Archive for ‘travailler ?’

janvier 27, 2011

Assemblés

Ce matin des z’artistes décorateurs plasticiens sont venus déposer une structure de tête de drakkar dans le hall de la Maison citoyenne ( ex MJC-centre social ) où je travaille (un peu, pas trop hein ! ).

Oh c’était gai ! Le groupe de femmes analphabètes avec lequel je bosse va aider à recouvrir cette structure métallique avec un genre de mousse. Elles se sont retrouvées en petits groupes autour d’une table pour apprendre à découper au cutter et à coller des courbes avec la colle néoprène. Raphaëlle, une des zartistes, est au poil avec elles. Il y a aussi deux autres accompagnatrices. C’était notre première matinée, il y en aura cinq. Tout cela c’est pour le carnaval de la ville.

Ces dames sont contentes. Je ne savais pas trop…Elles viennent pour apprendre le français, en fait c’est comme un prétexte, elles viennent surtout pour sortir de chez elles. Mais j’ai fait le guignol, je leur ai présenté la chose avec force de sourires et Raphaëlle a montré des tas de photos, y compris de marionnettes géantes que la compagnie a faites au Maroc, chez ces dames donc…

Autour de la grande table, dans la grande pièce-atelier, les petites mains pressent fermement les bouts de mousses qui se rejoignent. Les sourires et la concentration. « Il fait faire joli » elles disent.

Simplement se réunir pour créer, même un petit bout de mousse qui s’assemble. S’assembler. Les choses simples qui coulent et s’animent. Je me souviens au Nord Laos, un genre de bibliothèque que nous avions construite dans un village. Les enfants assemblés. Au dehors il y avait une cahute de paille et bambou, avec des livres aussi. Des livres de dessins, des bandes dessinées, que nous faisions. Les enfants se posaient là, dehors, à deux ou trois et tournaient les pages. Parfois très sérieux, parfois en riant, tenant fermement les livres, parfois un livre pour trois ou cinq. Sous le soleil, sous la tiédeur matinale de là-bas.

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novembre 24, 2010

Se retrouver

C’est bien d’avoir du temps.

Je ne sais pas comment cela m’est venu mais je sais quand. Et je crois que j’ai renoué en quelque sorte. Retrouvé, repris à la source ce cours.

C’est bien d’avoir le temps. Ce n’est pas toujours facile, il faut avoir beaucoup à dire et à taire. Il faut s’assoir et attendre. C’est cette façon de voir les choses. De ne plus pouvoir laisser passer, être sûr qu’on sera là au bon moment. C’est pour cela qu’il faut du temps. Et lui offrir gîte et couvert.

Je ne sais pas comment c’est revenu, même si je sais quand puisque c’est le deuil qui a fait. J’ai presque envie de dire Merci à celle qui. Dans sa douleur et sa misère de mourir si lentement. J’ai presque envie encore de la remercier. Me mettre au monde et à nouveau m’offrir cette chance, ce luxe, de continuer à dire non, de changer de position, de tout défaire encore. Comme ces centaines de valises qu’ensemble nous faisions.

 

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septembre 13, 2010

Partir. Se taire. Laisser la source entre les mains.

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Laisser faire. Observer. Se taire en écoutant de façon bienveillante. La plupart du temps s’imposer, s’interposer, dire, proposer, ne sert pas tant que cela. Avoir la patience de laisser l’autre, lui faire une place, comme devant une fontaine, creuser ses mains pour faire couler la source.

Balivernes le reste ? Clin d’oeil à un lecteur un peu étranger qui a découvert ce mot, balivernes,  ici. Je me suis aperçue en recevant son commentaire, que certains lisent ma prose sur la messagerie, comme un courriel. Dites vous venez ici voir aussi ? Parce que sinon c’est pas la peine que je refasse les peintures de temps à autre !! Pour moi un blog n’est pas un mail. Traverse la boîte ami, pour entrer chez moi. Y’a de la place. Et toi t’es qui ?

