Archive for ‘faire’

juin 24, 2011

En plein

Le sens des choses n’est pas à chercher. N’a aucune importance quand on les vit puisqu’on le vit.

juin 14, 2011

D’avant et d’après

Je n’en menais pas large, comme on dit. Pas long non plus, court même.

Je ne me sentais pas bien. Exactement cela. Je ne me sentais pas bien. Je tremblais dedans, je me sentais sans forces, pas capable. Surtout j’avais envie de pleurer, de m’effondrer.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais maintenant que ce n’est pas utile de chercher cet introuvable pourquoi qui rayonne au fin fond avec des réponses sourdes et muettes à tout appel, même sincère.

Sincèrement, je te le dis, je n’étais pas bien, j’étais patraque et désespérée, désemparée. Pas prise, flottante, sans hameçon, noyée et chutant dans un curieux marécage. Boueuse j’étais.

Je pensais : Tu l’as fait tant de fois pourtant…!!

Et avant j’allais en avant, sans vouloir tracer derrière je ne regardais que ce vers quoi je me ferai, j’étais faite de cela, ce vers quoi.

Serais-je devenue plus lourde ? C’est souvent ma question. Ai-je besoin des autres encore plus ? Saurais-je refaire seule encore tout ce que j’ai fait et refait ? Bagager, décider, partir, envoyer la gomme, prendre haut mon coeur, faire suivre tout le reste sans aucun remord. La tristesse, si. Toujours je l’ai eue, ça je ne me mens pas, elle a laissé trop sa place, elle est en chaise-très-longue avec le truc pour les pieds, installée. Les pleurs, les arrachements, si. Mais il y avait toujours cet élan et le corps ne disait rien du reste. Maintenant si. Le corps dit.

Mon corps ne pouvait pas. Quitter, porter des cartons, trier, retrouver encore des tas de trucs , les remettre en boîte. Cela ne finissait jamais on dirait. Faire face au lourd, franchir des escaliers, quitter pour toujours, emmener.

La tâche me rebutait, je voulais pleurer. J’ai failli le dire « Tu sais, je ne vais pas bien, j’ai envie de pleurer, ça ne va pas ». Bon et puis on se tait, l’autre n’a pas besoin non plus. Il faut se prendre au corps, c’est la première marche la plus dure à franchir. Et on a commencé par le plus dur à porter, volontairement.

On a bien fait. Rapidement, plus que prévu, un poids est parti, j’étais en mouvement, c’était en route. Je ne voulais plus pleurer. Il n’y avait plus lieu de. Le lieu disparu. La route seule. L’étape infinie, non finie.

Et alors il y a eu ce premier matin. Et la bascule fut définitive.

Je me suis retrouvée. Dans cet inconnu qui sourit, que je veux.

La veille je m’étais fait un cadeau. Quatre même.

Dans cette ville jolie en été et ses petites rues où se perdre en allant au château : une potière. Magasin-atelier. Toute jeune. Un écrin de terre et de couleurs. Des motifs que j’aime énormément et qui croisaient ceux que je venais de faire sur les plinthes de la chambre. Un beau hasard.

Quatre objets en cadeau, beaux . Sur lesquels je ne poserai pas mes lèvres, je crois, j’aime mieux les garder sous les yeux.

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mai 28, 2011

tout ces trucs que je ne peux pas jeter

Démenagement, un autre placard à mettre en cartons, de la paperasse. Je m’étais dit  « tu vas jeter tes cours de fac ».

Je suis d’abord retombée sur la vie de loin. Des documents quasi cultes, vieux obsolètes pour tout le monde, mais pas pour moi. Des trucs qui font comme partie de la famille. Des gri-gri.

Puis les cours. C’est vrai j’avais déjà tout jeté je n’avais gardé que la substantifique moelle il y a cinq ans lors du précédent déménagement. Re tri serré. Et puis là aussi il y a mes tripes. Tout ce temps passé en bibli, tous ces cours aimés, ces photocopies de pages de bouquins, de recherches, d’étude, de réflexion.

Ils font partie de ma peau pour le moment. Je n’en n’aurais sans doute plus l’usage. Je compte revenir en fac mais je ne sais encore dans quel secteur ( un cursus de philo ?). Surement pas en sociolinguistique et anthropologie sociale, non je ne crois pas. C’est tatoué tout cela.

Bon, je garde au chaud, faudra me brûler avec.

