Archive for avril, 2011

avril 29, 2011

Femme qui dit

Je te redis aujourd’hui combien parfois je suis au bord de la rupture. Tu es homme et loin de cela car vous ne dites pas. Vous actez, je crois, et mots dire sont trop tard, tout est décidé.

Femme elle se tait parce qu’elle reste ou elle se tait parce qu’elle fait avec. Ou femme parle parce qu’elle doute et que douter doit être dit en amour, sinon ce n’est pas digne. La femme fait déborder ses doutes, encombre la route de l’homme de ses circonvolutions. Femme est ronde comme le monde, la spirale ne lui fait pas peur.

Tu es calé sur ta chaise dans la cuisine et tu écoutes. Je suis debout adossée à l’évier et je parle sans mâcher, je parle toujours bouche pleine, flots. Femme est rivière et vague allant puis se retire femme est ouragan de l’amour qu’elle voit grand.

Tu es une fois de plus surpris. Tu souris mais loin, profondément, pour retenir. La femme qui dévale les flots de ce qu’elle a à dire. Car femme a des peurs, des « je ne veux pas cela ». Femme ne sera jamais sa mère ni son père. Femme doit se construire. Femme doit te dire. Qu’elle est Jekyll and Hyde, parfois trop blessée, mal à l’aise. Et qu’elle n’abdiquera jamais.

Femme est sioux sur cheval blanc et noir, sans selle, chaussures de peaux à lacets. Femme a ses secrets. Femme est folle, elle te le dit. Et ça, tu lui souris aussi.

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avril 26, 2011

Irradiés, nus dans la clairière

J’entends la date de Tchernobyl à la radio : 26 avril 1986.

Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Est-ce qu’en entendant cela tu penses à la même chose que moi, toi ? Toi qui était nu dans la clairière des Vosges avec moi ces jours là ? Sans doute le 27 ou le 28 avril de cette année là.

En octobre je t’avais rejoint près de Nancy, toi mon beau militaire. Trois ans auparavant, ta présence en coup de vent chez des amis, dans ton Béarn, cette première fois où je te vis, mon amour pour toi était né. Sans réserve, plein de certitudes, plein de forces.

Toi militaire de carrière ?? Je n’en revenais pas, je voulais voir de plus près, de très proche. Je voulais tout savoir, comprendre, te sortir de ta gangue, t’emmener loin, trouver les autres toi en toi, t’apprendre du début à la fin.

Il avait fallu du temps. Rien ne nous rassemblait. Toute notre vie antérieure nous séparait. Les origines, les familles, les lieux, les goûts, les…tout. Tout sauf l’essentiel

Tu avais ta grosse moto. Tu étais doux et silencieux. Toi militaire ? Toi parachutiste ? Tu détestais les transal, ces énormes machines volantes qui happent véhicules et hommes pour les larguer en brousse africaine. Tu  détestais sauter en parachute. Tu en ferais des cauchemars toute ta vie. Etre poussé violemment par derrière, être dans la carlingue bruyante. Dans tes cauchemars l’avion fonce vers toi ou bien il faut sauter, de vie ou de mort, mais tu ne peux pas.

Tu n’ouvrais jamais un livre, hormis les livres de guerre et de batailles réglementaires et obligatoires lors de ta traversée du désert en école de sous-officier après le collège. Un calvaire, un déchirement. Quitter ta région, ta mère juste veuve qui comptait sur son aîné. Rester des mois sans revenir, toi qui t’occupait des deux petits. Obeïr, ramper, accepter, souffrir, se taire. C’était ça ou l’usine, finalement ce serait ça, tu ne serais pas comme ton père.

Tu gérais la mécanique et les appelés. Toi le pacifique qui détestais les armes. La vie est ainsi faite que parfois il faut avancer sans réfléchir à soi ni qui on est. On parade, on assure un salaire, une sécurité.

1986. Les casernes ferment déjà, tu es muté dans l’Est. La Bérésina. Et alors, loin des tiens, loin de nos gaves-les rivières de là-bas, de nos forêts, de notre soleil, tu te souviens de nos amours. De l’amour qui attend, depuis deux ans, que tu te déclares enfin, que je ne sois plus une passante régulière.

