habiter

La maison soulève des tas de questions. Le soir immobile dans le lit, sur le dos, je regarde le mur du fond, je lève un peu les yeux, je les redescends, je les ferme mais je les ouvre. Comme pour comprendre comment je suis arrivée là.

Je recherche ce qui nous a fait, comment il y a longtemps tu vivais très loin. Comment il y a longtemps je suis partie vivre ailleurs. Je repense aux voyages, aux métiers partagés, je ne peux écrire  « exerçés » c’est moche comme mot, et ces métiers de loin en loin étaient tant de brassage, d’humains ensemble, seuls nous n’étions absolument rien.

C’est sans doute cela ce terrible vide que laisse ce passé d’êtres si ensemble, qui construisent tant. Ce passé qui a rempli jusqu’à ras bord, jusqu’à aujourd’hui, ici.

Je repense à des pays, des sensations. J’en ai un stock enfoui, profondément, parce que la survie en Europe demandait de tout garder secret, comme une autre façon de respirer quasi incompatible avec notre air, ici. Je m’y revois presque aujourd’hui. Je peux presque à nouveau me toucher telle que là bas, telle que tant de choses que je n’aurais peut être faites qu’une fois dans ma vie. Les j’y retournerai n’existent plus en pensées. S’ils sont, ils seront, point. Ici est autre chose et cette chose n’est qu’ajouts et ajouts qui sont d’une grande simplicité finalement.

Le temps ne demande pas que tu te retournes sur lui. C’est toi qui voit.

Mais la maison, pour que je l’habite, semble avoir besoin que je retourne vers le lointain. Je ne veux pas penser à nous qui sommes là dans ce lit. A tout ce chemin. C’est beaucoup trop bouleversant, presque inquiétant, presque impossible à concevoir, même mentalement. Seule la vie vécue, imprévue, imprévisible, impossible, épouvantablement, dramatique, tragique, époustouflante, époustouflée, insolite, oui insolite, seule elle, peut concevoir des choses pareilles, celles que jamais tu n’as voulues ni envisagées. Ce que nous sommes là, jamais nous ne pouvions croire. Tu es tellement un autre que je ne veux pas non plus penser à moi, penser au cheminement, aux errances, aux pouvoirs, aux successions d’années, succès-damnés, longues et longues et jamais courtes. Non, je ne comprends jamais les gens qui disent  « ça passe vite, c’est fou ! ». Je ne sais pas comment je vis mais ça ne passe ni vite ni lent. Cela dégouline, ça va son cours, son fruit juteux ou pas mûr, ça s’ébranle, ça s’en branle, ça suinte, ça perle, ça pleure, ça fouette, mais rien ne me glisse des mains. Peut être que je m’accroche, que je retiens, que je trempe mes lèvres dans chaque goutte, les paumes serrées en creux, travaillant les jointures.

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3 commentaires to “habiter”

  1. si beau et bouleversant….
    je t’embrasse

  2. ni vite, ni lent…
    Peut être tout simplement parce qu’au fond c’était vécu sereinement, en pleine conscience des choses, dans l’instant, sans en vouloir plus ni moins, en prenant la vie telle qu’elle vient..

  3. Matin. Pas pu m’endormir avant la nuit étoilée ( je me couche comme les poules et je dors normalement). Les murs sont lourds et m’attendent.
    Ni vite ni lent, gai ou triste, désespéré ou follement amoureux, tel est mon temps.

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