A-t-on besoin de se voir ?

J’ai entendu ta voix. Je ne t’ai pas vue depuis longtemps. Je ne peux m’empêcher de relier ta voix à quelqu’un d’autre et à ce bout de vie qui était comme une clôture mais je ne le savais pas. Une clôture comme autour d’un champ ? Mais qu’est ce que je dis moi ? Une clôture comme une fin. Est-ce la même chose ?

L’amour s’encercle-t-il ? Comment finit-il, je ne sais pas. Avec spasmes et lenteur, je crois. C’est ta voix, celle d’une amie que je ne vois pas. Les années ont passé par dizaine, bientôt vingt s’il le faut. Avec le temps je ne sais plus s’il faut se voir ou pas. La somme des sentiments s’allongent, comme sur une plage à même le sable, peut être juste une petite serviette là où tu voudras. Sous la tête ? Sous le dos ? Et ils prennent le soleil. L’absence sans nuages fait dorer la certitude. Lentement.

Se voir amène les nuages et la pluie, et la vigueur et les océans, et l’eau entre les orteils, et. Se voir est l’absence.

Hier j’ai vu une amie lointaine dans mon ordinateur. Comme elle vit très loin et qu’on s’aime beaucoup, elle m’a demandé d’installer ce truc qui s’appelle sk….qui permet de se parler et de se voir sans frais. Il est dix heures plus tard chez elle. Et 35 degrés à l’ombre en décembre. Je l’ai vue, elle me voit. J’aime son sourire. Elle porte un joli haut au décolleté très rond et des manches courtes fronçées. L’eau est à 27 degrés me dit-elle aussi et je me dis que je vais aller nager dans cette eau, sur la plage que je connais de ce Pacifique sud qui m’attendrait. Je ne vois pas pourquoi je n’irais pas moi aussi dans cette eau là.

A un moment nous ne disons rien et j’aime la voir se pencher simplement. Et tout se dit dans cet instant silencieux, dans cette présence lente. Il suffisait cela, peut être.

Amis. Sommes nous loin ? Faut-il encore se voir ?  Je suis rompue à l’exercice et j’en sais les recoins sombres, la dose de force qu’il requiert, même si cela fait vivre bien souvent. Même si indispensable parfois. Encore faut-il savoir l’être. Et ce près et ce loin.

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4 commentaires to “A-t-on besoin de se voir ?”

  1. Se voir? oh oui, parfois, pas plus, pas trop, juste assez pour le manque, l’absence, deviner, imaginer, croire, se tromper, mais au fond, aller plus à l’essentiel, du coup.

  2. La distance comme le manque, une torture…

  3. La distance ouvre -t-elle des possibles ?
    Aller à l’essentiel, c’est beau Paola.
    Cette distance elle n’est vécue par personne pareil, c’est une expérience intérieure unique. J’ai mis du temps à vraiment m’en rendre compte, à mes dépends parfois. En amitié, par exemple. Pour moi elle tisse et fait rêver et garde. Il y a des amies qui ne peuvent la vivre et veulent le quotidien. Alors quand tu changes de vie 36 fois en 20 ans…cela créé chez chacun des frottements divers et différents, parfois trop, parfois trop peu, etc
    En amour..en amour…il y a un homme et une femme, très souvent, et là c’est encore si singulier. Des planètes si différentes et paradoxales…il faut le miracle. Et la distance en amour avive tant…quand elle ne troue pas de coeur. Encore des histoires internes, de nos mécaniques fragiles et incertaines. J’ai l’impression qu’il y a des hommes qui ont plus besoin de la présence régulière que des femmes.
    Sommes nous des folles rêveuses qui avons essentiellement besoin de rêver les yeux ouverts ?

  4. Les yeux ouverts, folles rêveuses, mais avec les mains parfois, faire. Pour toucher la distance du doigt et la réduire à rien, pour juste l’étincelle.

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