L’automne alors est plus que beau. Adieu le bon job en plein Paris et le petit appart en banlieue. Je te rejoins dans cet Est gris où les nuages peuvent couvrir tout du lundi au dimanche. Où est le vent, où est la mer, où sont les montagnes ? Pas, y pas. Mais nous errons en peignoirs du lit à la cuisine dans le premier appart où l’on vit au sol. Heureux.

Dans le deuxième appart, face à la ligne de chemin de fer, tu rentres le midi parfois. Tu as juste le temps de défaire ton treillis, ton pantalon aux chevilles, « je baise l’armée » dis-je et nous rions. Toi aussi tu veux baiser l’armée. La mascarade a assez duré. Tu ne veux pas voyager en béret vert, ni être milicien en Afrique noire. Les cercueils des copains du Liban t’ont donné un sacré recul. L’ennui est désormais froid et inutile. Il fait moins douze cet hiver là et il nous faut acheter des cagoules en laine pour tenir au dehors. Notre premier hiver en dessous de zéro. Il n’y en aura pas deux. Rapatriement au bercail béarnais.

Tu démissionnes. Je t’encourage à le faire, bien sûr…. C’est le truc le plus fou que tu aies fait. Tu tournes le dos à ta famille. Tu dis « Je » et tu actes.  Toi qui subvenais aux besoins de tous, toi toujours là pour eux. Cette fois tu seras égoïste. Un exploit. Il faudra se justifier , se justifier et se justifier. A quelques années près tu touchais une retraite avant l’heure, celle des militaires de carrière. Serais tu devenu fou ? disent -ils. Le fou est parfois celui qui sait exactement ce qu’il veut. Je le pense encore.

Aujourd’hui tu exerces le métier pour lequel tu étais fait.Tu encadres des jeunes paumés, des déviants, tu les tires par le col, tu te les coltines en face à face, y’en a même un qui t’as cassé le bras. Mais tu t’en fous. Tu les aimes, tu crois en eux, tu ne les lâches pas. Tu es retourné à l’école à trente deux ans pour ça. Pour toi.

Quinze ans après, une femme et deux filles en prime, tu retrouves les photos de l’armée et tu les accroches dans le couloir. Tu peux regarder en arrière. Mon irradié de la première heure, je suis fière de toi et toujours je t’aime, tu le sais. Tu le sais tellement que je ne vais plus vous voir. Elle le sait aussi et cela la remue trop. Il n’aime pas non plus, cette complicité silencieuse, cet amour qui flotte encore au dessus de ta table entre nous, quelque soit le nombre de personnes autour, il ne veut pas vivre cela, lui non plus, celui d’aujourd’hui maintenant.

Loin nous sommes allés. Jusqu’au fin fond de la Thaïlande et nos premiers camps de réfugiés. Et là je l’ai trouvé. Et là tu l’as trouvée.

Avril 1986. Il fait une chaleur d’été près des Vosges, adieu les moins zéro et les cagoules. Nous sommes nus allongés dans la clairière. Seuls à contempler le ciel de lumières et à peine des nuages. Une brise peut être ? Nous sommes étalés sur l’herbe. On aimerait qu’une biche nous lèche les pieds. Nous ne savons pas qu’au dessus de nos corps passe le nuage de Tchernobyl. Oui, nous voilà irradiés, toi et moi, pour toujours.

Aujourd’hui, impossible de faire autrement.

Il fallait, cet amour là,

le redire.

Absolument.

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avril 21, 2011

Cette vie là

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Vacances à partir d’aujourd’hui. Je me prélasse, je fais le tour de blogs pas vu récemment. J’en vois qui prennent le large, trop assaillis de commentaires de tous poils pas toujours bon à gratter. J’en vois qui sont toujours aussi intelligents et la maladie vogue, rend leur mots encore plus fins et distants et chaleureux.

Je me revois ouvrir ce blog ici. Je revois les premiers lecteurs, l’ambiance, les textes posés que je connais par coeur. L’ouverture d’un blog où tu décides de te livrer, ce n’est pas rien. L’ouverture d’un blog tout court n’est pas rien. Ensuite le temps passe. Vont et viennent les survivants.

