Archive for ‘humeur des jours’

décembre 21, 2011

Déserteuse

 

Déserteuse ici,

Pour l’instant je suis

!

 

juin 24, 2011

En plein

Le sens des choses n’est pas à chercher. N’a aucune importance quand on les vit puisqu’on le vit.

juin 18, 2011

Pensées en pluies

Il pleut fort, un peu et avec passion, rendant la montagne invisible et fuji-yamaesque.

Il pleut enfin. Cadeau de bien-venue ici. Et je suis ravie de ces eaux. Tombée du ciel j’atterris avec elles ici.

La pluie, les pluies, ramènent les souvenirs. La Normandie d’enfance où il y a plus de jours de pluies que de soleil. Cette ville d’adoption par pur hasard où rien ne m’a jamais retenue sauf, justement, les amis de l’enfance, de l’adolescence et ses suites si vives. Vivre dans un lieu où ta famille n’a aucune racine, c’est une expérience.

Nous cherchions les bois et la mer. Les côtes sont splendides, des bijoux, de la Haute à la Basse Normandie, des écrins de caractères que j’ai toujours aimés. Un charme fou. Et puis le premier amant et compagnon m’a emmené en Bretagne, une autre que celle affectionnée par mes parents. Celle où dormir dans les forêts, pique-niquer sur les plages, se faire avoir par les marées coincés sur les îlots. Une Bretagne d’aventure comme celle de l’amie de St Egarec, une Bretagne d’eau translucide et de rafiots de grands-pères. Une Bretagne d’hiver sous le soleil, des terres de surprises jamais comme on les attend. Aux caprices à prendre comme ils sont à plein bras. Unisson. Des gîtes, des copines, des criques, des homards dans les casiers-de-grand-père, et surtout des rochers. Ceux où l’on saute, on enjambe, une activité apprise dans les rivières corses, une de mes préférées.

La pluie normande est froide. Des années de lycées à être glacée à pied et en bus, entrer dans les salles, tous frigorifiés avec nos parkas humides. Se réfugier dans les troquets, vouloir être libres. S’aimer, tout se dire. Les années de lycée, les plus fortes en amitiés, les plus dures en famille. Le caractère s’éprouve, tout se vit, se crache, se terre, attend son heure ou explose.

Mais la pluie était froide et ici elle est amie, attendue. Une semaine dans la vallée et déjà plusieurs jours de pluies longues, courtes et variées. Je n’avais pas revécu cela depuis les quatre années dans la ville, en  plaine. L’herbe du jardin pousse, les fleurs sauvages atteignent les 80 cms !  Je retrouve le sens de la nature, celle qui impose, qui dicte tes journées et raffole de tes pensées.

 

 

juin 14, 2011

D’avant et d’après

Je n’en menais pas large, comme on dit. Pas long non plus, court même.

Je ne me sentais pas bien. Exactement cela. Je ne me sentais pas bien. Je tremblais dedans, je me sentais sans forces, pas capable. Surtout j’avais envie de pleurer, de m’effondrer.

Pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais maintenant que ce n’est pas utile de chercher cet introuvable pourquoi qui rayonne au fin fond avec des réponses sourdes et muettes à tout appel, même sincère.

Sincèrement, je te le dis, je n’étais pas bien, j’étais patraque et désespérée, désemparée. Pas prise, flottante, sans hameçon, noyée et chutant dans un curieux marécage. Boueuse j’étais.

Je pensais : Tu l’as fait tant de fois pourtant…!!

Et avant j’allais en avant, sans vouloir tracer derrière je ne regardais que ce vers quoi je me ferai, j’étais faite de cela, ce vers quoi.

Serais-je devenue plus lourde ? C’est souvent ma question. Ai-je besoin des autres encore plus ? Saurais-je refaire seule encore tout ce que j’ai fait et refait ? Bagager, décider, partir, envoyer la gomme, prendre haut mon coeur, faire suivre tout le reste sans aucun remord. La tristesse, si. Toujours je l’ai eue, ça je ne me mens pas, elle a laissé trop sa place, elle est en chaise-très-longue avec le truc pour les pieds, installée. Les pleurs, les arrachements, si. Mais il y avait toujours cet élan et le corps ne disait rien du reste. Maintenant si. Le corps dit.

Mon corps ne pouvait pas. Quitter, porter des cartons, trier, retrouver encore des tas de trucs , les remettre en boîte. Cela ne finissait jamais on dirait. Faire face au lourd, franchir des escaliers, quitter pour toujours, emmener.

