amie

Lundi je lui ai envoyé un e mail avec les photos de mon nouveau chez moi.

Elle est comme une soeur. Non, je ne vais pas écrire  « fut comme une soeur », pas pour elle. Pourtant je crois que cela fait deux ans qu’on ne s’est pas vues, volontairement. Un contre-temps ? Un avec-le-temps, une étape. Un moment pas synchro partagé et dit. ( Tu sais mes défauts…). Une violence entre nous, une violence d’amitié qu’on croyait inséparable pourtant. Elle avait dit « Il me faudra du temps ». Nous étions brisées. Des potiches cassées, fêlées, les larmes qui si souvent nous réunissent, les larmes en se quittant, les gorges sérrées en se retrouvant. Tout cela était en tempête, on avait lâché les rames.

Au bout d’une année quand même, on a compris que rien ne nous séparerait. Que maintenant ce n’était plus possible. Sans doute le pire de nos caractères, les fondamentaux de nos vies étaient gravés et nous fondent autant que nous creusent maintenant. Sa façon d’être mère à cinquante ans bien tassés avec ce petit dernier et toute son histoire. Ma façon d’être orpheline un peu avant mes cinquante années. A un moment il y a eu hiatus, un doigt coupé en pleine fête des mères chez elle, les urgences, le drame en moi, peu d’indulgence pour rien, tout qui flanche.  « Je n’ai rien à faire là » ai je dit. « Je ne reviendrai pas bientôt » Ai-je écrit.

Nous avons vécu l’une sans l’autre depuis. Chose inconcevable. On se connait trop. Il y a trop de manques. Et je l’aime, lui, presque autant qu’elle. Dans la cuisine il frôle mes cheveux, nous petit déjeunons ensemble, nous sommes confidences tous les trois, nous savons hors des mots. Elle adore mon Lui qui lui masse le corps comme elle aime ( c’est son métier faut dire…), elle entend ce qu’il ne dit pas, elle le connaît mieux que moi parfois.

Depuis que je suis dans cette maison je pense à eux tous les jours. Lui téléphoner ce n’est pas facile, c’est devenu quelqu’un qui a un emploi du temps infernal. Choix de vivre sa passion, de monter sa boutique et de s’y consacrer. Une boutique-lieu-de-femmes, lieu unique, presque son enfant, comme elle dit.

J’ai eu du bol alors, 13h30 pile poil. Je voulais entendre sa voix depuis deux jours. Lui faire savoir que je l’accompagnerai en pensées dans son voyage à Singapour auprès de son frère si malade. Elle ne voulait pas « Attendre qu’un jour il aille mieux ». Non, il a besoin maintenant, elle prend l’avion pour huit jours, elle est comme cela. Ils sont comme cela, tous les deux.

C’est dur d’entendre la voix de quelqu’un que tu n’as pas vu depuis longtemps, volontairement. C’est beaucoup et trop. Souvent je n’aime pas le téléphone pour les lointains. Ce n’est pas mon truc. Cela te fait faire des bonds émotionnels trop puissants et te laisse avec tout cela à digérer, il faut continuer à vivre sans l’autre auprès de toi. Trop compliqué.

Mais parfois il y a urgence. L’absence urge, le silence veut tout engloutir, tu ne veux pas. Pas là.

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One Comment to “amie”

  1. Te le lisant, je me dis que j’aimerai qu’il m’appelle….

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