Archive for ‘être’

février 2, 2011

Chat-souris-crêpes

Mon père faisait des crêpes avec sa belle-mère. Troublé il s’est trompé en déclarant ma date de naissance à la Mairie. Il a fallu y retourner et rectifier. Mais le sort en était jeté, je n’étais ni d’aujourd’hui ni d’hier, je serais de demain, là où personne n’a rien à signaler, incognito pour perpétrer mes forfaits. Masquée, à l’aveuglette, un peu par ci, un peu par là, n’ayant de cesse de semer mes traces et de jouer et au chat et à la souris. Mais ne sommes-nous pas un peu des deux à la fois ?

.

Étiquettes : , ,
janvier 22, 2011

Tourne la page

Une page se tourne. Pour moi une page se tourne. Quelque chose bouge entre les lignes. Entre mes frontières de ce pays que je ne sais.

Retournée au café m’abreuver de la terre entière. Envie de parler  à tout le monde. Pris le carnet de moleskine encore jamais entamé. Dessiné, écrit, regardé, rêvé, retrouvé.

Retrouvé tous mes troquets que j’ai aimé et qui m’ont fait, dans le coeur battant de la vie. Entourée. Entourant. Dans les bras je reprends. Et l’air et le tournant.

 

.

janvier 21, 2011

L’émotion de l’information

Je ne regarde pas la télévision, je n’ai donc pas vu d’images de la Tunisie. J’entends ce matin les radios. Depuis huit jours, j’écoute. Ce matin au troquet, je lirai un journal.

Tout est bouleversant et m’intrigue. Comme tout se dévoile tout à coup, alors que depuis tant d’années les médias et les politiques se taisaient sur cette dictature ! Je me souviens de ce journaliste harcelé Taoufik Ben Brick , je crois ?, il y a plusieurs années, comme il lui était difficile de faire comprendre la réalité du régime. On aurait pu croire à un marginal révolté et extrême. Au jourd’hui où est-il ? Se retourne-t-il dans sa tombe ?

Je suis inquiète aussi car le plus dur est encore à faire. On saura bien plus tard, le pouvoir des américains dans cette révolte et ses suites, je n’en doute pas…

Illusions et réalités se mêlent. Courage des peuples, bien sûr, mais ensuite. Mais courage des peuples.

Tout à coup tout le monde raconte le calvaire du système policier incrusté partout. Et tout à coup tout le monde écoute et croit. Avant c’était le silence. Le silence tue les consciences. Et tout à coup tout le monde croit tout ce qu’on dit. Cette rapidité, ces retournements me font peur et me rendent confuse. Comment faire en sorte que nous restions toujours objectifs et informés ? Il n’y a pas d’information objective ? Comment rester toujours en alerte sur ce que les médias véhiculent ? Je cotoie chaque jour des personnes qui gobent tout ce qui est dit dans leur poste de télé et oscillent au gré de ce qu’on leur bourre dans le crâne. Pas d’accès à la lecture ni aux journaux ni aux radios. Oui, en France on vit aussi comme cela.

J’aime aussi, énormément, que ce peuple tunisien tellement éduqué et lettré ait eu ce courage. Ce courage vient aussi de l’éducation reçue et de la capacité à puiser l’information et la décrypter. Le sens critique. J’ai vécu au Cambodge, en 1992,  où l’information n’existe pas, en tout cas pas à l’époque. Il n’y a que des rumeurs, des peurs et des traumatismes, des manipulations et de la corruption. Je travaille depuis des années sur le partage des connaissances et les apprentissages pour tous, en particulier pour  les femmes. Ce sont des critères d’évaluation ( illettrisme, etc) du degré de démocratie dans un pays.

Où sont les masses silencieuses en Tunisie ? Que feront les milliers de garants de la dictature dans les mois qui viennent ? La masse silencieuse me fait peur. En suis-je ? Celle qui choisira le vote F.N en France, juste pour dire sa colère, son mécontentement de tout, comme un crachat sur le trottoir, comme une gifle à un gosse.

Je pense aussi au peuple birman.

Nous vivons en direct des mouvements de révolte, de libération et de répression. Ce Monde a toujours été en perpétuel mouvement. C’est peut être ce qui le fait tourner ?

.

janvier 15, 2011

Le monde est au dehors

Le monde est au dehors. Qu’est ce que je fous à rester chez moi ?

