Archive for ‘L’égoïsme’

février 3, 2011

Il y a des jours

Il y a des jours ou peut être même des semaines. Oui j’ai l’impression qu’un jour ne me suffit jamais pour marquer la page de ce livre. Ce livre que je n’écris pas, qui s’écrit tout seul. Il suffit sans doute de l’ouvrir un jour pour qu’il te raconte. Les pages se tournent sans les mains, parfois sans les yeux car je suis aveugle souvent.

Hier dans ma boîte aux lettres un simple objet qu’on nomme enveloppe. Cette enveloppe vient du notaire. Celui qui depuis trois ans se débat avec frère et soeurs, surtout le frère et la soeur. Parce que moi, loin, j’ai écrit il y a trois ans Faites, faites, moi je veux juste la séparation totale des biens. Le reste, je m’en fous.

Done. Did, fait, la preuve par quatre : ce chèque, ma « soulte » comme ils disent, j’aurais au moins appris un mot.

Fait. Dit. Executé. Après une volonté têtue, une profonde certitude et tout simplement l’impossibilité d’en être autrement. Moi, en être autrement. Je n’aurais pas pu. Voilà la fin, voilà le commencement. Trois années de souffrance  après six années de fin de vie en démence d’une mère qui ne savait plus par quel bout mourir et a attendu son frère, morte 24heures après lui, enfin. Puis le début de la fin des déchirements et la violence puissante entre nous trois. Les restants. Les restants, la progéniture. Trois entités débordantes, pétris de douleur, d’enfance sans commune mesure entre nous. Incapable de communiquer calmement sur les choses principales, les familiales. Trop. Trop de. Tout. Mélangé. Des volcans. Autant de vides que de pleins. Il fallait trancher. J’ai. Pris le couteau, ma mère aimait les beaux couteaux, et coupé ferme avec mes mots , par écrit, bien sûr. Même une rencontre était impossible, physiquement impossible pour moi. Après les cendres au Père Lachaise, il ne restait que les écrits pour dire. Mon corps porte encore l’explosion de ce que nous avons vécu, de nos affrontements devant un cercueil, devant les cendres répandues. J’étais partie seule après la cérémonie, pris le bus du Paris que j’aime et qu’elle adorait, et je ne pouvais plus les revoir, pas tant que nous n’ayions coupé en tranche le matériel, les choses et les murs,  et donné sa part à chacun.

Trois ans à le dire , sans démordre, malgré menaces affectives, lettres et coups de fil. Je sais dire non, j’avoue, c’est quelque chose que je sais dire et quand je le dis je le pense avec tout mon être. Ce n’est pas que cela me fasse plaisir, c’est souvent une question de survie pour moi, physiquement compris, mais cela personne ne peut le savoir ni le comprendre. Personne ne sait ce que mon être ressent et comment il me le fait savoir. J’ai un problème entre mon corps et mon âme et mon esprit : ils sont soudés, siamois, il n’y a pas de frontières entre eux. C’est un handicap, une sensibilité qui fait de moi son esclave et sa reine. Alors quand je décide de quitter, de me séparer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est une fuite, une survie, je suis en apnée, je ne peux plus respirer, je pleure, je tremble, je suis malade physiquement, mon cerveau est mou et fout le camp, je suis l’ombre de moi-même, alors je dois partir, laisser, m’éloigner. Dans le même temps je suis extra-lucide, affûtée sur ma cible, la cible c’est moi, et je sais très bien où je ne dois pas , ou plus, aller.

Je n’ai pas grandi. Je n’ai rien appris. Je suis immatûre, totalement. C’est ainsi. Ou bien je suis un tout, un genre de chimpanzé resté dans son arbre et qui veut juste qu’on lui foute la paix. T’as pas des bananes ?

Oyé ! Oyé !!

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janvier 18, 2011

Quitter

Partir. Tourner le dos et ne pas se retourner.

Quand l’ai je appris ?

Quitter soi-même en prenant ses responsabilités, sans comptes superflus à donner. Quitter au plus profond, choisir. On laisse, on choisit, on vit.

Quand l’ai je su ? Quand l’ai je appris ?

J’ai cette faculté à partir, à faire face tête haute et à laisser derrière. A couper les ponts et à paraître dure. Parce que ma survie est en jeu et je suis la seule à le savoir. Parce que vivre c’est choisir ce qu’on fait de soi. C’est ressentir, à tâtons, à l’aveugle, on sent les coins, les angles et les feux, les douceurs, les soieries, les drapés et les épines, les traces ensanglantées. Alors on décide, on s’en va parfois. On quitte.

