Archive for février, 2011

février 27, 2011

Pelle en rade

La pelle bleue en plastique a retenu son envol sur la balustrade du balcon. Stoppée dans son élan. C’est le mistral ce matin qui a gonflé les voiles. J’avais laissé cette petite pelle et sa brosse noire sur la table blanche. En un geste têtu et réprobateur mais j’avais laissé. Parfois je ne me commande pas, pas du tout. Je fais quelque chose que ma tête réprouve mais je le fais, attendant la catastrophe, la preuve par quatre de cette chienne de vie,comme on dit. Mais il faudrait trouver autre chose à dire.

Je m’entête. Ainsi la pelle, non, n’a pas complètement basculé vers le vide emportée par le fichu mistral glacial. N’a pas non plus heurté le crâne d’un vieux propriétaire sortant lentement de sa copropriété pour aller faire ses trois courses au supermarché. Ainsi la pelle bleue n’est pas allée tourbillonner dans le parc pour s’arrêter net dans une clôture où tout le monde se serait demandé ce que fait là cette pelle de ménage et quelle ménagère inattentionée à donc laissé sa pelle à portée des vents. Inconsciemment.

Non. Sciemment. Comme on scie du bois bien proprement, je m’entête. Et la pelle bleue est stockée entre la table et les grilles du balcon, bien à la verticale ou presque, immobile. Je n’ai plus qu’à la récupérer. Et à tout recommencer.

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février 26, 2011

Une page

 

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Je veux une grande page blanche. Comment prend-on les tournants ? Je veux une grande plage blanche.

Nous étions au cinéma voir ce film de Ken Loach sur la révolution espagnole. No pasaran. La lumière se rallume et je n’aime pas ce moment. Il faut se  remettre au monde. Dehors la lumière absorbe, veut prendre une place qu’on n’a pas encore reprise. Nous marchons sur un trottoir trop petit pour deux. Tout à coup, d’un même mouvement, nous nous tournons l’un vers l’autre et on se prend dans les bras maladroitement, complètement, vite. Sur ce trottoir on occupe toute la place, plus rien d’autre ne peut passer. No pasaran.

Nous sanglotons, nous pleurons. On ne s’est rien dit. Ni pendant, ni sous la lumière du dedans ni au dehors. Entre nos bras tout dévale. Un tunnel. Les luttes, les idéaux, la force, le courage, la rage, l’oppression. La conscience d’être là, vivants, en cet instant. Mais aussi la conscience de porter l’histoire des hommes, depuis le commencement. Un poids épais et lourd qui nous rassemble, nous fait amants, toi et moi, spécialement. Quelqu’un veut passer mais doit descendre du trottoir pour nous contourner.

Je veux une page blanche. Large, si l’on veut, mais étroite aussi, où il faudra s’arrêter.

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février 24, 2011

Mea culpa et tutti

J’ai été horrible ce matin au boulot. Un coup de gueule, comme on dit, et pour une connerie. C’est là que tu vois que les coups de colères ne prennent pas les vraies cibles. Un peu de lâcheté.

Sur l’instant ça défoule un max. Le truc c’était juste : un de nos tableaux pour les cours d’alphabétisation que je cherche et que je trouve bousillé parce que quelqu’un a écrit avec un vrai feutre , jaune en plus, et non les feutres ad hoc. Je me doute que ça doit être une des bénévoles de ma collègue. On a des personnes qui nous aident, prennent des petits groupes en aparté.

Je fulmine et je tente d’enlever cette emplâtre. Je frotte, j’use du papier, du savon, je m’escagasse et réussis à enlever le maximum. Mais le tableau en a pris un coup. Faut vous dire qu’on bosse à minima avec tout, matériel inclu. Donc, un tableau tout propre, c’est un tableau qu’on bichonne, pas sûr d’en revoir un de sitôt.

C’est la pause de 10h et je passe voir la collègue dans sa salle et j’en mets un coup sur cette histoire de tableau. Je suis remontée comme une pendule, faut dire que depuis deux semaines j’en peux plus, j’ai plus toute l’énergie qu’il faut. C’est les vacances ce soir, j’ai hâte. Faut dire aussi que ma p’tite collègue est adorable mais n’a aucune autorité sur rien ni personne. Elle me dit  » Oui je sais, c’est Monique, mais qu’est ce que tu veux faire ?  » Je lui dis que la Momo je vais lui dire deux mots et qu’elle aurait pu au moins tenter de réparer sa connerie ( Et je pense tout bas : faut ti être con pour pas savoir qu’on écrit pas avec n’importe quoi sur ce tableau ? Elle le sait puisque d’habitude elle a les bons feutres !! grr)

– Je lui ai pas donné de feutre. Et je lui ai dit qu’elle avait fait une bêtise. On peut rien faire d’autre.