Je suis dans un troquet très joli. Vieilles chaises et fauteuils tapissés, bibelots relookés, lustres rococo, le tout dans des teintes pastels de gris, vert pâle, rouille, ocre, avec petits tableaux et grands miroirs en dorures écaillées. Des femmes parlent haut et fort, on entend qu’elles. Elles sont commerçantes dans la rue piétonne, les boutiques vont ouvrir, fringues, chaussures de marque. Elles ont pris la table près de la baie vitrée , table basse et fauteuils autour, près du bar. Elles connaissent la patronne.

Je me suis mise au fond. Plaque de marbre et pieds en fer forgé, bougie sur la table, meuble de récupération à côté, avec tiroirs à grosses poignées de cuivre. J’ai acheté un journal, avec son supplément « Livres ». Boudiou ça faisait longtemps ! J’ai bu mon café, je l’ai même sucré et j’ai mangé un croissant, dévoré, même, gros et beurré. C’est l’aventure, ce sont des retrouvailles.

Le ciel d’hiver craque sous le soleil, un peu brumeux, il est presque dix heures du matin. Le Monde est dehors, le Monde n’est pas dedans, pas dans ma maison où tout finit par se rapetisser et se rapiécer, maladroitement ces derniers temps.

Tiens, je vois passer cette femme aveugle et son chien. Jolie, toujours pimpante, habillée de couleurs et de tissus qui flottent, elle marche droite, sûre, partout où je la croise. Rues, magasins, marché. Elle semble totalement libre de ses pas comme si c’était son chien qui la suivait et non le contraire. Elle a des yeux quelque part, je ne sais où, elle a beaucoup plus que moi. Elle a un cabinet de kiné, elle m’épate. Elle sait, elle, que le monde est dehors et elle y va avec ses grands pas. Elle est grande, légère, agile. Tiens, elle a encore changé la couleur de ses cheveux courts. Parfois je lui dis bonjour, parfois une caresse au chien si doux et si intelligent.

Elle passe, elle est déjà partie loin. Je regarde le dehors. Devant moi les deux sièges Louis quelque chose, ils sont marrants. Dos sculptés finement, tissu à matelas saumon à grandes fleurs passées. Passées.

La vie est au dehors et dans ce troquet. Sortir de chez moi. Je me suis oubliée à l’intérieur depuis trop longtemps.J’avais perdu le goût. Je m’étais fait mal, en 2009 j’avais dû partir plus tôt de chez une amie très chère. Coupé le doigt dans un mixer un jour de fête des mères. Il y a des dates qui ne pardonnent pas. Malaise global, sur toute la ligne, incompatibilité de tout, de tout ceux qui m’aimaient de loin.  J’étais handicapée. J’étais apeurée, je me couvais comme je pouvais. Bientôt deux ans de cela et je commence tout juste à me servir normalement de ce doigt accidenté. Et je commence à pouvoir aller.

2011. Autre jour. Le jour dit, ce jour, retrouvailles avec celle de moi laissée loin là-bas. Je suis enfin seule dans un beau café comme j’aime. Avec un journal, avec le Monde dedans et dehors que je vois et qui me voit. J’écris ces lignes sur une pochette en papier et il n’y a plus de place, le papier est noirci et ravi, comme moi. Dehors le monde dit, m’attendait, me retrouve.

En payant, je discute avec la patronne, je lui dis : Je viens de retrouver ce plaisir, ici. Je reviendrai.

janvier 7, 2011

Huit jours maudits

Il m’est arrivé une drôle de chose. Je ne sais pas si je dois m’inquiéter ou non, je ne sais ce que je dois retenir et tout laisser et oublier mais oublier je ne pourrai.

Pendant huit jours exactement, presque à l’heure près, ma vie a basculé dans le sombre. Comme je ne suis pas seule à partager ma vie, je ne sais qu’en penser, je ne sais ce qui de moi, de l’un, de l’une, de celle-ci, de lui…Quels mauvais ingrédients se sont mêlés à ma soupe pour en faire un truc imbuvable. Bien des choses, certaines que j’ai vues, d’autres que je ne sais pas. Mais le problème c’est que mon coeur a été troué. « Un trou dans mon coeur » est une expression que je n’emploie pas à la légère. Je l’emploie quand je la ressens, pas juste pour imager une histoire, pas pour romancer ni inventer au delà.

Non ce n’était pas une fiction. Des mots et des phrases, lus, entendus, par des gens que je connais un peu, puis par un amour fidèle, ont déclenché un seïsme en moi. Mon être a été malmené, dégoupillé, désarçonné, plié, écrasé de déroute. Et mon coeur transperçé, meurtri, loin. Mal.

