Archive for mai, 2011

mai 31, 2011

les ultimes

Je ne sais pas quand je re écrirai sur cet ordinateur vers le réseau qui ouvre aux autres. Demain pas. Une petite coupure, une absence légère et tout à coup je me pose la question « et si c’était tes derniers mots sur cette terre ou dans cette vie, que dirais tu ? »

Quels mots dit-on pour la dernière fois dans les derniers instants de vie ? Et je vois des corps sur des lits, allongés, sans mouvements. Immobiles les êtres meurent, l’immobilité est la première étape du grand voyage. Y a-t-il des phrases ? il me semble que la mort va avec le silence qui s’est habitué au corps, en prendra possession. Les mots auront pris leurs habitudes aussi, lentement comme une tranchée pas à pas, un retour aux sources, dans l’infinie retenue de ce qu’il n’y aurait plus à dire.

Dans le silence il y aurait tout qui résonne. Je vois les vieux rester immobiles longtemps. J’ai croisé cette petite dame devant une maison, complètement immobile. Son petit sac à main dans une main, avec deux anses qui laissaient le sac peser au bout de son bras. Et je ne sais vraiment pas ce qu’elle attendait. Elle ressemblait à un cheval dans un pré, quand ils restent extraordinairement immobiles à un poil près, pas un souffle, pas un muscle, pas une respiration. Je me suis demandée si elle attendait un taxi ou quelqu’un et puis je me suis dit qu’elle pouvait aussi être là et ne rien attendre. C’est moi qui la mettais en scène mais elle, elle semblait juste posée comme dans un tableau, sur ma route, sur cette pelouse devant un petit jardin et une petite maison.

Seule, toute droite, et on voyait que c’était un  effort pour elle. Elle a tourné la tête parce que je la regardais un peu et je souriais. Elle m’a regardé mais pas trop, une gêne. Moi je marchais vite et elle ne bougeait pas du tout avec son petit sac noir en cuir. Ce sac qu’elle a depuis très longtemps, je suis sûre. Presque un compagnon de route.

Alors le silence s’est étendu entre elle et moi et une fois de plus je me suis demandée comment  je vieillirai. Une question des plus idiotes sans aucune possibilité de réponse. Je vieillis tous les jours. C’est et sans appel.

Les derniers mots on ne peut pas savoir. On n’aura peut être plus envie. Le silence aura tout rempli, aura tout pris dans ses bras en attendant que le corps se rende

J’entends le merle. Il suffira de l’entendre, je crois.

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mai 28, 2011

tout ces trucs que je ne peux pas jeter

Démenagement, un autre placard à mettre en cartons, de la paperasse. Je m’étais dit  « tu vas jeter tes cours de fac ».

Je suis d’abord retombée sur la vie de loin. Des documents quasi cultes, vieux obsolètes pour tout le monde, mais pas pour moi. Des trucs qui font comme partie de la famille. Des gri-gri.

Puis les cours. C’est vrai j’avais déjà tout jeté je n’avais gardé que la substantifique moelle il y a cinq ans lors du précédent déménagement. Re tri serré. Et puis là aussi il y a mes tripes. Tout ce temps passé en bibli, tous ces cours aimés, ces photocopies de pages de bouquins, de recherches, d’étude, de réflexion.

Ils font partie de ma peau pour le moment. Je n’en n’aurais sans doute plus l’usage. Je compte revenir en fac mais je ne sais encore dans quel secteur ( un cursus de philo ?). Surement pas en sociolinguistique et anthropologie sociale, non je ne crois pas. C’est tatoué tout cela.

Bon, je garde au chaud, faudra me brûler avec.

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CA FERA UN BEAU BUCHER !!!

mai 27, 2011

train de vie

Tout, un peu, et lentement s’échine.

Hier ou je ne sais plus quand, j’ai pensé, je regardais des barrières dans des champs, puis aux abords de la ville. Etait ce dans le train ?

Je meurs un peu plus chaque jour, cette phrase m’est arrivée.

Il faudra alors vivre un peu plus, me suis-je dit. Des piquets de bois sur un fond vert.

J’ai vu des chevaux et des flamants roses. J’ai vu des étangs et du sel très blanc en gros tas comme des montagnes.

J’avais très chaud.

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mai 26, 2011

Etre au monde

Cinq femmes en terrasse face à la mer. Deux que je découvre pour la première fois. L’une d’elle, je sais, va dormir là aussi et donc il y aura demain.

