Archive for ‘amitiés et rencontres décisives’

août 17, 2010

A deux roues et puis loin.

J’ai roulé à vélo sur une petite route de terre caillouteuse ce midi. Un vrai terrain miné où tituber et chercher une bordure, un morceau par où passer sans exploser les pneus du vélo ordinaire.

Je me suis soudain rappelé de notre longue sortie . Marie, ta poupée de six ans et moi dans la campagne laotienne. Sortir en vélo un dimanche après-midi pouvait relever de l’exploit ou de la folie inconsciente. Mais cela te plaisait beaucoup et tu avais raison. La chaleur laissait parfois un glissement d’existence possible au dehors et c’était vraiment drôle et improbable. Nous cahotantes au milieu des rizières, au milieu de rien, de petits hameaux de pacotilles, de bambous et de boue.

On a trouvé une buvette, un truc au milieu de nulle part mais la route se poursuivait. On a réussi à boire un truc, mais grignoter, à peine, Poupée avait envie mais quoi ? Pourtant elle, née au Viet-Nam, mange du salé au goûter et met des sauces au poisson dans ses yaourts mais, là, je ne sais plus si elle a trouvé une saloperie à sucer.

La chaleur nous est retombée dessus au dehors. Les roues partaient comme elles pouvaient dans tous les côtés, les ornières, la terre sèche comme une trique. Je ne me souvenais plus de cette balade, tu vois. J’ai une mémoire très capricieuse, tendance au retranchement pour sauver le Titanic de l’existence.

Mais ce midi  j’ai souris en me voyant valdinguer dans les cailloux si loin de nous, si loin de ce que nous fûmes. Sommes nous encore ? La Poupée a vingt ans et je n’ai plus de nouvelles. Est-ce important ? On est proches quand on est présents, quand on peut se toucher et faire valser nos vélos en buvant un Coca chaud au milieu de nulle part. Ensuite, on repart. Ne reste que la mémoire qui se prend à faire la belle à vélo quand il fait trop chaud.

.

août 15, 2010

Bashung

Bon, si tu as raté les huit premières émissions, tu peux encore te rattraper sur les deux prochains dimanche, à 12h sur France Inter. Jolie rétrospective, pleine d’interviews, de voix et de musiques.

Aujourd’hui c’était l’album l’Imprudence, 2001.

Tu perds ton temps à te percer à jour

Devant l’obstacle, tu verras, on se reflète

A l’avenir, laisse venir….L’imprudence

Nous nous sommes posés tous les deux avec le thé autour de la table en bambou. Dans le silence. Ecoutant  sa dernière femme, son fils, ses musiciens, son parolier, et lui. LUI.

J’ai trop de mal à écouter Bashung depuis qu’il est parti. Je pleure, je ne peux pas me faire à l’idée qu’il n’est plus là à côté, prêt à m’emporter, à nous étonner, nous dévier, nous fulgurer, nous embarrasser, nous dévaster. Toi tu connais toutes ses chansons par coeur. Tu ne disais rien et tu ne bougeais pas et je n’osais te regarder car je savais que tes yeux se noyaient.

Déviances, métamorphoses, poésies, mots entourloupés, dégagés de leur gangues. Artiste plein, plein à la tonne de souffrance et de liberté. Débattu, fouetté, des nuits, des années, des vies par tranches plombées, rapatriements, expéditions sur les fronts où tu courais, pour arriver dans nos oreilles et entrer dans nos vies. Capharnaüm de l’existence, tout arracher au passage. Dire, dire, dire, partir aveugle, revenir sourd, reprendre les gants, se noyer dedans, enfanter l’espoir fou et l’étrangler, ne rien guérir, et dire, dire, redire et en crever.

.

août 9, 2010

Léo, toi et le tigre

.

Quand j’écoute Léo Ferré c’est toi que je vois. Toi qui n’est plus dans mes bras depuis longtemps mais toi qui a vu ce lion là. Toi qui racontais tellement bien les histoires.

Je me souviens de nous en nos débuts, sortis d’une nuit nouvelle et hypothétique, nous redescendions vers la gare mais j’étais confiante. Je ne sais plus pourquoi. Où en étions nous de nos joutes douces-amères ?