Ce qui m’a surprise c’est la violence de mes ressentis, et leur profond ancrage, comme une racine très lointaine mais qui m’arrachait à tout bonheur. Comme une malédiction posée, revenue, un génie malfaisant, une cicatrice ouverte, mortellement. Oui, ça fout les pétoches.

Ce qui m’a surprise c’est le timing, les huit jours précis. Je peux trouver des tas d’analyses, d’explications plus ou moins bonnes, entre moi et moi et lui, et moi et lui encore perdu là-bas, et oui, ce foutu foutu calendrier dont j’ai déjà parlé. Sans doute de ces dates où nous avons subi un choc émotionnel tel qu’au  tréfonds de notre mémoire intime, au tréfonds de nos neurones, de nos peaux, de nos os, se croisent des noeuds électriques, électrifiés, comme des barbelés de notre inconscient. Et Paf.

Ce qui m’a surprise c’est qu’on pourrait trouver que ce n’était pas grand chose. Juste des moments tendus dans un quotidien d’habitude serein. Et pourtant j’ai été sidérée et retournée comme une crêpe. Comme quoi chacun prend à sa façon ce qui passe dans l’air et se dit. Pour certains pécadilles, pour d’autres bombes à retardement. Parce que le puits est là, et jette la pierre, tu verras, tu ne l’entends pas toucher le sol, la pierre vole à vitesse grand V. et tu ne savais pas. Ce puits là, là, encore pour toi, toi, il est le tien et tu ne maitrises plus rien. Cette pierre qui tombe, ce qu’elle cherche, ce qu’elle retrouve, ce qu’elle te dit. C’est le trou dans ton coeur qui retrouve ses petits.

Paf ? Mêlé au présent ? Sarabande en vrac ? Une louche de breuvage d’une vie insoluble ni dans maintenant ni dans l’avant, ni tout de suite ? Bulles de gaz toxique qui éclatent en surface, réminiscences de nausées vastes, d’abandon, de ces moments où l’amour est au sol, la vie par terre et toi, toi en bouillie. Sas de décompression, où l’air manque, où la survie a un prix, où tu peines, et goûtes l’amer, tu cloues le sol de ton front, tout est perdu. Ta lâcheté est pieds nus sur les braises, tu oses regarder en face ce qui ne te retient plus, ni là, ni lui, ni elle, ni toi ?

Huit jours où la vie change toute. Pendue par les pieds. Où tout est dérangé, rien n’a le sens que tu connaissais.

Secoué. Apeuré. Rien d’autre à faire que trouver des réconforts, des pistes de vivre, parler, avoir la chance d’être encore écouté et aimé. N’importe où, quelque part, quelqu’un, quelque chose. Et tout à coup tout s’apaise. La tempête est partie. Ici le mistral , le vrai, dure trois à cinq jours de folie. Huit jours cette fois, en moi, un ouragan  m’a mis à sac. Je ne l’oublierai pas. Il m’a posé des limites. Il a nommé l’effroi. Il a signé des possibles. J’ai une marque indélébile sur le coeur, une marque que je connais, que je crains mais, je le sais, qui fait aussi avancer, creuser et partir, décider et aller vers soi. Seul. Dans ce mystèrieux en nous qui fait qu’on tient encore ou qu’on lâche. Qui fait qu’on ne sait rien et que rien n’est acquis,rien, jamais rien et toujours.

.

décembre 31, 2010

Possibles

Dans la vie il faut si peu attendre et surtout s’étendre

Attraper le hasard, lui sauter dessus

En savoir le moins

Possible sur son compte et lui sauter au cou.

 

 

.

décembre 19, 2010

Le calendrier

Jours qui comptent et racontent. Jours qui laissent et se dépasser, dépassés. Le 13, arrêter de vivre, une mère qui enfin cesse de respirer le jour de sa fête, celle de la lumière, Lucia. 24h après son frère, main dans la main, comme si ils s’attendaient. Elle l’attendait, elle avait peur et plus assez de force pour commander ni corps ni esprit. Il fallait le coup de pouce, celui du calendrier.

Les calendriers seraient vivants et ce seraient eux qui dirigeraient nos vies. Nous croyons qu’ils sont nos objets et que nous jouons entre leurs lignes, leurs cases, les agendas de petits pas. Mais voilà.

19 décembre et les deux au Père Lachaise répandus sur le gazon en poussière froide mais juste le rayon de soleil. Une ambiance électrique et lamentable entre frère et soeurs. L’enfance ne fait pas de cadeaux dans ces moments là, toute en trombe elle dirige la valse. Aucune pitié ton enfance n’a. Elle a tout à dire et surtout quand il faudrait taire. Elle l’ouvre grand le précipice de ce qui fut, de ceux qui ont aimé, un peu, pas assez, trop et comment et comme ci et pas comme cela. Et les places valent chères tout à coup, tout déborde, tu n’es rien, c’est un combat entre toi et ce qu’il reste de toi. Enfin tu le croyais.

