Archive for ‘humeur des jours’

mars 1, 2011

Cowgirl

 

.

Je voudrais bien tout refaire à neuf. Ecarter. Renommer.

Serais je sur un cheval en ma sierra Leone ? Quelques cactus frottés par un vent chaud. Des canyons oranges et ocres devant, avec juste la passe où s’engouffrer. Je relirai tous les livres faits de cette terre, de ce sable, de ce bois. Lourdes les ailes des rapaces au dessus.

J’atteindrai cet endroit où des chiens aboient, me reconnaissant. Pas de clôture, pas de voisins, juste les chevaux dans l’enclos.

Un grand pot de café sur la véranda. Mes bottes usées, la satisfaction d’avoir tout fait comme il fallait.

février 27, 2011

Pelle en rade

La pelle bleue en plastique a retenu son envol sur la balustrade du balcon. Stoppée dans son élan. C’est le mistral ce matin qui a gonflé les voiles. J’avais laissé cette petite pelle et sa brosse noire sur la table blanche. En un geste têtu et réprobateur mais j’avais laissé. Parfois je ne me commande pas, pas du tout. Je fais quelque chose que ma tête réprouve mais je le fais, attendant la catastrophe, la preuve par quatre de cette chienne de vie,comme on dit. Mais il faudrait trouver autre chose à dire.

Je m’entête. Ainsi la pelle, non, n’a pas complètement basculé vers le vide emportée par le fichu mistral glacial. N’a pas non plus heurté le crâne d’un vieux propriétaire sortant lentement de sa copropriété pour aller faire ses trois courses au supermarché. Ainsi la pelle bleue n’est pas allée tourbillonner dans le parc pour s’arrêter net dans une clôture où tout le monde se serait demandé ce que fait là cette pelle de ménage et quelle ménagère inattentionée à donc laissé sa pelle à portée des vents. Inconsciemment.

Non. Sciemment. Comme on scie du bois bien proprement, je m’entête. Et la pelle bleue est stockée entre la table et les grilles du balcon, bien à la verticale ou presque, immobile. Je n’ai plus qu’à la récupérer. Et à tout recommencer.

Étiquettes :
février 24, 2011

Mea culpa et tutti

J’ai été horrible ce matin au boulot. Un coup de gueule, comme on dit, et pour une connerie. C’est là que tu vois que les coups de colères ne prennent pas les vraies cibles. Un peu de lâcheté.

Sur l’instant ça défoule un max. Le truc c’était juste : un de nos tableaux pour les cours d’alphabétisation que je cherche et que je trouve bousillé parce que quelqu’un a écrit avec un vrai feutre , jaune en plus, et non les feutres ad hoc. Je me doute que ça doit être une des bénévoles de ma collègue. On a des personnes qui nous aident, prennent des petits groupes en aparté.

Je fulmine et je tente d’enlever cette emplâtre. Je frotte, j’use du papier, du savon, je m’escagasse et réussis à enlever le maximum. Mais le tableau en a pris un coup. Faut vous dire qu’on bosse à minima avec tout, matériel inclu. Donc, un tableau tout propre, c’est un tableau qu’on bichonne, pas sûr d’en revoir un de sitôt.

C’est la pause de 10h et je passe voir la collègue dans sa salle et j’en mets un coup sur cette histoire de tableau. Je suis remontée comme une pendule, faut dire que depuis deux semaines j’en peux plus, j’ai plus toute l’énergie qu’il faut. C’est les vacances ce soir, j’ai hâte. Faut dire aussi que ma p’tite collègue est adorable mais n’a aucune autorité sur rien ni personne. Elle me dit  » Oui je sais, c’est Monique, mais qu’est ce que tu veux faire ?  » Je lui dis que la Momo je vais lui dire deux mots et qu’elle aurait pu au moins tenter de réparer sa connerie ( Et je pense tout bas : faut ti être con pour pas savoir qu’on écrit pas avec n’importe quoi sur ce tableau ? Elle le sait puisque d’habitude elle a les bons feutres !! grr)

– Je lui ai pas donné de feutre. Et je lui ai dit qu’elle avait fait une bêtise. On peut rien faire d’autre.