Pour quitter il faut cesser de penser à ceux qui restent, à ceux derrière, à celle ou celui. Oui, il faut cet égoïsme, cette exigence. Il faut couper court à toute empathie, refuser d’être indispensable, car nous ne sommes indispensables nulle part, c’est une faiblesse et une prétention de le croire. Quand l’ai je compris ?

Quitter c’est laisser, se priver de. C’est aller vers et c’est être confiant. Confiant en ceux qu’on laisse aussi. Un amour, un projet, un boulot. Tout continue dans notre dos et souvent pour le meilleur parce que tout sera différent. Un amour qui part c’est la fin du monde un moment. Puis. Puis. Le printemps. Et toi et toi et toi, je ne vous aurais pas connu si. Si toi et toi et toi ne m’aviez brisé le coeur en me quittant. Alors, oui. Le printemps.

Quitter c’est oser. Cesser de douter, cesser d’avoir peur, se jeter dans le vide. Oser. Battre la campagne, tu dirais. Fendre les flots aussi. Ne rien regretter. Quand l’ai je su ? Je me coupe, je coupe les sentiments qui freinent et retiennent, je m’ausculte au dedans et je fais. Marche avant sans rétroviseur pendant longtemps. Je cogne, je me cogne bien plus encore. Je souffre mais je ne dis rien, je m’inocule un anti-douleur, c’est un réflexe chez moi. Sinon comment avancer ?

Quitter. Quand ai je commencé ? Par amour, d’inconscience mêlée ? Handicapée de trop vivre, sauter entre les pavés, franchir les murs sans rien demander. Le premier que j’ai quitté, pour mes quinze ans, m’a écrit, le jour de ses cinquante ans  : Tu restes quelqu’un d’à part pour moi. Tu ne peux pas être une amie comme les autres. Tu es la première que j’ai aimée, et je n’ai plus jamais aimé comme cela. Tu es celle qui m’as montré que l’amour ne durerait pas toujours. C’est toi qui m’as fait cette douleur là. Je n’ai plus jamais souffert autant que ça.

Et bien sûr, j’ai pleuré. Ouf, enfin je pouvais, plus de trente ans après.

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novembre 21, 2010

Quand l’amour part faire un tour

Parfois l’amour s’en va. Pourtant il y a toi, pourtant il y a moi.

On ne sait pas où il va. Je ne sais pas. Il laisse moi. Il nous laisse avec nous mêmes et débrouillez-vous avec vos conneries mon p’tit gars.

Il laisse un immense miroir qu’au début tu ne vois pas. Comme toujours tu fais la sourde oreille, tu as du noir aux yeux, tu inventes des prétextes, tu joues à l’autre. Mais le miroir est là.

Quand l’amour s’en va c’est pour te laisser avec toi, petite pimbêche, petit grognat. Maintenant tu vois ce miroir et tu vois ta lâcheté et ton mauvais fond. Fond de commerce, boîte à petits pois chiches. Chiche dans la tête. Tu vois.

Il faut du courage pour affronter la lâcheté de l’amour qui dure. Il faut du courage. Le courage d’aimer en se disant. D’être soi. Le silence pèse la mort, les renoncements friseront ton cercueil. Belle avancée dans ta lâcheté.

Alors quand l’amour s’en va, il fait semblant de te laisser. Tel un jeu de cache-cache mais au début tu ne sais pas trop qui joue avec qui , quoi, comment. Il faut apprendre le jeu, bien longtemps, se faire prendre, rester caché aussi pendant que personne ne te cherche plus. Là t’as l’air d’une belle andouille, princesse aux pieds nus, personne pour tendre l’oreille. Mangée crue.

L’amour te laisse pour que tu te voies. Pour que tu lui dises encore et encore qui tu es, tes faiblesses et ce que tu ne veux pas. On ne sait pas ce qu’on veut, on sait ce qu’on ne veut pas ou plus jamais. C’est nous les femmes, sans doute, nous sommes comme cela ?

Alors le miroir ramassé tu t’es regardé. Tu as baissé la colère en toi, tu as ramassé du courage, dans ce miroir au fond, il faut trouver. Tu diras ta lâcheté, tu diras ce que tu peux. C’est ce que l’amour attend de toi. Sinon il s’en ira ou fera tout comme en restant l’ombre de toi et ça, tu ne veux pas.

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novembre 16, 2010

L’ascenseur

La petite fille serre fort la main de ses parents. Elle va rue Henri Duchêne, un des premiers nom de rue qu’elle retiendra, Paris XVeme.  Sur la plaque bleue est noté qui était ce monsieur, je ne sais plus, je n’ai plus besoin.

