Archive for ‘être’

juin 30, 2011

habiter

La maison soulève des tas de questions. Le soir immobile dans le lit, sur le dos, je regarde le mur du fond, je lève un peu les yeux, je les redescends, je les ferme mais je les ouvre. Comme pour comprendre comment je suis arrivée là.

Je recherche ce qui nous a fait, comment il y a longtemps tu vivais très loin. Comment il y a longtemps je suis partie vivre ailleurs. Je repense aux voyages, aux métiers partagés, je ne peux écrire  « exerçés » c’est moche comme mot, et ces métiers de loin en loin étaient tant de brassage, d’humains ensemble, seuls nous n’étions absolument rien.

C’est sans doute cela ce terrible vide que laisse ce passé d’êtres si ensemble, qui construisent tant. Ce passé qui a rempli jusqu’à ras bord, jusqu’à aujourd’hui, ici.

Je repense à des pays, des sensations. J’en ai un stock enfoui, profondément, parce que la survie en Europe demandait de tout garder secret, comme une autre façon de respirer quasi incompatible avec notre air, ici. Je m’y revois presque aujourd’hui. Je peux presque à nouveau me toucher telle que là bas, telle que tant de choses que je n’aurais peut être faites qu’une fois dans ma vie. Les j’y retournerai n’existent plus en pensées. S’ils sont, ils seront, point. Ici est autre chose et cette chose n’est qu’ajouts et ajouts qui sont d’une grande simplicité finalement.

Le temps ne demande pas que tu te retournes sur lui. C’est toi qui voit.

Mais la maison, pour que je l’habite, semble avoir besoin que je retourne vers le lointain. Je ne veux pas penser à nous qui sommes là dans ce lit. A tout ce chemin. C’est beaucoup trop bouleversant, presque inquiétant, presque impossible à concevoir, même mentalement. Seule la vie vécue, imprévue, imprévisible, impossible, épouvantablement, dramatique, tragique, époustouflante, époustouflée, insolite, oui insolite, seule elle, peut concevoir des choses pareilles, celles que jamais tu n’as voulues ni envisagées. Ce que nous sommes là, jamais nous ne pouvions croire. Tu es tellement un autre que je ne veux pas non plus penser à moi, penser au cheminement, aux errances, aux pouvoirs, aux successions d’années, succès-damnés, longues et longues et jamais courtes. Non, je ne comprends jamais les gens qui disent  « ça passe vite, c’est fou ! ». Je ne sais pas comment je vis mais ça ne passe ni vite ni lent. Cela dégouline, ça va son cours, son fruit juteux ou pas mûr, ça s’ébranle, ça s’en branle, ça suinte, ça perle, ça pleure, ça fouette, mais rien ne me glisse des mains. Peut être que je m’accroche, que je retiens, que je trempe mes lèvres dans chaque goutte, les paumes serrées en creux, travaillant les jointures.

.

Publicités
Étiquettes :
juin 20, 2011

La route

Sur la route j’ai le coeur amoureux du paysage, du pays. Pays, c’est un beau mot, quoiqu’en disent les frontières discutables.

Sur la route je m’émerveille. C’est un pays d’arbres qui grimpent. Ils se roulent sur les collines, ils s’accrochent aux rives des rivières qui sont parfois abruptes. Les arbres ici se sont emparés du vert pour toujours. Pour la vie. Le grand mariage, les promesses de toujours tendre. De traverser les saisons, les couleurs, les froidures, les chaleurs comme aujourd’hui. De toujours rester là, au plus près.

Sur la route mon coeur s’étire. Je suis retournée au boulot ce matin par cette route que j’avais tant pratiquée autrefois, lors de mes huit années dans ce pays,mais il y a une surprise qui s’est invitée pour ce retour ici, un détour qui rapproche de la maison, une route en lacets un peu plus pure. D’un coup de tournant il y a la vue qui déborde, en face, face, à droite, sur le côté. Il faut tourner et regarder puis le ruban coule droit, dru, et tout est pour toi. Cette beauté. Les roches aux formes impossibles, ces routes qui peuvent t’y mener et là-haut tout, tout est encore autre. C’est le Vercors que tu trouveras et là tu sauras pourquoi tu n’aimais pas les autres montagnes, pourquoi là, c’est autre chose, c’est tout pour toi.