– Ben si, elle aurait pu passer un quart d’heure comme je viens de le faire, à effacer ses conneries et je le lui dirai.

Bam. La collègue est un peu verte et moi je quitte la pièce toujours remontée comme un coucou chinois. Non, je dis chinois because la collègue est asiatique et a une mère tyrannique qui lui a gâché son enfance, son adolescence et tutti. Du coup toute forme d’autorité lui est génétiquement impossible, un rejet total de tout point sur les i, une trouille et un laisser-faire vis à vis de tous ceux qui l’entourent. Bref mon opposé. Du coup, oui, on me refile tous les apprenants un peu compliqués, qui demandent d’être cadrés et accompagnés dans leur comportement. Parce que sinon une seule personne un peu demandeuse ou chiante lui casse son cours à la bibiche….

C’est là où tu vois que la colère prend des cibles ridicules au lieu de traiter le fond du problème. En vérité y’a pas de problème,  on se répartit très bien la tâche et je m’éclate totalement dans ce job. C’est moi qui aujourd’hui ai envie d’être tyrannique et de ne rien laisser dépasser. Point.

On est bien peu de choses. Pourtant la matinée a super commencé. J’étais à New York. J’errais. Je ne sais pas où j’avais la tête car je n’avais si sac ni papiers ni argent sur moi. Je me laissais aller dans les grandes avenues. Et puis j’avais faim et je ne sais comment je réussisais à avoir une assiette dans les mains avec un peu de viande et des légumes. Je marchais avec cette assiette. Il y avait une drôle d’ambiance.

Je me retrouvais dans des ruelles et des entrées d’immeubles, très anciennes, mal entretenues mais assez typiques et pleines de charme et j’étais étonnée de voir cela dans cette ville. Me faisant la réflexion que, bien sûr, j’étais sotte N.Y ce n’est pas que des buildings modernes, pas du tout. Je devais être à Brooklyn ou genre. Enfin….de ruelles en ruelles, je passe dans des dédales, cela devient compliqué. Je me réfugie dans un genre de garage, arrière cour de boutique et en fait je suis en Inde.

Je suis toujours avec mon assiette et je finis ce repas mais je m’inquiète. Tous les stores se ferment, dans tous les lieux alentours comme si on nous enfermait ou s’il y avait un couvre-feu mais il est 13h…Je suis dans une sorte de galerie de petites échoppes. Et puis je vais vers le store en fer et il y a un passage, en fait, un chemin ouvert qui me permet de sortir, de partir.

Je vais rejoindre le local d’une association où beaucoup de gens me connaissent et où sont mes affaires ( sacs, etc). Auparavant dans tout ce voyage errant, je suis une totale inconnue, étrangère, qui trouve des bouts de repères. Tiens, cette place avec des étudiants sur les marches, tiens ce monument, tiens, cette avenue et ce gratte-ciel…

Dans le local, l’histoire continue, très confuse. Une piscine où je nage toute habillée. Des morceaux de repas et des personnes attendues. Une désorganisation et en même temps une maîtrise. Des pièces qui s’imbriquent, des chaises en bois éparpillées, la lumière du jour rasant le sol.

Je suis partie au boulot encore empreinte de ce rêve entre des pays. Interrogative, envie d’en savoir plus, d’y retourner.

Alors bon, le tableau à effacer….il était de trop dans mon décor ?….

.