– Ben si, elle aurait pu passer un quart d’heure comme je viens de le faire, à effacer ses conneries et je le lui dirai.

Bam. La collègue est un peu verte et moi je quitte la pièce toujours remontée comme un coucou chinois. Non, je dis chinois because la collègue est asiatique et a une mère tyrannique qui lui a gâché son enfance, son adolescence et tutti. Du coup toute forme d’autorité lui est génétiquement impossible, un rejet total de tout point sur les i, une trouille et un laisser-faire vis à vis de tous ceux qui l’entourent. Bref mon opposé. Du coup, oui, on me refile tous les apprenants un peu compliqués, qui demandent d’être cadrés et accompagnés dans leur comportement. Parce que sinon une seule personne un peu demandeuse ou chiante lui casse son cours à la bibiche….

C’est là où tu vois que la colère prend des cibles ridicules au lieu de traiter le fond du problème. En vérité y’a pas de problème,  on se répartit très bien la tâche et je m’éclate totalement dans ce job. C’est moi qui aujourd’hui ai envie d’être tyrannique et de ne rien laisser dépasser. Point.

On est bien peu de choses. Pourtant la matinée a super commencé. J’étais à New York. J’errais. Je ne sais pas où j’avais la tête car je n’avais si sac ni papiers ni argent sur moi. Je me laissais aller dans les grandes avenues. Et puis j’avais faim et je ne sais comment je réussisais à avoir une assiette dans les mains avec un peu de viande et des légumes. Je marchais avec cette assiette. Il y avait une drôle d’ambiance.

Je me retrouvais dans des ruelles et des entrées d’immeubles, très anciennes, mal entretenues mais assez typiques et pleines de charme et j’étais étonnée de voir cela dans cette ville. Me faisant la réflexion que, bien sûr, j’étais sotte N.Y ce n’est pas que des buildings modernes, pas du tout. Je devais être à Brooklyn ou genre. Enfin….de ruelles en ruelles, je passe dans des dédales, cela devient compliqué. Je me réfugie dans un genre de garage, arrière cour de boutique et en fait je suis en Inde.

Je suis toujours avec mon assiette et je finis ce repas mais je m’inquiète. Tous les stores se ferment, dans tous les lieux alentours comme si on nous enfermait ou s’il y avait un couvre-feu mais il est 13h…Je suis dans une sorte de galerie de petites échoppes. Et puis je vais vers le store en fer et il y a un passage, en fait, un chemin ouvert qui me permet de sortir, de partir.

Je vais rejoindre le local d’une association où beaucoup de gens me connaissent et où sont mes affaires ( sacs, etc). Auparavant dans tout ce voyage errant, je suis une totale inconnue, étrangère, qui trouve des bouts de repères. Tiens, cette place avec des étudiants sur les marches, tiens ce monument, tiens, cette avenue et ce gratte-ciel…

Dans le local, l’histoire continue, très confuse. Une piscine où je nage toute habillée. Des morceaux de repas et des personnes attendues. Une désorganisation et en même temps une maîtrise. Des pièces qui s’imbriquent, des chaises en bois éparpillées, la lumière du jour rasant le sol.

Je suis partie au boulot encore empreinte de ce rêve entre des pays. Interrogative, envie d’en savoir plus, d’y retourner.

Alors bon, le tableau à effacer….il était de trop dans mon décor ?….

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février 22, 2011

Le fil du Temps

Très peu et lentement, intensément et sans retour

S’assemblent

Et sans qu’on sache comment.

 

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février 20, 2011

Le rêve de tous ceux qu’on aime

Ton corps sur le mien. Lourd et rempli. Ta chair, ton âme.

L’essentiel retrouvé, la certitude. Dans un lieu qu’on dit « rêvé » mais je n’en suis pas sûre.

Je suis restée éveillée lentement pour ne pas tout perdre. Et même les yeux ouverts, dans cette vie là, l’autre existence restait en moi, présente, réelle.

