Archive for ‘rêve’

avril 13, 2011

Première rencontre

J’ai ramené trois roses, celles qui grimpent sur la facade de la maison. Je crois que c’est de l’églantier. Leur parfum est incroyable, je tombe en pamoison. Une odeur sucrée presque de pêche, une odeur d’eau de roses anciennes.

J’en ai ramené trois mais trois déjà très ouvertes. Elles sont petites et roses. Leurs pétales sont très doux et fragiles. Oui, l’églantine ? Une a laissé ses pétales dans la voiture, je le savais.

J’avais oublié l’appareil photo. Je venais jardiner un peu. Elle n’est pas encore à nous, quelques procédures procédurières à passer. Mai, ou Juin dernier délai.

Mais on vient déjà buissonner, faire maison buissonnière. C’est rigolo.

La maison est une maison de bidouille. Un genre de Gaston Lagaffe aurait mis son nez. Il a plaqué du bois au mur, desfois on voit l’ancien papier peint dans les trous du bois, les planches même se plient, elles ont mal au dos d’être clouées là depuis plus de dix ans.

Je ne connais pas bien l’histoire. La maison a plus de quarante ans. Mais il y a une douzaine d’années je crois que des gens s’y sont amusés. Elle était potière, il lui a fait un coin atelier au fond du garage en bois. Il a construit une terrasse en bois, couverte, dans le petit jardin. Il a installé une salle et une cuisine dans le garage d’origine. Ils y dormaient, les enfants étaient en haut . Il a , là encore, plaqué des grosses planches de bois au mur. Le gars c’est son truc, il pose du bois au mur, comme ça. Rien en dessous. Non, il prend des clous, il prend des planches et il les cloue.

Dans la cuisine du rez de chaussée ( oui, du coup, il reste la petite cuisine d’origine, en haut) il a mis des placards et tout le fourbi, c’est joli. Carrelage bleu foncé outremer ? Bois, etc. Oui mais ces quatre feux là ? On change comment le tuyau de gaz ? Ben on sait pas. Le Gaston il a pas pensé, il a tout enfermé, y’a un trou pour la bouteille dans la buanderie derrière le mur, mais t’as pas accès à l’embout. Pour changer le tuyau il nous faudra casser un fond de son placard. On se marre. Nous qui sommes piètres bricoleurs on se marre.

C’est la maison bidouille. Si elle n’avait pas déjà un joli nom inscrit sur une céramique de la potière, à côté de la boite aux lettres, on l’aurait nommée  » Bidouille » ou « Bleu roses ». Bleus les volets, roses les églantines parfumées.

L’actuelle propriétaire est arrivée après la famille « Potière et Gaston ». Elle a vécu à peine deux ans là, elle n’a rien fait, rien touché, elle a juste pris soin de. Et depuis cinq ans elle a déserté. Une histoire d’amour et de projet de chambres d’hôtes en montagne avec son nouveau fiancé. La retraite finalement, a réservé ses surprises !

Alors depuis plus de quatre ans la maison attend. Des nouveaux Gaston-la-débrouille. Qu’on la chatouille, qu’on la cajole un peu. Elle a eu très froid. Mais les oiseaux se sont installés dans les arbres. Merles et moineaux. Tout à l’heure, dans le cerisier sauvage , grande discussion. Voix tonitruante hautement perchée entre ces ménestrels. Une histoire de territoire ? Une histoire de nouveaux habitants ? Une fille qui remue la terre là devant ? Un gars qui répare une gouttière là derrière ? Qui sont ces gens ?

La maison, elle montrait ses dents, ses fesses et ses jupons. On lui a soulevé la moquette pour qu’elle dévoile son vieux parquet. J’ai coupé de la mélisse et la sauge est chez elle. J’ai pris trois églantines dans leur fouillis grimpant. Elles attaquent le balcon de ce qui sera mon atelier. Celui dont je rêve depuis une vingtaine d’années.

Et les lauriers le long du mur devant, le mur de Gaston, ils ont l’air malades. Je suis allée les voir. On ne sait pas encore comment on va s’en sortir eux et moi, on verra.

Ce n’est pas une maison qui nous a parlé tout de suite. On ne comprenait pas bien son tempérament, personne ne nous disait son histoire d’abandon ni celle de Gaston. La propriétaire n’était pas très franche et on la sentait radine, elle déplumait la maison du peu qu’elle y avait mis, elle. On a alors compris, au bout de la troisième visite, qu’on revenait en arrière, qu’on récupérerait, au fond, la maison de La potière et Gaston et qu’il faudrait relever le défi. Et en rire. Pour s’amuser, sur tout.