19 décembre et tout à refaire. La vie se révèle en si peu de temps parfois. Encore un coup du calendrier qui ne pardonne pas. Encore un coup du calendrier qui fait si bien les choses, d’un trait, d’une croix, d’une marque au fer rouge, d’un tatouage sur ta nuque. Un papillon, une coccinelle, indélébile comme l’amour. Le calendrier de ta peau. Regarde comme il est, et même il est beau, je te dis, il est beau.

.

décembre 11, 2010

L’enthousiasme

Enthousiasme ?

Mon Robert de poche me dit : Etat d’inspiration exaltée. Emotion vive et joyeuse.

Dans le Mille Robert. Tu m’épates, faute de m’enthousiasmer. Oui, je vais quand même pas m’exalter pour toi à 7h28 ce matin alors que mon plateau de ti dej n’attend que moi, hein ?

Mais ça colle, ça colle avec ce que je pensais.

Je m’enthousiasme facilement. C’est ma nature. Cela dure une heure, un jour, une semaine, un mois. Mais je pars au quart de tour. C’est une joie d’enfant, un moteur, une déraison sans laquelle je ne saurais vivre. Et c’est un problème quand l’enthousiasme redescend sur terre, évidemment.

Car je ne perçois la vie que par ce biais de l’enthousiasme. Ce n’est qu’ainsi que je la trouve supportable. C’est donc comme un outil, une petite pilule que j’avale plusieurs fois dans la journée.

C’est ma dose, ma came. Quand je ne l’ai plus je deviens cynique, et la vie se montre telle qu’elle est c’est à dire cruelle et moche, et ça elle sait faire rudement, tout le temps. La vie n’a pas besoin de se shooter à quoi que ce soit pour t’en faire voir, spécialement quand tu ne t’y attends plus. Une garce.

La maîtriser ? Warrrffff ! La maquiller. D’enthousiasme. L’amour est une des belles drogues de la vie, mais il en faut d’autres. Bien sûr rien ne shoote autant qu’être amoureux. Question d’endomorphine et tout le tsoin, tsoin, que les scientifiques nous ont mis sous le nez. Quatre années de came garantie,  c’est prouvé par les hormones. Good. Mais moi j’en veux d’autres des enthousiasmes, parce que l’amour il est sûr par moments mais il n’est pas fiable sur la longueur, je le sais. Et il te prend la peau. Tout nu sous la lune t’as interêt à te trouver de quoi t’enthousiasmer encore, sinon c’est du frisquet la vie. Gla gla l’enthousiasmé congelé.

L’amour on sait comment ça fait quand il te glace, mais l’enthousiasme, celui du quotidien, quand il retombe,  comment ça se passe ? Tu fais quoi? Le petit, le moyen enthousiasme celui qui me fait tenir la tête, grand sourire, joie au coeur, lever le matin, trépigner d’envie ? Ben je vais te dire, là je vis une retombée d’enthousiasme pour un truc, petit, mais un beau projet  . Qui se transforme pour moi en un truc intéressant mais juste « intéressant » , voyez-vous. Je ne suis plus zinzin. J’ai compris quelques bases, je suis sortie de ma précipitation, de mon élan primaire. J’ai vu des limites là où je fonçais comme une enthousiaste aveugle. Et je suis contente. Calme tout à coup. Plus légère, finalement. Moins accrochée, et du coup je m’ouvre vers autre chose alors que ce projet m’a pris 50% de mon énergie depuis une semaine. Le soufflé retombe mais, passé un peu de déception et colère, je vais finalement mieux que quand j’avalais ma came comme une sauvage.

L’enthousiasme, c’est formidable. Cette joie d’enfant qui est contagieuse, autour de moi les gens en ont besoin. L’enthousiasme qui se calme, c’est bien aussi ? Ou bien je vais sauter sur autre chose pour me faire vivre un peu, et …comment y dit Roberto….être inspirée et exaltée ?

Ben oui. Je crois que oui.

L’enthousiasme est inguérissable ? Je le tiens de ma mère, d’un grand-père, de plein d’autres derrière, et de elle et de ci et çà…etc….Ma mère c’est sûr, était une vétérante du truc. Il a fallu qu’elle perde la tête pour que la vie la bouffe toute crue. En quelques années tout le malheur de la terre sur son corps décharné et tout ce qu’elle détestait, lui est tombé dessus : le collectif, la privation de liberté, entre autres. Comme si la vie, chien dressé comme un molosse,  se vengeait d’un coup sur toutes ces années passées à se shooter d’enthousiasme. La vie reprenait sa part perdue de cruauté, sans pitié.

