Une page

 

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Je veux une grande page blanche. Comment prend-on les tournants ? Je veux une grande plage blanche.

Nous étions au cinéma voir ce film de Ken Loach sur la révolution espagnole. No pasaran. La lumière se rallume et je n’aime pas ce moment. Il faut se  remettre au monde. Dehors la lumière absorbe, veut prendre une place qu’on n’a pas encore reprise. Nous marchons sur un trottoir trop petit pour deux. Tout à coup, d’un même mouvement, nous nous tournons l’un vers l’autre et on se prend dans les bras maladroitement, complètement, vite. Sur ce trottoir on occupe toute la place, plus rien d’autre ne peut passer. No pasaran.

Nous sanglotons, nous pleurons. On ne s’est rien dit. Ni pendant, ni sous la lumière du dedans ni au dehors. Entre nos bras tout dévale. Un tunnel. Les luttes, les idéaux, la force, le courage, la rage, l’oppression. La conscience d’être là, vivants, en cet instant. Mais aussi la conscience de porter l’histoire des hommes, depuis le commencement. Un poids épais et lourd qui nous rassemble, nous fait amants, toi et moi, spécialement. Quelqu’un veut passer mais doit descendre du trottoir pour nous contourner.

Je veux une page blanche. Large, si l’on veut, mais étroite aussi, où il faudra s’arrêter.

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2 commentaires to “Une page”

  1. Juste assez large pour que l’émotion passe !

  2. Belle image, belle envie, belle réalité.

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