Il n’y a rien de fermé, les arbres restent multiples, il n’y a pas de sombre, ou bien l’ombre raide des gouffres, des précipices, et toujours la nature accrochée aux flancs. Tu te sens chèvre dans les rochers. Tu es fière.

Il y a les dégagés soudains, où une plaine s’évade, douce, remplie de fleurs, de foin, de chevaux, d’ânes, et de rapaces pas loin.

Sur la route mon coeur s’étale comme une plaine. La vie me touche. Si l’amour m’a menée là, aujourd’hui qu’est ce qui me fait revenir à ce point et comme cela ? Qui suis-je en ces creux, ces brisures géologiques, ces formes coulantes et abruptes, ces vallées creusées d’eaux claires ? Des vaisseaux pour mon continent ?

Étiquettes : ,
mai 28, 2011

tout ces trucs que je ne peux pas jeter

Démenagement, un autre placard à mettre en cartons, de la paperasse. Je m’étais dit  « tu vas jeter tes cours de fac ».

Je suis d’abord retombée sur la vie de loin. Des documents quasi cultes, vieux obsolètes pour tout le monde, mais pas pour moi. Des trucs qui font comme partie de la famille. Des gri-gri.

Puis les cours. C’est vrai j’avais déjà tout jeté je n’avais gardé que la substantifique moelle il y a cinq ans lors du précédent déménagement. Re tri serré. Et puis là aussi il y a mes tripes. Tout ce temps passé en bibli, tous ces cours aimés, ces photocopies de pages de bouquins, de recherches, d’étude, de réflexion.

Ils font partie de ma peau pour le moment. Je n’en n’aurais sans doute plus l’usage. Je compte revenir en fac mais je ne sais encore dans quel secteur ( un cursus de philo ?). Surement pas en sociolinguistique et anthropologie sociale, non je ne crois pas. C’est tatoué tout cela.

Bon, je garde au chaud, faudra me brûler avec.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

CA FERA UN BEAU BUCHER !!!

mai 19, 2011

Pas besoin de quoi

De quoi me faut-il dans la vie ? Je ne sais pas. Au fond, le croyais-je ?

Est-ce l’amour ? Oui mais si tu as.

Est-ce un lieu précis ? Non, je ne peux pas.Pas seulement comme ça. Je ne saurais pas. Je pense parfois à la mer et je me retrouve au bord des montagnes. Oui mais quelles montagnes ! Elles sont spéciales. Ce sont des roches sculptées, énormes, éléphantesques, qui laissent des places, des percées pleines de rivières. Des vallées larges, des passages, des routes sous lesquelles tu passes sous la roche, tu baisses la tête même dans la voiture.

De quoi ai-je besoin ? Je dis souvent que le bonheur est dans la tête, dans l’être, dans la volonté farouche, dans la résistance.

De quoi ai-je besoin ? De la solitude ?

De quoi ai-je besoin ? De musique ? Mais pourtant je passe beaucoup de jours sans. Puis quand je la retrouve je me demande comment je vivais avant.

De quoi ai-je besoin, maintenant ? Parce qu’avant je sais. Je vivais surtout en sachant ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas de ligne droite. Je ne voulais jamais rester là où j’étais bien. Je voulais toujours voir l’herbe du pré à côté. J’ai eu même ce à quoi je ne pensais pas, je ne savais pas. Je disais autant non que oui.

Qu’est ce que je veux aujourd’hui ?

Ne plus me poser la question. Serais-je dans l’Avoir autant que dans l’Etre ? Ai-je les mains pleines ? Serais je encore amoureuse autant, dans la vie qu’il me reste à vivre ?

De quoi ai-je besoin ? Me découvrir encore. Faire le contraire de ce que je pensais faire. Etre prise au dépourvu. Voilà l’amant admirable, ce dépourvu qui te prend. Pas de gants pour une vie pas douce. Est-ce que je veux la douceur ? Parfois c’est bon contre ton coeur. Mais je veux le dépourvu, être dérangée comme une folle. Mais te tenir serré. Car je t’ai.

Avoir l’amour n’existe pas. Nous sommes deux nids séparés et nous rions car nous savons. Que d’un revers de main, tout peut s’arrêter. Tu n’as pas peur. C’est sans doute pourquoi je t’aime encore. Tu tiens face à l’adversité de moi-même.Tu me protèges de moi.

Ai-je besoin de moi ? Qui, seule, qui a besoin ?

Qui a besoin de quoi ?

