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juin 15, 2010

S’enchainent

Kirghiz ? Kirghizstan ? Nous sommes étalés sur le couvre lit bleu très foncé couvert de soleils peints.  Le lit par terre. C’est notre quasi studio, celui de ton retour en France. L’endroit, le nid, que j’ai préparé pour nous, ce Nous que j’attendais et chérissais depuis presque trois ans.

Nous regardons les Atlas et les cartes et avec toi ce n’est pas ce qui manque. Tu as une proposition de travail là-bas. Ton oeil est allumé pétillant en me regardant. Un vrai phare breton téméraire. Moi tu sais que je suis prête à tout, de toutes les façons. De mon côté un poste au Japon est envisageable mais..Hokkaïdo…? Les cartes changent de pages, les atlas font des recto et des verso. Je me vois dans les glaces de l’île sévère,loin , très loin. Où j’aurais froid de toi.

On s’amuse. On imagine. On distance les possibles, on se teste. On tourne et retourne le Monde, celui que tu aimes tant étudier et parcourir depuis tes seize ans. Une route de la soie à toi tout seul, tu es. Tu es prétendant à tout dans ma vie, maintenant réunis, nous tenons chaque choix au bout des doigts, nous régalant.

Mais tu viens tout juste de rentrer et nous avons été très séparés dans  ce vaste Monde. Tu n’es pas sûr et tu as un mémoire à rendre et à soutenir et moi itou. Les études de nos trente-cinq ans. Les plus fortes, les essentielles, les brillantes. Une autre offre vers le  Cambodge, encore ? Entretiens. Prise de tête. Tu dis non.

Ce sera Lyon et nous prendrons du recul, le nez seulement  dans tes Atlas, pas les chaussures. Vlan. Mauvaise pioche ? Dix-huit mois après nous volons en éclats.

Non, décidément, pourquoi ne l ‘ai je pas  vu ? Nous étions faits pour tout mais surtout pas pour vivre ensemble. Pourtant nous étions faits. Nous avions tout. Il me fallait toi. Et il me fallait toi pour qu’aujourd’hui je m’apprivoise  en amour. Mais tu m’as manqué. Si. Tant. Et je t’ai manqué. Oui. Mais.

Aujourd’hui cela fait quinze ans que nous étions sur le lit au sol avec nos cartes ouvertes encore vers l’Asie extrême en riant. Il m’a fallut ce temps pour m’aimer sans toi. Ne plus regretter de ne pas pouvoir être avec toi ET lui. Vous faire l’amour, et cela l’amour le réclamait, sa plus belle récolte. Mes extrêmes enfin rassemblés, cette puissance sans limites. Dans cette société c’est tout un pâté-patacaisse pour vivre deux amours. Deux essentiels en même temps. Mais maintenant j’ai remonté les horloges de ma tête et je t’ai donné la place que tu mérites et que tu as. Même si…

Tu es maillon de ma chaîne, une fois pour toute telle que moi. Noués et indispensables. Je t’ai réconcilié avec mon âme en déroute de notre ensemble, de mon Tout.  Cette âme que tu voulais toucher, disais tu.

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