On se fait de l’électricité, le plaisir des découvertes. Les blogs sont égoïstes. L’auteur, le lecteur, ne me parlez pas de générosité. C’est le pour soi qui prime, y compris dans l’envie de rencontrer lecteur à son pied. Cendrillon brille.

On se croise. On vit des émotions fortes. Ici j’en ai vécu des vertigineuses. Des chocs. De ceux qui m’ont mis sur le nuage toute la journée. Oui, l’écriture c’est quelque chose. Le secret dévoilé. Le courrier qui fait l’aller et le retour.

L’émotion continue de traverser l’écran, onde des chocs. Avec le temps s’éteint aussi. Se fondent, s’endorment les passions, les premières fois, les frissons. On abandonne parfois.

Reste les rangs serrés. Les liens qui s’incrustent. Je me demande souvent pourquoi, comment.

Aucun ami ne lit mes blogs. A peine de temps en temps, à peine une ou deux. Rien de précis, rien de véritable. Mes vieilles amies ne savent pas du tout comment j’existe dans cette boîte, de ces contours là. Au tout début j’ai trouvé cela dommage. Maintenant j’en suis satisfaite. Ceux qui restent, ceux qui sont là, sont des secrets. D’une certaine vie.

Pas davantage, ai je tendance à penser quand je suis cynique. Douce mélodie, doux réconfort. Portée de voix.

On essaye tout, par touches non feintes. J’essaie tout. Et j’entends le merle du soir ce soir, très en forme. Qui refait sa sérénade chaque printemps. Connaitrais-je jamais sa vie  ?

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avril 20, 2011

Réunis

Et nous aurions un canoë, entre nos grandes rivières. Parfois, au gré des courants, nous naviguerions l’un vers l’autre. Sur une rive à droite ou à gauche, près du ponton ou proche du banc de sable, celui qui forme une plage pour deux, trois, guère plus.

Parfois là on se voit. On se voit vraiment. Les mots ont tissé entre le silence et nos secrets, ceux qu’on tait. Les devines-moi, les regardes, tu vois ? Et quand tu vois tu ne dis rien. Tu retiens la pagaie dans tes mains. Celle qui pourrait nous éloigner d’un bon coup d’épaule, d’un trait à la surface, oscillant. Tu la tiens ferme parfois même tu l’as posée. Elle s’appuie sur la barque, sur le bois lisse en cet endroit. Là où la main repose quand elle hésite. Avancer ou continuer ?

Parfois de nos deux mains, libres, rames reposées. On s’adresse. L’eau témoin glisse. Les certitudes s’osent. Personne ne le saura quand on sera ensemble. Personne ne le saura. Qu’on se ressemble.

avril 19, 2011

Espace vital ?

Je prends le soleil. Je le prends de face. Je redresse mes épaules.

Tu es à la maison, ce n’est pas que je n’aime pas c’est que je ne sais pas bien faire. L’espace est comme un truc à moi dont je suis boulimique et jalouse sans compter. Je suis une ogresse de mon espace, j’ai toujours peur d’en manquer, quelque chose comme m’empêcher de respirer, me contraindre, m’asphyxier vivante dans une même pièce avec l’autre.

Je vis l’autre comme en apnée, comme cette épée de Damoclès venue de je ne sais où. Fuir, me dit-elle, fuir. Fermer portes et barreaux, repousser l’envahisseur du haut du donjon, nattes tressées jusqu’au ciel, repousser.

Ado je détestais mes parents. Toute personne qui me dit  « aimer ses parents » sans aucun esprit critique ou n’avoir  jamais eu envie de les brûler vif ou leur arracher le visage,  la langue incluse,  puis les conduire au pont-levis et ne plus jamais abaisser le pont après leur bannissement, me parait suspecte. Pas finie, pas claire, cette personne avec ses couches culottes qui n’aurait pas détesté ses progéniteurs.

Ado, je m’enfermais dans ma chambre le matin pour y prendre le petit dêjeuner en ayant prononcé le moins de syllabes possibles avec ma pauvre mère qui baissait la tête et se demandait bien pourquoi elle en avait eu trois, des enfants, et pourquoi tous les trois la détestaient dès leurs douze ans pour fuir, le feu aux fesses, dès leurs seize.

