Archive for ‘le silence qui dit’

mai 27, 2011

train de vie

Tout, un peu, et lentement s’échine.

Hier ou je ne sais plus quand, j’ai pensé, je regardais des barrières dans des champs, puis aux abords de la ville. Etait ce dans le train ?

Je meurs un peu plus chaque jour, cette phrase m’est arrivée.

Il faudra alors vivre un peu plus, me suis-je dit. Des piquets de bois sur un fond vert.

J’ai vu des chevaux et des flamants roses. J’ai vu des étangs et du sel très blanc en gros tas comme des montagnes.

J’avais très chaud.

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mai 22, 2011

Place

Tu es parti et comme je t’aime. Quand tu pars se laisse derrière la distance aimante, la place pour.

La place pour deux se laisse dans notre dos. Deux en même place c’est parfois trop serré pour que l’amour se développe et s’étende. Tout comme en tête. La tête aime l’air.

Tu as changé. Tu as cette capacité que je n’ai pas, de pouvoir radicalement changer de comportement, d’être suffisamment réceptif pour t’adapter à l’autre. Tu as changé. Tu me perçois différemment depuis tout ce que je t’ai dit de moi. Tu m’épates autant que les merles.

Tu es parti et je me retrouve. Du coup tu peux être là, je te fais place, et moi je suis livrée à moi-même. Mon corps s’allonge, s’étire comme un chat. Tous les possibles sont en ronde et me narguent. Feras tu ceci ou cela ?

Tu es parti et je pense à toi.

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avril 5, 2011

Maison

C’est un moment d’attente dans ma vie.

On sait que tout sera modifié, d’une certaine façon. Ce n’est pas juste démenager, cette fois-ci c’est avoir un lieu a soi. C’est quelque chose que je ne voulais pas, dont je me moquais, dans le sens « je m’en fous tout à fait ». Propriétaire ? De quoi ? Tu ne l’es même pas de ta vie, tout le reste est bidon, la possession.

Je la ressens suffisamment en moi la possession, oui je suis vraiment possessive et y’a du boulot de ce côté là !! Alors des murs en prime ? Non mais n’importe quoi. Valse la valise, tournent les cartons, ça suffira. Et emprunter, pas question. Trop d’instabilité, trop besoin de liberté et de me retrouver sans le sou, à la rue.

Mais c’est arrivé comme ça. Par le biais du sang, de la famille que je hais, et des refus de m’y coller, de partager quoi que ce soit. Alors j’ai dit adieu à des racines peuplées de murs, sur l’île là -bas et au Paname de mes parents aussi,  leur nid, là où tout avait commencé. J’ai dit « non merci ». Et du coup j’ai récupéré une compensation. Voilà pourquoi cette semaine est en attente. Comme un sas. Qui s’ouvre et se ferme, comme une artère qui reçoit le sang. Rouge, bleu. Ma vie s’oxygène, prend l’air.

Je vais faire quelque chose que je pensais ne jamais faire. Qui n’a jamais été un projet. Et cela me plaît dans la vie, de me retrouver à faire quelque chose que je ne m’imaginais pas du tout du tout capable de faire, ni même possible, voire même que je trouvais ridicule, sans intêret. J’adore me débusquer aux entournures, c’est pour moi le sens de la vie, son beau côté.

Alors je prends comme c’est venu, avec beaucoup de respect car je n’y suis pas pour grand chose. Cette maison si je l’achète et si j’y reste, elle ira ensuite à ma nièce, pour que l’argent de ma mère passe à sa petite-fille qu’elle adorait et qui portait son prénom, celui de la lumière du 13 décembre. Le jour même où ma mère a enfin cesser de respirer après un trop long calvaire.

Ces deux là partageaient tout, elles s’aimaient vraiment beaucoup. Quand ma soeur a quitté son foyer, elle a laissé ses enfants sans maternage, à 11 et 9 ans. C’est ma mère qui est devenue la mère de substitution. Les petits plats, les douceurs, la présence, l’accueil, elle en a même repêché un au commissariat en secret, leur secret.