Rien à faire, mon amie qui vit loin, je ne la vois jamais seule, sauf si je la capte chez moi.

Cinq femmes sur le balcon. Quatre qui boivent du rhum, pas moi. Je ne bois pas d’alcool, plus.

Et je suis assise, crevée de la chaleur, du train, de la journée de boulot. Je suis là pour 20h, chrono.

Et cette belle personne parle, fort, hurle presque, raconte, se dresse, parle, envahit, parle, raconte son voyage avec mon amie, d’une façon que je n’aime pas. C’est le genre de personne qui « a fait »…A fait le Pérou (  » ils sont sales et pauvres et pas aimables »…), A fait St Petersbourg, A fait..etc etc…A fait Cuba et n’a pas aimé car « il n’y a rien à voir »….Pas de Musée, de patrimoine, de trucs et choses où tu en as pour ton blé…Pas aimé Cuba, moi je me marre car tout le monde aime, adore autour de moi : les anciennes copines féministes hispanophones, mon amie de Montréal qui y emmène sa classe tous les deux ans, ses filles, le lambda touriste, une copine en famille qui a loué chez l’habitant et s’est régalée de tout….

Et c’est là que je me dis, Merde cette nana me fait chier, j’ai pas envie de la voir, on n’a rien en commun. Je me recroqueville, de toutes façon il n’y aucune place pour les autres. Elle accapare tout contenu et parole durant 45 mns. Je suis mal à l’aise. Je me  demande pourquoi je suis autant mal à l’aise et pourquoi je me sens agressée si facilement dans la vie quand je croise des gens qui ne pensent pas comme moi et le disent, l’affirment.

Je vis dans une bulle protégée. Je redoute tout ce qui pourrait me faire manquer d’air, me priver de liberté d’être, physiquement et moralement. Je prends à coeur chaque chose que je vois et entends et me perturbe. j’ai envie de dire : « merde, non, mais non, réflechis un peu bon sang aux conneries que tu dis !! ». Les cubains sont pauvres et cela t’ennuie ? Ils n’ont pas ouvert un beau Musée pour toi, tu n’as pas vu « de belles choses » ? Trop compliqué à expliquer. Pas la place pour le faire. Elle est dressée et nous couvre d’elle, de sa vision du monde et moi je ne veux pas de cette couverture là.

Je vois bien, au delà des apparences qu’elle déverse et assène, je sens la détresse, la tension, le besoin d’être écoutée et aimée, l’impossibilité de s’arrêter sur soi et verser sa coupe, renverser la crêpe de vivre et repenser sa place. Notre place dans le monde. La construction de nous, notre pensée. En mouvement ?

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mai 22, 2011

Place

Tu es parti et comme je t’aime. Quand tu pars se laisse derrière la distance aimante, la place pour.

La place pour deux se laisse dans notre dos. Deux en même place c’est parfois trop serré pour que l’amour se développe et s’étende. Tout comme en tête. La tête aime l’air.

Tu as changé. Tu as cette capacité que je n’ai pas, de pouvoir radicalement changer de comportement, d’être suffisamment réceptif pour t’adapter à l’autre. Tu as changé. Tu me perçois différemment depuis tout ce que je t’ai dit de moi. Tu m’épates autant que les merles.

Tu es parti et je me retrouve. Du coup tu peux être là, je te fais place, et moi je suis livrée à moi-même. Mon corps s’allonge, s’étire comme un chat. Tous les possibles sont en ronde et me narguent. Feras tu ceci ou cela ?

Tu es parti et je pense à toi.

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mai 19, 2011

Pas besoin de quoi

De quoi me faut-il dans la vie ? Je ne sais pas. Au fond, le croyais-je ?

Est-ce l’amour ? Oui mais si tu as.

Est-ce un lieu précis ? Non, je ne peux pas.Pas seulement comme ça. Je ne saurais pas. Je pense parfois à la mer et je me retrouve au bord des montagnes. Oui mais quelles montagnes ! Elles sont spéciales. Ce sont des roches sculptées, énormes, éléphantesques, qui laissent des places, des percées pleines de rivières. Des vallées larges, des passages, des routes sous lesquelles tu passes sous la roche, tu baisses la tête même dans la voiture.

De quoi ai-je besoin ? Je dis souvent que le bonheur est dans la tête, dans l’être, dans la volonté farouche, dans la résistance.

De quoi ai-je besoin ? De la solitude ?

De quoi ai-je besoin ? De musique ? Mais pourtant je passe beaucoup de jours sans. Puis quand je la retrouve je me demande comment je vivais avant.