Rosa rugosa, dit Virginie. Qui dit mieux ? Son rose est très rose mais c’est surtout son parfum qui est fou.

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mars 1, 2011

Cowgirl

 

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Je voudrais bien tout refaire à neuf. Ecarter. Renommer.

Serais je sur un cheval en ma sierra Leone ? Quelques cactus frottés par un vent chaud. Des canyons oranges et ocres devant, avec juste la passe où s’engouffrer. Je relirai tous les livres faits de cette terre, de ce sable, de ce bois. Lourdes les ailes des rapaces au dessus.

J’atteindrai cet endroit où des chiens aboient, me reconnaissant. Pas de clôture, pas de voisins, juste les chevaux dans l’enclos.

Un grand pot de café sur la véranda. Mes bottes usées, la satisfaction d’avoir tout fait comme il fallait.

février 6, 2011

Baguette magique

Parfois la vie est comme un conte de fée. Il n’y a sans doute rien à en faire. Juste se laisser pénétrer de l’existence à foison. Parfois toute une gamme de possibles se lève au grand jour. Il n’y a sans doute rien de plus à vivre puisque, touchée du doigt, la chance se met à vibrer. De partout.

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janvier 29, 2011

Qui m’anime ?

De ce qui reste un peu tout tu garderas.

Les montagnes et les bras.

Crois- tu en quelque chose ? En cette chose mouvante qui distribue les cartes, les contours. Ta géographie.

Cette sinueuse chose dont tu ne sais le nom. Un coup oui, un coup non. Et qui connaît l’abandon. Puis la reprise. A pic. A pic de toi. Vertical diamant, serments encordés.

Hier tu pleurais et maintenant la rivière est à sa source. Jaillissement, tu te pardonnes. Tous ces moments où tu ne sais pas vivre.

Nous ne tenons à rien, je n’arrive plus à croire à quelque chose de connu. Il n’y a plus de maîtrise. Je suis l’objet de moi. Dans cette carcasse tout est possible. Je ballotte, je tremblote, je révolte, je géant, je rien, je pourtant. Qu’il y-a-t-il de consistant ? Dans une boîte à musique je danse, puis je m’assois pour humer l’air, et puis je me rends. Je me rends à moi-même à bout portant. Encordée entre celles que je suis et qui n’en font qu’à leurs têtes.

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janvier 9, 2011

Passagère

Un sac, un quai. Autour d’elle le tout défile dans ses cheveux. Elle se rappelle et elle oublie.

Un sac, une rue, un bus traverse une ville. Derrière se posent les ponts entre ses années.

Un sac, des escaliers, les uns descendent les autres montent. Tous au même endroit et elle, elle pose pied là où elle ne s’attend pas.

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novembre 25, 2010

Tiens

Ce soir je m’endors sur des idées simples.

Je m’endormirai

Vogue l’âme

 

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novembre 11, 2010

Madame Groult et nous

Merci Paola. Tu nous a raconté ta lecture récente de Benoîte Groult et tu m’as donné envie de lire d’elle encore, après sa Touche étoile.

J’ai emprunté Mon évasion à ma médiathèque et hier soir je pensais juste y jeter un premier oeil. Impossible. J’ai pris ce bouquin par tous les bouts. Le début, avalé en pages, la fin, boulimisée en totalité, le milieu (interview sur les Vaisseaux du coeur) gloutonné en trombe, impossible de m’arrêter sous les draps et la chaleur de la lampe qui voulait s’éteindre avant l’incendie de la table de chevet (mon ampoule y est trop forte !).

J’ai dormi dès le livre posé, les yeux fatigués, la migraine naissante, et ce matin j’ai noté mon rêve fort, que j’écrirai sur Ella, sans doute, mon blog des poèmes et mots qui viennent tout seuls.

Merci Paola. Mais que tu es coquine de venir taquiner comme cela mon esprit, enfin, je veux dire c’est Benoîte, bien sûr, c’est elle. Tous les passages sur lesquels je me suis ruée, hier soir, concernent l’amour et les choix de vies, de couple, et les comment.