C’est une histoire de femmes, pour moi, l’achat de cette maison. De trois générations. Le sas est ouvert. La mémoire retrouvera son lit et ses petits. Les larmes ouvriront des rivières, des écluses de dire, de ne pas savoir où ça ira. Et c’est ça que je veux, bordel, de la vie, qu’elle ne me dise pas comment elle me mangera, qu’elle me laisse vive et écorchée, saignante à foison, qu’elle me laisse raide dingue d’illusions.

Avec ma nièce nous ne parlons pas de la mort de sa grand-mère. Nous avons trop envie de pleurer tant elle nous manque encore. Il suffit qu’elle évoque les repas entre elle, son frangin et « la Zouze » comme ils l’appelaient, les frites avec des vraies patates, les régalades, la pure gourmandise, les éclats de voix et les rires autour de délices faits juste pour eux. Il suffit qu’elle en parle un peu pour que la voix s’arrête, se feinte, baisse le ton,  parte vite avant les larmes.

Alors c’est trop d’émotion. Nous verrons. J’ai décidé que j’écrirai régulièrement l’histoire de la maison que j’achèterai. De tout ce qu’elle me dira, de tout ce qu’elle fera remonter en moi. On oubliera la vieillesse, elle et moi. On oubliera même la mort et la maladie,  parfois.

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mars 10, 2011

Un arbre, des fleurs

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Je sais ce qui me plait dans la vie, ce qui me fait avancer, ce qui est comme un moteur.

C’est entrer en contact avec les personnes. Spécialement la première phase est un délice pour moi. La rencontre première, les premiers moments. Je crois qu’il y a de l’amour là dedans, autant que pour un rendez-vous galant. D’ailleurs c’est galant, ce joli mot non ? C’est une galanterie que d’aller vers l’autre et pousser la porte du soi.

C’est cela, c’est à chaque fois ouvrir une échappée intime, intérieure. Ce qui se passe dans chaque nouveau contact est quelque chose qui me passionne, qui m’énivre. Je suis emparée. Parée de nos atours, de nos tours, de ce qu’on ne voit pas, de se qui s’élève dans les airs, soulève la terre sous mes pieds. Le monde change à chaque rencontre. Un autre être, encore un humain dont je ne savais rien il y a quelques heures. C’est une joie.

C’est parfois un tel émoi que j’ai besoin de plusieurs heures ensuite pour m’en remettre et me remettre dans ma peau. Mais cette peau doit se réajuster, celle d’avant la rencontre est trop étroite, il faut se tisser, recoudre, réaménager la place pour que je me retrouve en moi avec toi, avec lui, avec eux.

C’est seulement maintenant, cinquante ans après, que je peux mieux comprendre ma timidité de petite fille. J’étais dans une coquille et un cocon. Je ressentais sans doute de manière si forte chaque nouvel élément tentant de se mêler à mon univers que cela me faisait mal physiquement. Je le ressens toujours mais je commence à connaître cette musique. Petite, plus on m’aimait, plus je fuyais durant les premières heures, je cherchais un refuge où me concentrer et rassembler mes forces, me garder. Puis je pouvais être avec les autres, mes grands parents par exemple, et capter leurs affects, leur renvoyer mes sentiments sans me sentir happée.De ces premières expériences est né mon besoin absolu de solitude. Dans la solitude je réajuste mes peaux, je cale mes énergies, mes ressentis, mes priorités, je respire à mon rythme, pour pouvoir encore et encore m’ouvrir au monde et lui donner en pleine conscience, chaque pore ouverte et frémissante.

