Huit jours maudits

Il m’est arrivé une drôle de chose. Je ne sais pas si je dois m’inquiéter ou non, je ne sais ce que je dois retenir et tout laisser et oublier mais oublier je ne pourrai.

Pendant huit jours exactement, presque à l’heure près, ma vie a basculé dans le sombre. Comme je ne suis pas seule à partager ma vie, je ne sais qu’en penser, je ne sais ce qui de moi, de l’un, de l’une, de celle-ci, de lui…Quels mauvais ingrédients se sont mêlés à ma soupe pour en faire un truc imbuvable. Bien des choses, certaines que j’ai vues, d’autres que je ne sais pas. Mais le problème c’est que mon coeur a été troué. « Un trou dans mon coeur » est une expression que je n’emploie pas à la légère. Je l’emploie quand je la ressens, pas juste pour imager une histoire, pas pour romancer ni inventer au delà.

Non ce n’était pas une fiction. Des mots et des phrases, lus, entendus, par des gens que je connais un peu, puis par un amour fidèle, ont déclenché un seïsme en moi. Mon être a été malmené, dégoupillé, désarçonné, plié, écrasé de déroute. Et mon coeur transperçé, meurtri, loin. Mal.

Ce qui m’a surprise c’est la violence de mes ressentis, et leur profond ancrage, comme une racine très lointaine mais qui m’arrachait à tout bonheur. Comme une malédiction posée, revenue, un génie malfaisant, une cicatrice ouverte, mortellement. Oui, ça fout les pétoches.

Ce qui m’a surprise c’est le timing, les huit jours précis. Je peux trouver des tas d’analyses, d’explications plus ou moins bonnes, entre moi et moi et lui, et moi et lui encore perdu là-bas, et oui, ce foutu foutu calendrier dont j’ai déjà parlé. Sans doute de ces dates où nous avons subi un choc émotionnel tel qu’au  tréfonds de notre mémoire intime, au tréfonds de nos neurones, de nos peaux, de nos os, se croisent des noeuds électriques, électrifiés, comme des barbelés de notre inconscient. Et Paf.

Ce qui m’a surprise c’est qu’on pourrait trouver que ce n’était pas grand chose. Juste des moments tendus dans un quotidien d’habitude serein. Et pourtant j’ai été sidérée et retournée comme une crêpe. Comme quoi chacun prend à sa façon ce qui passe dans l’air et se dit. Pour certains pécadilles, pour d’autres bombes à retardement. Parce que le puits est là, et jette la pierre, tu verras, tu ne l’entends pas toucher le sol, la pierre vole à vitesse grand V. et tu ne savais pas. Ce puits là, là, encore pour toi, toi, il est le tien et tu ne maitrises plus rien. Cette pierre qui tombe, ce qu’elle cherche, ce qu’elle retrouve, ce qu’elle te dit. C’est le trou dans ton coeur qui retrouve ses petits.

Paf ? Mêlé au présent ? Sarabande en vrac ? Une louche de breuvage d’une vie insoluble ni dans maintenant ni dans l’avant, ni tout de suite ? Bulles de gaz toxique qui éclatent en surface, réminiscences de nausées vastes, d’abandon, de ces moments où l’amour est au sol, la vie par terre et toi, toi en bouillie. Sas de décompression, où l’air manque, où la survie a un prix, où tu peines, et goûtes l’amer, tu cloues le sol de ton front, tout est perdu. Ta lâcheté est pieds nus sur les braises, tu oses regarder en face ce qui ne te retient plus, ni là, ni lui, ni elle, ni toi ?

Huit jours où la vie change toute. Pendue par les pieds. Où tout est dérangé, rien n’a le sens que tu connaissais.

Secoué. Apeuré. Rien d’autre à faire que trouver des réconforts, des pistes de vivre, parler, avoir la chance d’être encore écouté et aimé. N’importe où, quelque part, quelqu’un, quelque chose. Et tout à coup tout s’apaise. La tempête est partie. Ici le mistral , le vrai, dure trois à cinq jours de folie. Huit jours cette fois, en moi, un ouragan  m’a mis à sac. Je ne l’oublierai pas. Il m’a posé des limites. Il a nommé l’effroi. Il a signé des possibles. J’ai une marque indélébile sur le coeur, une marque que je connais, que je crains mais, je le sais, qui fait aussi avancer, creuser et partir, décider et aller vers soi. Seul. Dans ce mystèrieux en nous qui fait qu’on tient encore ou qu’on lâche. Qui fait qu’on ne sait rien et que rien n’est acquis,rien, jamais rien et toujours.

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4 commentaires to “Huit jours maudits”

  1. Lorsqu’on redresse la tête on ne voit plus les cailloux qui nous feront trébucher sur le beau chemin de notre vie… et patatra! C’est la gamelle subite et impromptue ! Puisses-tu oublier ce qui j’espère ne sera qu’un mauvais souvenir s’envolant au doux et harmonieux souffle de l’existence… 🙂

    • Faut-il avancer le nez dans les étoiles ou sur les pieds ? Hum, tu as raison. Il faut la juste distance entre nous mêmes et l’alentour de la vie.
      Merci.
      Traces. Cicatrices, font, refont, nos histoires si petites.

  2. Chère Passagère,

    Tes mots me touchent, par ce que tu vis, et par les échos en moi. Ma sensation est plutôt dans le ventre, mais ce n’est pas drole non plus …
    Pour ma part, je ne sais dire ce qui en sortira. On verra bien . Probablement du bon et du moins bon.
    Je t’embrasse fort.
    Lise

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