L’immeuble de ses grands-parents et une de ces bâtisses en pierre de taille où le nom de l’architecte est gravé dans la pierre. Plein de voitures garées dans la rue, il faut tourner pour trouver une place, ils connaissent les petites rues adjacentes, les bons endroits, mais il faut tourner et chercher, cela laisse le temps au coeur de battre plus fort. On est presque arrivés.

On a laissé la Normandie sans racines et pleine de pluies, mais qui se remplira d’amis sûrs, autant pour elle que pour ses parents, bien plus que l’affreux Lyon des années 60 où elle a juste vu le jour. Un hasard, ils auraient pu habiter Toulouse, Versailles où est né son père, où Lille.  Rouen aussi c’est un hasard, une ville qui s’industrialise de plus en plus à cette époque, une mine d’or pour les cadres d’entreprise.

Mais à Paris le coeur bat, l’histoire de leur vies, de leurs familles, aux deux parents, s’est scellée, sur plusieurs générations. Rue Henri Duchêne, la petite fille qui arrive aux mollets des adultes, trouve déjà le voyage exotique. Il y a une première porte en fer forgé pour accéder au hall de l’immeuble. Un immense miroir et les boîtes aux lettres en bois et cuivre, bien sûr. Une autre porte et là on accéde à l’escalier et à l’ascenseur. C’est sûrement dans cet ascenseur qu’elle a su que les valises s’ouvriraient pour elle, que le rêve devrait remplir la vie, parce que sinon ?

Existe-t-il encore de tels ascenseurs dans les immeubles parisiens ? Ce n’est pas un ascenseur, c’est un aspirateur de poésie, un lieu de science fiction, pour la petite fille, et même plus grande, elle se régalera de cet objet, elle en veut encore, elle voudrait y vivre.

C’est une cage en fer forgé noir dans laquelle il y a une boîte en bois et vitres. Tu ouvres la porte en fer forgé avec une clenche allongée, ça fait du bruit. Et tu pousses les deux battants de l’habitacle en bois. Il restera juste une petite fente d’air entre les deux battants, une fente que la petite fille scrute avec inquiétude. Et si ça s’ouvrait ? Car rien n’est tout à fait fermé sauf l’entourage en fer. Si l’ascenseur reprenait sa vie autonome, s’ouvrait, délivrait les passagers  dans les airs, dans le monde merveilleux d’où il vient, rempli d’oiseaux, de forêts, de jungle et d’éléphanteaux ?

Pendant que l’ascenseur s’élève, on voit toute la cage d’escalier autour qui s’élève aussi. Cela tourne presque la tête. Or donc tu bouges verticalement et tu le vois, tu vois tout autour, les murs grimper, les étages défiler, la pesanteur s’enfiler dans les airs comme dans un parapluie géant sous le vent. Ca donne encore plus le tournis quand un des enfants monte par l’escalier en même temps. Il te suffit d’un pas agile, monter les marches deux par deux, pour aller au même rythme que la cage de bois magique. Et là on rigole bien de voir l’un qui tourbillonne autour de l’ascenseur et l’autre immobile comme un pot de fleur dans la boîte rigolote, avec ses câbles noirs et souples au dessus, tous visibles, comme des fils de marionnettes suspendus dans le vide et qui s’articulent tout seuls.

C’est un temps où on voit tout et on ne sait rien. On vit d’inconscience et de découvertes en découvertes. On s’en couvre de la tête aux pieds et on s’y forge pour toute la vie.

C’est ainsi qu’à l’étage c’est la grand-mère qui ouvre. Tout craque sous les pieds, l’escalier et son tapis tout du long, le couloir, le plancher, tout marque les pas, comme pour prévenir de ce qui se vit. Et la petite fille entend tout cela, tout. La grand-mère qui ouvre est douce, elle a un accent quand elle parle, quelque chose d’exotique à nouveau. La musique de ses mots est particulière et elle roule les R, c’est chaud. Pourtant elle n’est pas du Sud du tout du tout puisqu’elle était québécoise. Elle a de longues mains frêles où les veines bleues se tissent et remplissent en courant vers les bras. La petite fille a peur et aime. Elle trouve que c’est toute la fragilité et la gentillesse de cette grand-mère qui court dedans. Cette dame est grande, trop grande par rapport à son mari, alors elle se courbe et se penche tout le temps, sur tout le monde, avec son sourire étincelant qui barre tout son visage en bas. Sa voix est douce, elle est calme, et avec les R qui roulent dedans on se sent tout emmitouflé.

