Archive for ‘se le dire’

juin 22, 2011

amie

Lundi je lui ai envoyé un e mail avec les photos de mon nouveau chez moi.

Elle est comme une soeur. Non, je ne vais pas écrire  « fut comme une soeur », pas pour elle. Pourtant je crois que cela fait deux ans qu’on ne s’est pas vues, volontairement. Un contre-temps ? Un avec-le-temps, une étape. Un moment pas synchro partagé et dit. ( Tu sais mes défauts…). Une violence entre nous, une violence d’amitié qu’on croyait inséparable pourtant. Elle avait dit « Il me faudra du temps ». Nous étions brisées. Des potiches cassées, fêlées, les larmes qui si souvent nous réunissent, les larmes en se quittant, les gorges sérrées en se retrouvant. Tout cela était en tempête, on avait lâché les rames.

Au bout d’une année quand même, on a compris que rien ne nous séparerait. Que maintenant ce n’était plus possible. Sans doute le pire de nos caractères, les fondamentaux de nos vies étaient gravés et nous fondent autant que nous creusent maintenant. Sa façon d’être mère à cinquante ans bien tassés avec ce petit dernier et toute son histoire. Ma façon d’être orpheline un peu avant mes cinquante années. A un moment il y a eu hiatus, un doigt coupé en pleine fête des mères chez elle, les urgences, le drame en moi, peu d’indulgence pour rien, tout qui flanche.  « Je n’ai rien à faire là » ai je dit. « Je ne reviendrai pas bientôt » Ai-je écrit.

Nous avons vécu l’une sans l’autre depuis. Chose inconcevable. On se connait trop. Il y a trop de manques. Et je l’aime, lui, presque autant qu’elle. Dans la cuisine il frôle mes cheveux, nous petit déjeunons ensemble, nous sommes confidences tous les trois, nous savons hors des mots. Elle adore mon Lui qui lui masse le corps comme elle aime ( c’est son métier faut dire…), elle entend ce qu’il ne dit pas, elle le connaît mieux que moi parfois.

Depuis que je suis dans cette maison je pense à eux tous les jours. Lui téléphoner ce n’est pas facile, c’est devenu quelqu’un qui a un emploi du temps infernal. Choix de vivre sa passion, de monter sa boutique et de s’y consacrer. Une boutique-lieu-de-femmes, lieu unique, presque son enfant, comme elle dit.

J’ai eu du bol alors, 13h30 pile poil. Je voulais entendre sa voix depuis deux jours. Lui faire savoir que je l’accompagnerai en pensées dans son voyage à Singapour auprès de son frère si malade. Elle ne voulait pas « Attendre qu’un jour il aille mieux ». Non, il a besoin maintenant, elle prend l’avion pour huit jours, elle est comme cela. Ils sont comme cela, tous les deux.

C’est dur d’entendre la voix de quelqu’un que tu n’as pas vu depuis longtemps, volontairement. C’est beaucoup et trop. Souvent je n’aime pas le téléphone pour les lointains. Ce n’est pas mon truc. Cela te fait faire des bonds émotionnels trop puissants et te laisse avec tout cela à digérer, il faut continuer à vivre sans l’autre auprès de toi. Trop compliqué.

Mais parfois il y a urgence. L’absence urge, le silence veut tout engloutir, tu ne veux pas. Pas là.

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février 24, 2011

Mea culpa et tutti

J’ai été horrible ce matin au boulot. Un coup de gueule, comme on dit, et pour une connerie. C’est là que tu vois que les coups de colères ne prennent pas les vraies cibles. Un peu de lâcheté.

Sur l’instant ça défoule un max. Le truc c’était juste : un de nos tableaux pour les cours d’alphabétisation que je cherche et que je trouve bousillé parce que quelqu’un a écrit avec un vrai feutre , jaune en plus, et non les feutres ad hoc. Je me doute que ça doit être une des bénévoles de ma collègue. On a des personnes qui nous aident, prennent des petits groupes en aparté.

Je fulmine et je tente d’enlever cette emplâtre. Je frotte, j’use du papier, du savon, je m’escagasse et réussis à enlever le maximum. Mais le tableau en a pris un coup. Faut vous dire qu’on bosse à minima avec tout, matériel inclu. Donc, un tableau tout propre, c’est un tableau qu’on bichonne, pas sûr d’en revoir un de sitôt.

C’est la pause de 10h et je passe voir la collègue dans sa salle et j’en mets un coup sur cette histoire de tableau. Je suis remontée comme une pendule, faut dire que depuis deux semaines j’en peux plus, j’ai plus toute l’énergie qu’il faut. C’est les vacances ce soir, j’ai hâte. Faut dire aussi que ma p’tite collègue est adorable mais n’a aucune autorité sur rien ni personne. Elle me dit  » Oui je sais, c’est Monique, mais qu’est ce que tu veux faire ?  » Je lui dis que la Momo je vais lui dire deux mots et qu’elle aurait pu au moins tenter de réparer sa connerie ( Et je pense tout bas : faut ti être con pour pas savoir qu’on écrit pas avec n’importe quoi sur ce tableau ? Elle le sait puisque d’habitude elle a les bons feutres !! grr)

– Je lui ai pas donné de feutre. Et je lui ai dit qu’elle avait fait une bêtise. On peut rien faire d’autre.

– Ben si, elle aurait pu passer un quart d’heure comme je viens de le faire, à effacer ses conneries et je le lui dirai.

