Il y a des jours

Il y a des jours ou peut être même des semaines. Oui j’ai l’impression qu’un jour ne me suffit jamais pour marquer la page de ce livre. Ce livre que je n’écris pas, qui s’écrit tout seul. Il suffit sans doute de l’ouvrir un jour pour qu’il te raconte. Les pages se tournent sans les mains, parfois sans les yeux car je suis aveugle souvent.

Hier dans ma boîte aux lettres un simple objet qu’on nomme enveloppe. Cette enveloppe vient du notaire. Celui qui depuis trois ans se débat avec frère et soeurs, surtout le frère et la soeur. Parce que moi, loin, j’ai écrit il y a trois ans Faites, faites, moi je veux juste la séparation totale des biens. Le reste, je m’en fous.

Done. Did, fait, la preuve par quatre : ce chèque, ma « soulte » comme ils disent, j’aurais au moins appris un mot.

Fait. Dit. Executé. Après une volonté têtue, une profonde certitude et tout simplement l’impossibilité d’en être autrement. Moi, en être autrement. Je n’aurais pas pu. Voilà la fin, voilà le commencement. Trois années de souffrance  après six années de fin de vie en démence d’une mère qui ne savait plus par quel bout mourir et a attendu son frère, morte 24heures après lui, enfin. Puis le début de la fin des déchirements et la violence puissante entre nous trois. Les restants. Les restants, la progéniture. Trois entités débordantes, pétris de douleur, d’enfance sans commune mesure entre nous. Incapable de communiquer calmement sur les choses principales, les familiales. Trop. Trop de. Tout. Mélangé. Des volcans. Autant de vides que de pleins. Il fallait trancher. J’ai. Pris le couteau, ma mère aimait les beaux couteaux, et coupé ferme avec mes mots , par écrit, bien sûr. Même une rencontre était impossible, physiquement impossible pour moi. Après les cendres au Père Lachaise, il ne restait que les écrits pour dire. Mon corps porte encore l’explosion de ce que nous avons vécu, de nos affrontements devant un cercueil, devant les cendres répandues. J’étais partie seule après la cérémonie, pris le bus du Paris que j’aime et qu’elle adorait, et je ne pouvais plus les revoir, pas tant que nous n’ayions coupé en tranche le matériel, les choses et les murs,  et donné sa part à chacun.

Trois ans à le dire , sans démordre, malgré menaces affectives, lettres et coups de fil. Je sais dire non, j’avoue, c’est quelque chose que je sais dire et quand je le dis je le pense avec tout mon être. Ce n’est pas que cela me fasse plaisir, c’est souvent une question de survie pour moi, physiquement compris, mais cela personne ne peut le savoir ni le comprendre. Personne ne sait ce que mon être ressent et comment il me le fait savoir. J’ai un problème entre mon corps et mon âme et mon esprit : ils sont soudés, siamois, il n’y a pas de frontières entre eux. C’est un handicap, une sensibilité qui fait de moi son esclave et sa reine. Alors quand je décide de quitter, de me séparer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est une fuite, une survie, je suis en apnée, je ne peux plus respirer, je pleure, je tremble, je suis malade physiquement, mon cerveau est mou et fout le camp, je suis l’ombre de moi-même, alors je dois partir, laisser, m’éloigner. Dans le même temps je suis extra-lucide, affûtée sur ma cible, la cible c’est moi, et je sais très bien où je ne dois pas , ou plus, aller.

Je n’ai pas grandi. Je n’ai rien appris. Je suis immatûre, totalement. C’est ainsi. Ou bien je suis un tout, un genre de chimpanzé resté dans son arbre et qui veut juste qu’on lui foute la paix. T’as pas des bananes ?

Oyé ! Oyé !!

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10 commentaires to “Il y a des jours”

  1. Je ne trouve pas ton attitude immature,au contraire…Savoir s’écouter,se respecter,c’est pas donné à tout le monde..
    Moi,la souffrance je suis dedans ;ma mère est morte il y a 7 mois et plus ça va,moins ça va:-)
    Elle a aussi attendu son frère…pas qu’il meure mais qu’il vienne et ce connard n’a pas bougé..
    Un sacré truc la famille…

    • La famille est la structure la plus pathogène qu’il m’ait été donné de rencontrer. Heureux ceux qui n’y voient que du feu et s’y plaisent, leur vie et leurs choix en seront facilités…

  2. C’est fait. Et tu es assez lucide pour parvenir à mettre des mots. C’est fait. Maintenant, tu vas peut-être pouvoir tourner la page. Je te le souhaite de tout coeur. Pour respirer à nouveau.

  3. Garder une part d’enfance en soi, c’est pas être immature, au contraire, c’est une question de survie, comme la distance parfois.
    sinon j’ai des bananes, des pommes, des clémentines si ça te dit !!! (je suis pas mal singe aussi dans mon genre )
    bises

  4. Par de là les blessures, pouvoir faire un cocon dans le nid de l’enfance, noyau sur lequel on se construit et autour duquel on tourne autour toute notre vie…
    Famille je te hais
    Famille je t’ai
    Famille je t’aime…
    Aussi
    (malgrè les blessures une partie profonde de nous s’y lie…)

  5. Merci Peau d’âme et Corinne, je suis touchée par votre passage ici et les mots et les fruits, merci.

  6. Tu n’es pas un chimpanzé. Un être humain. Simplement humain.

  7. Hola hirondelle, passagère du vent, douce plume qui griffe le papier. Tout doux, tout doux, et si tu te nimbais de la douceur de ces fleurs bleutées qui nous accueillent ici ? J’ai l’impression qu’elles ne demandent que cela te bercer. Bises.

  8. Oui oui oui…Me voici redescendue de mes grands chevaux. Ils fallait bien que j’éclate quelques mots ici, n’est ce pas ?
    Maintenant, et depuis hier, un ciel rose, orange, parsemé de trainées blanches d’avions en tout sens m’a rempli de liberté. Un ciel d’automne, de printemps, de maintenant.

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