La tâche me rebutait, je voulais pleurer. J’ai failli le dire « Tu sais, je ne vais pas bien, j’ai envie de pleurer, ça ne va pas ». Bon et puis on se tait, l’autre n’a pas besoin non plus. Il faut se prendre au corps, c’est la première marche la plus dure à franchir. Et on a commencé par le plus dur à porter, volontairement.

On a bien fait. Rapidement, plus que prévu, un poids est parti, j’étais en mouvement, c’était en route. Je ne voulais plus pleurer. Il n’y avait plus lieu de. Le lieu disparu. La route seule. L’étape infinie, non finie.

Et alors il y a eu ce premier matin. Et la bascule fut définitive.

Je me suis retrouvée. Dans cet inconnu qui sourit, que je veux.

La veille je m’étais fait un cadeau. Quatre même.

Dans cette ville jolie en été et ses petites rues où se perdre en allant au château : une potière. Magasin-atelier. Toute jeune. Un écrin de terre et de couleurs. Des motifs que j’aime énormément et qui croisaient ceux que je venais de faire sur les plinthes de la chambre. Un beau hasard.

Quatre objets en cadeau, beaux . Sur lesquels je ne poserai pas mes lèvres, je crois, j’aime mieux les garder sous les yeux.

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mai 31, 2011

les ultimes

Je ne sais pas quand je re écrirai sur cet ordinateur vers le réseau qui ouvre aux autres. Demain pas. Une petite coupure, une absence légère et tout à coup je me pose la question « et si c’était tes derniers mots sur cette terre ou dans cette vie, que dirais tu ? »

Quels mots dit-on pour la dernière fois dans les derniers instants de vie ? Et je vois des corps sur des lits, allongés, sans mouvements. Immobiles les êtres meurent, l’immobilité est la première étape du grand voyage. Y a-t-il des phrases ? il me semble que la mort va avec le silence qui s’est habitué au corps, en prendra possession. Les mots auront pris leurs habitudes aussi, lentement comme une tranchée pas à pas, un retour aux sources, dans l’infinie retenue de ce qu’il n’y aurait plus à dire.

Dans le silence il y aurait tout qui résonne. Je vois les vieux rester immobiles longtemps. J’ai croisé cette petite dame devant une maison, complètement immobile. Son petit sac à main dans une main, avec deux anses qui laissaient le sac peser au bout de son bras. Et je ne sais vraiment pas ce qu’elle attendait. Elle ressemblait à un cheval dans un pré, quand ils restent extraordinairement immobiles à un poil près, pas un souffle, pas un muscle, pas une respiration. Je me suis demandée si elle attendait un taxi ou quelqu’un et puis je me suis dit qu’elle pouvait aussi être là et ne rien attendre. C’est moi qui la mettais en scène mais elle, elle semblait juste posée comme dans un tableau, sur ma route, sur cette pelouse devant un petit jardin et une petite maison.

Seule, toute droite, et on voyait que c’était un  effort pour elle. Elle a tourné la tête parce que je la regardais un peu et je souriais. Elle m’a regardé mais pas trop, une gêne. Moi je marchais vite et elle ne bougeait pas du tout avec son petit sac noir en cuir. Ce sac qu’elle a depuis très longtemps, je suis sûre. Presque un compagnon de route.

Alors le silence s’est étendu entre elle et moi et une fois de plus je me suis demandée comment  je vieillirai. Une question des plus idiotes sans aucune possibilité de réponse. Je vieillis tous les jours. C’est et sans appel.

Les derniers mots on ne peut pas savoir. On n’aura peut être plus envie. Le silence aura tout rempli, aura tout pris dans ses bras en attendant que le corps se rende

J’entends le merle. Il suffira de l’entendre, je crois.

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mai 26, 2011

Etre au monde

Cinq femmes en terrasse face à la mer. Deux que je découvre pour la première fois. L’une d’elle, je sais, va dormir là aussi et donc il y aura demain.

Rien à faire, mon amie qui vit loin, je ne la vois jamais seule, sauf si je la capte chez moi.

Cinq femmes sur le balcon. Quatre qui boivent du rhum, pas moi. Je ne bois pas d’alcool, plus.

Et je suis assise, crevée de la chaleur, du train, de la journée de boulot. Je suis là pour 20h, chrono.

