La joie inquiète

Je suis d’une nature inquiète. J’ai beau faire « cui cui cui » tous les jours, et bien le soir, allongée, ma nature passe me pourrir un coin de joie. Genre à dire  » et si ceci, et si cela, et ça ne va pas marcher, et il risque de se passer cela , et si et si.. »

Manque de respiration, tout simplement. Je ne peux pas me passer de respirer.

Dans ces moments où je mine un peu un terrain pourtant clair, je m’en veux de reproduire mon père. Dans la voiture de chaque départ, ils étaient nombreux, c’était une litanie : « Tu n’as pas oublié ça ? »  » Ah, j’ai oublié ceci !! » L’inquiètude qu’un petit poil de mouche vienne perturber le parfait organisé. Mais c’est sans doute dans les attitudes que j’ai tout absorbé, comme absorbent tous les enfants, ces éponges vibrantes. La rigueur, la tenue obligatoire en vivre, le souci comme primordial de ne rien laisser de côté, d’être au taquet le doigt sur la couture. La peur d’en laisser derrière, les hypothèses, des et si, et si…qu’il fallait toutes conjuguer une fois avant de pouvoir avancer.

J’aurais dû naître matheuse avec tout cela : le calcul des probabilités étant le quotidien de ma famille. Parer à tout, penser au pire et puis…Go !

Alors, allongée au repos, je ne peux m’empêcher de penser au pire avant de laisser place à ce qui est. Je cadre, je canalise, je vérifie les issues et les failles. Pour faire face à l’inconnu, je récite sa leçon, je le mets en scène, je reconstitue les élèments des acteurs et du décor, à l’avance. Parce que tout a de l’importance. Oui, j’ai dû être élevée comme cela. Tout avait sens, j’étais moi-même un gros morceau de sens dans le puzzle familial. Le chaînon. Qui a besoin de tirer, rompre, et rassembler et bis repetita, etc.

Ce matin, je bénis les nuages et une fraîcheur. C’est comme l’été hors des clous, le temps qu’il fait est à prendre comme il est. Une chair de poule sur mon avant bras nu. Une journée sans souci. Comment j’ai fait pour en arriver là ? Tant de tendresse avec moi. Le déroulement des faits et des choix. Bon sang, parfois je n’arrive pas à en revenir. C’est comme si j’étais un peu « arrivée » quelque part dans ma vie et ça me fout les pétoches un chouïa.

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7 commentaires to “La joie inquiète”

  1. mais non, mais non! il arrive un jour que la réalité soit harmonieusement détendue et il ne faut surtout pas avoir de scrupules d’en profiter!

  2. Oui mais cela doit être mon dangereux pessimisme chronique : je suis persuadée que la vie est une salope, oui, je le dis, toujours en embuscade prête à te mettre couteau sous la gorge, surtout quand tu baigne dans le coton rose.

  3. La vie n’est pas une salope, la vie est une GROSSE salope, vicieuse à souhait.
    Oui oui il y a des petits espaces/sourires dont il faut profiter, abuser, dans lesquels il faut se rouler.
    Mais derrière, il y a quand même une petite ou une grosse merdouille qui guette.
    Et on encaisse. Pas toujours.

  4. Excatement.
    La vie est une vache qui beugle, c’est le quotidien et tout le reste c’est à la force des poignets, un combat pour dégotter les miracles qui font survivre. En tout cas, c’est comme cela que je vois les choses. Heureusement tout le monde ne partage pas cette façon de voir. ..
    Ceci dit, tout comme toi je suis sûre, quand le coup dur me rentre dedans, je ne suis jamais étonnée, pas plus que cela. J’ai l’air « d’assurer »…sur le coup…surtout pour les autres autour…parce que je ne baisse jamais la garde au fin fond. Je suis toujours en position de combat. Combat pour transmettre la joie et aranguer les foules ( « ah ben toi alors, t’as la patate dis donc !! » …hum hum…. ). Combat pour tenir bon, écoper avec rage et sourire, quand la vache s’éclate.
    Pfff.

  5. et bien moi aussi je passais trop de temps le soir à cogiter, à réfléchir, à imaginer, à planifier, à prévoir.. ou pas.
    et puis l’autre jour, j’ai lâché prise.
    je ne sais pas pourquoi mais je sais uniquement le bien immense qui en découle.
    depuis, je ferme les yeux, et je décolle aussitôt…
    et je fais un tas de rêves… durs ou doux… et je (re)vis.
    je te souhaite donc un apaisement similaire.

  6. Merci de ce partage. Que Belle la douceur de vie ! Que Doux les rêves qui emmènent !

  7. Il faut des pauses rassurantes pour se régénerer et pouvoir ensuite à nouveau affronter le reste.

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