Étiquettes :
février 13, 2011

Doux

Il fait doux. Depuis hier, depuis peut être plus longtemps mais il y a cette tendresse dans l’air. C’est drôle comme on n’oublie rien des sensations. Je ne sais pas ce qu’est cette mémoire intime entre nous et l’extérieur. Le temps qu’il fait, ce que cela nous fait, ce qu’il pose sur nous. Ce qu’il offre. Nous sommes des sauterelles fragiles. Repliées, dépliées. Tangibles et invisibles sont nos fils de sauterelles entre les arbres. L’arbre du printemps, celui de l’hiver. Il y a des moments où ils se tissent, nous ouvrent des voies. Je ne fais que ressentir et être surprise. Ce que je dis n’est que du vent.

.

février 6, 2011

Baguette magique

Parfois la vie est comme un conte de fée. Il n’y a sans doute rien à en faire. Juste se laisser pénétrer de l’existence à foison. Parfois toute une gamme de possibles se lève au grand jour. Il n’y a sans doute rien de plus à vivre puisque, touchée du doigt, la chance se met à vibrer. De partout.

.

février 2, 2011

Chat-souris-crêpes

Mon père faisait des crêpes avec sa belle-mère. Troublé il s’est trompé en déclarant ma date de naissance à la Mairie. Il a fallu y retourner et rectifier. Mais le sort en était jeté, je n’étais ni d’aujourd’hui ni d’hier, je serais de demain, là où personne n’a rien à signaler, incognito pour perpétrer mes forfaits. Masquée, à l’aveuglette, un peu par ci, un peu par là, n’ayant de cesse de semer mes traces et de jouer et au chat et à la souris. Mais ne sommes-nous pas un peu des deux à la fois ?

.

Étiquettes : , ,
janvier 29, 2011

Qui m’anime ?

De ce qui reste un peu tout tu garderas.

Les montagnes et les bras.

Crois- tu en quelque chose ? En cette chose mouvante qui distribue les cartes, les contours. Ta géographie.

Cette sinueuse chose dont tu ne sais le nom. Un coup oui, un coup non. Et qui connaît l’abandon. Puis la reprise. A pic. A pic de toi. Vertical diamant, serments encordés.

Hier tu pleurais et maintenant la rivière est à sa source. Jaillissement, tu te pardonnes. Tous ces moments où tu ne sais pas vivre.

Nous ne tenons à rien, je n’arrive plus à croire à quelque chose de connu. Il n’y a plus de maîtrise. Je suis l’objet de moi. Dans cette carcasse tout est possible. Je ballotte, je tremblote, je révolte, je géant, je rien, je pourtant. Qu’il y-a-t-il de consistant ? Dans une boîte à musique je danse, puis je m’assois pour humer l’air, et puis je me rends. Je me rends à moi-même à bout portant. Encordée entre celles que je suis et qui n’en font qu’à leurs têtes.

.

janvier 22, 2011

Tourne la page

Une page se tourne. Pour moi une page se tourne. Quelque chose bouge entre les lignes. Entre mes frontières de ce pays que je ne sais.

Retournée au café m’abreuver de la terre entière. Envie de parler  à tout le monde. Pris le carnet de moleskine encore jamais entamé. Dessiné, écrit, regardé, rêvé, retrouvé.

Retrouvé tous mes troquets que j’ai aimé et qui m’ont fait, dans le coeur battant de la vie. Entourée. Entourant. Dans les bras je reprends. Et l’air et le tournant.

 

.

janvier 21, 2011

L’émotion de l’information

Je ne regarde pas la télévision, je n’ai donc pas vu d’images de la Tunisie. J’entends ce matin les radios. Depuis huit jours, j’écoute. Ce matin au troquet, je lirai un journal.

Tout est bouleversant et m’intrigue. Comme tout se dévoile tout à coup, alors que depuis tant d’années les médias et les politiques se taisaient sur cette dictature ! Je me souviens de ce journaliste harcelé Taoufik Ben Brick , je crois ?, il y a plusieurs années, comme il lui était difficile de faire comprendre la réalité du régime. On aurait pu croire à un marginal révolté et extrême. Au jourd’hui où est-il ? Se retourne-t-il dans sa tombe ?