De quoi ai-je besoin, maintenant ? Parce qu’avant je sais. Je vivais surtout en sachant ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas de ligne droite. Je ne voulais jamais rester là où j’étais bien. Je voulais toujours voir l’herbe du pré à côté. J’ai eu même ce à quoi je ne pensais pas, je ne savais pas. Je disais autant non que oui.

Qu’est ce que je veux aujourd’hui ?

Ne plus me poser la question. Serais-je dans l’Avoir autant que dans l’Etre ? Ai-je les mains pleines ? Serais je encore amoureuse autant, dans la vie qu’il me reste à vivre ?

De quoi ai-je besoin ? Me découvrir encore. Faire le contraire de ce que je pensais faire. Etre prise au dépourvu. Voilà l’amant admirable, ce dépourvu qui te prend. Pas de gants pour une vie pas douce. Est-ce que je veux la douceur ? Parfois c’est bon contre ton coeur. Mais je veux le dépourvu, être dérangée comme une folle. Mais te tenir serré. Car je t’ai.

Avoir l’amour n’existe pas. Nous sommes deux nids séparés et nous rions car nous savons. Que d’un revers de main, tout peut s’arrêter. Tu n’as pas peur. C’est sans doute pourquoi je t’aime encore. Tu tiens face à l’adversité de moi-même.Tu me protèges de moi.

Ai-je besoin de moi ? Qui, seule, qui a besoin ?

Qui a besoin de quoi ?

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mai 18, 2011

Nostalgie

Derrière mon rideau rouge un oiseau chante. Nous sommes dans la teneur de l’été, qui tient en force le printemps. Je m’abrite. Une pénombre.

Hier mes pieds dans l’eau de mer. Dès que je les ai mis cela m’a envahi. C’est comme un poison. Quand je suis les pieds dans l’eau, je vois ma mère si heureuse les pieds dans l’eau sur ses plages favorites. Debout, scrutant l’horizon et respirant, un grand inspir.

Alors je regarde la mer étalée et je lui demande pourquoi. Pourquoi le temps passe. Pourquoi les aimés meurent. Pourquoi le bonheur. Pourquoi le malheur. Et toutes ces questions dépassent largement la petite vague lancinante qui lèche mes chevilles.

Alors je cherche l’oubli et l’instant présent. Je veux prendre.

Petite, je me rappelle très bien du dernier bain. Le dernier de chaque année car il fallait quitter l’île. Dire au revoir à la mer est une chose pas facile. Elle glisse dans les bras. Mais elle écoute tout. Chaque fois je retrouve cette étreinte. Je fais tomber mon corps lentement, de tous les côtés. Pour que chaque parcelle minimale de ma peau soit comblée, reçoive, récolte, aussi loin et aussi longtemps que possible.

C’est un chagrin. Un déchirement. Elle essaie de me consoler. Je lui fait des promesses.

Hier je n’ai rien dit. Je n’ai pas aimé la nostalgie qui me prenait. Je n’ai pas aimé les fantômes. Et comme je la revois dans huit jours, j’essaierai d’être un peu plus à la hauteur.

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mai 14, 2011

Jupons vivre

Soulever la jupe de la vie

Parce qu’on veut ses secrets

S’étendre dans la douleur ne mènerait

Pas beaucoup plus loin.

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mai 10, 2011

La joie inquiète

Je suis d’une nature inquiète. J’ai beau faire « cui cui cui » tous les jours, et bien le soir, allongée, ma nature passe me pourrir un coin de joie. Genre à dire  » et si ceci, et si cela, et ça ne va pas marcher, et il risque de se passer cela , et si et si.. »

Manque de respiration, tout simplement. Je ne peux pas me passer de respirer.

Dans ces moments où je mine un peu un terrain pourtant clair, je m’en veux de reproduire mon père. Dans la voiture de chaque départ, ils étaient nombreux, c’était une litanie : « Tu n’as pas oublié ça ? »  » Ah, j’ai oublié ceci !! » L’inquiètude qu’un petit poil de mouche vienne perturber le parfait organisé. Mais c’est sans doute dans les attitudes que j’ai tout absorbé, comme absorbent tous les enfants, ces éponges vibrantes. La rigueur, la tenue obligatoire en vivre, le souci comme primordial de ne rien laisser de côté, d’être au taquet le doigt sur la couture. La peur d’en laisser derrière, les hypothèses, des et si, et si…qu’il fallait toutes conjuguer une fois avant de pouvoir avancer.

