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mai 4, 2011

l’invisible

Je crois aux choses qui n’existent pas. Ainsi je mange les mirages, je m’en nourris nuit et jour.

Je crois aux choses improbables. Ainsi suis-je disponible à tout ce qui pourra me détruire.

Je crois à ce que je ne vois pas. Et l’amour en premier, assure mon matelas de soupirs, nuit et jour.

Je t’oublie. C’est politiquement correct dans la grande cour de ma vie. Relégué comme un vieux vélo rouillé adossé à la porte du garage. Ce garage que tu avais repeint. Son vert d’écaille. Oui nous n’avions pas enlevé tout le papier peint, nous avions laissé des pans entiers, lessivés, rapés. Une couche d’un blanc brouillard dessus rendait la chambre évanescente. Un genre d’atelier des rêves, un goût inachevé, en chantier. On y faisait l’amour. Les murs buvaient la passion, les murs burent mes larmes. Inondation. Couteau planté, vélo crevé adossé au mur du garage à vélos, dans la cour pavée. Je t’oublie.

Les choses qu’on ne voit pas je les invente et j’y crois.

Inconsolée des aimés. La première à dire non, la première à dire oui.

Nous n’avons pas toute la vie, nous avons tout de suite. Guidée par je ne sais quelle hérésie, ma providence s’accumule et je ne me suis pas. Je patauge, les bras en croix. Ô grand soleil, viens fondre sur moi que j’oublie tout. Et revenir, le venir.

Je crois aux choses étranges.

Quelqu’un a frappé à ma porte hier, pour un truc matériel, dix minutes de notre temps. Soudain j’ai senti les volutes de son âme. Simplement.

Il mesurait l’appartement et moi je mesurais son aura, très belle. A un moment j’ai regardé ses chaussures. Puis tournée vers l’évier, les mains dans la vaisselle, je l’ai laissé faire ses mesures, dans les pièces, chez moi. J’étais entourée de nos veloutés d’êtres. Je savais être la seule à le ressentir. J’ai commencé à sentir ces choses là au collège. Je ne dis rien. Une minute suffit, je ne peux rien retenir. Je laisse alors la vie monter entre mon plexus et ma gorge. Une jouissance troublante. Les signes invisibles de nos unités.

C’est ainsi que mille vies s’assemblent dans nos dos et que nous n’en faisons rien, la plupart du temps. Juste une seconde, un instant. De ce que nous pourrions être, tous ensemble.

C’est sans doute trop, ingouvernable, tout ce que les êtres ont à se donner. Nous sommes peureux et fainéants. Toutes ces barrières à faire tomber.

Nous grands saules pleureurs.

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