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juin 14, 2011

D’avant et d’après

Je n’en menais pas large, comme on dit. Pas long non plus, court même.

Je ne me sentais pas bien. Exactement cela. Je ne me sentais pas bien. Je tremblais dedans, je me sentais sans forces, pas capable. Surtout j’avais envie de pleurer, de m’effondrer.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais maintenant que ce n’est pas utile de chercher cet introuvable pourquoi qui rayonne au fin fond avec des réponses sourdes et muettes à tout appel, même sincère.

Sincèrement, je te le dis, je n’étais pas bien, j’étais patraque et désespérée, désemparée. Pas prise, flottante, sans hameçon, noyée et chutant dans un curieux marécage. Boueuse j’étais.

Je pensais : Tu l’as fait tant de fois pourtant…!!

Et avant j’allais en avant, sans vouloir tracer derrière je ne regardais que ce vers quoi je me ferai, j’étais faite de cela, ce vers quoi.

Serais-je devenue plus lourde ? C’est souvent ma question. Ai-je besoin des autres encore plus ? Saurais-je refaire seule encore tout ce que j’ai fait et refait ? Bagager, décider, partir, envoyer la gomme, prendre haut mon coeur, faire suivre tout le reste sans aucun remord. La tristesse, si. Toujours je l’ai eue, ça je ne me mens pas, elle a laissé trop sa place, elle est en chaise-très-longue avec le truc pour les pieds, installée. Les pleurs, les arrachements, si. Mais il y avait toujours cet élan et le corps ne disait rien du reste. Maintenant si. Le corps dit.

Mon corps ne pouvait pas. Quitter, porter des cartons, trier, retrouver encore des tas de trucs , les remettre en boîte. Cela ne finissait jamais on dirait. Faire face au lourd, franchir des escaliers, quitter pour toujours, emmener.

La tâche me rebutait, je voulais pleurer. J’ai failli le dire « Tu sais, je ne vais pas bien, j’ai envie de pleurer, ça ne va pas ». Bon et puis on se tait, l’autre n’a pas besoin non plus. Il faut se prendre au corps, c’est la première marche la plus dure à franchir. Et on a commencé par le plus dur à porter, volontairement.

On a bien fait. Rapidement, plus que prévu, un poids est parti, j’étais en mouvement, c’était en route. Je ne voulais plus pleurer. Il n’y avait plus lieu de. Le lieu disparu. La route seule. L’étape infinie, non finie.

Et alors il y a eu ce premier matin. Et la bascule fut définitive.

Je me suis retrouvée. Dans cet inconnu qui sourit, que je veux.

La veille je m’étais fait un cadeau. Quatre même.

Dans cette ville jolie en été et ses petites rues où se perdre en allant au château : une potière. Magasin-atelier. Toute jeune. Un écrin de terre et de couleurs. Des motifs que j’aime énormément et qui croisaient ceux que je venais de faire sur les plinthes de la chambre. Un beau hasard.

Quatre objets en cadeau, beaux . Sur lesquels je ne poserai pas mes lèvres, je crois, j’aime mieux les garder sous les yeux.

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