a-t-elle écrit. Le billet d’avion ne s’accordait pas avec mes finances, hélas…

So what ? Et bien ce matin je réalise que je n’avais pas encore fait tout ce chemin, qu’elle, elle avait déjà fait. Et je ne suis pas encore allée camper seule dans la neige, pas encore…Je réalise que j’étais encore coquille pas sortie de mon oeuf. J’étais toute enrobée, et malheureuse, sur la planète de l’amour et pas encore en décroissance matérielle et croissance écologique…Mais elle a laissé sa trace mon almost abo Allison.

Aujourd’hui je me souviens de mon grand jardin de bougainvilliers. J’aime secrètement penser que je m’éloignerai un jour de tout ordinateur et de tous ici. Que je saurai vivre de peu et loin mais utile encore. Comme ces prêtres en pleine brousse, âmes fortes et éclairées, Abbé Pierre magnifiques que j’ai croisé.

Mais ai-je la foi en quelque chose ? En quelque chose d’autre que mon égo sur-gonflé ? Ai-je le courage sans le désespoir ? Aurais-je la force de me dépasser ? Autrement, pas comme précedemment là-bas. Autre encore mais ailleurs et heureuse ?

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avril 28, 2010

Revenir. Lettre à M.D

27 avril. Soir orange et mauve. Pleine lune entre clarté et larmes. Pensées et douceurs. Comme un voyage en marche de l’intérieur. Je t’embrasse.

Carte-collages et mots pour M.D qui est celle qui m’a vue en dessous de tout. La vie est souvent bizarre. L’amitié inattendue ? Finalement on se connaissait très peu au départ. Ben oui, c’est comme cela au commencement ?

Il avait bossé avec elle et l’appréciait. Et voilà que nous nous retrouvions presque voisins dans cette grande ville entre Saône et Rhône où je n’avais aucune amie. Voisine, voisins, il était donc facile de se voir au quotidien. Et de cafés en terrasses, en thés à la maison, en repas improvisés…M.D et moi c’était simple, très.

On essayait de revenir. De revenir de pays lointains où nous avions bossé.  Il fallait se refaire. Réapprendre. Et on se comprenait bien, sans doute aussi pour tout cela en commun.

Je n’étais pas du tout la même qu’aujourd’hui. J’étais très préoccupée et très investie dans des études et des projections professionnelles. Tout comme elle. C’est comme cela quand on revient. Quand on essaie de revenir.

Je ne savais pas du tout que tu écrivais comme cela, me dit elle maintenant. C’est vrai et puis tout était si différent. Mon temps était ailleurs et mon nez dans les livres. Et mes mains toutes pour lui, mon divin.

Peut être on se croyait à l’abri, enfin on essayait vraiment de creuser un abri. L’une comme l’autre, à peu de distance. Et puis en quelques mois nos vies se sont accrochées, touchées, fondues. Un drame de son côté, une maternité inattendue qui avorte en catastrophe, bien avant le jour prévu. Et je suis chez elle, elle est en sang, nous sommes dans sa voiture en panique, je tiens sa main à l’hôpital. Les secondes durent des heures et cela dure des heures. Et les jours qui vont suivre aussi.

Je la ramasse à la petite cuillère. La voiture en est pleine de nos coeurs en petits morceaux. C’est d’une tristesse lourde. Lui,  arrivera, mais plus tard, trop tard, son amour qu’elle croyait mais qui n’est pas prêt à ce moment là. Il la laissera. Une solitude aïgue va envahir ce début d’année. Pour elle. Et pour moi qui  ne le sais pas.

Cela me tombe dessus. C’est la fin des haricots, les petites cuillères ce sont des louches qu’il  me faut. Il faudra repartir et vite. Revenir n’est pas ici. L’abri est en miettes, j’épluche les murs, je goutte à goutte. Mon amour pète un plomb, dégringole, catapulte, saute en élastique sans élastique. Je meurs dans mon ensemble, en gros, je meurs. Il reste juste des semblants.

Elle part faire un grand voyage , elle me laisse ses clés et me sauve la mise. Pour déguerpir illico de là où l’amour s’est tu. Armes et bagages ? Non bagages.

Alors je suis chez elle. Et c’est elle, au retour,  qui me met dans un taxi pour quitter à jamais  la vilaine  ville. Je prends l’avion pour le Laos. Et quinze années se passent sans savoir…

On sait juste qu’il faudra du temps, surtout pour moi. Parfois je reçois une carte.

Au Kenya, un corps noir sur ses mains blanches. Puis il faut encore revenir. Bien plus tard, dans la grande  ville, la même,  son fils vient au monde. Le père d’avant cette fois est resté. La vie, enfin, ils ont gardée.