Toujours est-il que tu étais fier de toi à la place passagère  – de moi – et nous parlions, toi en fait, tu me racontais. Et tu chantais une chanson, une chanson à textes comme on disait autrefois, une chanson de révolte, de la Commune, ou autre.  Tu les connaissais par coeur. Ce jour là dans cette voiture tu m’as aussi appris que tu peignais, plus jeune, mais que tu avais tout détruit.  Cela ne m’a pas étonnée. Tu avais plusieurs métiers  et plusieurs vies déjà, et des secrets en pagaille, je n’en doutais pas. Comme moi, ta vie d’adulte avait commencé vers 16 ans, droit devant. Nous commencions tout juste à nous avouer l’un l’autre, je crois qu’on s’était rencontrés, oui, sans doute l’année précédente, et depuis, les continents nous séparaient comme ils savent faire.

Au tout début de notre rencontre en pays khmer tu m’as vite parlé de Ferré. Ferré et l’anarchie, bien sûr. Toi membre, très actif,  dès 18 ans , de la Fédé parisienne. Tu avais organisé un concert au merveilleux Cirque d’Hiver et dans les coulisses tu avais rencontré l’artiste, l’idole. Tu l’avais trouvé plutôt silencieux mais toi même, j’imagine, tu étais dans tes petits souliers. Ne me dis pas qu’à vingt ans tu étais déjà un coq téméraire face au grand lion  !

Voilà que quelque part, au fond de cet espace , il y a des animaux, dont un tigre et qu’on peut le voir à travers une lucarne. Tu regardes. Le tigre t’en met plein la tête. Place à Léo qui met son oeil dans la fente. Puis il se tourne vers toi et te dit « Tu as vu son oeil ?! », l’air admiratif. Et tu vois l’oeil de Ferré et tu vois l’oeil du tigre et ces deux là restent pour toujours associés dans ta mémoire vive. Tu ne sais lequel des deux te parait le plus puissant.

Deux ans plus tard je suis en France et toi encore là-bas. Le doute a doublé la distance, je suis en déroute de tes silences. J’entends à la radio que Léo est mort. Mon coeur se serre. Et je te l’écris. La lettre traversera les airs et t’arrivera bien. L’année suivante, celle où tu me reviens pour de bon, nous sommes heureux au bord de la Seine. Les bateaux partent vers Le Havre de Paris à Rouen. Nous roucoulons, coule la sève, ouvre le ban, nous sommes enfin, nous sommes. Tu me dis que je suis celle qui t’a appris la mort de Ferré. Que je suis celle là, celle qui y a pensé. Tu me dis que tu l’as su par cette lettre dans laquelle je voulais te rejoindre ce jour là au moins, grâce à lui qui jamais ne disparaitra. Pas en moi, pas en toi.  Tu es celui qui a vu le tigre dans ses yeux.

Aujourd’hui à chaque fois que j’entends Ferré je pense à toi, au tigre et à Léo l’oeil dans la lucarne face à son double, ou presque, et à tes vingt ans de ce moment. Gravés en moi, gravés en toi. Il y a de ces souvenirs qui ne sont pas des nôtres mais le deviennent je ne sais comment. Ils passent d’un corps à l’autre comme des passeurs et s’emparent des mémoires à l’origine étrangères, tourbillonnent et font leur lit, sans doute par amour, exclusivement, comme on transmettrait un gène incidemment.

.

août 2, 2010

La sécurité ?

En 2001 j’avais tout ce qui me fallait. J’étais au top de moi-même, on pourrait dire. En prime de l’essentiel amour, j’avais deux boulots parfaits. Je m’amusais bien, j’apprenais sans trop croiser des cinglés, juste ce qu’il faut car il faut bien des chefs -qui-aiment-le-pouvoir, à ce qu’il parait.

J’allais d’une petite ville à une autre petite ville répandre ma bonne volonté tout en ne croisant que campagnes et rivières sur ma route. Pour couronner mon tout, je terminais deux ans de recherche universitaire. Je soutenais un Master face à des profs en or qui me sur-notaient car c’est comme cela les études à la quarantaine on est quasi entre collègues, entre adultes, on s’aime un peu tout de même. Vraiment, disons le. Cet aboutissement en était un de taille. Un très long cheminement, un choix, une preuve, une revanche. Une joie.