Bon alors, oui, euh, oui, j’ai encore besoin de mon enthousiasme, même pour peu, même s’il monte et baisse comme un yoyo. J’ai besoin.

.

 

.

.

décembre 4, 2010

Original

Je le suis levée ce matin en me disant qu’une des choses essentielles dans la vie c’est l’originalité.

On m’a persuadée, petite, que j’étais originale, pas pareille, différente. Et je réalise chaque jour à quel point c’est un cadeau. C’est vraiment la chose la plus importante à dire à un enfant. Qu’il est unique, bien sûr, mais que son but dans la vie n’est pas de se fondre dans la foule, d’être discret et transparent.

Croire en l’originalité d’un enfant, l’aider à la révéler, à la faire grandir, même si cela ne dure que ses premières années, même si la société va en bouffer un gros bout, même si pendant un temps il faudra se couler un peu dans le moule parce que sinon c’est trop douloureux, ou bien on rate des étapes, je ne sais pas, pas sûr. En tout cas, cela reste, toute la vie.

Soit original,mon petit,  dis-le un jour, bats toi contre la conformité, ne perds pas courage, mon grand, ce ne sera pas toujours simple. Tu te sentiras vraiment bien seulement avec ceux de ton espèce, ils seront rares. Les autres aimeront te côtoyer parce que tu leur fais du bien, diront-ils, et souvent cela t’agacera profondément.

Les parents qui affirment cela courent aussi un risque, comme l’ont vécu les miens : celui de voir leurs enfants partir très tôt et les rejeter à un moment. Cela fait partie du deal. Sois toi, et sans doute tu ne voudras guère me ressembler ni me coller aux basques.

J’ai eu, moi,  la chance, j’en suis consciente,  d’emmagasiner un maximum de bases saines et utiles pour savoir-être et vivre à minima dans une société. Voilà donc une tâche à multi-risques et responsabilités, pour les parents et tous les tuteurs qu’un enfant glane sur sa route ( je crois beaucoup aux adultes « passeurs », essentiels, hors de la famille ). Donner aux enfants toutes les bases pour ne pas chuter inconsciemment et avoir des billes pour naviguer très tôt matelot. Et leur offrir les voiles en plus de la coque : Tu es différent, ne cherche à ressembler à personne, le vent t’appartiendra.

Tu tomberas vite du nid. Impatient, volatile. A pic et coeur et perd et gagne. Mais sois. Original. Envers et contre tout et tous. Toi.

.

novembre 24, 2010

Se retrouver

C’est bien d’avoir du temps.

Je ne sais pas comment cela m’est venu mais je sais quand. Et je crois que j’ai renoué en quelque sorte. Retrouvé, repris à la source ce cours.

C’est bien d’avoir le temps. Ce n’est pas toujours facile, il faut avoir beaucoup à dire et à taire. Il faut s’assoir et attendre. C’est cette façon de voir les choses. De ne plus pouvoir laisser passer, être sûr qu’on sera là au bon moment. C’est pour cela qu’il faut du temps. Et lui offrir gîte et couvert.

Je ne sais pas comment c’est revenu, même si je sais quand puisque c’est le deuil qui a fait. J’ai presque envie de dire Merci à celle qui. Dans sa douleur et sa misère de mourir si lentement. J’ai presque envie encore de la remercier. Me mettre au monde et à nouveau m’offrir cette chance, ce luxe, de continuer à dire non, de changer de position, de tout défaire encore. Comme ces centaines de valises qu’ensemble nous faisions.

 

.

novembre 21, 2010

Quand l’amour part faire un tour

Parfois l’amour s’en va. Pourtant il y a toi, pourtant il y a moi.

On ne sait pas où il va. Je ne sais pas. Il laisse moi. Il nous laisse avec nous mêmes et débrouillez-vous avec vos conneries mon p’tit gars.

Il laisse un immense miroir qu’au début tu ne vois pas. Comme toujours tu fais la sourde oreille, tu as du noir aux yeux, tu inventes des prétextes, tu joues à l’autre. Mais le miroir est là.

Quand l’amour s’en va c’est pour te laisser avec toi, petite pimbêche, petit grognat. Maintenant tu vois ce miroir et tu vois ta lâcheté et ton mauvais fond. Fond de commerce, boîte à petits pois chiches. Chiche dans la tête. Tu vois.