Cette année c’est moi qui écrit. Il est temps de reprendre le fil alors on se téléphone. Et c’est simple alors que tout à changé. Nous ne sommes plus d’éternelles étudiantes ni des professionnelles acharnées. Elle cuisine, elle qui vivait de trois de feuilles de salade. Son fils a un handicap qui réclame une attention constante. La vie s’est ré-organisée. Entre ses orteils,  encore du sable rouge kenyan, j’en suis sûre, mais…Il faut revenir et maintenant rester. Le revenir dure, dure, ne comptons plus ses années. Il persiste. Et Rester ?

Moi je ne cherche plus à prouver, j’évite de me faire du mal, j’en ai moins besoin. Je n’ai plus cette force.  Je me montre autrement. Non, elle ne savait pas. Qui étions nous ? Nous nous connaissions si peu, peut être ? Nous rions.

Que savions nous, au fond ?

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avril 27, 2010

San Francisco Bay. Photo de mon amie M-A, qui y vit.

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avril 27, 2010

Et les petites cuillères

Un compromis qui ne voudrait pas trop paraître. Et ne rien promettre.

Une transparence qui ne laisserait rien voir

D’une vie doublée dans sa version hypothétique.

Petites dentelles de lassitude prises en stop sur le chemin. Bagatelles du lointain.

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avril 26, 2010

Vérité première

Le ventre collé à ton dos. Je m’éloigne et mon ventre est chaud.

Je me dis : tu es la branche, je suis l’oiseau.

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avril 24, 2010

K. Haut

Bon, c’est la dernière fois que j’en parle ici ou là, de toutes façons, je sens qu’il va falloir le terminer ce bouquin et le rendre à la Mediathèque chérie.

Pourquoi il m’émeut tant ? Parce que c’est un recueil des textes  ( de quelques pages chacun) de jeunesse de Kerouac, entre 16 et 22 ans. Avant que tout ne bascule complétement vers sa vie de clochard céléste. D’un homme qui ne sait pas qu’il ne verra pas ses cinquante ans.

Et déjà tout est là, bien sûr, dans la puissance d’une existence voulue hors du commun, dans cette adolescence, qui est pour moi une période essentielle dans la vie. Une période extra-lucide.

Ce livre là au début tu le lis et Bing, la claque. Tu te dis Bon ben c’est pas la peine de continuer à poser ne serait-ce que l’ombre d’un stylo sur un papier. Je vais retourner couper les oignons dans la cuisine pour pleurer pour de bon.

C’est bouclé, c’est plié, couché panier. Et puis finalement il se passe un truc très vivifiant, c’est l’effet Boomerang. Clac. Au bout de deux pages t’as les neurones qui fricotent un genre de truc électrique et Zam ! C’est l’effet Ma sorcière bien-aimée. Le stylo se retrouve dans tes doigts, tout seul.

Bon y’a des dégâts, faut pas monter sur tes grands chevaux Billy Ze Kid. Mais ça soulage, enfin ça te permet de panser la claque que tu as reçue ci-dessus.

Au fond, c’est un coup de pied aux fesses que tu as eu et c’est bien fait, tu l’as voulu.

La table des matières de ce livre, j’en ferai bien une histoire à elle toute seule, en vrac ça donne cela (extraits)

Première partie : Forets de sapins et pure pensée (1936-40). Un long rêve étrange, L’orchestre de Count Basie, le meilleur du pays, Retourner, Rien, Une pièce que je veux écrire, Concentration, Intimité, Une journée de septembre, Je me souviens des jours de ma jeunesse, Là où commence la route, Night-club à New-york.

Deuxième partie : Coup d’envoi (1941). Le je-ne-sais-quoi du cigare, Dieu, Si j’étais riche, Un dimanche après-midi de juillet, Sur la véranda à me souvenir, Le sage de la carrière de sable, Chant d’adieu, délicatesse de mes arbres, Il faut que je ramasse ma mise et que je me tire, mec, A 18 ans j’ai soudain découvert les délices de la rébellion, L’Amérique dans la nuit, Carnet d’un jeune écrivain, Aujourd’hui, Ca je le sais

Troisième partie : La peinture exacte de la vie ( 1942-43 ). Tristesse à six, La faim au coeur, La beauté, vérité qui dure, Blessé au combat, La vie, une blessure…

And so on…

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avril 22, 2010

Ô délices

Le long du fleuve brun coulent les crocodiles

Mes brassées claires sentent jasmin et papaye

De terre mêlée mon ventre est souterrain

Etendue, pétales de roses le long des bras, accueillie

Le long du fleuve brun aux ombres épaisses,  parfums puissants

Descendre les quelques marches qui restaient en suspend,

Brûlante et crocodile, la peau collée aux vêtements,  je me rends…

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avril 22, 2010

avril 21, 2010

L’adieu aux choses

Et vous là dedans, vous voulez quoi ?

– Rien.

C’est le notaire qui lui demande au téléphone. Bon, alors résumons. Voilà quel est le patrimoine : ça, ça et ça. Vous êtes trois, cette masse peut se décomposer en lots. Alors vous qu’est ce que vous souhaitez ?