Bam. La collègue est un peu verte et moi je quitte la pièce toujours remontée comme un coucou chinois. Non, je dis chinois because la collègue est asiatique et a une mère tyrannique qui lui a gâché son enfance, son adolescence et tutti. Du coup toute forme d’autorité lui est génétiquement impossible, un rejet total de tout point sur les i, une trouille et un laisser-faire vis à vis de tous ceux qui l’entourent. Bref mon opposé. Du coup, oui, on me refile tous les apprenants un peu compliqués, qui demandent d’être cadrés et accompagnés dans leur comportement. Parce que sinon une seule personne un peu demandeuse ou chiante lui casse son cours à la bibiche….

C’est là où tu vois que la colère prend des cibles ridicules au lieu de traiter le fond du problème. En vérité y’a pas de problème,  on se répartit très bien la tâche et je m’éclate totalement dans ce job. C’est moi qui aujourd’hui ai envie d’être tyrannique et de ne rien laisser dépasser. Point.

On est bien peu de choses. Pourtant la matinée a super commencé. J’étais à New York. J’errais. Je ne sais pas où j’avais la tête car je n’avais si sac ni papiers ni argent sur moi. Je me laissais aller dans les grandes avenues. Et puis j’avais faim et je ne sais comment je réussisais à avoir une assiette dans les mains avec un peu de viande et des légumes. Je marchais avec cette assiette. Il y avait une drôle d’ambiance.

Je me retrouvais dans des ruelles et des entrées d’immeubles, très anciennes, mal entretenues mais assez typiques et pleines de charme et j’étais étonnée de voir cela dans cette ville. Me faisant la réflexion que, bien sûr, j’étais sotte N.Y ce n’est pas que des buildings modernes, pas du tout. Je devais être à Brooklyn ou genre. Enfin….de ruelles en ruelles, je passe dans des dédales, cela devient compliqué. Je me réfugie dans un genre de garage, arrière cour de boutique et en fait je suis en Inde.

Je suis toujours avec mon assiette et je finis ce repas mais je m’inquiète. Tous les stores se ferment, dans tous les lieux alentours comme si on nous enfermait ou s’il y avait un couvre-feu mais il est 13h…Je suis dans une sorte de galerie de petites échoppes. Et puis je vais vers le store en fer et il y a un passage, en fait, un chemin ouvert qui me permet de sortir, de partir.

Je vais rejoindre le local d’une association où beaucoup de gens me connaissent et où sont mes affaires ( sacs, etc). Auparavant dans tout ce voyage errant, je suis une totale inconnue, étrangère, qui trouve des bouts de repères. Tiens, cette place avec des étudiants sur les marches, tiens ce monument, tiens, cette avenue et ce gratte-ciel…

Dans le local, l’histoire continue, très confuse. Une piscine où je nage toute habillée. Des morceaux de repas et des personnes attendues. Une désorganisation et en même temps une maîtrise. Des pièces qui s’imbriquent, des chaises en bois éparpillées, la lumière du jour rasant le sol.

Je suis partie au boulot encore empreinte de ce rêve entre des pays. Interrogative, envie d’en savoir plus, d’y retourner.

Alors bon, le tableau à effacer….il était de trop dans mon décor ?….

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février 3, 2011

Il y a des jours

Il y a des jours ou peut être même des semaines. Oui j’ai l’impression qu’un jour ne me suffit jamais pour marquer la page de ce livre. Ce livre que je n’écris pas, qui s’écrit tout seul. Il suffit sans doute de l’ouvrir un jour pour qu’il te raconte. Les pages se tournent sans les mains, parfois sans les yeux car je suis aveugle souvent.

Hier dans ma boîte aux lettres un simple objet qu’on nomme enveloppe. Cette enveloppe vient du notaire. Celui qui depuis trois ans se débat avec frère et soeurs, surtout le frère et la soeur. Parce que moi, loin, j’ai écrit il y a trois ans Faites, faites, moi je veux juste la séparation totale des biens. Le reste, je m’en fous.

Done. Did, fait, la preuve par quatre : ce chèque, ma « soulte » comme ils disent, j’aurais au moins appris un mot.

Fait. Dit. Executé. Après une volonté têtue, une profonde certitude et tout simplement l’impossibilité d’en être autrement. Moi, en être autrement. Je n’aurais pas pu. Voilà la fin, voilà le commencement. Trois années de souffrance  après six années de fin de vie en démence d’une mère qui ne savait plus par quel bout mourir et a attendu son frère, morte 24heures après lui, enfin. Puis le début de la fin des déchirements et la violence puissante entre nous trois. Les restants. Les restants, la progéniture. Trois entités débordantes, pétris de douleur, d’enfance sans commune mesure entre nous. Incapable de communiquer calmement sur les choses principales, les familiales. Trop. Trop de. Tout. Mélangé. Des volcans. Autant de vides que de pleins. Il fallait trancher. J’ai. Pris le couteau, ma mère aimait les beaux couteaux, et coupé ferme avec mes mots , par écrit, bien sûr. Même une rencontre était impossible, physiquement impossible pour moi. Après les cendres au Père Lachaise, il ne restait que les écrits pour dire. Mon corps porte encore l’explosion de ce que nous avons vécu, de nos affrontements devant un cercueil, devant les cendres répandues. J’étais partie seule après la cérémonie, pris le bus du Paris que j’aime et qu’elle adorait, et je ne pouvais plus les revoir, pas tant que nous n’ayions coupé en tranche le matériel, les choses et les murs,  et donné sa part à chacun.