.

mai 4, 2011

l’invisible

Je crois aux choses qui n’existent pas. Ainsi je mange les mirages, je m’en nourris nuit et jour.

Je crois aux choses improbables. Ainsi suis-je disponible à tout ce qui pourra me détruire.

Je crois à ce que je ne vois pas. Et l’amour en premier, assure mon matelas de soupirs, nuit et jour.

Je t’oublie. C’est politiquement correct dans la grande cour de ma vie. Relégué comme un vieux vélo rouillé adossé à la porte du garage. Ce garage que tu avais repeint. Son vert d’écaille. Oui nous n’avions pas enlevé tout le papier peint, nous avions laissé des pans entiers, lessivés, rapés. Une couche d’un blanc brouillard dessus rendait la chambre évanescente. Un genre d’atelier des rêves, un goût inachevé, en chantier. On y faisait l’amour. Les murs buvaient la passion, les murs burent mes larmes. Inondation. Couteau planté, vélo crevé adossé au mur du garage à vélos, dans la cour pavée. Je t’oublie.

Les choses qu’on ne voit pas je les invente et j’y crois.

Inconsolée des aimés. La première à dire non, la première à dire oui.

Nous n’avons pas toute la vie, nous avons tout de suite. Guidée par je ne sais quelle hérésie, ma providence s’accumule et je ne me suis pas. Je patauge, les bras en croix. Ô grand soleil, viens fondre sur moi que j’oublie tout. Et revenir, le venir.

Je crois aux choses étranges.

Quelqu’un a frappé à ma porte hier, pour un truc matériel, dix minutes de notre temps. Soudain j’ai senti les volutes de son âme. Simplement.

Il mesurait l’appartement et moi je mesurais son aura, très belle. A un moment j’ai regardé ses chaussures. Puis tournée vers l’évier, les mains dans la vaisselle, je l’ai laissé faire ses mesures, dans les pièces, chez moi. J’étais entourée de nos veloutés d’êtres. Je savais être la seule à le ressentir. J’ai commencé à sentir ces choses là au collège. Je ne dis rien. Une minute suffit, je ne peux rien retenir. Je laisse alors la vie monter entre mon plexus et ma gorge. Une jouissance troublante. Les signes invisibles de nos unités.

C’est ainsi que mille vies s’assemblent dans nos dos et que nous n’en faisons rien, la plupart du temps. Juste une seconde, un instant. De ce que nous pourrions être, tous ensemble.

C’est sans doute trop, ingouvernable, tout ce que les êtres ont à se donner. Nous sommes peureux et fainéants. Toutes ces barrières à faire tomber.

Nous grands saules pleureurs.

.

.

avril 21, 2011

Cette vie là

.

Vacances à partir d’aujourd’hui. Je me prélasse, je fais le tour de blogs pas vu récemment. J’en vois qui prennent le large, trop assaillis de commentaires de tous poils pas toujours bon à gratter. J’en vois qui sont toujours aussi intelligents et la maladie vogue, rend leur mots encore plus fins et distants et chaleureux.

Je me revois ouvrir ce blog ici. Je revois les premiers lecteurs, l’ambiance, les textes posés que je connais par coeur. L’ouverture d’un blog où tu décides de te livrer, ce n’est pas rien. L’ouverture d’un blog tout court n’est pas rien. Ensuite le temps passe. Vont et viennent les survivants.

On se fait de l’électricité, le plaisir des découvertes. Les blogs sont égoïstes. L’auteur, le lecteur, ne me parlez pas de générosité. C’est le pour soi qui prime, y compris dans l’envie de rencontrer lecteur à son pied. Cendrillon brille.

On se croise. On vit des émotions fortes. Ici j’en ai vécu des vertigineuses. Des chocs. De ceux qui m’ont mis sur le nuage toute la journée. Oui, l’écriture c’est quelque chose. Le secret dévoilé. Le courrier qui fait l’aller et le retour.

L’émotion continue de traverser l’écran, onde des chocs. Avec le temps s’éteint aussi. Se fondent, s’endorment les passions, les premières fois, les frissons. On abandonne parfois.

Reste les rangs serrés. Les liens qui s’incrustent. Je me demande souvent pourquoi, comment.

Aucun ami ne lit mes blogs. A peine de temps en temps, à peine une ou deux. Rien de précis, rien de véritable. Mes vieilles amies ne savent pas du tout comment j’existe dans cette boîte, de ces contours là. Au tout début j’ai trouvé cela dommage. Maintenant j’en suis satisfaite. Ceux qui restent, ceux qui sont là, sont des secrets. D’une certaine vie.