Bon, aussi, faut que je te dise, un de ces quatre tu viendras ici et y’aura rien. Ca n’existera plus. T’inquiète, je serai ailleurs. Je viendrai te dire. Jaime bien partir. Tirer des traits symboliques puis re-puiser ailleurs, refaire son trou et sa bosse. Fée Carabosse.

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septembre 10, 2010

Suis-je déjà à la retraite ?

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J’ai levé le pied il y a trois ans. Complètement, consciemment devrais-je dire. Après des tentatives de temps plein et de postes à responsabilités, des trucs de chef -à-la-con , j’ai enfin compris pourquoi j’avais presque tout le temps favorisé le temps partiel dans ma vie professionnelle. Comment tu veux vivre à temps plein si tu bosses aussi à temps plein ?

J’ai posé pied. J’ai ralenti mon rythme. Je n’ai peut être pas tout choisi, il y avait urgence à ralentir. Parfois je me demande si je suis déprimée et si c’est normal d’être heureuse béatement. Je veux bien gagner des sous mais pas trop puisque je sais que je dois m’habituer à vivre avec moins de 1000 euros. Je plafonne à 600, pour voir. On dirait que c’est mon minimum vital tant que je suis deux sous mon toit.

Pour le pôle emploi je suis un sénior, j’adore. Ouf, je suis dans les « out », c’est officiel. Parfois je me dis que c’est con parce que j’ai un potentiel pas toujours exploité mais en fait non. J’ai essayé un paquet de domaines où me sentir  utile mais je suis trop cynique pour penser être utile aujourd’hui dans des institutions de fous, des boites, des systèmes complètement blindés, aliénants, que je ne peux plus supporter. Je veux de la douceur. Je commence par moi. Il faut un début à tout cela. J’ai repris un  job qui est sans prétention apparente et rempli de joies partagées, avec des femmes qui n’ont rien choisi dans leur vie et qui sortent un peu de chez elles sous prétexte d’apprendre le français. Du temps partiel loin du bruit mais dans la crasse un peu quand même, pour pas être totalement en retraite anticipée. Je traverse leur quartier de merde où si j’y vis je meurs, moi. Le lundi tout est crade, tout est jeté par les fenêtres n’importe quoi, n’importe comment. Je croise l’équipe communale, balais et brouettes en main. Ils ont le moral les gars. C’est trois fois par semaine la même chose et dès qu’ils ont le dos tourné tout redevient dégueu. Et ils reviennent et ils recommencent patiemment, avec leurs balais, leurs pelles, ils arpentent les trottoirs et les places et ils sourient.

Je les croise et j’aime bien cette dérision. Je vais moi, retrouver des personnes charmantes, on fera quelques trucs, cela ne changera rien en profondeur, ni côté socio, ni côté linguistique,  et ni sociolinguistique, ni tout ce que tu veux. Elles retournent chez elles et c’est le même merdier. Les gosses sont  incontrôlables, elles n’ont aucun contacts en langue française, les maris sont épouvantables, les belles-mères turques sont à couper au couteau, etc. Juste un moment ensemble, juste le moment. Pareil pour le balayeur du quartier, content de son coup de balai, propre derrière lui pour une demie journée. Point barre.

Dès que j’ai commencé à travailler, cela a toujours été une occupation annexe dans ma vie, pour avoir de quoi vivre un minimum. J’ai décidé très tôt, avant vingt ans, que le travail ne guiderait pas mes choix essentiels. Que les boulots suivraient le rythme, feraient la route avec moi, va que je te pousse.  Je me suis tout de même débrouillée pour ne pas faire que des job idiots ou trop pénibles physiquement et pour étudier comme il faut aux bons moments. Mais, 37 contrats de travail plus tard, je me dis que oui, la vie est ailleurs, que c’est juste un petit bout de la lorgnette, et la retraite itou.

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