Aujourd’hui je sais à quel point j’aime cette danse de la rencontre. Je me sens enrobée, parcourue de transes aquatiques. Je me sens comme la fleur de cerisier qui s’ouvre au soleil. Je suis l’arbre et chaque être vivant ( à deux pattes ou à quatre, à un bec, une bouche, un pistil, des feuilles, des griffes ou une carapace…) auquel je m’adresse, vers lequel je me pose, est une fleur de plus sur mes branches.

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mars 5, 2011

Toi, loin désormais ?

Tu as à portée de mains.

Si tu es en changements, le sauras tu vraiment ?

Il est passé dans ta vie. Tu t’es faite avec lui. Elle t’a donné ses ailes.

Nous sommes traversés par des continents. Et pour nager c’est la fuite en avant.

Je traverse sans comprendre. Mes sentiments.

Sème, sème. Je crois que tu existes encore mais je crois que tu es bel et bien mort. Cet amour, maintenant.

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février 20, 2011

Le rêve de tous ceux qu’on aime

Ton corps sur le mien. Lourd et rempli. Ta chair, ton âme.

L’essentiel retrouvé, la certitude. Dans un lieu qu’on dit « rêvé » mais je n’en suis pas sûre.

Je suis restée éveillée lentement pour ne pas tout perdre. Et même les yeux ouverts, dans cette vie là, l’autre existence restait en moi, présente, réelle.

Dans ce rêve les amis tournaient et venaient. Tout le monde était en séjour, en voyage. Des valises, des sacs, des vêtements éparpillés, des douches à partager. Et notre chambre. L’évidence. Ton sexe sur mon ventre, chez lui. Ton odeur sous tes cheveux dans ta nuque. Ton visage, large, presque enfantin, ta peau qui entoure tout, qui me fait une peau.

Nous étions cette fois encore différents des autres rêves, de tous les rêves que je fais de toi. Calmes, sans remords, sans lourdeurs passées. L’évidence, toujours, mais encore plus pleine et sereine, cette fois. Atteinte totalement. Tu n’étais plus angoissé, toujours à courir après mon âme ou vers un autre ou une autre. Tu étais arrivé. Chez toi, en moi, là où tu n’es jamais parti mais tu ne voulais pas savoir. Pas vivre.

Le rêve où tous sont rassemblés. Je quitte notre chambre et je retrouve Lui. Tout est naturel et très drôle et tendre. Mais il y a tout ce monde autour. Il y a aussi des petit-dejeuners qui se préparent, on s’affaire autour des fours. Des feux. Il n’y a pas la place pour tous les plats, pour tous ?

Tu m’attends, tu es toujours dans la chambre, j’y reviens. Je cherche des vêtements. Des vêtements gais, doux, des t-shirts de printemps avec des fleurs grises et mauves, des pantalons légers. Légers, qui tombent autour des jambes, confortables.

Tu es assis nu par terre, comme tu aimes. Je m’assois face à toi. Je t’aime. Tu m’aimes tant que cela ne peut se dire, pas là. Je caresse ton bras, rond, épais. Ta présence sur la terre dans ce corps si ancré. Je souris. Je veux te le dire : je vais écrire. J’écris un livre. Tu sais combien nous y avons pensé, toi qui le fais. Je caresse ton bras avec un doigt, de haut en bas. Je n’ose pas et puis tout à coup c’est encore une évidence.

J’ai la première phrase en tête. J’ai le sésame, j’ai la certitude, j’ai le chemin, j’ai. Je te dis. Je te dis « Tu sais j’écris, et je vais écrire un livre, ça y est. Je le sais, je sais comment le commencer ».

Je sors du sommeil à peine. Je te vois resté là bas. Assis nu face à moi dans ce lieu où nous sommes tous réunis et aimants, et aimés et amants. Un lieu satellite de tout. Un endroit où je suis, où j’existe. Je laisse les draps me sortir de cet endroit, loin mais pas. Non, cet endroit est là. C’est l’endroit de toute une vie. Toutes les vies de ceux qu’on aime.