Pas davantage, ai je tendance à penser quand je suis cynique. Douce mélodie, doux réconfort. Portée de voix.

On essaye tout, par touches non feintes. J’essaie tout. Et j’entends le merle du soir ce soir, très en forme. Qui refait sa sérénade chaque printemps. Connaitrais-je jamais sa vie  ?

.
.
avril 19, 2011

Espace vital ?

Je prends le soleil. Je le prends de face. Je redresse mes épaules.

Tu es à la maison, ce n’est pas que je n’aime pas c’est que je ne sais pas bien faire. L’espace est comme un truc à moi dont je suis boulimique et jalouse sans compter. Je suis une ogresse de mon espace, j’ai toujours peur d’en manquer, quelque chose comme m’empêcher de respirer, me contraindre, m’asphyxier vivante dans une même pièce avec l’autre.

Je vis l’autre comme en apnée, comme cette épée de Damoclès venue de je ne sais où. Fuir, me dit-elle, fuir. Fermer portes et barreaux, repousser l’envahisseur du haut du donjon, nattes tressées jusqu’au ciel, repousser.

Ado je détestais mes parents. Toute personne qui me dit  « aimer ses parents » sans aucun esprit critique ou n’avoir  jamais eu envie de les brûler vif ou leur arracher le visage,  la langue incluse,  puis les conduire au pont-levis et ne plus jamais abaisser le pont après leur bannissement, me parait suspecte. Pas finie, pas claire, cette personne avec ses couches culottes qui n’aurait pas détesté ses progéniteurs.

Ado, je m’enfermais dans ma chambre le matin pour y prendre le petit dêjeuner en ayant prononcé le moins de syllabes possibles avec ma pauvre mère qui baissait la tête et se demandait bien pourquoi elle en avait eu trois, des enfants, et pourquoi tous les trois la détestaient dès leurs douze ans pour fuir, le feu aux fesses, dès leurs seize.

Je suis restée intacte dans ce don de me retrancher en silence et n’avoir qu’une envie, que celui là ou celle, disparaisse de mon chant de vision (ah tiens je voulais dire « champ »..?) sorte de ce lieu, et me laisse seule, seule, seule, moi, entre tous les murs de cet espace là.

.

Étiquettes :
avril 15, 2011

Raymonde

C’est à la lisière de la ville. Autrefois c’était la campagne. C’est la maison de Raymonde. Elle a passé les 95 ans. Je l’ai rencontrée lors d’un stage de découverte des services à domicile de la mairie. Portage de repas à domicile.

Elle est seule chez elle. Elle tricote des chats. Elle m’en a donné un, m’a demandé de choisir. J’avais raconté ce moment magique dans « la tortue légère ». Elle a un sacré caractère.

C’était il y a deux ans. Je ne sais pas, depuis, ce que la vie lui a dit. Je passe derrière chez elle parfois, une petite route qui longe la voie ferrée, un coin piéton. Je sais qu’elle vit de l’autre côté, dans l’unique pièce de vie, comme le font tous les autres. A quoi bon les chambres ?

Voilà que devant sa maison on construit un immeuble. Il y en a un autre sur la gauche. Raymonde aujourd’hui est cernée par le monde qui bouge, l’entoure. Son terrain est encore intact. On imagine les envieux. Sa maison, son pré d’herbe tendre qui ne sert à rien, qui n’est pas rentable et se laisse vivre.

Un jour j’ai vu des petits chenapans errer autour de la maison et passer le portail qui est toujours ouvert. Un jardin si grand et désert ? Une chose inconnue. Des mystères. Raymonde ne bouge pas, le fauteuil devant la fenêtre elle tricote les chats. Des bleus, des blancs, des noirs, avec des colliers en crochet. Rouges.

.

La vie hirondelle

Tu ne sais pas

De quel couleur

Petit chat.

.

mars 31, 2011

Retrouver

Il y a cette musique. Une musique qui me berce. Elle entre et vient. La retrouver. C’est ne t’avoir jamais quitté. C’est ne pas vieillir de nous, n’avoir jamais rien dit. Oublier les jamais les ni mêmes. Toujours. Remplir la jarre jusqu’à la gueule.

Tu ne sais rien. Tu ne sais pas. Tu ne sais rien et je veux pleurer. Je veux crier.