Il faut du courage pour affronter la lâcheté de l’amour qui dure. Il faut du courage. Le courage d’aimer en se disant. D’être soi. Le silence pèse la mort, les renoncements friseront ton cercueil. Belle avancée dans ta lâcheté.

Alors quand l’amour s’en va, il fait semblant de te laisser. Tel un jeu de cache-cache mais au début tu ne sais pas trop qui joue avec qui , quoi, comment. Il faut apprendre le jeu, bien longtemps, se faire prendre, rester caché aussi pendant que personne ne te cherche plus. Là t’as l’air d’une belle andouille, princesse aux pieds nus, personne pour tendre l’oreille. Mangée crue.

L’amour te laisse pour que tu te voies. Pour que tu lui dises encore et encore qui tu es, tes faiblesses et ce que tu ne veux pas. On ne sait pas ce qu’on veut, on sait ce qu’on ne veut pas ou plus jamais. C’est nous les femmes, sans doute, nous sommes comme cela ?

Alors le miroir ramassé tu t’es regardé. Tu as baissé la colère en toi, tu as ramassé du courage, dans ce miroir au fond, il faut trouver. Tu diras ta lâcheté, tu diras ce que tu peux. C’est ce que l’amour attend de toi. Sinon il s’en ira ou fera tout comme en restant l’ombre de toi et ça, tu ne veux pas.

.

novembre 13, 2010

Lettre amie

Moi aussi je pense souvent à toi et à cette absence… Je me disais même il y a quelques jours, qu’il faut que je vienne te voir.

Oh l’amitié, ma soeur de coeur. Oh celle qu’on ne veut pas perdre, qu’on ne peut pas perdre, qu’on voudrait encore là au dernier jour.

Oh les coeurs qui pleurent et rient. Oh le manque de l’autre. De toi qui dis  : Si c’était à refaire, je prendrais femme et ce serait toi.

Oh cette longue année en brisure, fragilité et manque de nous. Moi qui me suis mise à la porte, enfermée loin. Toi qui as pensé que je te l’avais claqué au nez, la porte de chez toi, et le choc fut si brutal. Il faut une vie pour se connaître et défaire et tricoter l’amitié. Toutes les deux nous avons perdu des êtres chers, c’est notre salut. Nous savons le coût de ces pertes. Chaque ami est une pièce du puzzle, il manque à jamais.

Je reviendrai. Je, tu, le, sais. Ce ne peut être autrement, plus maintenant. Je ferai tout pour te garder, je prendrai tout le temps, je pèserai les mots, je te laisserai le silence.

Je veux nos thés au soleil, je veux nos dîners seules au fin fond des restaurants. Je veux nos rires en vacances, je veux la douceur dans la cuisine et la popotte autour du feu. Je veux tes tisanes, je veux mes sauces de salade, je veux dans la salle de bains nos échanges de crèmes et de shampoing.

Je veux aux terrasses des cafés les serveurs souriants en nous demandant Mais vous êtes soeurs toutes les deux, non ? Et nous de nous regarder malicieuses, depuis tout ce temps, 28 ans, et ne rien dire, en rigolant.

 

.

.

novembre 11, 2010

Madame Groult et nous

Merci Paola. Tu nous a raconté ta lecture récente de Benoîte Groult et tu m’as donné envie de lire d’elle encore, après sa Touche étoile.

J’ai emprunté Mon évasion à ma médiathèque et hier soir je pensais juste y jeter un premier oeil. Impossible. J’ai pris ce bouquin par tous les bouts. Le début, avalé en pages, la fin, boulimisée en totalité, le milieu (interview sur les Vaisseaux du coeur) gloutonné en trombe, impossible de m’arrêter sous les draps et la chaleur de la lampe qui voulait s’éteindre avant l’incendie de la table de chevet (mon ampoule y est trop forte !).

J’ai dormi dès le livre posé, les yeux fatigués, la migraine naissante, et ce matin j’ai noté mon rêve fort, que j’écrirai sur Ella, sans doute, mon blog des poèmes et mots qui viennent tout seuls.

Merci Paola. Mais que tu es coquine de venir taquiner comme cela mon esprit, enfin, je veux dire c’est Benoîte, bien sûr, c’est elle. Tous les passages sur lesquels je me suis ruée, hier soir, concernent l’amour et les choix de vies, de couple, et les comment.