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CA FERA UN BEAU BUCHER !!!

janvier 27, 2011

Assemblés

Ce matin des z’artistes décorateurs plasticiens sont venus déposer une structure de tête de drakkar dans le hall de la Maison citoyenne ( ex MJC-centre social ) où je travaille (un peu, pas trop hein ! ).

Oh c’était gai ! Le groupe de femmes analphabètes avec lequel je bosse va aider à recouvrir cette structure métallique avec un genre de mousse. Elles se sont retrouvées en petits groupes autour d’une table pour apprendre à découper au cutter et à coller des courbes avec la colle néoprène. Raphaëlle, une des zartistes, est au poil avec elles. Il y a aussi deux autres accompagnatrices. C’était notre première matinée, il y en aura cinq. Tout cela c’est pour le carnaval de la ville.

Ces dames sont contentes. Je ne savais pas trop…Elles viennent pour apprendre le français, en fait c’est comme un prétexte, elles viennent surtout pour sortir de chez elles. Mais j’ai fait le guignol, je leur ai présenté la chose avec force de sourires et Raphaëlle a montré des tas de photos, y compris de marionnettes géantes que la compagnie a faites au Maroc, chez ces dames donc…

Autour de la grande table, dans la grande pièce-atelier, les petites mains pressent fermement les bouts de mousses qui se rejoignent. Les sourires et la concentration. « Il fait faire joli » elles disent.

Simplement se réunir pour créer, même un petit bout de mousse qui s’assemble. S’assembler. Les choses simples qui coulent et s’animent. Je me souviens au Nord Laos, un genre de bibliothèque que nous avions construite dans un village. Les enfants assemblés. Au dehors il y avait une cahute de paille et bambou, avec des livres aussi. Des livres de dessins, des bandes dessinées, que nous faisions. Les enfants se posaient là, dehors, à deux ou trois et tournaient les pages. Parfois très sérieux, parfois en riant, tenant fermement les livres, parfois un livre pour trois ou cinq. Sous le soleil, sous la tiédeur matinale de là-bas.

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janvier 21, 2011

L’émotion de l’information

Je ne regarde pas la télévision, je n’ai donc pas vu d’images de la Tunisie. J’entends ce matin les radios. Depuis huit jours, j’écoute. Ce matin au troquet, je lirai un journal.

Tout est bouleversant et m’intrigue. Comme tout se dévoile tout à coup, alors que depuis tant d’années les médias et les politiques se taisaient sur cette dictature ! Je me souviens de ce journaliste harcelé Taoufik Ben Brick , je crois ?, il y a plusieurs années, comme il lui était difficile de faire comprendre la réalité du régime. On aurait pu croire à un marginal révolté et extrême. Au jourd’hui où est-il ? Se retourne-t-il dans sa tombe ?

Je suis inquiète aussi car le plus dur est encore à faire. On saura bien plus tard, le pouvoir des américains dans cette révolte et ses suites, je n’en doute pas…

Illusions et réalités se mêlent. Courage des peuples, bien sûr, mais ensuite. Mais courage des peuples.

Tout à coup tout le monde raconte le calvaire du système policier incrusté partout. Et tout à coup tout le monde écoute et croit. Avant c’était le silence. Le silence tue les consciences. Et tout à coup tout le monde croit tout ce qu’on dit. Cette rapidité, ces retournements me font peur et me rendent confuse. Comment faire en sorte que nous restions toujours objectifs et informés ? Il n’y a pas d’information objective ? Comment rester toujours en alerte sur ce que les médias véhiculent ? Je cotoie chaque jour des personnes qui gobent tout ce qui est dit dans leur poste de télé et oscillent au gré de ce qu’on leur bourre dans le crâne. Pas d’accès à la lecture ni aux journaux ni aux radios. Oui, en France on vit aussi comme cela.

J’aime aussi, énormément, que ce peuple tunisien tellement éduqué et lettré ait eu ce courage. Ce courage vient aussi de l’éducation reçue et de la capacité à puiser l’information et la décrypter. Le sens critique. J’ai vécu au Cambodge, en 1992,  où l’information n’existe pas, en tout cas pas à l’époque. Il n’y a que des rumeurs, des peurs et des traumatismes, des manipulations et de la corruption. Je travaille depuis des années sur le partage des connaissances et les apprentissages pour tous, en particulier pour  les femmes. Ce sont des critères d’évaluation ( illettrisme, etc) du degré de démocratie dans un pays.