Comment s’accorder la liberté mutuelle. Comment rester libres, ouverts et ne pas se recroqueviller sur le deux + deux = zéro au fil des années ? Tu le sais Paola, le couple sous le même toit et rien que cela ce n’est pas pour moi la bonne solution, ce ne peut être l’unique. Elle est même teintée de lâcheté, de peurs, bien souvent. C’est un challenge énorme que d’ouvrir les possibilités, et d’oser le dire et/ou le vivre. J’y pense tout le temps. Parfois je mets en action, parfois non, alors j’y pense encore plus.

L’homme qui est près de moi et que j’aime depuis 22 ans, n’a pas été le seul en 22 ans et c’est itou/idem pour lui. Nos toits n’ont été communs que les deux premières années et puis les cinq précédentes, actuelles. L’âge s’en vient, l’âge et la peur de vieillir nous accompagnent maintenant mais je veux croire en des ouvertures encore. Il faudra inventer. Déjà nous pensons à notre prochain toit et souhaitons avoir chacun nos espaces, certains espaces, bien séparés et peut être des morceaux en commun avec une amie ou deux, le rêve pour moi, mais pas facile, pas facile la mise en place.

Tout est possible. Madame Groult raconte tout cela, son contrat « open » avec son Paul. Les douleurs aussi. Même quand tu es sûr de l’autre, savoir qu’il (et elle) se permet d’être amoureux d’un autre être…Il faut traverser, traverser ensemble les ponts, les gouffres, et créer, créer pour dire ce qui ne peut être dit en temps et heure.

Mais l’être humain est fait pour aimer. Hier j’entendais Mme Deneuve dire qu’amour et bonheur n’allaient pas souvent ensemble, à son goût. Qu’elle n’était pas encore capable de bien les assembler et de trouver le bonheur, de s’en contenter, là où il était, sans doute, mais pas à ses yeux, pas à son coeur trop avide, trop inquiet.

Ce que permet l’amour qui s’ouvre aux autres, c’est de vivre des passions. Elle en parle bien La Benoîte. Voilà pourquoi j’ai encore fait ce rêve de toi. Toi, mon tout, mon ventre, ma déchirure, mon poison doux. Comment pourrais-je être encore sous le toit de mon amour, 22 ans après,  si je n’avais pas été dans ton lit ? Si tu n’avais pas pris ma vie, mon corps, ma raison. Pourquoi est-ce que je rêve que nous nous retrouvons enfin ? Parce que nous avons eu tort de tenter de vivre chaque jour ensemble ? Parce que nous étions amants, purement et totalement faits l’un pour l’autre et qu’il ne fallait pas mêler le quotidien à tout cela ?

Oui mais nous voulions tout, au bout de deux années avec et sans et toi aimant, amant de tant d’autres, tu voulais poser tes valises avec moi, nous avions tant désiré cela et nous avions 34 ans, je t’attendais, rien que toi sous mon toit. Voilà nous l’avons fait, deux ans après les murs s’écroulaient. Il faut des murs monter puis descendre. Il faut tout essayer.

Ensuite l’espace de vie augmente, la place pour soi, la place pour d’autres. L’amour est créé pour nous connaître, pour nous apprendre, pour nous vivre, nous étonner. Avec toute la douleur qu’il engendre il faut bien quelques compensations sonnantes à nos poignets. Des bijoux de belle danseuse qui connaît un peu mieux son solfège et sa musique et qui veut toujours recommencer.

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septembre 4, 2010

Le coude du rêve

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Comment ai-je pu rêver si près de toi encore ? C’est toujours l’histoire de nos corps comme s’ils vivaient une vie séparée de nous, du reste.

Dans le lit d’une grande pièce en rez-de-jardin deux chats couraient d’une fenêtre à l’autre et du dedans au dehors. Ton corps lourd et rond, ta peau pâle et le mien qui t’appartient et le tien qui m’appartient. Ton coude sur lequel je prends mon temps. Je le caresse, le mange et le lèche, pour remonter plus haut sans quitter le goût de ta peau. Et ton visage est dans le mien, est installé lascivement, ta jambe dépasse du drap. C’est toujours la même histoire, celle de nos retrouvailles au delà de nous, sans nous qui vivons ailleurs et faisons semblant de ne plus nous connaître.

J’ai laissé dans ton coude ma peau et mes lèvres, mon destin, la nudité de ma réalité. Dans cette journée qui commençait et deux chats taquins qui sortaient et entraient dans ce rêve. Nous, immobiles.