Etre au monde

Cinq femmes en terrasse face à la mer. Deux que je découvre pour la première fois. L’une d’elle, je sais, va dormir là aussi et donc il y aura demain.

Rien à faire, mon amie qui vit loin, je ne la vois jamais seule, sauf si je la capte chez moi.

Cinq femmes sur le balcon. Quatre qui boivent du rhum, pas moi. Je ne bois pas d’alcool, plus.

Et je suis assise, crevée de la chaleur, du train, de la journée de boulot. Je suis là pour 20h, chrono.

Et cette belle personne parle, fort, hurle presque, raconte, se dresse, parle, envahit, parle, raconte son voyage avec mon amie, d’une façon que je n’aime pas. C’est le genre de personne qui « a fait »…A fait le Pérou (  » ils sont sales et pauvres et pas aimables »…), A fait St Petersbourg, A fait..etc etc…A fait Cuba et n’a pas aimé car « il n’y a rien à voir »….Pas de Musée, de patrimoine, de trucs et choses où tu en as pour ton blé…Pas aimé Cuba, moi je me marre car tout le monde aime, adore autour de moi : les anciennes copines féministes hispanophones, mon amie de Montréal qui y emmène sa classe tous les deux ans, ses filles, le lambda touriste, une copine en famille qui a loué chez l’habitant et s’est régalée de tout….

Et c’est là que je me dis, Merde cette nana me fait chier, j’ai pas envie de la voir, on n’a rien en commun. Je me recroqueville, de toutes façon il n’y aucune place pour les autres. Elle accapare tout contenu et parole durant 45 mns. Je suis mal à l’aise. Je me  demande pourquoi je suis autant mal à l’aise et pourquoi je me sens agressée si facilement dans la vie quand je croise des gens qui ne pensent pas comme moi et le disent, l’affirment.

Je vis dans une bulle protégée. Je redoute tout ce qui pourrait me faire manquer d’air, me priver de liberté d’être, physiquement et moralement. Je prends à coeur chaque chose que je vois et entends et me perturbe. j’ai envie de dire : « merde, non, mais non, réflechis un peu bon sang aux conneries que tu dis !! ». Les cubains sont pauvres et cela t’ennuie ? Ils n’ont pas ouvert un beau Musée pour toi, tu n’as pas vu « de belles choses » ? Trop compliqué à expliquer. Pas la place pour le faire. Elle est dressée et nous couvre d’elle, de sa vision du monde et moi je ne veux pas de cette couverture là.

Je vois bien, au delà des apparences qu’elle déverse et assène, je sens la détresse, la tension, le besoin d’être écoutée et aimée, l’impossibilité de s’arrêter sur soi et verser sa coupe, renverser la crêpe de vivre et repenser sa place. Notre place dans le monde. La construction de nous, notre pensée. En mouvement ?

.

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7 commentaires to “Etre au monde”

  1. Certains ne sont pas doués pour le partage…

  2. ah là là! c’est craignos d’être coincée comme ça dans un contexte chiant.!
    je te comprends!! il y a des gens qui ont le chic pour te donner une crise de gratt..
    les amis des amis des amis, des fois , c’est pas top..

    • tout c’est amélioré le lendemain, chacun est parti de son côté et la mer a fait le reste.
      Reste que sur les récits de voyage, je suis aterrée de ceux qui voyagent pour SE faire du bien et attendent un tapis rouge de reconnaissance locale… et se plaignent de la pauvreté quand ils vont dans des pays pauvres. C’est à se marcher sur la tête, navrant et imbécile.

      • Discussion, euh monologue pénible s’il en est, surtout quand c’est un tissu de généralités et d’affirmation sur, d’affirmations contre. Plus jeune soit je fuyais ou j’agressais à mon tour. Maintenant j’essaie de ne plus me laisser saôuler, je dis ce que cela me fait d’entendre un torrent pareil… comme tu viens de la faire par écrit.
        😉

  3. Hum, je n’aurais pas pu dire vraiment. Au vu des personnes présentes, j’étais coincée. j’ai par contre un peu « repris  » les choses ensuite, le copine tonitruante partie manger dehors…j’ai essayé de remettre de la relativité en place…tout le monde a fait  » mais oui, bien sûr… » Hem hem

  4. Ouh la comme ça me parle…
    et j’aime beaucoup tes dernières phrases…

    Mais que faire de tout cela…
    Comment s’aider à grandir mutuellement?…

    Je m’aperçois qu’on n’a guère de marge de manoeuvre…

    J’en arrive souvent a penser qu’entre compréhension et prise de position, il ne reste souvent à prendre du large pour se préserver…

    Le nombrilisme est un puits sans fond qui emporte ce qui se trouve sur son passage et ne fait pas dans le détail…

    Ne reste qu’à espérer qu’une magie souterraine fasse son travail de fourmi…

    Voilà où j’en suis ce soir…

  5. Oui je pense que nous sommes impuissants réellement face à l’autre qui ne nous dit rien qui nous vaille.
    Des mondes différents qui se rencontrent cela ne fonctionne pas souvent.

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