– Rien.

Déjà écrit plusieurs fois depuis deux ans que sa mère est morte, mais c’est la première fois qu’elle le vit de vive voix, oui, le vivre cette fois. Son corps va en être extirpé et malaxé durant les heures qui suivront.  Tremblante, elle ne pourra plus parler, juste faire quelques gestes machinaux pour exister.

Elle se jette à l’eau dans le courant, il n’y aura plus de retour possible, jamais. Elle ne retournera plus jamais sur l’autre rive, elle le sait. Elle les quitte, c’est définitif.

– Rien, m’sieur, je veux rien… Bon ben avec vous ce sera pas compliqué. Et même pas les pièces d’or, hummm ?

– Non, rien.

Ni ça, ni là-bas dans cet endroit immense où ma grand-mère nous attendait sur le balcon de marbre, tous les étés, face au port. Je leur laisse. Non je ne veux pas de murs, pas de meubles, pas d’objets. Terrorisée par les encombrements, déjà trop encombrée d’elle-même. Moi la petite, le chaton qu’on a gardé, finalement, le bienheureux, le rescapé. J’ai tout eu, je peux tout leur laisser. De l’amour maternel au centuple et sa main dans la mienne les derniers jours, la mort bien en face qui prenait son temps.

A lui qui a vécu couteaux tirés avec sa mère, le mal-aimé, et qui veut tout prendre maintenant. Prends, je te comprends. Et tous ces murs ne te rendront jamais l’enfance qu’il t’aurait fallu pour que nous soyons des adultes doux et non violents.

Arraches, défends, monopolises l’amour défunt et ses choses que tu n’en finis plus de t’accrocher au cou comme une dernière bouée. Regrets, chagrins, désespoirs et revanche mêlés, seront tes ultimes filets.

Moi, vois tu,  l’amour je l’assiège et je le prends quand il est vivant. Mes regrets, mes chagrins n’auront pas de fauteuils, pas de table ni de tapis. Pas de balcon, pas d’escaliers ni de lampes. Une coulée fraîche et nue vers l’autre rive. J’en prendrai le temps, décidément.

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avril 20, 2010

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avril 20, 2010

Au bord du fleuve

Ne m’oublies pas me dit-elle aujourd’hui.

A 80 ans elle a perdu son mari et depuis se meurt de chagrin et d’ennui. Alors depuis trois ans je lui envoie très souvent des cartes d’amour et là je suis en retard. Ne m’oublies pas , répète -t-elle. Le Temps s’allonge pour elle dans un vaste filet.

Ô je t’en prie, je ne veux pas vieillir, je t’en prie.

Je resserre le haut de mon gilet à cause du vent. Le bouton d’en haut est parti. Je ne m’en suis pas aperçue. Est-ce que je me laisse aller ? C’est pourtant bien agréable…

Je revois les bords du grand fleuve marron peuplé de doux marchands ambulants. Une grande terrasse en bois qui surplombe un peu. On peut y manger du riz gluant, le meilleur, servi dans des petits paniers tressés, petites boites aux odeurs divines. Et du poisson grillé. Poisson du fleuve mythique. Poisson d’arêtes à manger avec les doigts, comme tout le reste. Bouteilles de Pepsi, Coca, Sprite, mieux vaut parce que l’eau…Et personne ne sait que tu es là.

Est-ce cela vivre ? Personne ne sait ce que tu fais de mieux ou de plus beau ? Comme manger ce poisson au bord du Mékong. Seule, ou avec deux, trois amis. Les bras accoudés sur la balustrade de bois sombre. Quelques rares bateaux sur les flots bruns. Et puis rentrer chez toi à vélo sur la piste orange.

Et pour toi seul, le Temps dans un filet, jeté sur le fleuve.

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avril 20, 2010

Le vase

On ne peut pas dire que le vase soit clôt. On ne peut pas dire que le vase soit vide. On ne peut pas dire qu’il n’est plus.

On peut dire que les mots ont pleuré le plein. On peut dire qu’il en reste. On pourrait dire qu’on va reconstruire. A l’intérieur du vide du vase encore plein. On volerait de l’eau, on ferait des figures, des plats, des ronds avec les mains.

On peut dire qu’on s’ennuie et qu’on regrette que le temps passe.

On peut dire un vase vidé de ses chimères. Un vase laissé qui a la rondeur vive. Que tu peux prendre et caresser sans te blesser, maintenant. On pourrait dire laissé  derrière. Non, pas en arrière.

Un vase entier posé sur la table basse. Vaste, ouvert.

On pourrait dire et penser, pleurer, tendre et refaire. Mais voilà je ne connais pas ce vaste vase, là,  dans mes bras, qui lentement glisse à terre rempli de toi, rempli de moi.

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avril 20, 2010

Quand même

Glisser de très peu au confins de soi

Vivre, alors qu’on ne sait pas.

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