Et cette belle personne parle, fort, hurle presque, raconte, se dresse, parle, envahit, parle, raconte son voyage avec mon amie, d’une façon que je n’aime pas. C’est le genre de personne qui « a fait »…A fait le Pérou (  » ils sont sales et pauvres et pas aimables »…), A fait St Petersbourg, A fait..etc etc…A fait Cuba et n’a pas aimé car « il n’y a rien à voir »….Pas de Musée, de patrimoine, de trucs et choses où tu en as pour ton blé…Pas aimé Cuba, moi je me marre car tout le monde aime, adore autour de moi : les anciennes copines féministes hispanophones, mon amie de Montréal qui y emmène sa classe tous les deux ans, ses filles, le lambda touriste, une copine en famille qui a loué chez l’habitant et s’est régalée de tout….

Et c’est là que je me dis, Merde cette nana me fait chier, j’ai pas envie de la voir, on n’a rien en commun. Je me recroqueville, de toutes façon il n’y aucune place pour les autres. Elle accapare tout contenu et parole durant 45 mns. Je suis mal à l’aise. Je me  demande pourquoi je suis autant mal à l’aise et pourquoi je me sens agressée si facilement dans la vie quand je croise des gens qui ne pensent pas comme moi et le disent, l’affirment.

Je vis dans une bulle protégée. Je redoute tout ce qui pourrait me faire manquer d’air, me priver de liberté d’être, physiquement et moralement. Je prends à coeur chaque chose que je vois et entends et me perturbe. j’ai envie de dire : « merde, non, mais non, réflechis un peu bon sang aux conneries que tu dis !! ». Les cubains sont pauvres et cela t’ennuie ? Ils n’ont pas ouvert un beau Musée pour toi, tu n’as pas vu « de belles choses » ? Trop compliqué à expliquer. Pas la place pour le faire. Elle est dressée et nous couvre d’elle, de sa vision du monde et moi je ne veux pas de cette couverture là.

Je vois bien, au delà des apparences qu’elle déverse et assène, je sens la détresse, la tension, le besoin d’être écoutée et aimée, l’impossibilité de s’arrêter sur soi et verser sa coupe, renverser la crêpe de vivre et repenser sa place. Notre place dans le monde. La construction de nous, notre pensée. En mouvement ?

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mai 22, 2011

Place

Tu es parti et comme je t’aime. Quand tu pars se laisse derrière la distance aimante, la place pour.

La place pour deux se laisse dans notre dos. Deux en même place c’est parfois trop serré pour que l’amour se développe et s’étende. Tout comme en tête. La tête aime l’air.

Tu as changé. Tu as cette capacité que je n’ai pas, de pouvoir radicalement changer de comportement, d’être suffisamment réceptif pour t’adapter à l’autre. Tu as changé. Tu me perçois différemment depuis tout ce que je t’ai dit de moi. Tu m’épates autant que les merles.

Tu es parti et je me retrouve. Du coup tu peux être là, je te fais place, et moi je suis livrée à moi-même. Mon corps s’allonge, s’étire comme un chat. Tous les possibles sont en ronde et me narguent. Feras tu ceci ou cela ?

Tu es parti et je pense à toi.

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mai 19, 2011

Pas besoin de quoi

De quoi me faut-il dans la vie ? Je ne sais pas. Au fond, le croyais-je ?

Est-ce l’amour ? Oui mais si tu as.

Est-ce un lieu précis ? Non, je ne peux pas.Pas seulement comme ça. Je ne saurais pas. Je pense parfois à la mer et je me retrouve au bord des montagnes. Oui mais quelles montagnes ! Elles sont spéciales. Ce sont des roches sculptées, énormes, éléphantesques, qui laissent des places, des percées pleines de rivières. Des vallées larges, des passages, des routes sous lesquelles tu passes sous la roche, tu baisses la tête même dans la voiture.

De quoi ai-je besoin ? Je dis souvent que le bonheur est dans la tête, dans l’être, dans la volonté farouche, dans la résistance.

De quoi ai-je besoin ? De la solitude ?

De quoi ai-je besoin ? De musique ? Mais pourtant je passe beaucoup de jours sans. Puis quand je la retrouve je me demande comment je vivais avant.

De quoi ai-je besoin, maintenant ? Parce qu’avant je sais. Je vivais surtout en sachant ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas de ligne droite. Je ne voulais jamais rester là où j’étais bien. Je voulais toujours voir l’herbe du pré à côté. J’ai eu même ce à quoi je ne pensais pas, je ne savais pas. Je disais autant non que oui.