Et puis la fin de l’été a commencé à être un début de catastrophe. Mon 11 septembre à moi avant l’heure, juste un défaut de timing, moi c’était vers le 27 aout 2001. Tu vois, presque. Je ne vais pas raconter là. Trop long. Mais c’est à ce moment là que ma mère a été mise de force, par mon frère,  dans une maison de vieux et que la dégringolade de sa démence a pris le dessus. Normal. Je te mets là où elle s’est retrouvée et tu plonges direct, tu deviens dingue de dingue, raide.

Juste trois semaines après, les tours s’effondrent et moi je passe ma soutenance. Est-ce à cause de.. quoi je ne sais, de tout cela à la fois ? Mais voilà que je m’amuse à penser qu’il me faudrait peut être maintenant un boulot fixe. Une idée saugrenue qui jamais dans ma vie ne m’était venue. J’en avais déjà eu des boulots fixes et donc stables et le but avait été de les quitter le plus rapidement possible. Parce que, franchement, quel interêt ?  Je n’ai pas fait de gosses aussi pour cela, pour voguer à ma guise sans boulet au pied. Pour n’être obligée de rien matériellement, de ma petite personne égoïstement vivre. Point. Et qui aime suive, bien.

Non mais là, je m’ennuyais peut être à ranger mes fatras de cours de fac, je cherchais à me prouver encore quelque chose ? Je me suis mise dans l’idée de passer un concours. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je travaillais avec des collectivités territoriales, conseil généraux, mairies et compagnie, avec des gens très sympas qui me donnaient envie. J’ai donc révisé, très sérieusement et passé cette chose à l’écrit puis à l’oral. Je n’ai jamais fait un truc aussi débile. Ecrits : sujets débiles, enfin surtout dans ce cadre là. Je savais ce qu’il fallait ne pas mettre. C’était le degré zéro de l’intelligence. Un jeu. Puis à l’oral c’était le face à face avec des sadiques qui cherchent à te mettre mal à l’aise, te piéger, te faire passer pour une m…..Un monde à part. Le summum de la bêtise et de la méchanceté, de l’arrogance et de la prétention.

Comme une con j’ai eu ce concours. Je suis vraiment une bonne comédienne mais j’avais plutôt honte de m’être abaissée à ce point. Puis un an plus tard j’ai pris un poste de fonctionnaire quelque part. Ce concours m’offrait la possibilité d’être « chef » de quelque chose. Je voulais voir ? Je voulais gagner du fric années après années et ne plus être funambule ? Une de mes amies m’a demandé si j’étais folle. J’étais surtout inconsciente. J’ai appris beaucoup et beaucoup stressé. J’ai découvert un univers de malades. Avec des personnes qui crèvent de leur boulot, d’autres qui emmerdent le monde jusqu’à la retraite car ce sera tout ce qui leur restera. Des gens formidables aussi, mais en  minorité. Bien sûr, tu imagines la suite, je me suis barrée fissa au bout de trois ans. J’ai pris « une dispo » comme on dit. J’ai droit à dix années de réflexion, j’en ai fait cinq. Chaque été je refais ma lettre de prolongation de ma liberté. C’est toujours un moment-clé. Où je souris et poste en recommandé cette foutue liberté, mon risque, ma fierté. Et un jour il faudra tirer le trait définitif. Plus de filet. Assumer.

J’ai perdu beaucoup de moi dans cette histoire, je commence tout juste à récupérer et heureusement ma mère est morte pour arrêter les frais de  ce désastre, de cette fuite vers le fantôme de la sécurité.

La sécurité ? Bien sûr quand tes tours s’effondrent, tu es tenté. Tu marches à côté de tes pompes alors tu aurais comme un besoin de cadrer la catastrophe ? Mais le besoin de sécurité dans ta vie professionnelle c’est le début de ta fin en soi. C’est la peur à tes côtés, c’est le goutte à goutte poisonneux qui s’infiltre. Tu lâches tes biens précieux, ceux de ta créativité, ceux de l’amour d’exister sans peurs, ceux du gai vivre, ceux du droit-dans-les-bottes de toi.

Non. La sécurité c’est quand vraiment tu vas trop mal et que tu ne peux plus faire autrement. D’ailleurs tu n’en n’as guère conscience sur le moment. Tu te plantes une  flûte au bec pour charmer tes serpents, tu crois que c’est pour du bien. Tu mens. Un jour folie reprend. Toi. Vraiment. Dedans. Laisse. Ecoute. Prends. Va, vers toi, va . Tant.