Dans l’ascenseur le coeur bat, dans la voiture pour se garer le coeur bat. On est sur le territoire. Son père et sa mère sont heureux, ils ont toute la ville à lui montrer. Dans l’appartement tout est extraordinaire. Les photos en noir et blanc de la guerre du grand-père. Il est petit et rempli de muscles, resserré, et il est en même temps comme une peluche, comme un doudou pour la petite fille. Il est vif et drôle, il n’a plus besoin d’être autoritaire en diable, il a lâché et il ne reste  plus que toute sa bienveillance et son immense générosité.

La petite fille était une sauvage. Parfois elle se réfugiait vite en haut, dans sa chambre, quand ils venaient chez elle. Elle était envahie sur son territoire à elle, elle était inquiète. Il lui fallait rassembler ses esprits seule, puis descendre enfin en bas, prête à se laisser embrasser à satiété. Quand ils sont morts la petite fille était en pleine fin d’adolescence et toute jeune femme, elle essayait d’être par elle même, elle n’avait conscience de rien d’autre et tout allait très vite, à dix-sept ans elle vivait sa vie. Cela lui occupait 300% de son temps d’être elle-même et pas une autre et pas une copie et surtout pas ce qu’on attendait d’elle. Il fallait lutter sur tous les fronts, c’était sa guerre de 14 à elle. Les photos en couleurs en prime. Alors elle était loin et totalement absente quand ils sont morts.

Lui d’abord. Lui en forme, qui posait son képi au fond de la baignoire et allait le prendre avec ses dents, jusqu’à 70 ans, dit la légende. Sa femme l’a rejoint huit mois après, mais dans sa solitude , dans cet appartement du XVeme, la jeune femme n’a pas mis les pieds, et à peine un courrier sans doute. C’est qu’elle était débordée par sa jeunesse, son ivresse, sa désespérance, non elle n’avait pas conscience qu’il aurait fallu courir chez cette grand-mère et l’écouter jours et nuits.

C’est comme cela qu’aujourd’hui elle s’arrête auprès de tous les p’tits vieux sur les bancs pour les faire causer et mettre des billes dans leurs yeux. C’est comme ça qu’elle écrit à ses amies qui ont plus de 80 ans, famille ou pas, elle leur colle des fleurs sur du carton découpé, elle n’a jamais eu peur du ridicule et ses amies adorent ça. Aujourd’hui elle a juste peur de vieillir comme un vieux sac oublié dans une gare, sans destination, sans passagers.

Ce matin je me suis réveillée et sur l’oreiller c’est l’ascenseur qui m’attendait, avec sa porte lourde en fer forgé noir et ses deux battants de bois qui claquaient avant de se faire face. Juste le souffle d’air entre eux deux quand la machine grimpe. On a tourné pour trouver de la place. On est arrivés.

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novembre 13, 2010

Lettre amie

Moi aussi je pense souvent à toi et à cette absence… Je me disais même il y a quelques jours, qu’il faut que je vienne te voir.

Oh l’amitié, ma soeur de coeur. Oh celle qu’on ne veut pas perdre, qu’on ne peut pas perdre, qu’on voudrait encore là au dernier jour.

Oh les coeurs qui pleurent et rient. Oh le manque de l’autre. De toi qui dis  : Si c’était à refaire, je prendrais femme et ce serait toi.

Oh cette longue année en brisure, fragilité et manque de nous. Moi qui me suis mise à la porte, enfermée loin. Toi qui as pensé que je te l’avais claqué au nez, la porte de chez toi, et le choc fut si brutal. Il faut une vie pour se connaître et défaire et tricoter l’amitié. Toutes les deux nous avons perdu des êtres chers, c’est notre salut. Nous savons le coût de ces pertes. Chaque ami est une pièce du puzzle, il manque à jamais.

Je reviendrai. Je, tu, le, sais. Ce ne peut être autrement, plus maintenant. Je ferai tout pour te garder, je prendrai tout le temps, je pèserai les mots, je te laisserai le silence.

Je veux nos thés au soleil, je veux nos dîners seules au fin fond des restaurants. Je veux nos rires en vacances, je veux la douceur dans la cuisine et la popotte autour du feu. Je veux tes tisanes, je veux mes sauces de salade, je veux dans la salle de bains nos échanges de crèmes et de shampoing.

Je veux aux terrasses des cafés les serveurs souriants en nous demandant Mais vous êtes soeurs toutes les deux, non ? Et nous de nous regarder malicieuses, depuis tout ce temps, 28 ans, et ne rien dire, en rigolant.

 

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octobre 1, 2010

Liberer le temps. Soi. Même.

S’il ne devait rester qu’un mot dans mon dictionnaire, tu sais que ce serait Liberté. Et le temps qui va avec, le courage, l’envie, l’égoïsme.

Que fais tu de ton temps libre ?

Moi je

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