Mon corps est mou, entre deux lieux. Il est ce corps qui n’est qu’un véhicule entre mes dédales. Il est l’outil pour traverser mon esprit, rencontrer les possibles, atteindre nos mondes invisibles. Ceux qui disent. Ce qui porte. Emporte le rêve sur des barques.

Je me suis levée. J’ai petit-déjeuné en regardant les mésanges picorer, mon chat dans les bras. Comme à chaque fois, je n’oublierai pas. Sur mon agenda des rêves, nos rendez-vous. Les barques glissent. Me dire qui je suis. Ce qui sera.

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janvier 2, 2011

L’enfant et ma mère dans le couloir

C’est un jour d’une saison, on ne sait plus, je crois que c’était l’automne puisqu’il fêtait ses deux ans. C’était il y a vingt cinq ans.

Ma mère est assise dans le couloir de l’hôpital et ses pieds ne touchent pas tout à fait le sol alors elle les balance. Le fils de son fils est dans la chambre. Quatrième étage, celui des « cancéreux », comme on disait à l’époque. On est contents qu’il soit arrivé dans ce service car l’autre service n’était pas de la pédiatrie et il et on a vécu des horreurs. Une tumeur cérébrale, un poupon rond, doux, blond aux grands yeux bleus.

Il est entré bébé, il va grandir vitesse grand V. et repartir avec un état d’âme et une maturité d’adulte.  Il va devenir adulte à deux ans, en si peu de temps. Il y a dans ses yeux tout ce qu’il a vu, toute la force de survivre et de supporter. C’est presque lui qui nous porte, parfois, avec ses silences, ses sourires apitoyés sur nous.

Ma mère balance ses jambes dans le couloir. On entre dans la chambre chacun son tour pour ne pas le fatiguer. Il est doux, lisse, son bandage géant autour de la tête. Chaque jour du mois précédent nous ne savions pas s’il survivrait. Chaque jour de l’année qui va suivre nous ne savons pas quelles fonctions il récupèrera, des « séquelles » on dit. En fait, il va presque tout récupérer, mais c’est une autre histoire, d’autres vies à vivre, d’autres combats, et ils ne seront pas simples.

Dans le couloir un autre enfant passe, en pantoufles, en pyjama, je ne sais plus. Ma mère lui parle, lui parle comme s’il était le sien. Ici ils sont tous pareils, ils ont le ciel au bout des mains. Dans leurs yeux la vie a pris toute son ampleur et ils te la donnent d’un coup, sans chichis. On est dans l’instance de l’essentiel, on s’aime d’office, sinon on reste dehors. Ma mère et l’enfant conversent doucement, il s’est assis sur le banc à côté d’elle. Ici on a tout le temps. Ils sourient et balancent leurs pieds dans l’air, comme des enfants. Le temps s’arrête vraiment.

Dans la chambre j’ai parlé, chuchoté, sans doute essayé de rire avec les peluches et puis je sors pour le laisser dormir. Je vois ma mère avec cet enfant dans le couloir, dans l’intime extrême, au bout du couloir de la vie, qui tresse et palpe l’âme, je vois ma mère et cet enfant, leurs jambes qui se balancent et s’aiment, le même mouvement, la même volonté fugitive, celle d’exister, de vivre ensemble ce moment.

Dans cet exact instant qui abattrait des montagnes et des volcans, l’amour, la déchirure, la beauté s’emparent de moi comme une gifle. Et toujours je les vois et toujours j’ai gardé, très loin au profond des êtres, cette éternité partagée.

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décembre 27, 2010

A-t-on besoin de se voir ?

J’ai entendu ta voix. Je ne t’ai pas vue depuis longtemps. Je ne peux m’empêcher de relier ta voix à quelqu’un d’autre et à ce bout de vie qui était comme une clôture mais je ne le savais pas. Une clôture comme autour d’un champ ? Mais qu’est ce que je dis moi ? Une clôture comme une fin. Est-ce la même chose ?