.

juillet 23, 2010

Mon bibliothécaire

Mon bibliothécaire, appelons le J, et moi, entretenons un amour platonique. Soyons honnête, on doit être 543 dans mon cas. Bon.

Oui mais moi. Quand même, hein ? Tu sais bien l’effet saisissant que je fais, hum ? Et lui ? Lui, je veux pas t’en parler parce que tu vas tout de suite te ruer dans la Médiathèque, si. Il est brun avec des cheveux épais et bouclés et il a des yeux…..Des yeux je sais pas. Bleus ? Non ce n’est pas cela.  Verts ? Je vais te dire, la couleur on s’en moque. C’est la façon. Par exemple le bleu, bon, ben si c’est pour être rond comme une vache qui pisse dans une face de lune, c’est pas la peine. C’est sans moi. Non, lui il a le regard qui tue sans en avoir l’air. D’ailleurs, c’est con, tu baisses les yeux. Enfin je baisse les yeux parce que c’est trop. Je me dis, merde je suis entrain de lui dire par tous les trous de mon cerveau qu’il est si, si… attrayant…Et en fait, surtout ne crois pas que c’est le beau gars qui se la pète. Non. C’est cela qui est scotchant c’est que c’est le petit gars qui n’en a rien à cirer. D’ailleurs il baisse les yeux lui aussi quand il me voit, je crois que ses yeux se mouillent, tu vois je te disais. ..543 mais je crois que je caracolle en tête. Je caracolle avec deux ailes, oui.

Non, bon, il fait juste son job et le problème c’est qu’il le fait BIEN. Il valse dans les rayons, il n’y en a pas deux comme lui pour te trouver le livre que tu cherches et te dénicher un truc qui te va bien. Il est responsable du secteur voyages, en plus, vlan !, comme si j’avais besoin de cela !!

Et puis il est militant écologiste et pratiquant. Un vélo c’est tout. La petite famille aussi. Vélo en toutes saisons, je le croise parfois, je suis à pied et lui en vélo. C’est beau. Si. C’est vrai je ne le croise jamais quand je suis à vélo, sans doute parce que je pédale en campagne et que lui il trace en ville aux heures de boulot. Des fois je ne le vois pas, je suis dans mes pensées, tu sais quand tu marches. Je pars bosser. Mais lui il me voit. Ah ? 543 mais moi.

Un jour j’arrive dans la Médiathèque et je lui demande comment s’est passé l’animation d’hier soir. Oui parce qu’en plus il anime, il fait le con, il chante (bien),  il joue ( Râââh…) , il raconte ( waouh)…. Et il me répond avec une petite moue et en baissant la tête  Ben c’était pas mal mais toi tu n’y étais pas.

Vlan. Pffff. Bon, quoi ? 543 mais moi je te dis, moi. Y’a.

Faut dire aussi qu’on a bossé ensemble. Avec des groupes de femmes qui apprennent le français et avec des jeunes déscolarisés, comme on dit….Lui il raconte, il montre les lieux, il offre le thé, il accueille, ce qu’on appelle accueillir vraiment et avec sa passion, son voeu que chacun trouve une place, une joie, un désir, une émotion dans cet endroit de vie. Parce qu’une Médiathèque, c’est cela, c’est le but. En tout cas par chez moi, dans mes contrées d’ici.

Un matin nous étions huit dans une salle. Lui, moi et les loulous que j’amenais là, qui n’ont jamais ouvert un livre, qui ne savent pas aligner trois phrases correctes et qui ont été bercé trop près du mur comme j’aime à le dire. Des pas gâtés, des qui-ont-mal-démarré. Mais tous sympas ce jour là. Et J. a préparé quelques morceaux choisis, pour lire à voix haute, comme il sait si bien faire. Les loulous, des gars et des filles, entre 16 et 20 ans, ils sont scotchés. Ils aiment, ils écoutent et puis J. lit un texte grave, je ne sais plus si c’était le journal d’Anna…enfin un texte d’adieu lié à la perte des parents, à l’abandon…Et il se met à pleurer. Oui J. il est comme cela. Un gars en or massif, je te dis. Sa voix s’étreint dans l’émotion, il est archi troublé, il demande pardon et sort (il va revenir). C’est le silence dans la pièce. Les jeunes zoulous n’ont jamais vu cela. Primo un mec qui pleure et qui n’a pas honte, en public. Deuxio un mec qui lit des livres à voix haute. Tout le monde s’écrase, pensif. La douceur flotte, on est ensemble tout à coup, pour de vrai. Il reviendra et reprendra sa lecture. Nous aurons des sourires à décrocher la vie, à accrocher la beauté. Tous.