Qu’est ce que je veux aujourd’hui ?

Ne plus me poser la question. Serais-je dans l’Avoir autant que dans l’Etre ? Ai-je les mains pleines ? Serais je encore amoureuse autant, dans la vie qu’il me reste à vivre ?

De quoi ai-je besoin ? Me découvrir encore. Faire le contraire de ce que je pensais faire. Etre prise au dépourvu. Voilà l’amant admirable, ce dépourvu qui te prend. Pas de gants pour une vie pas douce. Est-ce que je veux la douceur ? Parfois c’est bon contre ton coeur. Mais je veux le dépourvu, être dérangée comme une folle. Mais te tenir serré. Car je t’ai.

Avoir l’amour n’existe pas. Nous sommes deux nids séparés et nous rions car nous savons. Que d’un revers de main, tout peut s’arrêter. Tu n’as pas peur. C’est sans doute pourquoi je t’aime encore. Tu tiens face à l’adversité de moi-même.Tu me protèges de moi.

Ai-je besoin de moi ? Qui, seule, qui a besoin ?

Qui a besoin de quoi ?

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mai 18, 2011

Nostalgie

Derrière mon rideau rouge un oiseau chante. Nous sommes dans la teneur de l’été, qui tient en force le printemps. Je m’abrite. Une pénombre.

Hier mes pieds dans l’eau de mer. Dès que je les ai mis cela m’a envahi. C’est comme un poison. Quand je suis les pieds dans l’eau, je vois ma mère si heureuse les pieds dans l’eau sur ses plages favorites. Debout, scrutant l’horizon et respirant, un grand inspir.

Alors je regarde la mer étalée et je lui demande pourquoi. Pourquoi le temps passe. Pourquoi les aimés meurent. Pourquoi le bonheur. Pourquoi le malheur. Et toutes ces questions dépassent largement la petite vague lancinante qui lèche mes chevilles.

Alors je cherche l’oubli et l’instant présent. Je veux prendre.

Petite, je me rappelle très bien du dernier bain. Le dernier de chaque année car il fallait quitter l’île. Dire au revoir à la mer est une chose pas facile. Elle glisse dans les bras. Mais elle écoute tout. Chaque fois je retrouve cette étreinte. Je fais tomber mon corps lentement, de tous les côtés. Pour que chaque parcelle minimale de ma peau soit comblée, reçoive, récolte, aussi loin et aussi longtemps que possible.

C’est un chagrin. Un déchirement. Elle essaie de me consoler. Je lui fait des promesses.

Hier je n’ai rien dit. Je n’ai pas aimé la nostalgie qui me prenait. Je n’ai pas aimé les fantômes. Et comme je la revois dans huit jours, j’essaierai d’être un peu plus à la hauteur.

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mai 14, 2011

Jupons vivre

Soulever la jupe de la vie

Parce qu’on veut ses secrets

S’étendre dans la douleur ne mènerait

Pas beaucoup plus loin.

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mai 10, 2011

La joie inquiète

Je suis d’une nature inquiète. J’ai beau faire « cui cui cui » tous les jours, et bien le soir, allongée, ma nature passe me pourrir un coin de joie. Genre à dire  » et si ceci, et si cela, et ça ne va pas marcher, et il risque de se passer cela , et si et si.. »

Manque de respiration, tout simplement. Je ne peux pas me passer de respirer.

Dans ces moments où je mine un peu un terrain pourtant clair, je m’en veux de reproduire mon père. Dans la voiture de chaque départ, ils étaient nombreux, c’était une litanie : « Tu n’as pas oublié ça ? »  » Ah, j’ai oublié ceci !! » L’inquiètude qu’un petit poil de mouche vienne perturber le parfait organisé. Mais c’est sans doute dans les attitudes que j’ai tout absorbé, comme absorbent tous les enfants, ces éponges vibrantes. La rigueur, la tenue obligatoire en vivre, le souci comme primordial de ne rien laisser de côté, d’être au taquet le doigt sur la couture. La peur d’en laisser derrière, les hypothèses, des et si, et si…qu’il fallait toutes conjuguer une fois avant de pouvoir avancer.

J’aurais dû naître matheuse avec tout cela : le calcul des probabilités étant le quotidien de ma famille. Parer à tout, penser au pire et puis…Go !

