L’adieu aux choses

Et vous là dedans, vous voulez quoi ?

– Rien.

C’est le notaire qui lui demande au téléphone. Bon, alors résumons. Voilà quel est le patrimoine : ça, ça et ça. Vous êtes trois, cette masse peut se décomposer en lots. Alors vous qu’est ce que vous souhaitez ?

– Rien.

Déjà écrit plusieurs fois depuis deux ans que sa mère est morte, mais c’est la première fois qu’elle le vit de vive voix, oui, le vivre cette fois. Son corps va en être extirpé et malaxé durant les heures qui suivront.  Tremblante, elle ne pourra plus parler, juste faire quelques gestes machinaux pour exister.

Elle se jette à l’eau dans le courant, il n’y aura plus de retour possible, jamais. Elle ne retournera plus jamais sur l’autre rive, elle le sait. Elle les quitte, c’est définitif.

– Rien, m’sieur, je veux rien… Bon ben avec vous ce sera pas compliqué. Et même pas les pièces d’or, hummm ?

– Non, rien.

Ni ça, ni là-bas dans cet endroit immense où ma grand-mère nous attendait sur le balcon de marbre, tous les étés, face au port. Je leur laisse. Non je ne veux pas de murs, pas de meubles, pas d’objets. Terrorisée par les encombrements, déjà trop encombrée d’elle-même. Moi la petite, le chaton qu’on a gardé, finalement, le bienheureux, le rescapé. J’ai tout eu, je peux tout leur laisser. De l’amour maternel au centuple et sa main dans la mienne les derniers jours, la mort bien en face qui prenait son temps.

A lui qui a vécu couteaux tirés avec sa mère, le mal-aimé, et qui veut tout prendre maintenant. Prends, je te comprends. Et tous ces murs ne te rendront jamais l’enfance qu’il t’aurait fallu pour que nous soyons des adultes doux et non violents.

Arraches, défends, monopolises l’amour défunt et ses choses que tu n’en finis plus de t’accrocher au cou comme une dernière bouée. Regrets, chagrins, désespoirs et revanche mêlés, seront tes ultimes filets.

Moi, vois tu,  l’amour je l’assiège et je le prends quand il est vivant. Mes regrets, mes chagrins n’auront pas de fauteuils, pas de table ni de tapis. Pas de balcon, pas d’escaliers ni de lampes. Une coulée fraîche et nue vers l’autre rive. J’en prendrai le temps, décidément.

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5 commentaires to “L’adieu aux choses”

  1. Tu dis bien. En ce qui me concerne, ils ne savent rien, me font horreur…

    • Pour moi, tu vois, il y a un décès qui a tout déballé au grand jour. Bien pire qu’un volcan islandais. Et salutaire pour mes vols , mon altitude, malgré la fissure sanglante, digne d’un tsunami terrien.
      Merci Marie d’être passée ici.

  2. L’après décès est toujours pire quand il faut abaisser son regard sur le matériel et voir les sentiments s’y loger…Souvenir très cuisant…

  3. Tout, là, est dit.
    Va, plume d’Hi, ce prénom te va comme un gant. Tiens aujourd’hui j’ai photographié un bel oiseau, l’Hirondelle des mers, je te l’envoie dès que possible 😉

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