Où sont les masses silencieuses en Tunisie ? Que feront les milliers de garants de la dictature dans les mois qui viennent ? La masse silencieuse me fait peur. En suis-je ? Celle qui choisira le vote F.N en France, juste pour dire sa colère, son mécontentement de tout, comme un crachat sur le trottoir, comme une gifle à un gosse.

Je pense aussi au peuple birman.

Nous vivons en direct des mouvements de révolte, de libération et de répression. Ce Monde a toujours été en perpétuel mouvement. C’est peut être ce qui le fait tourner ?

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octobre 16, 2010

Toi et moi

Aujourd’hui tu as pris le train. Je suis montée debout sur le banc pour te faire signe de la main.
Une heure après tu m’as écrit « Tu ne sais pas combien je t’aime ». Et depuis, moi j’ai le monde au bout des mains. J’écarte mes bras en dansant chez moi. Je tourne et j’ai le monde au bout des doigts. Je dis merde à la mort, je dis merde à nos corps, je suis au delà. Tu es au delà. Et ça, je le sais, je l’ai su tout de suite. Je l’ai quitté lui quand je t’ai trouvé toi. Tu ne voulais pas. Tu trouvais que j’allais trop vite. J’ai lancé des cailloux à ta fenêtre dans la première nuit mais tu n’as rien fait, rien dit cette fois là.
Pourquoi veut-on un amour ? Pourquoi veut-on être aimé ? S’attirer un être à soi, à soi. Parce qu’on ne se dit pas assez « je t’aime », chaque jour. A toi qui me voit, qui lit cela, à moi. C’est simple de dire je t’aime, il suffit de prendre le monde dans ses bras. Pas la peine d’avoir des amoureux pour cela. Il y a toi, il y a moi. Regarde-toi, regarde-moi. Il y a déjà.
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septembre 13, 2010

Partir. Se taire. Laisser la source entre les mains.

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Laisser faire. Observer. Se taire en écoutant de façon bienveillante. La plupart du temps s’imposer, s’interposer, dire, proposer, ne sert pas tant que cela. Avoir la patience de laisser l’autre, lui faire une place, comme devant une fontaine, creuser ses mains pour faire couler la source.

Balivernes le reste ? Clin d’oeil à un lecteur un peu étranger qui a découvert ce mot, balivernes,  ici. Je me suis aperçue en recevant son commentaire, que certains lisent ma prose sur la messagerie, comme un courriel. Dites vous venez ici voir aussi ? Parce que sinon c’est pas la peine que je refasse les peintures de temps à autre !! Pour moi un blog n’est pas un mail. Traverse la boîte ami, pour entrer chez moi. Y’a de la place. Et toi t’es qui ?

Bon, aussi, faut que je te dise, un de ces quatre tu viendras ici et y’aura rien. Ca n’existera plus. T’inquiète, je serai ailleurs. Je viendrai te dire. Jaime bien partir. Tirer des traits symboliques puis re-puiser ailleurs, refaire son trou et sa bosse. Fée Carabosse.

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septembre 8, 2010

Déroulement, faire, avoir fait, être.

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Est-ce qu’on change ? Est-ce qu’on reste la même personne ? La même qu’à 3 ans, qu’à 13, qu’à 22, qu’à 33, qu’à 47 et ainsi de suite ? Est-ce qu’on rassemble mieux ses affaires, tous nos trucs et machins et qu’on sait mieux moins s’y casser la binette ? Mieux et moins ? Moins et mieux ? Une histoire de tri, de se frayer le passage, moins s’affoler devant soi-même, relever ce défi.

Dans cette période maintenant où derrière il y a cinquante années et un grand paquet de faire, que je n’ai plus à prouver aux autres, et que j’ai fait les essentiels sans lesquels je ne pourrais pas me regarder dans un miroir, sans lesquels je serais encore entrain d’accumuler. Entrer dans cette autre façon d’être, brûlée par le fragile, contaminée par la douleur inhérente à tout mais lestée et remplie toute entière par tout ce que j’ai mis dans mon sac de vie. C’est ce passage, cette multitude de réponses possibles, la peur de mal vieillir, la frayeur de ce que je sais et de ce que j’en ai vu et dont je ne veux pas, à aucun prix.

Soleil en face. Partir dans la lumière. Envelopper mes contours en faire un rayon de vie souple où le temps ne compte pas et qui ne cherche plus aucune réponse.