Comment s’accorder la liberté mutuelle. Comment rester libres, ouverts et ne pas se recroqueviller sur le deux + deux = zéro au fil des années ? Tu le sais Paola, le couple sous le même toit et rien que cela ce n’est pas pour moi la bonne solution, ce ne peut être l’unique. Elle est même teintée de lâcheté, de peurs, bien souvent. C’est un challenge énorme que d’ouvrir les possibilités, et d’oser le dire et/ou le vivre. J’y pense tout le temps. Parfois je mets en action, parfois non, alors j’y pense encore plus.

L’homme qui est près de moi et que j’aime depuis 22 ans, n’a pas été le seul en 22 ans et c’est itou/idem pour lui. Nos toits n’ont été communs que les deux premières années et puis les cinq précédentes, actuelles. L’âge s’en vient, l’âge et la peur de vieillir nous accompagnent maintenant mais je veux croire en des ouvertures encore. Il faudra inventer. Déjà nous pensons à notre prochain toit et souhaitons avoir chacun nos espaces, certains espaces, bien séparés et peut être des morceaux en commun avec une amie ou deux, le rêve pour moi, mais pas facile, pas facile la mise en place.

Tout est possible. Madame Groult raconte tout cela, son contrat « open » avec son Paul. Les douleurs aussi. Même quand tu es sûr de l’autre, savoir qu’il (et elle) se permet d’être amoureux d’un autre être…Il faut traverser, traverser ensemble les ponts, les gouffres, et créer, créer pour dire ce qui ne peut être dit en temps et heure.

Mais l’être humain est fait pour aimer. Hier j’entendais Mme Deneuve dire qu’amour et bonheur n’allaient pas souvent ensemble, à son goût. Qu’elle n’était pas encore capable de bien les assembler et de trouver le bonheur, de s’en contenter, là où il était, sans doute, mais pas à ses yeux, pas à son coeur trop avide, trop inquiet.

Ce que permet l’amour qui s’ouvre aux autres, c’est de vivre des passions. Elle en parle bien La Benoîte. Voilà pourquoi j’ai encore fait ce rêve de toi. Toi, mon tout, mon ventre, ma déchirure, mon poison doux. Comment pourrais-je être encore sous le toit de mon amour, 22 ans après,  si je n’avais pas été dans ton lit ? Si tu n’avais pas pris ma vie, mon corps, ma raison. Pourquoi est-ce que je rêve que nous nous retrouvons enfin ? Parce que nous avons eu tort de tenter de vivre chaque jour ensemble ? Parce que nous étions amants, purement et totalement faits l’un pour l’autre et qu’il ne fallait pas mêler le quotidien à tout cela ?

Oui mais nous voulions tout, au bout de deux années avec et sans et toi aimant, amant de tant d’autres, tu voulais poser tes valises avec moi, nous avions tant désiré cela et nous avions 34 ans, je t’attendais, rien que toi sous mon toit. Voilà nous l’avons fait, deux ans après les murs s’écroulaient. Il faut des murs monter puis descendre. Il faut tout essayer.

Ensuite l’espace de vie augmente, la place pour soi, la place pour d’autres. L’amour est créé pour nous connaître, pour nous apprendre, pour nous vivre, nous étonner. Avec toute la douleur qu’il engendre il faut bien quelques compensations sonnantes à nos poignets. Des bijoux de belle danseuse qui connaît un peu mieux son solfège et sa musique et qui veut toujours recommencer.

.

novembre 8, 2010

Trois ans après

Je commence à pouvoir penser à ma mère dans ses joyeux moments de vieillesse, enfin avant l’enfermement, bien sûr.  C’est à dire avant ses 79 ans. C’est comme si elle me faisait signe qu’il faut que j’ouvre un peu ma boîte à souvenirs et que, maintenant, elle et moi on va pouvoir laisser un peu l’horreur de côté.

Il n’y a rien de pire que de subir l’enfermement de quelqu’un que tu aimes et qui ne veut pas être là où il est, entouré de vieillards, par ex. C’est un de ces trucs épouvantables dans notre société non civilisée pour trois sous, d’enfermer les vieux tous aux mêmes endroits. J’écoutais l’autre jour une émission qui disait que ces institutions horribles sont déjà dépassées dans certains pays. Pourquoi faut-il que l’être humain soit si con, prenne autant de temps, de générations, pour abolir des systèmes, les faire évoluer vers du mieux, du mieux pensé, mieux adapté ? Il faut des lustres , des malveillances , des tonnes de  maltraitances, des inepties, des calvaires à la pelle… Il faut, encore et encore, pour que quelque chose change. Tous ces lieux où sont rassemblés les exclus de la société sont des lieux infâmes. Handicapés regroupés, vieux à la chaîne dans de splendides maisons de retraites, retraites mon cul oui ! Et puis, bien sûr, le Pompon aux prisons. L’apocalypse sur terre. L’état d’avancement d’une société se mesure à l’état de ses prisons, nous dit Badinter l’infatigable.