L’amour s’encercle-t-il ? Comment finit-il, je ne sais pas. Avec spasmes et lenteur, je crois. C’est ta voix, celle d’une amie que je ne vois pas. Les années ont passé par dizaine, bientôt vingt s’il le faut. Avec le temps je ne sais plus s’il faut se voir ou pas. La somme des sentiments s’allongent, comme sur une plage à même le sable, peut être juste une petite serviette là où tu voudras. Sous la tête ? Sous le dos ? Et ils prennent le soleil. L’absence sans nuages fait dorer la certitude. Lentement.

Se voir amène les nuages et la pluie, et la vigueur et les océans, et l’eau entre les orteils, et. Se voir est l’absence.

Hier j’ai vu une amie lointaine dans mon ordinateur. Comme elle vit très loin et qu’on s’aime beaucoup, elle m’a demandé d’installer ce truc qui s’appelle sk….qui permet de se parler et de se voir sans frais. Il est dix heures plus tard chez elle. Et 35 degrés à l’ombre en décembre. Je l’ai vue, elle me voit. J’aime son sourire. Elle porte un joli haut au décolleté très rond et des manches courtes fronçées. L’eau est à 27 degrés me dit-elle aussi et je me dis que je vais aller nager dans cette eau, sur la plage que je connais de ce Pacifique sud qui m’attendrait. Je ne vois pas pourquoi je n’irais pas moi aussi dans cette eau là.

A un moment nous ne disons rien et j’aime la voir se pencher simplement. Et tout se dit dans cet instant silencieux, dans cette présence lente. Il suffisait cela, peut être.

Amis. Sommes nous loin ? Faut-il encore se voir ?  Je suis rompue à l’exercice et j’en sais les recoins sombres, la dose de force qu’il requiert, même si cela fait vivre bien souvent. Même si indispensable parfois. Encore faut-il savoir l’être. Et ce près et ce loin.

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décembre 9, 2010

C’est simple

C’est simple comme bonjour.

Qu’est ce que tu aimes ? Qu’est ce que tu ne veux pas ?

Je reste stupéfaite de la variété des vies sur cette planète.

C’est simple, tu es né là ou là et toute ta vie en est transformée.

Tu as le choix ou tu ne l’as pas.

Tu es femme ou pas.

Tu dis ou tu te tais.

Tu subis. Tu vis une enfance pourrie ou gâtée.

Qu’est ce que tu veux ? Chaque journée s’enchaîne. Je pense à ceux pour lesquels les jours sont interminables. Je ne peux pas  totalement les oublier. Derrière des barreaux, privés de liberté. Derrière des vitres, dans des lits, privés de mobilité. Jusqu’où l’esprit reste-t-il mobile quand le corps abandonne ?

Le corps est-il le pur reflet de l’esprit, l’esprit commande-t-il le corps jusqu’au bout ?

Tu vois je ne m’ennuie pas avec la vie, tu vois.

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décembre 3, 2010

Sans prévenir

On se demande comment, on se demande comment cela se fait. Tout à coup dans un endroit, dans l’endroit où peut être tu t’y attends le moins, ton être entier est traversé d’une sensation primordiale, déterminante. Ton corps, mais est-ce ton corps ? Est-ce …quoi ? Te fais signe. Et tu sais que quelque chose est en mouvement, en chemin, une étape peut être, juste franchie, en silence et ce petit bruit.

Hier dans une salle au boulot, c’est vrai que j’étais bien, tranquillement, dans une belle humeur avec les personnes présentes. Mais sans crier gare…

Je me lève et arpente la pièce vers la fenêtre. On est dans un quartier de H.L.M, la neige est tombée en masse hier, le ciel est bas et gris. Au loin je regarde un immeuble qui dépasse et je vois un peu de fumée blanche de la chaufferie centrale. Et sans que rien ne me l’annonce, mon corps est traversé de bonheur.