Trois ans à le dire , sans démordre, malgré menaces affectives, lettres et coups de fil. Je sais dire non, j’avoue, c’est quelque chose que je sais dire et quand je le dis je le pense avec tout mon être. Ce n’est pas que cela me fasse plaisir, c’est souvent une question de survie pour moi, physiquement compris, mais cela personne ne peut le savoir ni le comprendre. Personne ne sait ce que mon être ressent et comment il me le fait savoir. J’ai un problème entre mon corps et mon âme et mon esprit : ils sont soudés, siamois, il n’y a pas de frontières entre eux. C’est un handicap, une sensibilité qui fait de moi son esclave et sa reine. Alors quand je décide de quitter, de me séparer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est une fuite, une survie, je suis en apnée, je ne peux plus respirer, je pleure, je tremble, je suis malade physiquement, mon cerveau est mou et fout le camp, je suis l’ombre de moi-même, alors je dois partir, laisser, m’éloigner. Dans le même temps je suis extra-lucide, affûtée sur ma cible, la cible c’est moi, et je sais très bien où je ne dois pas , ou plus, aller.

Je n’ai pas grandi. Je n’ai rien appris. Je suis immatûre, totalement. C’est ainsi. Ou bien je suis un tout, un genre de chimpanzé resté dans son arbre et qui veut juste qu’on lui foute la paix. T’as pas des bananes ?

Oyé ! Oyé !!

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janvier 22, 2011

Tourne la page

Une page se tourne. Pour moi une page se tourne. Quelque chose bouge entre les lignes. Entre mes frontières de ce pays que je ne sais.

Retournée au café m’abreuver de la terre entière. Envie de parler  à tout le monde. Pris le carnet de moleskine encore jamais entamé. Dessiné, écrit, regardé, rêvé, retrouvé.

Retrouvé tous mes troquets que j’ai aimé et qui m’ont fait, dans le coeur battant de la vie. Entourée. Entourant. Dans les bras je reprends. Et l’air et le tournant.

 

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janvier 15, 2011

Le monde est au dehors

Le monde est au dehors. Qu’est ce que je fous à rester chez moi ?

Je suis dans un troquet très joli. Vieilles chaises et fauteuils tapissés, bibelots relookés, lustres rococo, le tout dans des teintes pastels de gris, vert pâle, rouille, ocre, avec petits tableaux et grands miroirs en dorures écaillées. Des femmes parlent haut et fort, on entend qu’elles. Elles sont commerçantes dans la rue piétonne, les boutiques vont ouvrir, fringues, chaussures de marque. Elles ont pris la table près de la baie vitrée , table basse et fauteuils autour, près du bar. Elles connaissent la patronne.

Je me suis mise au fond. Plaque de marbre et pieds en fer forgé, bougie sur la table, meuble de récupération à côté, avec tiroirs à grosses poignées de cuivre. J’ai acheté un journal, avec son supplément « Livres ». Boudiou ça faisait longtemps ! J’ai bu mon café, je l’ai même sucré et j’ai mangé un croissant, dévoré, même, gros et beurré. C’est l’aventure, ce sont des retrouvailles.

Le ciel d’hiver craque sous le soleil, un peu brumeux, il est presque dix heures du matin. Le Monde est dehors, le Monde n’est pas dedans, pas dans ma maison où tout finit par se rapetisser et se rapiécer, maladroitement ces derniers temps.

Tiens, je vois passer cette femme aveugle et son chien. Jolie, toujours pimpante, habillée de couleurs et de tissus qui flottent, elle marche droite, sûre, partout où je la croise. Rues, magasins, marché. Elle semble totalement libre de ses pas comme si c’était son chien qui la suivait et non le contraire. Elle a des yeux quelque part, je ne sais où, elle a beaucoup plus que moi. Elle a un cabinet de kiné, elle m’épate. Elle sait, elle, que le monde est dehors et elle y va avec ses grands pas. Elle est grande, légère, agile. Tiens, elle a encore changé la couleur de ses cheveux courts. Parfois je lui dis bonjour, parfois une caresse au chien si doux et si intelligent.

Elle passe, elle est déjà partie loin. Je regarde le dehors. Devant moi les deux sièges Louis quelque chose, ils sont marrants. Dos sculptés finement, tissu à matelas saumon à grandes fleurs passées. Passées.

La vie est au dehors et dans ce troquet. Sortir de chez moi. Je me suis oubliée à l’intérieur depuis trop longtemps.J’avais perdu le goût. Je m’étais fait mal, en 2009 j’avais dû partir plus tôt de chez une amie très chère. Coupé le doigt dans un mixer un jour de fête des mères. Il y a des dates qui ne pardonnent pas. Malaise global, sur toute la ligne, incompatibilité de tout, de tout ceux qui m’aimaient de loin.  J’étais handicapée. J’étais apeurée, je me couvais comme je pouvais. Bientôt deux ans de cela et je commence tout juste à me servir normalement de ce doigt accidenté. Et je commence à pouvoir aller.

2011. Autre jour. Le jour dit, ce jour, retrouvailles avec celle de moi laissée loin là-bas. Je suis enfin seule dans un beau café comme j’aime. Avec un journal, avec le Monde dedans et dehors que je vois et qui me voit. J’écris ces lignes sur une pochette en papier et il n’y a plus de place, le papier est noirci et ravi, comme moi. Dehors le monde dit, m’attendait, me retrouve.

En payant, je discute avec la patronne, je lui dis : Je viens de retrouver ce plaisir, ici. Je reviendrai.

janvier 7, 2011

Huit jours maudits

Il m’est arrivé une drôle de chose. Je ne sais pas si je dois m’inquiéter ou non, je ne sais ce que je dois retenir et tout laisser et oublier mais oublier je ne pourrai.

Pendant huit jours exactement, presque à l’heure près, ma vie a basculé dans le sombre. Comme je ne suis pas seule à partager ma vie, je ne sais qu’en penser, je ne sais ce qui de moi, de l’un, de l’une, de celle-ci, de lui…Quels mauvais ingrédients se sont mêlés à ma soupe pour en faire un truc imbuvable. Bien des choses, certaines que j’ai vues, d’autres que je ne sais pas. Mais le problème c’est que mon coeur a été troué. « Un trou dans mon coeur » est une expression que je n’emploie pas à la légère. Je l’emploie quand je la ressens, pas juste pour imager une histoire, pas pour romancer ni inventer au delà.