Je suis inquiète aussi car le plus dur est encore à faire. On saura bien plus tard, le pouvoir des américains dans cette révolte et ses suites, je n’en doute pas…

Illusions et réalités se mêlent. Courage des peuples, bien sûr, mais ensuite. Mais courage des peuples.

Tout à coup tout le monde raconte le calvaire du système policier incrusté partout. Et tout à coup tout le monde écoute et croit. Avant c’était le silence. Le silence tue les consciences. Et tout à coup tout le monde croit tout ce qu’on dit. Cette rapidité, ces retournements me font peur et me rendent confuse. Comment faire en sorte que nous restions toujours objectifs et informés ? Il n’y a pas d’information objective ? Comment rester toujours en alerte sur ce que les médias véhiculent ? Je cotoie chaque jour des personnes qui gobent tout ce qui est dit dans leur poste de télé et oscillent au gré de ce qu’on leur bourre dans le crâne. Pas d’accès à la lecture ni aux journaux ni aux radios. Oui, en France on vit aussi comme cela.

J’aime aussi, énormément, que ce peuple tunisien tellement éduqué et lettré ait eu ce courage. Ce courage vient aussi de l’éducation reçue et de la capacité à puiser l’information et la décrypter. Le sens critique. J’ai vécu au Cambodge, en 1992,  où l’information n’existe pas, en tout cas pas à l’époque. Il n’y a que des rumeurs, des peurs et des traumatismes, des manipulations et de la corruption. Je travaille depuis des années sur le partage des connaissances et les apprentissages pour tous, en particulier pour  les femmes. Ce sont des critères d’évaluation ( illettrisme, etc) du degré de démocratie dans un pays.

Où sont les masses silencieuses en Tunisie ? Que feront les milliers de garants de la dictature dans les mois qui viennent ? La masse silencieuse me fait peur. En suis-je ? Celle qui choisira le vote F.N en France, juste pour dire sa colère, son mécontentement de tout, comme un crachat sur le trottoir, comme une gifle à un gosse.

Je pense aussi au peuple birman.

Nous vivons en direct des mouvements de révolte, de libération et de répression. Ce Monde a toujours été en perpétuel mouvement. C’est peut être ce qui le fait tourner ?

.

janvier 18, 2011

Quitter

Partir. Tourner le dos et ne pas se retourner.

Quand l’ai je appris ?

Quitter soi-même en prenant ses responsabilités, sans comptes superflus à donner. Quitter au plus profond, choisir. On laisse, on choisit, on vit.

Quand l’ai je su ? Quand l’ai je appris ?

J’ai cette faculté à partir, à faire face tête haute et à laisser derrière. A couper les ponts et à paraître dure. Parce que ma survie est en jeu et je suis la seule à le savoir. Parce que vivre c’est choisir ce qu’on fait de soi. C’est ressentir, à tâtons, à l’aveugle, on sent les coins, les angles et les feux, les douceurs, les soieries, les drapés et les épines, les traces ensanglantées. Alors on décide, on s’en va parfois. On quitte.

Pour quitter il faut cesser de penser à ceux qui restent, à ceux derrière, à celle ou celui. Oui, il faut cet égoïsme, cette exigence. Il faut couper court à toute empathie, refuser d’être indispensable, car nous ne sommes indispensables nulle part, c’est une faiblesse et une prétention de le croire. Quand l’ai je compris ?

Quitter c’est laisser, se priver de. C’est aller vers et c’est être confiant. Confiant en ceux qu’on laisse aussi. Un amour, un projet, un boulot. Tout continue dans notre dos et souvent pour le meilleur parce que tout sera différent. Un amour qui part c’est la fin du monde un moment. Puis. Puis. Le printemps. Et toi et toi et toi, je ne vous aurais pas connu si. Si toi et toi et toi ne m’aviez brisé le coeur en me quittant. Alors, oui. Le printemps.