Je suis restée intacte dans ce don de me retrancher en silence et n’avoir qu’une envie, que celui là ou celle, disparaisse de mon chant de vision (ah tiens je voulais dire « champ »..?) sorte de ce lieu, et me laisse seule, seule, seule, moi, entre tous les murs de cet espace là.

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avril 15, 2011

Raymonde

C’est à la lisière de la ville. Autrefois c’était la campagne. C’est la maison de Raymonde. Elle a passé les 95 ans. Je l’ai rencontrée lors d’un stage de découverte des services à domicile de la mairie. Portage de repas à domicile.

Elle est seule chez elle. Elle tricote des chats. Elle m’en a donné un, m’a demandé de choisir. J’avais raconté ce moment magique dans « la tortue légère ». Elle a un sacré caractère.

C’était il y a deux ans. Je ne sais pas, depuis, ce que la vie lui a dit. Je passe derrière chez elle parfois, une petite route qui longe la voie ferrée, un coin piéton. Je sais qu’elle vit de l’autre côté, dans l’unique pièce de vie, comme le font tous les autres. A quoi bon les chambres ?

Voilà que devant sa maison on construit un immeuble. Il y en a un autre sur la gauche. Raymonde aujourd’hui est cernée par le monde qui bouge, l’entoure. Son terrain est encore intact. On imagine les envieux. Sa maison, son pré d’herbe tendre qui ne sert à rien, qui n’est pas rentable et se laisse vivre.

Un jour j’ai vu des petits chenapans errer autour de la maison et passer le portail qui est toujours ouvert. Un jardin si grand et désert ? Une chose inconnue. Des mystères. Raymonde ne bouge pas, le fauteuil devant la fenêtre elle tricote les chats. Des bleus, des blancs, des noirs, avec des colliers en crochet. Rouges.

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La vie hirondelle

Tu ne sais pas

De quel couleur

Petit chat.

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avril 13, 2011

Première rencontre

J’ai ramené trois roses, celles qui grimpent sur la facade de la maison. Je crois que c’est de l’églantier. Leur parfum est incroyable, je tombe en pamoison. Une odeur sucrée presque de pêche, une odeur d’eau de roses anciennes.

J’en ai ramené trois mais trois déjà très ouvertes. Elles sont petites et roses. Leurs pétales sont très doux et fragiles. Oui, l’églantine ? Une a laissé ses pétales dans la voiture, je le savais.

J’avais oublié l’appareil photo. Je venais jardiner un peu. Elle n’est pas encore à nous, quelques procédures procédurières à passer. Mai, ou Juin dernier délai.

Mais on vient déjà buissonner, faire maison buissonnière. C’est rigolo.

La maison est une maison de bidouille. Un genre de Gaston Lagaffe aurait mis son nez. Il a plaqué du bois au mur, desfois on voit l’ancien papier peint dans les trous du bois, les planches même se plient, elles ont mal au dos d’être clouées là depuis plus de dix ans.

Je ne connais pas bien l’histoire. La maison a plus de quarante ans. Mais il y a une douzaine d’années je crois que des gens s’y sont amusés. Elle était potière, il lui a fait un coin atelier au fond du garage en bois. Il a construit une terrasse en bois, couverte, dans le petit jardin. Il a installé une salle et une cuisine dans le garage d’origine. Ils y dormaient, les enfants étaient en haut . Il a , là encore, plaqué des grosses planches de bois au mur. Le gars c’est son truc, il pose du bois au mur, comme ça. Rien en dessous. Non, il prend des clous, il prend des planches et il les cloue.

Dans la cuisine du rez de chaussée ( oui, du coup, il reste la petite cuisine d’origine, en haut) il a mis des placards et tout le fourbi, c’est joli. Carrelage bleu foncé outremer ? Bois, etc. Oui mais ces quatre feux là ? On change comment le tuyau de gaz ? Ben on sait pas. Le Gaston il a pas pensé, il a tout enfermé, y’a un trou pour la bouteille dans la buanderie derrière le mur, mais t’as pas accès à l’embout. Pour changer le tuyau il nous faudra casser un fond de son placard. On se marre. Nous qui sommes piètres bricoleurs on se marre.

C’est la maison bidouille. Si elle n’avait pas déjà un joli nom inscrit sur une céramique de la potière, à côté de la boite aux lettres, on l’aurait nommée  » Bidouille » ou « Bleu roses ». Bleus les volets, roses les églantines parfumées.

