Archive for mai 14th, 2010

mai 14, 2010

Mes cheveux longs

C’est mon ultime adieu pour toi. Je les laisserai frôler mes reins s’il le faut.

Je soigne leur forme pour que le volume m’entoure. Je leur mets de la couleur souvent. Rouge, bien sûr, comment faire autrement ?

Tu ne me voulais qu’en cheveux longs, tu bougonnais quand c’était autrement. Aujourd’hui je te comprends. Tu es content ?

Un jour, tu m’apercevras. Ce sera cette soirée de juin ou de juillet. Fenêtres ouvertes et jardin où traîner. Une soirée animée, facile, gaie, avec de la musique, alors tu sais où tu me verras tout d’abord, n’est ce pas ? Dansante, là.

Et puis j’irai au bar et je serai debout. Et quelqu’un touchera mes cheveux. Dans mon dos, caché de mes yeux.  Tu frôles légèrement mais je sens que tu en es encore propriétaire. Et une poignée dans tes mains c’est déjà nous renverser, comme nous aimons, tu sais.

Alors je prends le temps avant de te revoir, car tu peux attendre, n’est ce pas, maintenant ?

Je porte ma robe d’été longue, avec sur un fond noir, des grandes fleurs de tiaré  rouges et blanches. Celle là tu ne la connais pas, c’est pour ça. Mes bras nus s’agitent un peu puis sont immobiles pour mieux envelopper ta présence.

Au quart de tour. Je me retourne.

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mai 14, 2010

1978

Les petites tasses rondes tenaient parfaitement dans le creux de la main.

Cette maison était notre lieu, celui de mes dix sept ans. Tu en avais à peine vingt. Une vraie vie à deux, enfin. Sans mon nom sur la boîte aux lettres car les parents n’y comprenaient rien et je leur mentais sur mon adresse. Le jour même de ma majorité j’ai posé nos deux noms à nous sur la boîte , les deux tourtereaux enfin dévoilés au grand jour. La force de la liberté m’habitait de bas en haut.

Le premier qui dans le corps se glisse tout à fait. Celui-là. La pleine innocence, la totale maladresse, la fabuleuse énergie de l’amour grandi.

Mais quelle idée ! En 1978 nous partons en vacances en Grèce en plein août. Cet été là tout le monde est en Grèce. Patatras. le Nord est bondé, plages très sales et aucun hébergement. On se réfugie dans le train direction Athènes. Et là je me sens enfin bien.

Sur l’Acropole je décolle, je suis déboussolée. Révélation. Je découvre une autre dimension, le premier choc avec des pierres qui parlent. Ces statues devant moi qui sont restées debout et me regardent. Premier face à face dans les yeux d’une perte de fragilité, d’une consistance nouvelle à saisir. Submergée d’émotions devant tant de grâce. Divinité.

Je ne suis donc pas venue pour rien ou pas seulement pour te perdre. Car me voilà caractérielle étouffant de toi. Tu me colles, tu m’embarrasses, et mon corps veut la paix solitaire.

Une île plus tard, fauchés et nourris de pastèque et de pain, je suis un peu calmée, tu sais que dormir sur les plages ouvre toutes les promesses. Calmée mais pressée d’en finir.

Encore une lune de miel qui tombe à l’eau, il y en aura d’autres. Me voilà touchée, coulée, dans les Cyclades.

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