C’est retrouver. Cette musique, cette effacée.

C’est. L’altitude. Cette voiture dans les tournants. La route. Tu es au volant. Ce n’est pas comme derrière ta grosse moto, je n’aimais pas être derrière.

Ne dis rien. Tu es silencieux.

Je veux cette rivière, cogne les cailloux.

Ne dis rien. La vie ne vaut rien. Elle est trop mystérieuse pour nous appartenir.

Ne dis rien.

Aujourd’hui j’ai entendu cette chanson de Cat Stevens, celle du père à son fils. Je n’arrive même plus à l’écouter, elle est accrochée à ma chair cette chanson. Il faudra bien un jour ce disque l’avoir à la maison à nouveau. Cela ne recollera pas les morceaux entre tout ce temps. Celle d’à peine jeune femme et celle de maintenant.

Quand suis je devenue une femme, quand suis je sortie de l’adolescence ? Je crois que tout s’est fait en même temps. J’ai quitté mes parents. J’avais seize ans bien passés. Il était temps. Je t’aimais, toi dont je ne sais plus rien. Tu étais brun. Tes yeux de braises.

Nous vivions souvent ensemble et tu m’as fait l’amour. Ce n’était pas facile. Il faut s’aimer vraiment pour dépasser ces premiers moments. Je ne sais pas m’en souvenir. Je me souviens de ton amour. On s’aimait vraiment.

Un an après, dans notre premier et unique appartement, on peignait une bande dessinée sur les murs du couloir. Il y avait des cheminées dans ce lieu. Du bois, pas de chauffage autrement. Une grande vieille cuisine au carrelage noir et blanc, le même que celui de mon couloir maintenant.

D’amants en désespoirs j’ai bâti un début de femme. De bouts. C’est l’amitié qui tenait les rênes, de ce qu’il restait quand tout tremblait en la demeure. Toi au Havre, mon amie que je ne vois plus. On était ensemble tous les jours.

Ce matin, je me suis inscrite à un forum, suite à ce « marathon d’écriture ». Ce groupe de personnes que je ne connais pas et qui est tentant, sans encore savoir comment. J’y ai lu cette histoire d’amitié et de rencontre. Une histoire d’êtres qui n’ont pas peur de leurs sentiments. Et deux écritures qui s’assemblent pour écrire un roman. Une trame solide entre elles deux, comme un fil d’araignée. Une passion.

Dans ce monde trop sécuritaire sur tout et tous. Dans ce dédale de cynisme et de non joie, il y a des feux. Il y a des oses. Osera. N’est ce pas le plus beau mot de la terre celui là ? Il faut alors trouver les moyens, la façon de créer ensemble, de s’aimer et de se surpasser.

Aujourd’hui c’est ce que je voudrais le plus, créer ensemble. S’assembler et s’apprendre. Aller sans peur vers nous. Nous ne sommes pas loin, nous sommes proches.

Dans cette petite voiture un jour avec toi nous avons aussi mis toutes nos affaires. Cette fois on allait de Nancy à Pau, en gros. En passant par l’Auvergne où nous avons cherché des petites routes et un coin où camper pour une nuit. Je me demande bien avec quel appareil photo nous avons pris ces noirs et blancs étonnants. Il y a ce pantalon rayé que nous portions toi et moi. Tu es de ces hommes admirables que j’ai aimé et je voudrais que jamais tu ne meures.

Cela fait longtemps que nous ne sommes partis en voiture. Poser le thermos sur le capot. Les yeux pâteux, mal rasés. Quand on ne sait plus trop si on est partis hier ou ce matin et si on arrivera demain.

Je ne veux plus rien, surtout pas de lendemains.

.

.

mars 10, 2011

Un arbre, des fleurs

.

Je sais ce qui me plait dans la vie, ce qui me fait avancer, ce qui est comme un moteur.

C’est entrer en contact avec les personnes. Spécialement la première phase est un délice pour moi. La rencontre première, les premiers moments. Je crois qu’il y a de l’amour là dedans, autant que pour un rendez-vous galant. D’ailleurs c’est galant, ce joli mot non ? C’est une galanterie que d’aller vers l’autre et pousser la porte du soi.