L’actuelle propriétaire est arrivée après la famille « Potière et Gaston ». Elle a vécu à peine deux ans là, elle n’a rien fait, rien touché, elle a juste pris soin de. Et depuis cinq ans elle a déserté. Une histoire d’amour et de projet de chambres d’hôtes en montagne avec son nouveau fiancé. La retraite finalement, a réservé ses surprises !

Alors depuis plus de quatre ans la maison attend. Des nouveaux Gaston-la-débrouille. Qu’on la chatouille, qu’on la cajole un peu. Elle a eu très froid. Mais les oiseaux se sont installés dans les arbres. Merles et moineaux. Tout à l’heure, dans le cerisier sauvage , grande discussion. Voix tonitruante hautement perchée entre ces ménestrels. Une histoire de territoire ? Une histoire de nouveaux habitants ? Une fille qui remue la terre là devant ? Un gars qui répare une gouttière là derrière ? Qui sont ces gens ?

La maison, elle montrait ses dents, ses fesses et ses jupons. On lui a soulevé la moquette pour qu’elle dévoile son vieux parquet. J’ai coupé de la mélisse et la sauge est chez elle. J’ai pris trois églantines dans leur fouillis grimpant. Elles attaquent le balcon de ce qui sera mon atelier. Celui dont je rêve depuis une vingtaine d’années.

Et les lauriers le long du mur devant, le mur de Gaston, ils ont l’air malades. Je suis allée les voir. On ne sait pas encore comment on va s’en sortir eux et moi, on verra.

Ce n’est pas une maison qui nous a parlé tout de suite. On ne comprenait pas bien son tempérament, personne ne nous disait son histoire d’abandon ni celle de Gaston. La propriétaire n’était pas très franche et on la sentait radine, elle déplumait la maison du peu qu’elle y avait mis, elle. On a alors compris, au bout de la troisième visite, qu’on revenait en arrière, qu’on récupérerait, au fond, la maison de La potière et Gaston et qu’il faudrait relever le défi. Et en rire. Pour s’amuser, sur tout.

Rosa rugosa, dit Virginie. Qui dit mieux ? Son rose est très rose mais c’est surtout son parfum qui est fou.

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avril 11, 2011

Un mirage, des sanglots

Le silence des soirs d’été. Je suis seule depuis plusieurs jours. Je crois qu’il m’en faudrait encore, je sens , je me sens dans le silence faire du tricot, broder dans l’espace.

Samedi soir devant l’écran, une poche de chagrin s’est répandue. Je regardais un épisode de  « Tell me you love me ». Je ne sais pourquoi c’est tombé juste. Une histoire d’amours, de refus, de comment arrêter une relation passionnelle. Au moment même de la dernière image, sur cette chanson très belle (chaque épisode se termine sur des incroyables chansons, pile poil, te fendre le coeur), je n’ai rien vu venir. Ca a perçé comme une poche, comme un placenta enfermé, un canyon, un torrent dans une roche.

Assise sur le canapé, je me suis mise à sangloter. Tout à fait, évidemment. Simplement, comme une chose naturelle, qui ne cherche aucune explication et qui a exactement sa place, avait sa place à cette minute là comme si elle était attendue, chez elle. Chez moi.

C’est le drame des ruptures, de celle là particulièrement. Qui revenait, qui n’est jamais parti ce drame là. Je crois que je sais maintenant qu’il ne sert plus à rien de compter les années. Je crois qu’on ne s’en remet pas, je te l’avais dit d’ailleurs, parmi tout ce que j’ai pu te dire et t’écrire. Quinze ou vingt ou trente ou trois, c’est la même chose. les sanglots savent affluer, je n’ai pas été étonnée longtemps. Juste une micro seconde pour me reconnaitre dans le drame laissé. La perte humaine derrière soi, derrière toi, sans nous.

Pourtant dans la même journée j’avais tapé ton nom sur le net et j’avais eu la certitude de ne plus vouloir te croiser. D’en être incapable.

C’est le rêve que j’ai entretenu, une image, un espèce d’oasis qui n’a plus aucun goût, qui n’est plus rien de vrai, rien de moi, rien de toi, qui est desséché. Un mirage.

