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juin 13, 2010

Qu’est ce que j’ai ?

Mais qu’est ce que j’ai ?

Hier sur la place de la Mairie de ma petite ville je tombe sur la brigade des pompiers toute rassemblée. En rang, en groupes. Leurs camions posés plus loin. Leur fanfare face à la troupe. Et Hop tsoin tsoin. Oui, je l’avais lu. Une journée de parade, de démonstrations, de portes ouvertes à la caserne.

Moi je passe par hasard. Je m’arrête. Je les vois de loin. Tous rangés, simplement, 70, pas plus. Et la fanfare qui fanfaronne tsoin tsoin. Et moi qu’est ce que j’ai ?

Je suis troublée. Je suis serrée dans mon coeur, émotionnée. Quoi ? Tu aimes les parades, les fanfares tsoin tsoin ? Quoi ? Pourquoi ces hommes au pas, rangés dans leurs habits et sous leurs képis, ça t’émeut ? Mais qu’est ce tu as ?

Je suis un peu loin, au soleil. Incertaine de ce que je ressens. Mais…Je souris, comme si cela venait de loin. Incontrôlable. Je m’approche. De côté puis derrière eux. Chemises bleues, costumes du feu, femmes et hommes, jeunes et vieux. La fanfare les fait sourire. Rien de trop formel, de la belle humeur et de la retenue.

Un joli brun comme je les aime. Simple et souriant avec son appareil photo va et vient. Je lui parle, je lui demande car je n’étais pas sûre de ces chemises bleues. Les officiers. Ah ? Les officiers. J’ai envie de pleurer. De pleurer de loin. De lointain. Je suis emportée par une autre vie, d’autres hommes, des armées, des guerres, des vaillants peut être, des combattants, des qui sont là. Etaient.

Qu’est ce que tu as ? Le képi de grand-père sur la cheminée ? Ses photos de militaire ? Ses années de prof  français-latin-grec à St Cyr ? Ses potes dans les tranchées de 14-18 ? Cette incroyable photo de son bureau en bois, petite table d’officier dans les mêmes tranchées, d’où il écrivait à sa fiancée québécoise ?

Qu’est ce que tu as ? Qu’avaient-elles en commun tes deux morceaux de famille, celle du Nord et celle du Sud ? Oui, je sais. Un sens de l’honneur et de la responsabilité. Un sens absolu de l’engagement.

Qu’est ce que j’ai ? Derrière moi. De tout. De cela. Des hommes au combat, des saluts, des solidarités qui me font pleurer, en dehors de tout raisonnement intellectuel, de toute opinion quelle qu’elle soit. Sur la place je suis là, sentant loin d’autres voix. D’autres époques. Et la vibration de ce torrent de l’être. Je suis sans voix. Je cherche des yeux ce qui n’y est pas.

Je repars sans repartir. Je ne comprends pas. Mais je sais que ne veux plus retenir tout ce que je ressens en moi.

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