Alors, allongée au repos, je ne peux m’empêcher de penser au pire avant de laisser place à ce qui est. Je cadre, je canalise, je vérifie les issues et les failles. Pour faire face à l’inconnu, je récite sa leçon, je le mets en scène, je reconstitue les élèments des acteurs et du décor, à l’avance. Parce que tout a de l’importance. Oui, j’ai dû être élevée comme cela. Tout avait sens, j’étais moi-même un gros morceau de sens dans le puzzle familial. Le chaînon. Qui a besoin de tirer, rompre, et rassembler et bis repetita, etc.

Ce matin, je bénis les nuages et une fraîcheur. C’est comme l’été hors des clous, le temps qu’il fait est à prendre comme il est. Une chair de poule sur mon avant bras nu. Une journée sans souci. Comment j’ai fait pour en arriver là ? Tant de tendresse avec moi. Le déroulement des faits et des choix. Bon sang, parfois je n’arrive pas à en revenir. C’est comme si j’étais un peu « arrivée » quelque part dans ma vie et ça me fout les pétoches un chouïa.

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avril 20, 2011

Réunis

Et nous aurions un canoë, entre nos grandes rivières. Parfois, au gré des courants, nous naviguerions l’un vers l’autre. Sur une rive à droite ou à gauche, près du ponton ou proche du banc de sable, celui qui forme une plage pour deux, trois, guère plus.

Parfois là on se voit. On se voit vraiment. Les mots ont tissé entre le silence et nos secrets, ceux qu’on tait. Les devines-moi, les regardes, tu vois ? Et quand tu vois tu ne dis rien. Tu retiens la pagaie dans tes mains. Celle qui pourrait nous éloigner d’un bon coup d’épaule, d’un trait à la surface, oscillant. Tu la tiens ferme parfois même tu l’as posée. Elle s’appuie sur la barque, sur le bois lisse en cet endroit. Là où la main repose quand elle hésite. Avancer ou continuer ?

Parfois de nos deux mains, libres, rames reposées. On s’adresse. L’eau témoin glisse. Les certitudes s’osent. Personne ne le saura quand on sera ensemble. Personne ne le saura. Qu’on se ressemble.

avril 13, 2011

Première rencontre

J’ai ramené trois roses, celles qui grimpent sur la facade de la maison. Je crois que c’est de l’églantier. Leur parfum est incroyable, je tombe en pamoison. Une odeur sucrée presque de pêche, une odeur d’eau de roses anciennes.

J’en ai ramené trois mais trois déjà très ouvertes. Elles sont petites et roses. Leurs pétales sont très doux et fragiles. Oui, l’églantine ? Une a laissé ses pétales dans la voiture, je le savais.

J’avais oublié l’appareil photo. Je venais jardiner un peu. Elle n’est pas encore à nous, quelques procédures procédurières à passer. Mai, ou Juin dernier délai.

Mais on vient déjà buissonner, faire maison buissonnière. C’est rigolo.

La maison est une maison de bidouille. Un genre de Gaston Lagaffe aurait mis son nez. Il a plaqué du bois au mur, desfois on voit l’ancien papier peint dans les trous du bois, les planches même se plient, elles ont mal au dos d’être clouées là depuis plus de dix ans.

Je ne connais pas bien l’histoire. La maison a plus de quarante ans. Mais il y a une douzaine d’années je crois que des gens s’y sont amusés. Elle était potière, il lui a fait un coin atelier au fond du garage en bois. Il a construit une terrasse en bois, couverte, dans le petit jardin. Il a installé une salle et une cuisine dans le garage d’origine. Ils y dormaient, les enfants étaient en haut . Il a , là encore, plaqué des grosses planches de bois au mur. Le gars c’est son truc, il pose du bois au mur, comme ça. Rien en dessous. Non, il prend des clous, il prend des planches et il les cloue.

Dans la cuisine du rez de chaussée ( oui, du coup, il reste la petite cuisine d’origine, en haut) il a mis des placards et tout le fourbi, c’est joli. Carrelage bleu foncé outremer ? Bois, etc. Oui mais ces quatre feux là ? On change comment le tuyau de gaz ? Ben on sait pas. Le Gaston il a pas pensé, il a tout enfermé, y’a un trou pour la bouteille dans la buanderie derrière le mur, mais t’as pas accès à l’embout. Pour changer le tuyau il nous faudra casser un fond de son placard. On se marre. Nous qui sommes piètres bricoleurs on se marre.