Ce n’est pas un bonheur simple et quotidien. Je ne savais pas qu’il était caché, cette sensation dans mon être, en la retrouvant hier, en lui offrant mon corps pour se faire voir à nouveau, c’est là que j’ai su que je l’avais perdu depuis quelques années. Un bonheur insouciant, un bonheur à décorner des montagnes, une foi puérile et absolument essentielle.

C’est là que j’ai compris que j’avais gardé les mots, l’idée, l’idée de la foi en tous les possibles, comme un élan amoureux total envers ma vie, j’avais gardé comme des archives entretenues mais tout mon être ne remplissait pas la place laissée. Je couvais, je gardais, je ne savais pas que je gardais et couvais seulement. Si, je savais, mais ce que je voyais, ce que je vois dans ces cas là, quand tu n’as plus la foi de vivre, ni la soif absolue ni la faim à te damner, ce que je vois moi est trop aveugle et sourd. Ne mérite plus d’exister.

Hier alors, dans ce décor si banal, avec cet horizon gris et « plate », j’ai reçu un choc en profondeur. Comme une amie qui appelle, comme, comme rien de comparable, moi-même je découvrais, cela a duré quelques secondes mais j’ai senti qu’une faille bougeait. Fort. Qu’un seisme se calmait aussi et qu’une armée de géants revenaient en place, comme des garants, comme des amants de moi à moi, en force, car ils ont retrouvé le chemin.

Est-ce le corps, est-ce la vie, est-ce tout ce temps qu’il faut ? Il m’a fallu continuer tout comme si de rien n’était puisque j’étais entrain de travailler. Mais j’avais été traversée, assurée, remplie. Sentir ce qui ne se voit mais est certitude. Vagues roulées, chemin creusé, pied à pied, pelle à pelle, lentement, et sans que l’on ne contrôle quoi que ce soit, je crois.

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novembre 16, 2010

L’ascenseur

La petite fille serre fort la main de ses parents. Elle va rue Henri Duchêne, un des premiers nom de rue qu’elle retiendra, Paris XVeme.  Sur la plaque bleue est noté qui était ce monsieur, je ne sais plus, je n’ai plus besoin.

L’immeuble de ses grands-parents et une de ces bâtisses en pierre de taille où le nom de l’architecte est gravé dans la pierre. Plein de voitures garées dans la rue, il faut tourner pour trouver une place, ils connaissent les petites rues adjacentes, les bons endroits, mais il faut tourner et chercher, cela laisse le temps au coeur de battre plus fort. On est presque arrivés.

On a laissé la Normandie sans racines et pleine de pluies, mais qui se remplira d’amis sûrs, autant pour elle que pour ses parents, bien plus que l’affreux Lyon des années 60 où elle a juste vu le jour. Un hasard, ils auraient pu habiter Toulouse, Versailles où est né son père, où Lille.  Rouen aussi c’est un hasard, une ville qui s’industrialise de plus en plus à cette époque, une mine d’or pour les cadres d’entreprise.

Mais à Paris le coeur bat, l’histoire de leur vies, de leurs familles, aux deux parents, s’est scellée, sur plusieurs générations. Rue Henri Duchêne, la petite fille qui arrive aux mollets des adultes, trouve déjà le voyage exotique. Il y a une première porte en fer forgé pour accéder au hall de l’immeuble. Un immense miroir et les boîtes aux lettres en bois et cuivre, bien sûr. Une autre porte et là on accéde à l’escalier et à l’ascenseur. C’est sûrement dans cet ascenseur qu’elle a su que les valises s’ouvriraient pour elle, que le rêve devrait remplir la vie, parce que sinon ?

Existe-t-il encore de tels ascenseurs dans les immeubles parisiens ? Ce n’est pas un ascenseur, c’est un aspirateur de poésie, un lieu de science fiction, pour la petite fille, et même plus grande, elle se régalera de cet objet, elle en veut encore, elle voudrait y vivre.