C’est cela, c’est à chaque fois ouvrir une échappée intime, intérieure. Ce qui se passe dans chaque nouveau contact est quelque chose qui me passionne, qui m’énivre. Je suis emparée. Parée de nos atours, de nos tours, de ce qu’on ne voit pas, de se qui s’élève dans les airs, soulève la terre sous mes pieds. Le monde change à chaque rencontre. Un autre être, encore un humain dont je ne savais rien il y a quelques heures. C’est une joie.

C’est parfois un tel émoi que j’ai besoin de plusieurs heures ensuite pour m’en remettre et me remettre dans ma peau. Mais cette peau doit se réajuster, celle d’avant la rencontre est trop étroite, il faut se tisser, recoudre, réaménager la place pour que je me retrouve en moi avec toi, avec lui, avec eux.

C’est seulement maintenant, cinquante ans après, que je peux mieux comprendre ma timidité de petite fille. J’étais dans une coquille et un cocon. Je ressentais sans doute de manière si forte chaque nouvel élément tentant de se mêler à mon univers que cela me faisait mal physiquement. Je le ressens toujours mais je commence à connaître cette musique. Petite, plus on m’aimait, plus je fuyais durant les premières heures, je cherchais un refuge où me concentrer et rassembler mes forces, me garder. Puis je pouvais être avec les autres, mes grands parents par exemple, et capter leurs affects, leur renvoyer mes sentiments sans me sentir happée.De ces premières expériences est né mon besoin absolu de solitude. Dans la solitude je réajuste mes peaux, je cale mes énergies, mes ressentis, mes priorités, je respire à mon rythme, pour pouvoir encore et encore m’ouvrir au monde et lui donner en pleine conscience, chaque pore ouverte et frémissante.

Aujourd’hui je sais à quel point j’aime cette danse de la rencontre. Je me sens enrobée, parcourue de transes aquatiques. Je me sens comme la fleur de cerisier qui s’ouvre au soleil. Je suis l’arbre et chaque être vivant ( à deux pattes ou à quatre, à un bec, une bouche, un pistil, des feuilles, des griffes ou une carapace…) auquel je m’adresse, vers lequel je me pose, est une fleur de plus sur mes branches.

.

mars 6, 2011

Juste pour voir

.

Je viens de trouver une petite faute de frappe dans un billet précédent que j’avais pourtant lu et relu attentivement plusieurs fois. Encore et encore. Et dont j’aurais juré que. Et  je ne t’aurais pas cru si tu m’avais dit  » Tu as mis un n au lieu d’un ù ! ». Non, je t’aurais dit « Mais qu’est ce que tu dis ? »

Ainsi vont nos vies. Vies et vécues et survécues et revécues et empruntées et relues et dites et pensées mais pourtant.

Il y a ces évidences comme le nez au milieu de tout toi. Il y a et tu repasses, tu vis, revis, devises, révises, passes, écoutes toi, regardes. Mais ne vois. La petite faute de frappe, là. La petite chose que tu as regardé mille fois et qu’il te suffirait de. D’un coup d’oeil, un bon matin comme celui là. Tu remets tout à l’endroit et se redresse la phrase. Te change une vie.

D’un regard. Se surmonte la peur ou l’ennui, le doute , l’ignorance. Le détail gigantesque qui passe le tournant. Le poteau indicateur et tu es enfin devant.

.

février 26, 2011

Une page

 

.

Je veux une grande page blanche. Comment prend-on les tournants ? Je veux une grande plage blanche.

Nous étions au cinéma voir ce film de Ken Loach sur la révolution espagnole. No pasaran. La lumière se rallume et je n’aime pas ce moment. Il faut se  remettre au monde. Dehors la lumière absorbe, veut prendre une place qu’on n’a pas encore reprise. Nous marchons sur un trottoir trop petit pour deux. Tout à coup, d’un même mouvement, nous nous tournons l’un vers l’autre et on se prend dans les bras maladroitement, complètement, vite. Sur ce trottoir on occupe toute la place, plus rien d’autre ne peut passer. No pasaran.

Nous sanglotons, nous pleurons. On ne s’est rien dit. Ni pendant, ni sous la lumière du dedans ni au dehors. Entre nos bras tout dévale. Un tunnel. Les luttes, les idéaux, la force, le courage, la rage, l’oppression. La conscience d’être là, vivants, en cet instant. Mais aussi la conscience de porter l’histoire des hommes, depuis le commencement. Un poids épais et lourd qui nous rassemble, nous fait amants, toi et moi, spécialement. Quelqu’un veut passer mais doit descendre du trottoir pour nous contourner.