C’est la maison bidouille. Si elle n’avait pas déjà un joli nom inscrit sur une céramique de la potière, à côté de la boite aux lettres, on l’aurait nommée  » Bidouille » ou « Bleu roses ». Bleus les volets, roses les églantines parfumées.

L’actuelle propriétaire est arrivée après la famille « Potière et Gaston ». Elle a vécu à peine deux ans là, elle n’a rien fait, rien touché, elle a juste pris soin de. Et depuis cinq ans elle a déserté. Une histoire d’amour et de projet de chambres d’hôtes en montagne avec son nouveau fiancé. La retraite finalement, a réservé ses surprises !

Alors depuis plus de quatre ans la maison attend. Des nouveaux Gaston-la-débrouille. Qu’on la chatouille, qu’on la cajole un peu. Elle a eu très froid. Mais les oiseaux se sont installés dans les arbres. Merles et moineaux. Tout à l’heure, dans le cerisier sauvage , grande discussion. Voix tonitruante hautement perchée entre ces ménestrels. Une histoire de territoire ? Une histoire de nouveaux habitants ? Une fille qui remue la terre là devant ? Un gars qui répare une gouttière là derrière ? Qui sont ces gens ?

La maison, elle montrait ses dents, ses fesses et ses jupons. On lui a soulevé la moquette pour qu’elle dévoile son vieux parquet. J’ai coupé de la mélisse et la sauge est chez elle. J’ai pris trois églantines dans leur fouillis grimpant. Elles attaquent le balcon de ce qui sera mon atelier. Celui dont je rêve depuis une vingtaine d’années.

Et les lauriers le long du mur devant, le mur de Gaston, ils ont l’air malades. Je suis allée les voir. On ne sait pas encore comment on va s’en sortir eux et moi, on verra.

Ce n’est pas une maison qui nous a parlé tout de suite. On ne comprenait pas bien son tempérament, personne ne nous disait son histoire d’abandon ni celle de Gaston. La propriétaire n’était pas très franche et on la sentait radine, elle déplumait la maison du peu qu’elle y avait mis, elle. On a alors compris, au bout de la troisième visite, qu’on revenait en arrière, qu’on récupérerait, au fond, la maison de La potière et Gaston et qu’il faudrait relever le défi. Et en rire. Pour s’amuser, sur tout.

Rosa rugosa, dit Virginie. Qui dit mieux ? Son rose est très rose mais c’est surtout son parfum qui est fou.

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mars 17, 2011

Apprendre sans fin

L’expérience japonaise nous apprend beaucoup et va nous apprendre encore plus. C’est une chance, une perche qui vient vers nous.

Emissions pleines d’instructions pour moi, hier matin, sur France Culture. Le Japon futur pays de la décroissance ? Où l’on rappelle que c’est là que sont nées les AMAP, la notion d’adhérer à un producteur local pour y acheter ses légumes et tout ce qui provient d’un travail de la terre à petite échelle et proche de chez soi.

Où l’on redit que tout est possible. Où un écrivain chercheur japonais parlant français mieux qu’un français  -et avec un accent du sud en prime ! – laisse de longs silences pour dire. Et dans ses silences je vois. Et quand il n’y a pas de réponse, il dit qu’il n’a pas de réponse.

Nous apprenons tant de nos erreurs, de nos drames. Planètaires et personnels. Ce sont eux qui nous forgent.

Le monde est en marche depuis toujours. Apprendre est sans fin.

mars 6, 2011

Juste pour voir

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Je viens de trouver une petite faute de frappe dans un billet précédent que j’avais pourtant lu et relu attentivement plusieurs fois. Encore et encore. Et dont j’aurais juré que. Et  je ne t’aurais pas cru si tu m’avais dit  » Tu as mis un n au lieu d’un ù ! ». Non, je t’aurais dit « Mais qu’est ce que tu dis ? »

Ainsi vont nos vies. Vies et vécues et survécues et revécues et empruntées et relues et dites et pensées mais pourtant.

Il y a ces évidences comme le nez au milieu de tout toi. Il y a et tu repasses, tu vis, revis, devises, révises, passes, écoutes toi, regardes. Mais ne vois. La petite faute de frappe, là. La petite chose que tu as regardé mille fois et qu’il te suffirait de. D’un coup d’oeil, un bon matin comme celui là. Tu remets tout à l’endroit et se redresse la phrase. Te change une vie.

D’un regard. Se surmonte la peur ou l’ennui, le doute , l’ignorance. Le détail gigantesque qui passe le tournant. Le poteau indicateur et tu es enfin devant.

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