C’est une cage en fer forgé noir dans laquelle il y a une boîte en bois et vitres. Tu ouvres la porte en fer forgé avec une clenche allongée, ça fait du bruit. Et tu pousses les deux battants de l’habitacle en bois. Il restera juste une petite fente d’air entre les deux battants, une fente que la petite fille scrute avec inquiétude. Et si ça s’ouvrait ? Car rien n’est tout à fait fermé sauf l’entourage en fer. Si l’ascenseur reprenait sa vie autonome, s’ouvrait, délivrait les passagers  dans les airs, dans le monde merveilleux d’où il vient, rempli d’oiseaux, de forêts, de jungle et d’éléphanteaux ?

Pendant que l’ascenseur s’élève, on voit toute la cage d’escalier autour qui s’élève aussi. Cela tourne presque la tête. Or donc tu bouges verticalement et tu le vois, tu vois tout autour, les murs grimper, les étages défiler, la pesanteur s’enfiler dans les airs comme dans un parapluie géant sous le vent. Ca donne encore plus le tournis quand un des enfants monte par l’escalier en même temps. Il te suffit d’un pas agile, monter les marches deux par deux, pour aller au même rythme que la cage de bois magique. Et là on rigole bien de voir l’un qui tourbillonne autour de l’ascenseur et l’autre immobile comme un pot de fleur dans la boîte rigolote, avec ses câbles noirs et souples au dessus, tous visibles, comme des fils de marionnettes suspendus dans le vide et qui s’articulent tout seuls.

C’est un temps où on voit tout et on ne sait rien. On vit d’inconscience et de découvertes en découvertes. On s’en couvre de la tête aux pieds et on s’y forge pour toute la vie.

C’est ainsi qu’à l’étage c’est la grand-mère qui ouvre. Tout craque sous les pieds, l’escalier et son tapis tout du long, le couloir, le plancher, tout marque les pas, comme pour prévenir de ce qui se vit. Et la petite fille entend tout cela, tout. La grand-mère qui ouvre est douce, elle a un accent quand elle parle, quelque chose d’exotique à nouveau. La musique de ses mots est particulière et elle roule les R, c’est chaud. Pourtant elle n’est pas du Sud du tout du tout puisqu’elle était québécoise. Elle a de longues mains frêles où les veines bleues se tissent et remplissent en courant vers les bras. La petite fille a peur et aime. Elle trouve que c’est toute la fragilité et la gentillesse de cette grand-mère qui court dedans. Cette dame est grande, trop grande par rapport à son mari, alors elle se courbe et se penche tout le temps, sur tout le monde, avec son sourire étincelant qui barre tout son visage en bas. Sa voix est douce, elle est calme, et avec les R qui roulent dedans on se sent tout emmitouflé.

Dans l’ascenseur le coeur bat, dans la voiture pour se garer le coeur bat. On est sur le territoire. Son père et sa mère sont heureux, ils ont toute la ville à lui montrer. Dans l’appartement tout est extraordinaire. Les photos en noir et blanc de la guerre du grand-père. Il est petit et rempli de muscles, resserré, et il est en même temps comme une peluche, comme un doudou pour la petite fille. Il est vif et drôle, il n’a plus besoin d’être autoritaire en diable, il a lâché et il ne reste  plus que toute sa bienveillance et son immense générosité.

La petite fille était une sauvage. Parfois elle se réfugiait vite en haut, dans sa chambre, quand ils venaient chez elle. Elle était envahie sur son territoire à elle, elle était inquiète. Il lui fallait rassembler ses esprits seule, puis descendre enfin en bas, prête à se laisser embrasser à satiété. Quand ils sont morts la petite fille était en pleine fin d’adolescence et toute jeune femme, elle essayait d’être par elle même, elle n’avait conscience de rien d’autre et tout allait très vite, à dix-sept ans elle vivait sa vie. Cela lui occupait 300% de son temps d’être elle-même et pas une autre et pas une copie et surtout pas ce qu’on attendait d’elle. Il fallait lutter sur tous les fronts, c’était sa guerre de 14 à elle. Les photos en couleurs en prime. Alors elle était loin et totalement absente quand ils sont morts.