Dans ce rêve les amis tournaient et venaient. Tout le monde était en séjour, en voyage. Des valises, des sacs, des vêtements éparpillés, des douches à partager. Et notre chambre. L’évidence. Ton sexe sur mon ventre, chez lui. Ton odeur sous tes cheveux dans ta nuque. Ton visage, large, presque enfantin, ta peau qui entoure tout, qui me fait une peau.

Nous étions cette fois encore différents des autres rêves, de tous les rêves que je fais de toi. Calmes, sans remords, sans lourdeurs passées. L’évidence, toujours, mais encore plus pleine et sereine, cette fois. Atteinte totalement. Tu n’étais plus angoissé, toujours à courir après mon âme ou vers un autre ou une autre. Tu étais arrivé. Chez toi, en moi, là où tu n’es jamais parti mais tu ne voulais pas savoir. Pas vivre.

Le rêve où tous sont rassemblés. Je quitte notre chambre et je retrouve Lui. Tout est naturel et très drôle et tendre. Mais il y a tout ce monde autour. Il y a aussi des petit-dejeuners qui se préparent, on s’affaire autour des fours. Des feux. Il n’y a pas la place pour tous les plats, pour tous ?

Tu m’attends, tu es toujours dans la chambre, j’y reviens. Je cherche des vêtements. Des vêtements gais, doux, des t-shirts de printemps avec des fleurs grises et mauves, des pantalons légers. Légers, qui tombent autour des jambes, confortables.

Tu es assis nu par terre, comme tu aimes. Je m’assois face à toi. Je t’aime. Tu m’aimes tant que cela ne peut se dire, pas là. Je caresse ton bras, rond, épais. Ta présence sur la terre dans ce corps si ancré. Je souris. Je veux te le dire : je vais écrire. J’écris un livre. Tu sais combien nous y avons pensé, toi qui le fais. Je caresse ton bras avec un doigt, de haut en bas. Je n’ose pas et puis tout à coup c’est encore une évidence.

J’ai la première phrase en tête. J’ai le sésame, j’ai la certitude, j’ai le chemin, j’ai. Je te dis. Je te dis « Tu sais j’écris, et je vais écrire un livre, ça y est. Je le sais, je sais comment le commencer ».

Je sors du sommeil à peine. Je te vois resté là bas. Assis nu face à moi dans ce lieu où nous sommes tous réunis et aimants, et aimés et amants. Un lieu satellite de tout. Un endroit où je suis, où j’existe. Je laisse les draps me sortir de cet endroit, loin mais pas. Non, cet endroit est là. C’est l’endroit de toute une vie. Toutes les vies de ceux qu’on aime.

Mon corps est mou, entre deux lieux. Il est ce corps qui n’est qu’un véhicule entre mes dédales. Il est l’outil pour traverser mon esprit, rencontrer les possibles, atteindre nos mondes invisibles. Ceux qui disent. Ce qui porte. Emporte le rêve sur des barques.

Je me suis levée. J’ai petit-déjeuné en regardant les mésanges picorer, mon chat dans les bras. Comme à chaque fois, je n’oublierai pas. Sur mon agenda des rêves, nos rendez-vous. Les barques glissent. Me dire qui je suis. Ce qui sera.

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février 13, 2011

Doux

Il fait doux. Depuis hier, depuis peut être plus longtemps mais il y a cette tendresse dans l’air. C’est drôle comme on n’oublie rien des sensations. Je ne sais pas ce qu’est cette mémoire intime entre nous et l’extérieur. Le temps qu’il fait, ce que cela nous fait, ce qu’il pose sur nous. Ce qu’il offre. Nous sommes des sauterelles fragiles. Repliées, dépliées. Tangibles et invisibles sont nos fils de sauterelles entre les arbres. L’arbre du printemps, celui de l’hiver. Il y a des moments où ils se tissent, nous ouvrent des voies. Je ne fais que ressentir et être surprise. Ce que je dis n’est que du vent.

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février 10, 2011

Champ d’aimer

Le champ de blé où je t’aimais a fait des petits hier.

Avec des baguettes je le mangerai.

Et puis…

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février 6, 2011

Baguette magique

Parfois la vie est comme un conte de fée. Il n’y a sans doute rien à en faire. Juste se laisser pénétrer de l’existence à foison. Parfois toute une gamme de possibles se lève au grand jour. Il n’y a sans doute rien de plus à vivre puisque, touchée du doigt, la chance se met à vibrer. De partout.