Il faut le voir pour le croire. C’est sans doute cela. Et encore. Certaines familles ne voient rien, ne veulent rien voir. Et je confirme, c’est beaucoup plus simple de faire sa petite visite de courtoise à mamie ou maman quand tu ne vois pas trop. Passe une journée, passe des heures, mange à sa table, bave avec les autres, observe la douche, regarde la partir dans la salle de bains entre deux aide soignantes, incruste-toi à l’heure des lits à changer, traîne dans les couloirs, discute avec le personnel, avec compassion et écoute. Et vois.

Alors évidemment, après , ben ta vie n’est plus pareille. Chez moi on cumule, on a vu l’intérieur de plusieurs institutions qui enferment : prisons, hôpitaux psychiatriques, centres pour handicapés ou pour vieux..que ce soit pour des raisons personnelles ou professionnelles, on sait ce qui s’y passe. (Et d’ailleurs l’hôpital tout court a son lot terrifiant aussi, crois-moi.)

Alors bref, oui un jour le calvaire de ma mère a cessé, ce fut un soulagement. Ne plus avoir ses parents est un grand pas, une marche immense, un pouvoir sur la vie qui te pogne jusqu’aux dents. Plus rien n’est pareil. Je l’ai déjà dit, je le redis, c’est une chance. Une ouverture, un tournant à prendre. Of course, je te souhaite de vivre cela dans la chaleur d’une jolie famille. Moi la famille c’est pas mon truc, tu le sais. C’est la structure infernale la plus pathogène que je connaisse. La course aux non-dits et au bien-pensant. La foire d’embrouille. Alors Oh Patatras, les degâts dans la fratrie, le grand tralala. Ah tout ce qu’on ne s’était pas dit et qui sort en actes. Oh le joyeux Notaire qui se frotte les mains, trois années après va-t-on enfin se le répartir ce patrimoine ? Et celui qui a eu le moins d’amour veut le plus de pesos, de pépèttes, de meubles, de murs, de billets, de vue sur la mer, de tout, pour lui, enfin, le fils mal aimé. Oh la belle embrouille !

Alors ouf ? Un jour pouvoir penser à ceux qu’on aimait juste tels qu’on les aimait, en oubliant les désespoirs, la souffrance sans fond, l’abandon, les erreurs, les grands grands malheurs ?

Penser à eux juste quand la vie les aimait aussi. Comme ils étaient drôles et bons, comme c’était doux et on ne savait rien de ce qui serait. Juste effacer la mémoire trop tranchée. Pagayer dans les sourires, boire des jus roses et bleus.

Se remplir et ne plus se vider. Laisser respirer les écorchures. Trouver pour soi un autre corps, une autre armure. Laisser l’amour faire son deuil. Oublier. Oublier ce qui ne fait que creuser ta tombe et en plus tu ne ferais que la regarder, pas capable de t’y pencher.

Alors oublier puisque tout a circulé en moi dans tous les recoins. D’une seule pièce de traces indélébiles, je suis faite, je vis. Il faudra trouver un chemin.

.

octobre 16, 2010

Toi et moi

Aujourd’hui tu as pris le train. Je suis montée debout sur le banc pour te faire signe de la main.
Une heure après tu m’as écrit « Tu ne sais pas combien je t’aime ». Et depuis, moi j’ai le monde au bout des mains. J’écarte mes bras en dansant chez moi. Je tourne et j’ai le monde au bout des doigts. Je dis merde à la mort, je dis merde à nos corps, je suis au delà. Tu es au delà. Et ça, je le sais, je l’ai su tout de suite. Je l’ai quitté lui quand je t’ai trouvé toi. Tu ne voulais pas. Tu trouvais que j’allais trop vite. J’ai lancé des cailloux à ta fenêtre dans la première nuit mais tu n’as rien fait, rien dit cette fois là.
Pourquoi veut-on un amour ? Pourquoi veut-on être aimé ? S’attirer un être à soi, à soi. Parce qu’on ne se dit pas assez « je t’aime », chaque jour. A toi qui me voit, qui lit cela, à moi. C’est simple de dire je t’aime, il suffit de prendre le monde dans ses bras. Pas la peine d’avoir des amoureux pour cela. Il y a toi, il y a moi. Regarde-toi, regarde-moi. Il y a déjà.
.