Plus tard je le remercie tant. Je lui dis que là ma séance c’est du gagné à 130 % puisque lui et moi ce qu’on veut c’est que de l’émotion sorte pour aller vers l’envie de toucher les livres, ne pas reculer devant une page, penser que quelque chose est possible au travers d’un texte, même et surtout pour des illettrés.

J’avais senti dès mon arrivée ce jour là que J. était à fleur de peau, encore plus que d’habitude. L’air las, ce qui n’est pas son genre, l’air en dedans profondément alors qu’il est toujours d’une présence totale avec chacun. Moi j’étais  aussi très atteinte car j’étais au Père Lachaise exactement 48 h auparavant et ma mère réduite en cendres dans une ambiance tragique à couper au couteau entre frère et soeurs. Et c’est ce matin là que lui, il pleure devant nous, lisant un texte sur le deuil et le tragique. Je ne lui ai pas dit à quel point ce vendredi là  était unique pour moi et combien nous étions en communion. En tout cas j’avais été. Inutile, nous savons. Et flotte  merveilleusement dans l’air tout ce que nous ne nous dirons jamais. C’est parfait.

.

juillet 18, 2010

Loin du corps

.

Un jour partir et trouver la force de le faire le coeur ouvert. C’est mon plus grand désir. Mon défi.

J’ai vu la mort qui prend le temps et se délecte faisant de toi un pantin maltraité, un objet d’indignité de vivre. Je voudrais tant rester actrice de mon esprit et qu’il amène mon corps par là où il fait sens. Partir c’est le corps qui n’en peut plus un jour se coucher et aller voir ailleurs comme il l’a dit ce bel acteur qui a terminé sa lutte. Parce que la douleur te prend tout. Alors partir ailleurs. Dans l’amour d’avoir été. Dans l’amour de la vie et de l’humanité. Glisser dans le silence, non, vous êtes si bavards ensuite. Non, sortir de sa peau, tout simplement. Se débarrasser d’un corps impuissant et gênant et continuer sa route. Continuer. Dans la poussière de l’univers des atomes rayonnants, ceux qui ont gardé leur désir intact, leur beauté illumine la nuit et le jour. Poussières de nous, câlines, mains de géants viennent bercer, consoler notre inaptitude, tout donner. Tout donner car ils n’ont plus rien à perdre. Ils ont acquis la liberté. Celle de voir, de transcender, libérés des possessions, riches comme Crésus ils sont. Offrir des messages, partir en voie haute, nuages roses à l’horizon, détachés, plus de prison.

.

juillet 15, 2010

Présences

.

Mon 14 juillet dans la forêt avec toi qui portes mon sac. Les choses sont simples et belles. Se revoir et s’éclairer. Dans ces collines où nous vivions avant, où notre amitié est née. Ce bois au nom très drôle, ce couvent plus loin dans les champs. Ces lapins qui courent devant nous. En dire et puis rien. Ce silence qu’on aime aussi. Dans cette forêt tu as souvent dormi. Cette nuit dans une cabane près de la maison tu t’es réveillée. Cette maison de ton amie – que je ne connais pas et qui me souris – qui a tout construit chez elle. Tout y est liberté et horizon déployé de l’Est à l’Ouest.

Je crois que nous nagions dans la beauté et ce plaisir retrouvé, toi qui ne vis plus les pieds dans les prés mais face à la mer. La nature te manque, la verte. La nature me manque, celle que j’avais sous les godillots, celle que je veux retrouver. J’aurais une maison où s’étendra cette liberté. Quel chemin prendre ? On s’en foutait. On allait lentement. Puis sur un talus sous les arbres frais, des amis eux aussi, nous avons bu le thé.

C’est ainsi lentement nous buvons le thé sous les arbres. L’amitié. Un sentiment puissant d’aimer, d’être installé dans un coeur. Je t’aime, se le dire. Il n’y a rien à attendre. Tout est permis. Sous les feuillages délicats nous sommes pieds nus et on s’écoute. Et le rien. Ce silence. Ces douleurs, ce cheminement. Nous, deux profondes, réunies. Tu m’as fait un cadeau de ta présence, j’en suis réchauffée.