Non ce n’était pas une fiction. Des mots et des phrases, lus, entendus, par des gens que je connais un peu, puis par un amour fidèle, ont déclenché un seïsme en moi. Mon être a été malmené, dégoupillé, désarçonné, plié, écrasé de déroute. Et mon coeur transperçé, meurtri, loin. Mal.

Ce qui m’a surprise c’est la violence de mes ressentis, et leur profond ancrage, comme une racine très lointaine mais qui m’arrachait à tout bonheur. Comme une malédiction posée, revenue, un génie malfaisant, une cicatrice ouverte, mortellement. Oui, ça fout les pétoches.

Ce qui m’a surprise c’est le timing, les huit jours précis. Je peux trouver des tas d’analyses, d’explications plus ou moins bonnes, entre moi et moi et lui, et moi et lui encore perdu là-bas, et oui, ce foutu foutu calendrier dont j’ai déjà parlé. Sans doute de ces dates où nous avons subi un choc émotionnel tel qu’au  tréfonds de notre mémoire intime, au tréfonds de nos neurones, de nos peaux, de nos os, se croisent des noeuds électriques, électrifiés, comme des barbelés de notre inconscient. Et Paf.

Ce qui m’a surprise c’est qu’on pourrait trouver que ce n’était pas grand chose. Juste des moments tendus dans un quotidien d’habitude serein. Et pourtant j’ai été sidérée et retournée comme une crêpe. Comme quoi chacun prend à sa façon ce qui passe dans l’air et se dit. Pour certains pécadilles, pour d’autres bombes à retardement. Parce que le puits est là, et jette la pierre, tu verras, tu ne l’entends pas toucher le sol, la pierre vole à vitesse grand V. et tu ne savais pas. Ce puits là, là, encore pour toi, toi, il est le tien et tu ne maitrises plus rien. Cette pierre qui tombe, ce qu’elle cherche, ce qu’elle retrouve, ce qu’elle te dit. C’est le trou dans ton coeur qui retrouve ses petits.

Paf ? Mêlé au présent ? Sarabande en vrac ? Une louche de breuvage d’une vie insoluble ni dans maintenant ni dans l’avant, ni tout de suite ? Bulles de gaz toxique qui éclatent en surface, réminiscences de nausées vastes, d’abandon, de ces moments où l’amour est au sol, la vie par terre et toi, toi en bouillie. Sas de décompression, où l’air manque, où la survie a un prix, où tu peines, et goûtes l’amer, tu cloues le sol de ton front, tout est perdu. Ta lâcheté est pieds nus sur les braises, tu oses regarder en face ce qui ne te retient plus, ni là, ni lui, ni elle, ni toi ?

Huit jours où la vie change toute. Pendue par les pieds. Où tout est dérangé, rien n’a le sens que tu connaissais.

Secoué. Apeuré. Rien d’autre à faire que trouver des réconforts, des pistes de vivre, parler, avoir la chance d’être encore écouté et aimé. N’importe où, quelque part, quelqu’un, quelque chose. Et tout à coup tout s’apaise. La tempête est partie. Ici le mistral , le vrai, dure trois à cinq jours de folie. Huit jours cette fois, en moi, un ouragan  m’a mis à sac. Je ne l’oublierai pas. Il m’a posé des limites. Il a nommé l’effroi. Il a signé des possibles. J’ai une marque indélébile sur le coeur, une marque que je connais, que je crains mais, je le sais, qui fait aussi avancer, creuser et partir, décider et aller vers soi. Seul. Dans ce mystèrieux en nous qui fait qu’on tient encore ou qu’on lâche. Qui fait qu’on ne sait rien et que rien n’est acquis,rien, jamais rien et toujours.

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décembre 7, 2010

Ecrire ensemble

Ecrire ensemble une histoire, une histoire un peu folle.

Avoir chacun un personnage à faire vivre et avoir un « pilote dans l’avion », c’est à dire un Chef de Gang qui recueille nos textes à foison et les trie, les range, les garde au chaud dans les bons tiroirs parce que cette personne a une vision à long terme et gère toute la pagaille engendrée par des auteurs qui inventent au fur et à mesure.

Cette personne c’est Lise. Elle a ouvert un blog avec un projet d’écriture 2011. Elle a créé un synopsis et une trame de personnages. C’est ouvert à tous.

Il y a encore de la place,  (RECTIF du 11/12, comme l’indique le commentaire de Lise, il n’y a plus de place…) et c’est un lieu où l’ouverture et la créativité peuvent prendre des ailes.

C’est là

ensemble2011

Les textes sont mis en privé, donc c’est juste un coup d’oeil frustrant que tu peux avoir si tu vas sur ce blog. Mais si tu sens des frémissements et une folle envie de participer ( il faut un gros brin de folie, je te le dis) alors il faut écrire à la Patronne, Lise : lise.genz@yahoo.com.. Il faudra attendre la suite de nos aventures , hi hi !

Voilà, c’est dit. Pour ma part c’est le troisième blog participatif dans lequel j’embarque et pour moi c’était pile poil le moment, l’heure, le jour, l’année, la seconde. A chaque étape l’envie d’écrire se vérifie et ça bouge, ça se renforce et j’apprends énormément.

Découvrir et apprendre sont les moteurs de mon envie de vivre, alors. OUI.

novembre 24, 2010

Se retrouver

C’est bien d’avoir du temps.