Lui d’abord. Lui en forme, qui posait son képi au fond de la baignoire et allait le prendre avec ses dents, jusqu’à 70 ans, dit la légende. Sa femme l’a rejoint huit mois après, mais dans sa solitude , dans cet appartement du XVeme, la jeune femme n’a pas mis les pieds, et à peine un courrier sans doute. C’est qu’elle était débordée par sa jeunesse, son ivresse, sa désespérance, non elle n’avait pas conscience qu’il aurait fallu courir chez cette grand-mère et l’écouter jours et nuits.

C’est comme cela qu’aujourd’hui elle s’arrête auprès de tous les p’tits vieux sur les bancs pour les faire causer et mettre des billes dans leurs yeux. C’est comme ça qu’elle écrit à ses amies qui ont plus de 80 ans, famille ou pas, elle leur colle des fleurs sur du carton découpé, elle n’a jamais eu peur du ridicule et ses amies adorent ça. Aujourd’hui elle a juste peur de vieillir comme un vieux sac oublié dans une gare, sans destination, sans passagers.

Ce matin je me suis réveillée et sur l’oreiller c’est l’ascenseur qui m’attendait, avec sa porte lourde en fer forgé noir et ses deux battants de bois qui claquaient avant de se faire face. Juste le souffle d’air entre eux deux quand la machine grimpe. On a tourné pour trouver de la place. On est arrivés.

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novembre 13, 2010

Lettre amie

Moi aussi je pense souvent à toi et à cette absence… Je me disais même il y a quelques jours, qu’il faut que je vienne te voir.

Oh l’amitié, ma soeur de coeur. Oh celle qu’on ne veut pas perdre, qu’on ne peut pas perdre, qu’on voudrait encore là au dernier jour.

Oh les coeurs qui pleurent et rient. Oh le manque de l’autre. De toi qui dis  : Si c’était à refaire, je prendrais femme et ce serait toi.

Oh cette longue année en brisure, fragilité et manque de nous. Moi qui me suis mise à la porte, enfermée loin. Toi qui as pensé que je te l’avais claqué au nez, la porte de chez toi, et le choc fut si brutal. Il faut une vie pour se connaître et défaire et tricoter l’amitié. Toutes les deux nous avons perdu des êtres chers, c’est notre salut. Nous savons le coût de ces pertes. Chaque ami est une pièce du puzzle, il manque à jamais.

Je reviendrai. Je, tu, le, sais. Ce ne peut être autrement, plus maintenant. Je ferai tout pour te garder, je prendrai tout le temps, je pèserai les mots, je te laisserai le silence.

Je veux nos thés au soleil, je veux nos dîners seules au fin fond des restaurants. Je veux nos rires en vacances, je veux la douceur dans la cuisine et la popotte autour du feu. Je veux tes tisanes, je veux mes sauces de salade, je veux dans la salle de bains nos échanges de crèmes et de shampoing.

Je veux aux terrasses des cafés les serveurs souriants en nous demandant Mais vous êtes soeurs toutes les deux, non ? Et nous de nous regarder malicieuses, depuis tout ce temps, 28 ans, et ne rien dire, en rigolant.

 

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octobre 6, 2010

Le silence

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Le silence unit-il ? Rassemble-t-il autant qu’il ne sépare ?

Rassemble-t-il , tout simplement. Soi. Même. L’autre. L’ensemble.

Le silence parle-t-il ? Le silence écoute-t-il ?

Dans le silence il y a toi. Il y a rempli. Il y a plus que ce que je crois.

Dans ton silence que je vois.

Dans le silence il y a quoi ?

Dans mon silence que sais tu ?

Moi même je le découvre à chaque fois.

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