Quitter c’est oser. Cesser de douter, cesser d’avoir peur, se jeter dans le vide. Oser. Battre la campagne, tu dirais. Fendre les flots aussi. Ne rien regretter. Quand l’ai je su ? Je me coupe, je coupe les sentiments qui freinent et retiennent, je m’ausculte au dedans et je fais. Marche avant sans rétroviseur pendant longtemps. Je cogne, je me cogne bien plus encore. Je souffre mais je ne dis rien, je m’inocule un anti-douleur, c’est un réflexe chez moi. Sinon comment avancer ?

Quitter. Quand ai je commencé ? Par amour, d’inconscience mêlée ? Handicapée de trop vivre, sauter entre les pavés, franchir les murs sans rien demander. Le premier que j’ai quitté, pour mes quinze ans, m’a écrit, le jour de ses cinquante ans  : Tu restes quelqu’un d’à part pour moi. Tu ne peux pas être une amie comme les autres. Tu es la première que j’ai aimée, et je n’ai plus jamais aimé comme cela. Tu es celle qui m’as montré que l’amour ne durerait pas toujours. C’est toi qui m’as fait cette douleur là. Je n’ai plus jamais souffert autant que ça.

Et bien sûr, j’ai pleuré. Ouf, enfin je pouvais, plus de trente ans après.

.

Étiquettes : , , ,
janvier 15, 2011

Le monde est au dehors

Le monde est au dehors. Qu’est ce que je fous à rester chez moi ?

Je suis dans un troquet très joli. Vieilles chaises et fauteuils tapissés, bibelots relookés, lustres rococo, le tout dans des teintes pastels de gris, vert pâle, rouille, ocre, avec petits tableaux et grands miroirs en dorures écaillées. Des femmes parlent haut et fort, on entend qu’elles. Elles sont commerçantes dans la rue piétonne, les boutiques vont ouvrir, fringues, chaussures de marque. Elles ont pris la table près de la baie vitrée , table basse et fauteuils autour, près du bar. Elles connaissent la patronne.

Je me suis mise au fond. Plaque de marbre et pieds en fer forgé, bougie sur la table, meuble de récupération à côté, avec tiroirs à grosses poignées de cuivre. J’ai acheté un journal, avec son supplément « Livres ». Boudiou ça faisait longtemps ! J’ai bu mon café, je l’ai même sucré et j’ai mangé un croissant, dévoré, même, gros et beurré. C’est l’aventure, ce sont des retrouvailles.

Le ciel d’hiver craque sous le soleil, un peu brumeux, il est presque dix heures du matin. Le Monde est dehors, le Monde n’est pas dedans, pas dans ma maison où tout finit par se rapetisser et se rapiécer, maladroitement ces derniers temps.

Tiens, je vois passer cette femme aveugle et son chien. Jolie, toujours pimpante, habillée de couleurs et de tissus qui flottent, elle marche droite, sûre, partout où je la croise. Rues, magasins, marché. Elle semble totalement libre de ses pas comme si c’était son chien qui la suivait et non le contraire. Elle a des yeux quelque part, je ne sais où, elle a beaucoup plus que moi. Elle a un cabinet de kiné, elle m’épate. Elle sait, elle, que le monde est dehors et elle y va avec ses grands pas. Elle est grande, légère, agile. Tiens, elle a encore changé la couleur de ses cheveux courts. Parfois je lui dis bonjour, parfois une caresse au chien si doux et si intelligent.

Elle passe, elle est déjà partie loin. Je regarde le dehors. Devant moi les deux sièges Louis quelque chose, ils sont marrants. Dos sculptés finement, tissu à matelas saumon à grandes fleurs passées. Passées.