Je ne sais pas comment cela m’est venu mais je sais quand. Et je crois que j’ai renoué en quelque sorte. Retrouvé, repris à la source ce cours.

C’est bien d’avoir le temps. Ce n’est pas toujours facile, il faut avoir beaucoup à dire et à taire. Il faut s’assoir et attendre. C’est cette façon de voir les choses. De ne plus pouvoir laisser passer, être sûr qu’on sera là au bon moment. C’est pour cela qu’il faut du temps. Et lui offrir gîte et couvert.

Je ne sais pas comment c’est revenu, même si je sais quand puisque c’est le deuil qui a fait. J’ai presque envie de dire Merci à celle qui. Dans sa douleur et sa misère de mourir si lentement. J’ai presque envie encore de la remercier. Me mettre au monde et à nouveau m’offrir cette chance, ce luxe, de continuer à dire non, de changer de position, de tout défaire encore. Comme ces centaines de valises qu’ensemble nous faisions.

 

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novembre 21, 2010

Quand l’amour part faire un tour

Parfois l’amour s’en va. Pourtant il y a toi, pourtant il y a moi.

On ne sait pas où il va. Je ne sais pas. Il laisse moi. Il nous laisse avec nous mêmes et débrouillez-vous avec vos conneries mon p’tit gars.

Il laisse un immense miroir qu’au début tu ne vois pas. Comme toujours tu fais la sourde oreille, tu as du noir aux yeux, tu inventes des prétextes, tu joues à l’autre. Mais le miroir est là.

Quand l’amour s’en va c’est pour te laisser avec toi, petite pimbêche, petit grognat. Maintenant tu vois ce miroir et tu vois ta lâcheté et ton mauvais fond. Fond de commerce, boîte à petits pois chiches. Chiche dans la tête. Tu vois.

Il faut du courage pour affronter la lâcheté de l’amour qui dure. Il faut du courage. Le courage d’aimer en se disant. D’être soi. Le silence pèse la mort, les renoncements friseront ton cercueil. Belle avancée dans ta lâcheté.

Alors quand l’amour s’en va, il fait semblant de te laisser. Tel un jeu de cache-cache mais au début tu ne sais pas trop qui joue avec qui , quoi, comment. Il faut apprendre le jeu, bien longtemps, se faire prendre, rester caché aussi pendant que personne ne te cherche plus. Là t’as l’air d’une belle andouille, princesse aux pieds nus, personne pour tendre l’oreille. Mangée crue.

L’amour te laisse pour que tu te voies. Pour que tu lui dises encore et encore qui tu es, tes faiblesses et ce que tu ne veux pas. On ne sait pas ce qu’on veut, on sait ce qu’on ne veut pas ou plus jamais. C’est nous les femmes, sans doute, nous sommes comme cela ?

Alors le miroir ramassé tu t’es regardé. Tu as baissé la colère en toi, tu as ramassé du courage, dans ce miroir au fond, il faut trouver. Tu diras ta lâcheté, tu diras ce que tu peux. C’est ce que l’amour attend de toi. Sinon il s’en ira ou fera tout comme en restant l’ombre de toi et ça, tu ne veux pas.

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novembre 16, 2010

L’ascenseur

La petite fille serre fort la main de ses parents. Elle va rue Henri Duchêne, un des premiers nom de rue qu’elle retiendra, Paris XVeme.  Sur la plaque bleue est noté qui était ce monsieur, je ne sais plus, je n’ai plus besoin.

L’immeuble de ses grands-parents et une de ces bâtisses en pierre de taille où le nom de l’architecte est gravé dans la pierre. Plein de voitures garées dans la rue, il faut tourner pour trouver une place, ils connaissent les petites rues adjacentes, les bons endroits, mais il faut tourner et chercher, cela laisse le temps au coeur de battre plus fort. On est presque arrivés.

On a laissé la Normandie sans racines et pleine de pluies, mais qui se remplira d’amis sûrs, autant pour elle que pour ses parents, bien plus que l’affreux Lyon des années 60 où elle a juste vu le jour. Un hasard, ils auraient pu habiter Toulouse, Versailles où est né son père, où Lille.  Rouen aussi c’est un hasard, une ville qui s’industrialise de plus en plus à cette époque, une mine d’or pour les cadres d’entreprise.

Mais à Paris le coeur bat, l’histoire de leur vies, de leurs familles, aux deux parents, s’est scellée, sur plusieurs générations. Rue Henri Duchêne, la petite fille qui arrive aux mollets des adultes, trouve déjà le voyage exotique. Il y a une première porte en fer forgé pour accéder au hall de l’immeuble. Un immense miroir et les boîtes aux lettres en bois et cuivre, bien sûr. Une autre porte et là on accéde à l’escalier et à l’ascenseur. C’est sûrement dans cet ascenseur qu’elle a su que les valises s’ouvriraient pour elle, que le rêve devrait remplir la vie, parce que sinon ?

Existe-t-il encore de tels ascenseurs dans les immeubles parisiens ? Ce n’est pas un ascenseur, c’est un aspirateur de poésie, un lieu de science fiction, pour la petite fille, et même plus grande, elle se régalera de cet objet, elle en veut encore, elle voudrait y vivre.

C’est une cage en fer forgé noir dans laquelle il y a une boîte en bois et vitres. Tu ouvres la porte en fer forgé avec une clenche allongée, ça fait du bruit. Et tu pousses les deux battants de l’habitacle en bois. Il restera juste une petite fente d’air entre les deux battants, une fente que la petite fille scrute avec inquiétude. Et si ça s’ouvrait ? Car rien n’est tout à fait fermé sauf l’entourage en fer. Si l’ascenseur reprenait sa vie autonome, s’ouvrait, délivrait les passagers  dans les airs, dans le monde merveilleux d’où il vient, rempli d’oiseaux, de forêts, de jungle et d’éléphanteaux ?