J’aurais dû naître matheuse avec tout cela : le calcul des probabilités étant le quotidien de ma famille. Parer à tout, penser au pire et puis…Go !

Alors, allongée au repos, je ne peux m’empêcher de penser au pire avant de laisser place à ce qui est. Je cadre, je canalise, je vérifie les issues et les failles. Pour faire face à l’inconnu, je récite sa leçon, je le mets en scène, je reconstitue les élèments des acteurs et du décor, à l’avance. Parce que tout a de l’importance. Oui, j’ai dû être élevée comme cela. Tout avait sens, j’étais moi-même un gros morceau de sens dans le puzzle familial. Le chaînon. Qui a besoin de tirer, rompre, et rassembler et bis repetita, etc.

Ce matin, je bénis les nuages et une fraîcheur. C’est comme l’été hors des clous, le temps qu’il fait est à prendre comme il est. Une chair de poule sur mon avant bras nu. Une journée sans souci. Comment j’ai fait pour en arriver là ? Tant de tendresse avec moi. Le déroulement des faits et des choix. Bon sang, parfois je n’arrive pas à en revenir. C’est comme si j’étais un peu « arrivée » quelque part dans ma vie et ça me fout les pétoches un chouïa.

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mai 7, 2011

L’écrire des jours

La part telle qu’elle d’un quotidien

Au travers du pare-vivre, chaque jour la marquer.

Se remarquer par la vitre ouverte

Clic Clac Clac appuyer sur la détente tout en roulant

Clic Clac Donner de l’importance

Ca tourne par là, ça ligne droite ici, ça bleu, ça vert, il, sait, pas, pleut, matin, soir.

Par la brise ouverte, clic clac noter, journal des bordures

La petite joie de ta brise verte, sur le côté, quand je suis passée, quand tu es passé(e).

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mai 4, 2011

l’invisible

Je crois aux choses qui n’existent pas. Ainsi je mange les mirages, je m’en nourris nuit et jour.

Je crois aux choses improbables. Ainsi suis-je disponible à tout ce qui pourra me détruire.

Je crois à ce que je ne vois pas. Et l’amour en premier, assure mon matelas de soupirs, nuit et jour.

Je t’oublie. C’est politiquement correct dans la grande cour de ma vie. Relégué comme un vieux vélo rouillé adossé à la porte du garage. Ce garage que tu avais repeint. Son vert d’écaille. Oui nous n’avions pas enlevé tout le papier peint, nous avions laissé des pans entiers, lessivés, rapés. Une couche d’un blanc brouillard dessus rendait la chambre évanescente. Un genre d’atelier des rêves, un goût inachevé, en chantier. On y faisait l’amour. Les murs buvaient la passion, les murs burent mes larmes. Inondation. Couteau planté, vélo crevé adossé au mur du garage à vélos, dans la cour pavée. Je t’oublie.

Les choses qu’on ne voit pas je les invente et j’y crois.

Inconsolée des aimés. La première à dire non, la première à dire oui.

Nous n’avons pas toute la vie, nous avons tout de suite. Guidée par je ne sais quelle hérésie, ma providence s’accumule et je ne me suis pas. Je patauge, les bras en croix. Ô grand soleil, viens fondre sur moi que j’oublie tout. Et revenir, le venir.

Je crois aux choses étranges.

Quelqu’un a frappé à ma porte hier, pour un truc matériel, dix minutes de notre temps. Soudain j’ai senti les volutes de son âme. Simplement.

Il mesurait l’appartement et moi je mesurais son aura, très belle. A un moment j’ai regardé ses chaussures. Puis tournée vers l’évier, les mains dans la vaisselle, je l’ai laissé faire ses mesures, dans les pièces, chez moi. J’étais entourée de nos veloutés d’êtres. Je savais être la seule à le ressentir. J’ai commencé à sentir ces choses là au collège. Je ne dis rien. Une minute suffit, je ne peux rien retenir. Je laisse alors la vie monter entre mon plexus et ma gorge. Une jouissance troublante. Les signes invisibles de nos unités.

C’est ainsi que mille vies s’assemblent dans nos dos et que nous n’en faisons rien, la plupart du temps. Juste une seconde, un instant. De ce que nous pourrions être, tous ensemble.

C’est sans doute trop, ingouvernable, tout ce que les êtres ont à se donner. Nous sommes peureux et fainéants. Toutes ces barrières à faire tomber.

Nous grands saules pleureurs.

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mai 2, 2011

Inside you