Quel chemin ? On s’en foutait. L’amitié.

.

Étiquettes :
juin 22, 2010

Evasion d’être

juin 19, 2010

Mediterranée

Elle est partie en bateau hier, l’amie.

Je lui ai parlé alors qu’elle quittait le port.

La mer était facile, plate, le soleil prêt. Le grand décor.

Je lui ai souhaité Bon voyage et tout en parlant j’y étais.

Je savais les remous sous l’énorme coque. Et le coeur qui s’emballe en quittant la terre.

Le voyage est long, on a le temps de se déshabituer. On se voit partir pour toujours. On s’imagine.

La mer entoure toute pensée et le bruit des machines est une berceuse. J’aimais dormir sur le pont cahotante. Il me semblait franchir des siècles. Et ne plus résister.

Hier au téléphone sont revenues les sentiments puissants qui n’ont rien perdu simplement je les cache pour ne pas être blessée. J’ai raccroché et je n’ai pas voulu pleurer. J’étais heureuse pour elle, je savais l’arrivée face au golfe où ma mère est née. Je savais l’avenue remplie de palmiers et le soleil dans sa bienfaisance qui l’attendrait et elle tout sourire, libérée.

Je n’ai gardé que cette idée et reposé le téléphone alors que je venais d’entendre les hauts-parleurs du paquebot dans son dos. Garder serré les images en tête et toutes ces années. Allongée sur le pont dans mon duvet, un air bien frais dans les cheveux, pour toujours.

.

juin 16, 2010

C’est quoi les amis ?

Est-ce qu’il vont , est-ce qu’ils viennent ?

Est-ce qu’ils désertent ? Est-ce que tu les repousses parfois ?

Ont-ils besoin de toi ? Trop ou pas ?

Comment vivre la distance ? Comment vivre les différences, les parcours qui se multiplient ?

L’amitié nait-elle et puis meurt-elle étouffée par les jours et les nuits ?

Ton besoin et le leur. Les années qui s’empilent. Les silences à demeure, ceux que tu détestes.

L’amitié avait bâti ma vie, mes relations, mes choix, mes sentiments immenses. Très tôt je me suis vue autant habile que maladroite. Rentrant dans le lard, et aimée pour cela, pour dire. Toi tu me le diras, il n’y a que toi pour le dire.

Et puis…Des ruptures. Des promises disparues. Des manques. Des frustrations. Ton égoïsme est trop grand. Dirent certains. Je sais mieux aujourd’hui que sous cet ego et ce besoin de repli très personnel se cachaient trop de ressentis .  M’éloigner ponctuellement est une survie pour ne pas, moi, sombrer. Mais on est très très forts pour cacher nos extrêmes sensibilités.

L’amitié ne coule plus de source dès qu’on n’a plus vingt ans. La vie cogne et rien ne fait semblant.  Les amis te renvoient en pleine face ce que tu as fais de ta vie, tes fragilités, tes impostures, tes désirs et ton poids d’incohérences. Un sacré paquet.

.

Étiquettes :
juin 9, 2010

1988

Qu’est ce qui fait qu’un jour tu fais bouger les lignes ?

Pour elle et moi cette année là fut la bonne, la grande évasion. Le truc que tu dois faire, il le faut, toute ta vie appelle à cela, tout toi. Tu seras.

1988. Elle part en bateau, depuis les Antilles, pour arriver dans le Pacifique Sud. Elle y vit. Moi je prends  un avion dans la direction opposée, celle du soleil levant.

On se connaissait depuis nos douze ans et bien sûr nous n’avions aucune, aucune idée ni once de pressentiment que nous serions en pleine vie, en plein chambardement en même temps, un peu avant nos trente ans.

Qu’est ce qui fait que tu hisses pavillon ? Que tu t’installes plein vent et… Larguez les amarres !! Parce que cela couvait sous ta marmite, parce que tu n’as que cela en tête même quand tu n’y penses pas. Parce que c’est comme ça. Parce que la désespérance a passé tes limites. Parce que la vie, sinon…

On a passé trois jours ensemble il y a un mois, elle passait par la France. Sans contraintes, au gré, au bord de l’eau on a marché près des bateaux. Quand elle m’a largué à la gare de Nîmes au retour, sa frangine, au volant, était à la bourre, alors hop, je suis sortie en flèche de la voiture. Ciao, les mains, les sourires, elle venait de me prendre en photo dans la voiture.