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février 3, 2011

Il y a des jours

Il y a des jours ou peut être même des semaines. Oui j’ai l’impression qu’un jour ne me suffit jamais pour marquer la page de ce livre. Ce livre que je n’écris pas, qui s’écrit tout seul. Il suffit sans doute de l’ouvrir un jour pour qu’il te raconte. Les pages se tournent sans les mains, parfois sans les yeux car je suis aveugle souvent.

Hier dans ma boîte aux lettres un simple objet qu’on nomme enveloppe. Cette enveloppe vient du notaire. Celui qui depuis trois ans se débat avec frère et soeurs, surtout le frère et la soeur. Parce que moi, loin, j’ai écrit il y a trois ans Faites, faites, moi je veux juste la séparation totale des biens. Le reste, je m’en fous.

Done. Did, fait, la preuve par quatre : ce chèque, ma « soulte » comme ils disent, j’aurais au moins appris un mot.

Fait. Dit. Executé. Après une volonté têtue, une profonde certitude et tout simplement l’impossibilité d’en être autrement. Moi, en être autrement. Je n’aurais pas pu. Voilà la fin, voilà le commencement. Trois années de souffrance  après six années de fin de vie en démence d’une mère qui ne savait plus par quel bout mourir et a attendu son frère, morte 24heures après lui, enfin. Puis le début de la fin des déchirements et la violence puissante entre nous trois. Les restants. Les restants, la progéniture. Trois entités débordantes, pétris de douleur, d’enfance sans commune mesure entre nous. Incapable de communiquer calmement sur les choses principales, les familiales. Trop. Trop de. Tout. Mélangé. Des volcans. Autant de vides que de pleins. Il fallait trancher. J’ai. Pris le couteau, ma mère aimait les beaux couteaux, et coupé ferme avec mes mots , par écrit, bien sûr. Même une rencontre était impossible, physiquement impossible pour moi. Après les cendres au Père Lachaise, il ne restait que les écrits pour dire. Mon corps porte encore l’explosion de ce que nous avons vécu, de nos affrontements devant un cercueil, devant les cendres répandues. J’étais partie seule après la cérémonie, pris le bus du Paris que j’aime et qu’elle adorait, et je ne pouvais plus les revoir, pas tant que nous n’ayions coupé en tranche le matériel, les choses et les murs,  et donné sa part à chacun.

Trois ans à le dire , sans démordre, malgré menaces affectives, lettres et coups de fil. Je sais dire non, j’avoue, c’est quelque chose que je sais dire et quand je le dis je le pense avec tout mon être. Ce n’est pas que cela me fasse plaisir, c’est souvent une question de survie pour moi, physiquement compris, mais cela personne ne peut le savoir ni le comprendre. Personne ne sait ce que mon être ressent et comment il me le fait savoir. J’ai un problème entre mon corps et mon âme et mon esprit : ils sont soudés, siamois, il n’y a pas de frontières entre eux. C’est un handicap, une sensibilité qui fait de moi son esclave et sa reine. Alors quand je décide de quitter, de me séparer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est une fuite, une survie, je suis en apnée, je ne peux plus respirer, je pleure, je tremble, je suis malade physiquement, mon cerveau est mou et fout le camp, je suis l’ombre de moi-même, alors je dois partir, laisser, m’éloigner. Dans le même temps je suis extra-lucide, affûtée sur ma cible, la cible c’est moi, et je sais très bien où je ne dois pas , ou plus, aller.

Je n’ai pas grandi. Je n’ai rien appris. Je suis immatûre, totalement. C’est ainsi. Ou bien je suis un tout, un genre de chimpanzé resté dans son arbre et qui veut juste qu’on lui foute la paix. T’as pas des bananes ?

Oyé ! Oyé !!

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février 2, 2011

Chat-souris-crêpes

Mon père faisait des crêpes avec sa belle-mère. Troublé il s’est trompé en déclarant ma date de naissance à la Mairie. Il a fallu y retourner et rectifier. Mais le sort en était jeté, je n’étais ni d’aujourd’hui ni d’hier, je serais de demain, là où personne n’a rien à signaler, incognito pour perpétrer mes forfaits. Masquée, à l’aveuglette, un peu par ci, un peu par là, n’ayant de cesse de semer mes traces et de jouer et au chat et à la souris. Mais ne sommes-nous pas un peu des deux à la fois ?

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