La vie est au dehors et dans ce troquet. Sortir de chez moi. Je me suis oubliée à l’intérieur depuis trop longtemps.J’avais perdu le goût. Je m’étais fait mal, en 2009 j’avais dû partir plus tôt de chez une amie très chère. Coupé le doigt dans un mixer un jour de fête des mères. Il y a des dates qui ne pardonnent pas. Malaise global, sur toute la ligne, incompatibilité de tout, de tout ceux qui m’aimaient de loin.  J’étais handicapée. J’étais apeurée, je me couvais comme je pouvais. Bientôt deux ans de cela et je commence tout juste à me servir normalement de ce doigt accidenté. Et je commence à pouvoir aller.

2011. Autre jour. Le jour dit, ce jour, retrouvailles avec celle de moi laissée loin là-bas. Je suis enfin seule dans un beau café comme j’aime. Avec un journal, avec le Monde dedans et dehors que je vois et qui me voit. J’écris ces lignes sur une pochette en papier et il n’y a plus de place, le papier est noirci et ravi, comme moi. Dehors le monde dit, m’attendait, me retrouve.

En payant, je discute avec la patronne, je lui dis : Je viens de retrouver ce plaisir, ici. Je reviendrai.

janvier 9, 2011

Passagère

Un sac, un quai. Autour d’elle le tout défile dans ses cheveux. Elle se rappelle et elle oublie.

Un sac, une rue, un bus traverse une ville. Derrière se posent les ponts entre ses années.

Un sac, des escaliers, les uns descendent les autres montent. Tous au même endroit et elle, elle pose pied là où elle ne s’attend pas.

.

janvier 1, 2011

Faire ce qu’on aime

décembre 31, 2010

Possibles

Dans la vie il faut si peu attendre et surtout s’étendre

Attraper le hasard, lui sauter dessus

En savoir le moins

Possible sur son compte et lui sauter au cou.

 

 

.

décembre 30, 2010

L’insouciance que demande la vie

Hier j’ai perdu l’insouciance que demande la vie. C’est pire que de perdre une amie.

Je suis joyeuse et quand je ne le suis plus, je ne suis plus. J’embarquerais un troupeau d’éléphants sur une passerelle en bambou quand je suis dans la joie et l’altitude. Il n’y a plus personne sur le radeau quand je perds la joie. La vie alors s’impose, assassine.

J’ai roulé une clope avec mes doigts et fumé lentement sans ouvrir la fenêtre surtout. Je me suis dit mourir ce serait le moment, après tout. Après Tout.

Quand la joie se disperse de moi elle part dans le Gange, elle part sur la lune, elle part très loin, je le vois . C’est la seule chose que je vois, la distance parcourue par l’insouciance pour s’ôter de moi. Il lui faut de la force pour quitter ma carcasse car j’ai bâti des remparts, des chaînes, pour l’emprisonner, depuis longtemps. Mais la joie reprend ses aises et sur le Gange m’envoie, loin, là je suis un débris, d’un coup de pied bien envoyé.

Cette dose d’insouciance qu’aura le sage shadu en jetant un petit air sur moi, tiens tu flottes petite chose ?, va donc te purifier dans les eaux grises… Moi qui ne suis pas encore allée en Inde, me voilà. Je me mets sur le dos et j’attends. Je fume ma clope au milieu des pénitents, des sacrés, des mécréants, des riches et des poux, tous mélangés. Au moins ça me fait une sortie et sans mon insouciance, sans ma joie, je contemple ce que je croyais savoir mais que je revois.

Je flotte petit débris et quand parfois je tente une remontée sur les marches de pierres près des femmes qui font leur lessive , quand je frôle leurs saris roses et jaunes, elles me repoussent du coude tout en maintenant le mouvement qui plonge les tissus dans l’eau grise.

Alors j’attends, j’attends que passent une nuit et un petit jour. On ne sait jamais. Peut être une mouette indienne ou un poisson bengali viendront-ils me redonner  vie.

.

.