Et voilà que sur le canapé je sanglotais à l’abandon. D’un mirage. D’un oasis. Le trop plein des douleurs est sans pardon. Ne sait pas compter, ne sait pas laisser. Non.

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avril 5, 2011

Maison

C’est un moment d’attente dans ma vie.

On sait que tout sera modifié, d’une certaine façon. Ce n’est pas juste démenager, cette fois-ci c’est avoir un lieu a soi. C’est quelque chose que je ne voulais pas, dont je me moquais, dans le sens « je m’en fous tout à fait ». Propriétaire ? De quoi ? Tu ne l’es même pas de ta vie, tout le reste est bidon, la possession.

Je la ressens suffisamment en moi la possession, oui je suis vraiment possessive et y’a du boulot de ce côté là !! Alors des murs en prime ? Non mais n’importe quoi. Valse la valise, tournent les cartons, ça suffira. Et emprunter, pas question. Trop d’instabilité, trop besoin de liberté et de me retrouver sans le sou, à la rue.

Mais c’est arrivé comme ça. Par le biais du sang, de la famille que je hais, et des refus de m’y coller, de partager quoi que ce soit. Alors j’ai dit adieu à des racines peuplées de murs, sur l’île là -bas et au Paname de mes parents aussi,  leur nid, là où tout avait commencé. J’ai dit « non merci ». Et du coup j’ai récupéré une compensation. Voilà pourquoi cette semaine est en attente. Comme un sas. Qui s’ouvre et se ferme, comme une artère qui reçoit le sang. Rouge, bleu. Ma vie s’oxygène, prend l’air.

Je vais faire quelque chose que je pensais ne jamais faire. Qui n’a jamais été un projet. Et cela me plaît dans la vie, de me retrouver à faire quelque chose que je ne m’imaginais pas du tout du tout capable de faire, ni même possible, voire même que je trouvais ridicule, sans intêret. J’adore me débusquer aux entournures, c’est pour moi le sens de la vie, son beau côté.

Alors je prends comme c’est venu, avec beaucoup de respect car je n’y suis pas pour grand chose. Cette maison si je l’achète et si j’y reste, elle ira ensuite à ma nièce, pour que l’argent de ma mère passe à sa petite-fille qu’elle adorait et qui portait son prénom, celui de la lumière du 13 décembre. Le jour même où ma mère a enfin cesser de respirer après un trop long calvaire.

Ces deux là partageaient tout, elles s’aimaient vraiment beaucoup. Quand ma soeur a quitté son foyer, elle a laissé ses enfants sans maternage, à 11 et 9 ans. C’est ma mère qui est devenue la mère de substitution. Les petits plats, les douceurs, la présence, l’accueil, elle en a même repêché un au commissariat en secret, leur secret.

C’est une histoire de femmes, pour moi, l’achat de cette maison. De trois générations. Le sas est ouvert. La mémoire retrouvera son lit et ses petits. Les larmes ouvriront des rivières, des écluses de dire, de ne pas savoir où ça ira. Et c’est ça que je veux, bordel, de la vie, qu’elle ne me dise pas comment elle me mangera, qu’elle me laisse vive et écorchée, saignante à foison, qu’elle me laisse raide dingue d’illusions.

Avec ma nièce nous ne parlons pas de la mort de sa grand-mère. Nous avons trop envie de pleurer tant elle nous manque encore. Il suffit qu’elle évoque les repas entre elle, son frangin et « la Zouze » comme ils l’appelaient, les frites avec des vraies patates, les régalades, la pure gourmandise, les éclats de voix et les rires autour de délices faits juste pour eux. Il suffit qu’elle en parle un peu pour que la voix s’arrête, se feinte, baisse le ton,  parte vite avant les larmes.

Alors c’est trop d’émotion. Nous verrons. J’ai décidé que j’écrirai régulièrement l’histoire de la maison que j’achèterai. De tout ce qu’elle me dira, de tout ce qu’elle fera remonter en moi. On oubliera la vieillesse, elle et moi. On oubliera même la mort et la maladie,  parfois.

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avril 3, 2011

Se marrer

Je voudrais bien un blog où on rigole.
Est ce que j’en ai un ?

Un peu ?