Je veux une page blanche. Large, si l’on veut, mais étroite aussi, où il faudra s’arrêter.

.

février 22, 2011

Le fil du Temps

Très peu et lentement, intensément et sans retour

S’assemblent

Et sans qu’on sache comment.

 

.

Étiquettes : ,
février 6, 2011

Baguette magique

Parfois la vie est comme un conte de fée. Il n’y a sans doute rien à en faire. Juste se laisser pénétrer de l’existence à foison. Parfois toute une gamme de possibles se lève au grand jour. Il n’y a sans doute rien de plus à vivre puisque, touchée du doigt, la chance se met à vibrer. De partout.

.

février 3, 2011

Il y a des jours

Il y a des jours ou peut être même des semaines. Oui j’ai l’impression qu’un jour ne me suffit jamais pour marquer la page de ce livre. Ce livre que je n’écris pas, qui s’écrit tout seul. Il suffit sans doute de l’ouvrir un jour pour qu’il te raconte. Les pages se tournent sans les mains, parfois sans les yeux car je suis aveugle souvent.

Hier dans ma boîte aux lettres un simple objet qu’on nomme enveloppe. Cette enveloppe vient du notaire. Celui qui depuis trois ans se débat avec frère et soeurs, surtout le frère et la soeur. Parce que moi, loin, j’ai écrit il y a trois ans Faites, faites, moi je veux juste la séparation totale des biens. Le reste, je m’en fous.

Done. Did, fait, la preuve par quatre : ce chèque, ma « soulte » comme ils disent, j’aurais au moins appris un mot.

Fait. Dit. Executé. Après une volonté têtue, une profonde certitude et tout simplement l’impossibilité d’en être autrement. Moi, en être autrement. Je n’aurais pas pu. Voilà la fin, voilà le commencement. Trois années de souffrance  après six années de fin de vie en démence d’une mère qui ne savait plus par quel bout mourir et a attendu son frère, morte 24heures après lui, enfin. Puis le début de la fin des déchirements et la violence puissante entre nous trois. Les restants. Les restants, la progéniture. Trois entités débordantes, pétris de douleur, d’enfance sans commune mesure entre nous. Incapable de communiquer calmement sur les choses principales, les familiales. Trop. Trop de. Tout. Mélangé. Des volcans. Autant de vides que de pleins. Il fallait trancher. J’ai. Pris le couteau, ma mère aimait les beaux couteaux, et coupé ferme avec mes mots , par écrit, bien sûr. Même une rencontre était impossible, physiquement impossible pour moi. Après les cendres au Père Lachaise, il ne restait que les écrits pour dire. Mon corps porte encore l’explosion de ce que nous avons vécu, de nos affrontements devant un cercueil, devant les cendres répandues. J’étais partie seule après la cérémonie, pris le bus du Paris que j’aime et qu’elle adorait, et je ne pouvais plus les revoir, pas tant que nous n’ayions coupé en tranche le matériel, les choses et les murs,  et donné sa part à chacun.

Trois ans à le dire , sans démordre, malgré menaces affectives, lettres et coups de fil. Je sais dire non, j’avoue, c’est quelque chose que je sais dire et quand je le dis je le pense avec tout mon être. Ce n’est pas que cela me fasse plaisir, c’est souvent une question de survie pour moi, physiquement compris, mais cela personne ne peut le savoir ni le comprendre. Personne ne sait ce que mon être ressent et comment il me le fait savoir. J’ai un problème entre mon corps et mon âme et mon esprit : ils sont soudés, siamois, il n’y a pas de frontières entre eux. C’est un handicap, une sensibilité qui fait de moi son esclave et sa reine. Alors quand je décide de quitter, de me séparer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est une fuite, une survie, je suis en apnée, je ne peux plus respirer, je pleure, je tremble, je suis malade physiquement, mon cerveau est mou et fout le camp, je suis l’ombre de moi-même, alors je dois partir, laisser, m’éloigner. Dans le même temps je suis extra-lucide, affûtée sur ma cible, la cible c’est moi, et je sais très bien où je ne dois pas , ou plus, aller.

Je n’ai pas grandi. Je n’ai rien appris. Je suis immatûre, totalement. C’est ainsi. Ou bien je suis un tout, un genre de chimpanzé resté dans son arbre et qui veut juste qu’on lui foute la paix. T’as pas des bananes ?

Oyé ! Oyé !!

.