Pendant que l’ascenseur s’élève, on voit toute la cage d’escalier autour qui s’élève aussi. Cela tourne presque la tête. Or donc tu bouges verticalement et tu le vois, tu vois tout autour, les murs grimper, les étages défiler, la pesanteur s’enfiler dans les airs comme dans un parapluie géant sous le vent. Ca donne encore plus le tournis quand un des enfants monte par l’escalier en même temps. Il te suffit d’un pas agile, monter les marches deux par deux, pour aller au même rythme que la cage de bois magique. Et là on rigole bien de voir l’un qui tourbillonne autour de l’ascenseur et l’autre immobile comme un pot de fleur dans la boîte rigolote, avec ses câbles noirs et souples au dessus, tous visibles, comme des fils de marionnettes suspendus dans le vide et qui s’articulent tout seuls.

C’est un temps où on voit tout et on ne sait rien. On vit d’inconscience et de découvertes en découvertes. On s’en couvre de la tête aux pieds et on s’y forge pour toute la vie.

C’est ainsi qu’à l’étage c’est la grand-mère qui ouvre. Tout craque sous les pieds, l’escalier et son tapis tout du long, le couloir, le plancher, tout marque les pas, comme pour prévenir de ce qui se vit. Et la petite fille entend tout cela, tout. La grand-mère qui ouvre est douce, elle a un accent quand elle parle, quelque chose d’exotique à nouveau. La musique de ses mots est particulière et elle roule les R, c’est chaud. Pourtant elle n’est pas du Sud du tout du tout puisqu’elle était québécoise. Elle a de longues mains frêles où les veines bleues se tissent et remplissent en courant vers les bras. La petite fille a peur et aime. Elle trouve que c’est toute la fragilité et la gentillesse de cette grand-mère qui court dedans. Cette dame est grande, trop grande par rapport à son mari, alors elle se courbe et se penche tout le temps, sur tout le monde, avec son sourire étincelant qui barre tout son visage en bas. Sa voix est douce, elle est calme, et avec les R qui roulent dedans on se sent tout emmitouflé.

Dans l’ascenseur le coeur bat, dans la voiture pour se garer le coeur bat. On est sur le territoire. Son père et sa mère sont heureux, ils ont toute la ville à lui montrer. Dans l’appartement tout est extraordinaire. Les photos en noir et blanc de la guerre du grand-père. Il est petit et rempli de muscles, resserré, et il est en même temps comme une peluche, comme un doudou pour la petite fille. Il est vif et drôle, il n’a plus besoin d’être autoritaire en diable, il a lâché et il ne reste  plus que toute sa bienveillance et son immense générosité.

La petite fille était une sauvage. Parfois elle se réfugiait vite en haut, dans sa chambre, quand ils venaient chez elle. Elle était envahie sur son territoire à elle, elle était inquiète. Il lui fallait rassembler ses esprits seule, puis descendre enfin en bas, prête à se laisser embrasser à satiété. Quand ils sont morts la petite fille était en pleine fin d’adolescence et toute jeune femme, elle essayait d’être par elle même, elle n’avait conscience de rien d’autre et tout allait très vite, à dix-sept ans elle vivait sa vie. Cela lui occupait 300% de son temps d’être elle-même et pas une autre et pas une copie et surtout pas ce qu’on attendait d’elle. Il fallait lutter sur tous les fronts, c’était sa guerre de 14 à elle. Les photos en couleurs en prime. Alors elle était loin et totalement absente quand ils sont morts.

Lui d’abord. Lui en forme, qui posait son képi au fond de la baignoire et allait le prendre avec ses dents, jusqu’à 70 ans, dit la légende. Sa femme l’a rejoint huit mois après, mais dans sa solitude , dans cet appartement du XVeme, la jeune femme n’a pas mis les pieds, et à peine un courrier sans doute. C’est qu’elle était débordée par sa jeunesse, son ivresse, sa désespérance, non elle n’avait pas conscience qu’il aurait fallu courir chez cette grand-mère et l’écouter jours et nuits.

C’est comme cela qu’aujourd’hui elle s’arrête auprès de tous les p’tits vieux sur les bancs pour les faire causer et mettre des billes dans leurs yeux. C’est comme ça qu’elle écrit à ses amies qui ont plus de 80 ans, famille ou pas, elle leur colle des fleurs sur du carton découpé, elle n’a jamais eu peur du ridicule et ses amies adorent ça. Aujourd’hui elle a juste peur de vieillir comme un vieux sac oublié dans une gare, sans destination, sans passagers.

Ce matin je me suis réveillée et sur l’oreiller c’est l’ascenseur qui m’attendait, avec sa porte lourde en fer forgé noir et ses deux battants de bois qui claquaient avant de se faire face. Juste le souffle d’air entre eux deux quand la machine grimpe. On a tourné pour trouver de la place. On est arrivés.

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novembre 13, 2010

Lettre amie

Moi aussi je pense souvent à toi et à cette absence… Je me disais même il y a quelques jours, qu’il faut que je vienne te voir.

Oh l’amitié, ma soeur de coeur. Oh celle qu’on ne veut pas perdre, qu’on ne peut pas perdre, qu’on voudrait encore là au dernier jour.

Oh les coeurs qui pleurent et rient. Oh le manque de l’autre. De toi qui dis  : Si c’était à refaire, je prendrais femme et ce serait toi.

Oh cette longue année en brisure, fragilité et manque de nous. Moi qui me suis mise à la porte, enfermée loin. Toi qui as pensé que je te l’avais claqué au nez, la porte de chez toi, et le choc fut si brutal. Il faut une vie pour se connaître et défaire et tricoter l’amitié. Toutes les deux nous avons perdu des êtres chers, c’est notre salut. Nous savons le coût de ces pertes. Chaque ami est une pièce du puzzle, il manque à jamais.

