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mai 10, 2011

La joie inquiète

Je suis d’une nature inquiète. J’ai beau faire « cui cui cui » tous les jours, et bien le soir, allongée, ma nature passe me pourrir un coin de joie. Genre à dire  » et si ceci, et si cela, et ça ne va pas marcher, et il risque de se passer cela , et si et si.. »

Manque de respiration, tout simplement. Je ne peux pas me passer de respirer.

Dans ces moments où je mine un peu un terrain pourtant clair, je m’en veux de reproduire mon père. Dans la voiture de chaque départ, ils étaient nombreux, c’était une litanie : « Tu n’as pas oublié ça ? »  » Ah, j’ai oublié ceci !! » L’inquiètude qu’un petit poil de mouche vienne perturber le parfait organisé. Mais c’est sans doute dans les attitudes que j’ai tout absorbé, comme absorbent tous les enfants, ces éponges vibrantes. La rigueur, la tenue obligatoire en vivre, le souci comme primordial de ne rien laisser de côté, d’être au taquet le doigt sur la couture. La peur d’en laisser derrière, les hypothèses, des et si, et si…qu’il fallait toutes conjuguer une fois avant de pouvoir avancer.

J’aurais dû naître matheuse avec tout cela : le calcul des probabilités étant le quotidien de ma famille. Parer à tout, penser au pire et puis…Go !

Alors, allongée au repos, je ne peux m’empêcher de penser au pire avant de laisser place à ce qui est. Je cadre, je canalise, je vérifie les issues et les failles. Pour faire face à l’inconnu, je récite sa leçon, je le mets en scène, je reconstitue les élèments des acteurs et du décor, à l’avance. Parce que tout a de l’importance. Oui, j’ai dû être élevée comme cela. Tout avait sens, j’étais moi-même un gros morceau de sens dans le puzzle familial. Le chaînon. Qui a besoin de tirer, rompre, et rassembler et bis repetita, etc.

Ce matin, je bénis les nuages et une fraîcheur. C’est comme l’été hors des clous, le temps qu’il fait est à prendre comme il est. Une chair de poule sur mon avant bras nu. Une journée sans souci. Comment j’ai fait pour en arriver là ? Tant de tendresse avec moi. Le déroulement des faits et des choix. Bon sang, parfois je n’arrive pas à en revenir. C’est comme si j’étais un peu « arrivée » quelque part dans ma vie et ça me fout les pétoches un chouïa.

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