D’avant et d’après

Je n’en menais pas large, comme on dit. Pas long non plus, court même.

Je ne me sentais pas bien. Exactement cela. Je ne me sentais pas bien. Je tremblais dedans, je me sentais sans forces, pas capable. Surtout j’avais envie de pleurer, de m’effondrer.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais maintenant que ce n’est pas utile de chercher cet introuvable pourquoi qui rayonne au fin fond avec des réponses sourdes et muettes à tout appel, même sincère.

Sincèrement, je te le dis, je n’étais pas bien, j’étais patraque et désespérée, désemparée. Pas prise, flottante, sans hameçon, noyée et chutant dans un curieux marécage. Boueuse j’étais.

Je pensais : Tu l’as fait tant de fois pourtant…!!

Et avant j’allais en avant, sans vouloir tracer derrière je ne regardais que ce vers quoi je me ferai, j’étais faite de cela, ce vers quoi.

Serais-je devenue plus lourde ? C’est souvent ma question. Ai-je besoin des autres encore plus ? Saurais-je refaire seule encore tout ce que j’ai fait et refait ? Bagager, décider, partir, envoyer la gomme, prendre haut mon coeur, faire suivre tout le reste sans aucun remord. La tristesse, si. Toujours je l’ai eue, ça je ne me mens pas, elle a laissé trop sa place, elle est en chaise-très-longue avec le truc pour les pieds, installée. Les pleurs, les arrachements, si. Mais il y avait toujours cet élan et le corps ne disait rien du reste. Maintenant si. Le corps dit.

Mon corps ne pouvait pas. Quitter, porter des cartons, trier, retrouver encore des tas de trucs , les remettre en boîte. Cela ne finissait jamais on dirait. Faire face au lourd, franchir des escaliers, quitter pour toujours, emmener.

La tâche me rebutait, je voulais pleurer. J’ai failli le dire « Tu sais, je ne vais pas bien, j’ai envie de pleurer, ça ne va pas ». Bon et puis on se tait, l’autre n’a pas besoin non plus. Il faut se prendre au corps, c’est la première marche la plus dure à franchir. Et on a commencé par le plus dur à porter, volontairement.

On a bien fait. Rapidement, plus que prévu, un poids est parti, j’étais en mouvement, c’était en route. Je ne voulais plus pleurer. Il n’y avait plus lieu de. Le lieu disparu. La route seule. L’étape infinie, non finie.

Et alors il y a eu ce premier matin. Et la bascule fut définitive.

Je me suis retrouvée. Dans cet inconnu qui sourit, que je veux.

La veille je m’étais fait un cadeau. Quatre même.

Dans cette ville jolie en été et ses petites rues où se perdre en allant au château : une potière. Magasin-atelier. Toute jeune. Un écrin de terre et de couleurs. Des motifs que j’aime énormément et qui croisaient ceux que je venais de faire sur les plinthes de la chambre. Un beau hasard.

Quatre objets en cadeau, beaux . Sur lesquels je ne poserai pas mes lèvres, je crois, j’aime mieux les garder sous les yeux.

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9 commentaires to “D’avant et d’après”

  1. Bon matin!
    il fait beau aussi chez toi je suppose…
    je t’envoie le parfum de l’énorme champ de lavandes juste à côté…

  2. Il fait bon et un peu gris de nuages de montagnes mais c’est pour cela qu’on est là, pour le frais et ne plus jamais vivre les canicules de la ville et la plaine..hihi
    Bises

    • Chère Laure : heureuse de ces bonnes nouvelles du premier matin et de ces beaux cadeaux que tu t’es faits, heureux présage pour un habiter heureux, c’en est aussi un pour ta maison ! … ah les déménagements, souvenir souvenirs…
      en passant ici je réalise qu’il faut que te dise que parce que je reçois par mail tes articles, je n’ai jamais eu l’idée de te laisser des messages… mais sache que j’aime beaucoup te lire dans ta sincérité nue…
      Bonnes peintures !

      • J’espère que tu viens en vrai sur le blog quand même, pour la déco d’ambiances changeantes…à quoi cela servirait que je me décarcasse…..?? Hmm ? et pis comme ça tu peux laisser messages….hi hi

        Merci à toi

  3. Marcher, avancer, ça demande de l’effort. Mais après, c’est bien, non? Des bises 🙂

  4. Une mue, c’est d’abord tout un temps de peau qui tire et gratte ; puis sèche et tire plus encore, jusqu’au moment où elle se fend un petit matin. Ce n’est pas rien de trouver un nouveau chez-soi, surtout que c’est vraiment « chez toi ».
    Bises
    Lise

  5. Oui c’est ça, les efforts…pff
    Et puis vient le bonheur d’emménager
    En fait j’aime pas déménager j’aime emménager

  6. hello Lôlà-Laure passagère, me voici qui passe au gré des ondes soudain accessibles… enfin je te mets moi aussi un petit mot pour te dire : que j’ai tout suivi de tes aventures, des cartons, des chats, des choses à garder ou à jeter, des émotions, du premier matin, de toutes ces choses et de ta coupure internet aussi pour quelques jours… dont j’ai déduis que « ça y » était ! Je te souhaite, je vous souhaite d’être très heureux et occupés dans cette nouvelle maison qui me semble si charmante ! Belle nouvelle vie à vous, à toi !
    Bises, aussi.

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