Je reviendrai. Je, tu, le, sais. Ce ne peut être autrement, plus maintenant. Je ferai tout pour te garder, je prendrai tout le temps, je pèserai les mots, je te laisserai le silence.

Je veux nos thés au soleil, je veux nos dîners seules au fin fond des restaurants. Je veux nos rires en vacances, je veux la douceur dans la cuisine et la popotte autour du feu. Je veux tes tisanes, je veux mes sauces de salade, je veux dans la salle de bains nos échanges de crèmes et de shampoing.

Je veux aux terrasses des cafés les serveurs souriants en nous demandant Mais vous êtes soeurs toutes les deux, non ? Et nous de nous regarder malicieuses, depuis tout ce temps, 28 ans, et ne rien dire, en rigolant.

 

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novembre 11, 2010

Madame Groult et nous

Merci Paola. Tu nous a raconté ta lecture récente de Benoîte Groult et tu m’as donné envie de lire d’elle encore, après sa Touche étoile.

J’ai emprunté Mon évasion à ma médiathèque et hier soir je pensais juste y jeter un premier oeil. Impossible. J’ai pris ce bouquin par tous les bouts. Le début, avalé en pages, la fin, boulimisée en totalité, le milieu (interview sur les Vaisseaux du coeur) gloutonné en trombe, impossible de m’arrêter sous les draps et la chaleur de la lampe qui voulait s’éteindre avant l’incendie de la table de chevet (mon ampoule y est trop forte !).

J’ai dormi dès le livre posé, les yeux fatigués, la migraine naissante, et ce matin j’ai noté mon rêve fort, que j’écrirai sur Ella, sans doute, mon blog des poèmes et mots qui viennent tout seuls.

Merci Paola. Mais que tu es coquine de venir taquiner comme cela mon esprit, enfin, je veux dire c’est Benoîte, bien sûr, c’est elle. Tous les passages sur lesquels je me suis ruée, hier soir, concernent l’amour et les choix de vies, de couple, et les comment.

Comment s’accorder la liberté mutuelle. Comment rester libres, ouverts et ne pas se recroqueviller sur le deux + deux = zéro au fil des années ? Tu le sais Paola, le couple sous le même toit et rien que cela ce n’est pas pour moi la bonne solution, ce ne peut être l’unique. Elle est même teintée de lâcheté, de peurs, bien souvent. C’est un challenge énorme que d’ouvrir les possibilités, et d’oser le dire et/ou le vivre. J’y pense tout le temps. Parfois je mets en action, parfois non, alors j’y pense encore plus.

L’homme qui est près de moi et que j’aime depuis 22 ans, n’a pas été le seul en 22 ans et c’est itou/idem pour lui. Nos toits n’ont été communs que les deux premières années et puis les cinq précédentes, actuelles. L’âge s’en vient, l’âge et la peur de vieillir nous accompagnent maintenant mais je veux croire en des ouvertures encore. Il faudra inventer. Déjà nous pensons à notre prochain toit et souhaitons avoir chacun nos espaces, certains espaces, bien séparés et peut être des morceaux en commun avec une amie ou deux, le rêve pour moi, mais pas facile, pas facile la mise en place.

Tout est possible. Madame Groult raconte tout cela, son contrat « open » avec son Paul. Les douleurs aussi. Même quand tu es sûr de l’autre, savoir qu’il (et elle) se permet d’être amoureux d’un autre être…Il faut traverser, traverser ensemble les ponts, les gouffres, et créer, créer pour dire ce qui ne peut être dit en temps et heure.

Mais l’être humain est fait pour aimer. Hier j’entendais Mme Deneuve dire qu’amour et bonheur n’allaient pas souvent ensemble, à son goût. Qu’elle n’était pas encore capable de bien les assembler et de trouver le bonheur, de s’en contenter, là où il était, sans doute, mais pas à ses yeux, pas à son coeur trop avide, trop inquiet.

Ce que permet l’amour qui s’ouvre aux autres, c’est de vivre des passions. Elle en parle bien La Benoîte. Voilà pourquoi j’ai encore fait ce rêve de toi. Toi, mon tout, mon ventre, ma déchirure, mon poison doux. Comment pourrais-je être encore sous le toit de mon amour, 22 ans après,  si je n’avais pas été dans ton lit ? Si tu n’avais pas pris ma vie, mon corps, ma raison. Pourquoi est-ce que je rêve que nous nous retrouvons enfin ? Parce que nous avons eu tort de tenter de vivre chaque jour ensemble ? Parce que nous étions amants, purement et totalement faits l’un pour l’autre et qu’il ne fallait pas mêler le quotidien à tout cela ?

Oui mais nous voulions tout, au bout de deux années avec et sans et toi aimant, amant de tant d’autres, tu voulais poser tes valises avec moi, nous avions tant désiré cela et nous avions 34 ans, je t’attendais, rien que toi sous mon toit. Voilà nous l’avons fait, deux ans après les murs s’écroulaient. Il faut des murs monter puis descendre. Il faut tout essayer.

Ensuite l’espace de vie augmente, la place pour soi, la place pour d’autres. L’amour est créé pour nous connaître, pour nous apprendre, pour nous vivre, nous étonner. Avec toute la douleur qu’il engendre il faut bien quelques compensations sonnantes à nos poignets. Des bijoux de belle danseuse qui connaît un peu mieux son solfège et sa musique et qui veut toujours recommencer.