Je me suis retrouvée avec du temps dans la gare. Et alors j’ai réalisé, le coeur un peu serré, toute étonnée, qu’on ne s’était même pas embrassées alors que nous ne savons pas du tout, nous ne savons jamais quand nous nous reverrons. Dans un, deux, trois ans ?

Enfants, je me suis dit. Nous vivons encore comme des enfants, le mors aux dents. Mais j’avais drôlement, oui drôlement envie de pleurer comme Madeleine, ben oui, quand même.

.

Étiquettes : ,
juin 4, 2010

IL FALLAIT POUSSIERE ORANGE

Il fallait le temps

Le temps d’une route qui file devant

Et l’arrivée

L’arrivée qui fait qu’un jour change tout

L’excitation et le merveilleux

Il fallait ce voyage, si court, si long.

Comme un voyage dans le temps au Pays des terres rouges du centre d’une terre. Un pays comme au centre de moi. Un moi coloré. Qui efface ce qui l’arrange dans un trait de poussière.

Il me fallait ces couleurs. Ce fond qui fera la forme qui sera changeante.

Il me fallait cette lumière qui n’aurait peur de rien. Et ce sentiment d’être restée là bas, comme toujours. Le toujours est là- bas et tu le ramènes en ton centre. Centre irradié. Centre orange, terre de sienne, de toi.

La couleur de la vie, avec d’autres. Voir des gens heureux, rendre heureux des gens, parcourir un bout de chemin. Toujours terrien. Terre à terre. Pieds dans le sable orange doux comme la poudre de riz de nos mamies. Descendre en son profond et sa profonde tendresse. La poussière de ce qu’il reste, de ce que tu es totalement.

Tâter du proche, du possible.

Ouvrir les écoutilles.

.

mai 23, 2010

Rêve d’une italienne nation sur un ponton ?

Mon cas s’aggrave.

Cette nuit j’étais en Italie dans une probable Venise. J’allais sur une des îles, qui finalement était comme un immense ponton. Là étaient les locaux des Nations Unies. Du moins ce qu’il en restait. Un genre de vitrine-musée. Des bureaux et des salles d’exposition.

Il y avait tout de même des personnes se prenant au sérieux qui se réunissaient par ci par là. Moi j’errais dans les escaliers somptueux, faisant ma blasée et ironisant sur mes anciens collègues et financeurs, aujourd’hui tous corrompus. Sur cet îlot-ponton à peine surnageant.

N’attendant qu’une prochaine pluie diluvienne pour couler avec la Sérénissime.

.

mai 17, 2010

Une photo

Il faudrait que je te mette une photo. Tiens, mais quoi ? Que dirait-elle ? Une photo ne dit rien en elle, c’est toi qui vois. Toi qui vois, toi qui dis, relie, la place quelque part ou pas, dans ta propre vie.

Je te mettrai cette photo, celle des cars qui emmènent des gens qui sont bringuebalés. Un séjour plus où moins long dans un camp où se réfugier et gagner un statut, un droit, une aumône. Puis des papiers, un visa et puis une route.

Une route. D’abord grimper sur le toit ficeler des bagages de guingois. Les cordes, les fermetures éclairs déjà éclatées. Quitter sa zone de  survie, pour en retrouver une autre. Une nouvelle génération dans les bras. Qui un jour ne saura sans doute plus où a commencé son histoire. Ou bien refera le trajet, pour voir.

De gré ou de force l’assemblage se fait par coups de ruptures et de distances jamais égales, jamais justes. L’écorce penche. Autour, un mouvement change tout.  Tout. Toi, tu n’es pas spectateur, ce que tu vois entre directement dans ta matrice et transforme chaque pièce de ton engrenage.

Un mot que j’aime pour le dire :

Traversée.

Étiquettes : ,
mai 10, 2010

Plage entièrement

Partie quelques jours mais quelque moi ou quelques autres encore ?

Lâché, retrouvé, le bouton d’une existence dégrafée resté sur le sable

Liquéfiée, restituée, loin, réunie, joyeuse, servie sur un plateau, moi.

Laissée sur place.

Encore un puzzle qui s’amuse de nous.

L’éparpillement rassemble.

.