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novembre 8, 2010

Trois ans après

Je commence à pouvoir penser à ma mère dans ses joyeux moments de vieillesse, enfin avant l’enfermement, bien sûr.  C’est à dire avant ses 79 ans. C’est comme si elle me faisait signe qu’il faut que j’ouvre un peu ma boîte à souvenirs et que, maintenant, elle et moi on va pouvoir laisser un peu l’horreur de côté.

Il n’y a rien de pire que de subir l’enfermement de quelqu’un que tu aimes et qui ne veut pas être là où il est, entouré de vieillards, par ex. C’est un de ces trucs épouvantables dans notre société non civilisée pour trois sous, d’enfermer les vieux tous aux mêmes endroits. J’écoutais l’autre jour une émission qui disait que ces institutions horribles sont déjà dépassées dans certains pays. Pourquoi faut-il que l’être humain soit si con, prenne autant de temps, de générations, pour abolir des systèmes, les faire évoluer vers du mieux, du mieux pensé, mieux adapté ? Il faut des lustres , des malveillances , des tonnes de  maltraitances, des inepties, des calvaires à la pelle… Il faut, encore et encore, pour que quelque chose change. Tous ces lieux où sont rassemblés les exclus de la société sont des lieux infâmes. Handicapés regroupés, vieux à la chaîne dans de splendides maisons de retraites, retraites mon cul oui ! Et puis, bien sûr, le Pompon aux prisons. L’apocalypse sur terre. L’état d’avancement d’une société se mesure à l’état de ses prisons, nous dit Badinter l’infatigable.

Il faut le voir pour le croire. C’est sans doute cela. Et encore. Certaines familles ne voient rien, ne veulent rien voir. Et je confirme, c’est beaucoup plus simple de faire sa petite visite de courtoise à mamie ou maman quand tu ne vois pas trop. Passe une journée, passe des heures, mange à sa table, bave avec les autres, observe la douche, regarde la partir dans la salle de bains entre deux aide soignantes, incruste-toi à l’heure des lits à changer, traîne dans les couloirs, discute avec le personnel, avec compassion et écoute. Et vois.

Alors évidemment, après , ben ta vie n’est plus pareille. Chez moi on cumule, on a vu l’intérieur de plusieurs institutions qui enferment : prisons, hôpitaux psychiatriques, centres pour handicapés ou pour vieux..que ce soit pour des raisons personnelles ou professionnelles, on sait ce qui s’y passe. (Et d’ailleurs l’hôpital tout court a son lot terrifiant aussi, crois-moi.)

Alors bref, oui un jour le calvaire de ma mère a cessé, ce fut un soulagement. Ne plus avoir ses parents est un grand pas, une marche immense, un pouvoir sur la vie qui te pogne jusqu’aux dents. Plus rien n’est pareil. Je l’ai déjà dit, je le redis, c’est une chance. Une ouverture, un tournant à prendre. Of course, je te souhaite de vivre cela dans la chaleur d’une jolie famille. Moi la famille c’est pas mon truc, tu le sais. C’est la structure infernale la plus pathogène que je connaisse. La course aux non-dits et au bien-pensant. La foire d’embrouille. Alors Oh Patatras, les degâts dans la fratrie, le grand tralala. Ah tout ce qu’on ne s’était pas dit et qui sort en actes. Oh le joyeux Notaire qui se frotte les mains, trois années après va-t-on enfin se le répartir ce patrimoine ? Et celui qui a eu le moins d’amour veut le plus de pesos, de pépèttes, de meubles, de murs, de billets, de vue sur la mer, de tout, pour lui, enfin, le fils mal aimé. Oh la belle embrouille !

Alors ouf ? Un jour pouvoir penser à ceux qu’on aimait juste tels qu’on les aimait, en oubliant les désespoirs, la souffrance sans fond, l’abandon, les erreurs, les grands grands malheurs ?

Penser à eux juste quand la vie les aimait aussi. Comme ils étaient drôles et bons, comme c’était doux et on ne savait rien de ce qui serait. Juste effacer la mémoire trop tranchée. Pagayer dans les sourires, boire des jus roses et bleus.

Se remplir et ne plus se vider. Laisser respirer les écorchures. Trouver pour soi un autre corps, une autre armure. Laisser l’amour faire son deuil. Oublier. Oublier ce qui ne fait que creuser ta tombe et en plus tu ne ferais que la regarder, pas capable de t’y pencher.

Alors oublier puisque tout a circulé en moi dans tous les recoins. D’une seule pièce de traces indélébiles, je suis faite, je vis. Il faudra trouver un chemin.

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octobre 16, 2010

Toi et moi

Aujourd’hui tu as pris le train. Je suis montée debout sur le banc pour te faire signe de la main.
Une heure après tu m’as écrit « Tu ne sais pas combien je t’aime ». Et depuis, moi j’ai le monde au bout des mains. J’écarte mes bras en dansant chez moi. Je tourne et j’ai le monde au bout des doigts. Je dis merde à la mort, je dis merde à nos corps, je suis au delà. Tu es au delà. Et ça, je le sais, je l’ai su tout de suite. Je l’ai quitté lui quand je t’ai trouvé toi. Tu ne voulais pas. Tu trouvais que j’allais trop vite. J’ai lancé des cailloux à ta fenêtre dans la première nuit mais tu n’as rien fait, rien dit cette fois là.
Pourquoi veut-on un amour ? Pourquoi veut-on être aimé ? S’attirer un être à soi, à soi. Parce qu’on ne se dit pas assez « je t’aime », chaque jour. A toi qui me voit, qui lit cela, à moi. C’est simple de dire je t’aime, il suffit de prendre le monde dans ses bras. Pas la peine d’avoir des amoureux pour cela. Il y a toi, il y a moi. Regarde-toi, regarde-moi. Il y a déjà.
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