Archive for ‘une journée’

avril 13, 2011

Première rencontre

J’ai ramené trois roses, celles qui grimpent sur la facade de la maison. Je crois que c’est de l’églantier. Leur parfum est incroyable, je tombe en pamoison. Une odeur sucrée presque de pêche, une odeur d’eau de roses anciennes.

J’en ai ramené trois mais trois déjà très ouvertes. Elles sont petites et roses. Leurs pétales sont très doux et fragiles. Oui, l’églantine ? Une a laissé ses pétales dans la voiture, je le savais.

J’avais oublié l’appareil photo. Je venais jardiner un peu. Elle n’est pas encore à nous, quelques procédures procédurières à passer. Mai, ou Juin dernier délai.

Mais on vient déjà buissonner, faire maison buissonnière. C’est rigolo.

La maison est une maison de bidouille. Un genre de Gaston Lagaffe aurait mis son nez. Il a plaqué du bois au mur, desfois on voit l’ancien papier peint dans les trous du bois, les planches même se plient, elles ont mal au dos d’être clouées là depuis plus de dix ans.

Je ne connais pas bien l’histoire. La maison a plus de quarante ans. Mais il y a une douzaine d’années je crois que des gens s’y sont amusés. Elle était potière, il lui a fait un coin atelier au fond du garage en bois. Il a construit une terrasse en bois, couverte, dans le petit jardin. Il a installé une salle et une cuisine dans le garage d’origine. Ils y dormaient, les enfants étaient en haut . Il a , là encore, plaqué des grosses planches de bois au mur. Le gars c’est son truc, il pose du bois au mur, comme ça. Rien en dessous. Non, il prend des clous, il prend des planches et il les cloue.

Dans la cuisine du rez de chaussée ( oui, du coup, il reste la petite cuisine d’origine, en haut) il a mis des placards et tout le fourbi, c’est joli. Carrelage bleu foncé outremer ? Bois, etc. Oui mais ces quatre feux là ? On change comment le tuyau de gaz ? Ben on sait pas. Le Gaston il a pas pensé, il a tout enfermé, y’a un trou pour la bouteille dans la buanderie derrière le mur, mais t’as pas accès à l’embout. Pour changer le tuyau il nous faudra casser un fond de son placard. On se marre. Nous qui sommes piètres bricoleurs on se marre.

C’est la maison bidouille. Si elle n’avait pas déjà un joli nom inscrit sur une céramique de la potière, à côté de la boite aux lettres, on l’aurait nommée  » Bidouille » ou « Bleu roses ». Bleus les volets, roses les églantines parfumées.

L’actuelle propriétaire est arrivée après la famille « Potière et Gaston ». Elle a vécu à peine deux ans là, elle n’a rien fait, rien touché, elle a juste pris soin de. Et depuis cinq ans elle a déserté. Une histoire d’amour et de projet de chambres d’hôtes en montagne avec son nouveau fiancé. La retraite finalement, a réservé ses surprises !

Alors depuis plus de quatre ans la maison attend. Des nouveaux Gaston-la-débrouille. Qu’on la chatouille, qu’on la cajole un peu. Elle a eu très froid. Mais les oiseaux se sont installés dans les arbres. Merles et moineaux. Tout à l’heure, dans le cerisier sauvage , grande discussion. Voix tonitruante hautement perchée entre ces ménestrels. Une histoire de territoire ? Une histoire de nouveaux habitants ? Une fille qui remue la terre là devant ? Un gars qui répare une gouttière là derrière ? Qui sont ces gens ?

La maison, elle montrait ses dents, ses fesses et ses jupons. On lui a soulevé la moquette pour qu’elle dévoile son vieux parquet. J’ai coupé de la mélisse et la sauge est chez elle. J’ai pris trois églantines dans leur fouillis grimpant. Elles attaquent le balcon de ce qui sera mon atelier. Celui dont je rêve depuis une vingtaine d’années.

Et les lauriers le long du mur devant, le mur de Gaston, ils ont l’air malades. Je suis allée les voir. On ne sait pas encore comment on va s’en sortir eux et moi, on verra.

Ce n’est pas une maison qui nous a parlé tout de suite. On ne comprenait pas bien son tempérament, personne ne nous disait son histoire d’abandon ni celle de Gaston. La propriétaire n’était pas très franche et on la sentait radine, elle déplumait la maison du peu qu’elle y avait mis, elle. On a alors compris, au bout de la troisième visite, qu’on revenait en arrière, qu’on récupérerait, au fond, la maison de La potière et Gaston et qu’il faudrait relever le défi. Et en rire. Pour s’amuser, sur tout.

Rosa rugosa, dit Virginie. Qui dit mieux ? Son rose est très rose mais c’est surtout son parfum qui est fou.

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février 24, 2011

Mea culpa et tutti

J’ai été horrible ce matin au boulot. Un coup de gueule, comme on dit, et pour une connerie. C’est là que tu vois que les coups de colères ne prennent pas les vraies cibles. Un peu de lâcheté.

Sur l’instant ça défoule un max. Le truc c’était juste : un de nos tableaux pour les cours d’alphabétisation que je cherche et que je trouve bousillé parce que quelqu’un a écrit avec un vrai feutre , jaune en plus, et non les feutres ad hoc. Je me doute que ça doit être une des bénévoles de ma collègue. On a des personnes qui nous aident, prennent des petits groupes en aparté.

Je fulmine et je tente d’enlever cette emplâtre. Je frotte, j’use du papier, du savon, je m’escagasse et réussis à enlever le maximum. Mais le tableau en a pris un coup. Faut vous dire qu’on bosse à minima avec tout, matériel inclu. Donc, un tableau tout propre, c’est un tableau qu’on bichonne, pas sûr d’en revoir un de sitôt.

C’est la pause de 10h et je passe voir la collègue dans sa salle et j’en mets un coup sur cette histoire de tableau. Je suis remontée comme une pendule, faut dire que depuis deux semaines j’en peux plus, j’ai plus toute l’énergie qu’il faut. C’est les vacances ce soir, j’ai hâte. Faut dire aussi que ma p’tite collègue est adorable mais n’a aucune autorité sur rien ni personne. Elle me dit  » Oui je sais, c’est Monique, mais qu’est ce que tu veux faire ?  » Je lui dis que la Momo je vais lui dire deux mots et qu’elle aurait pu au moins tenter de réparer sa connerie ( Et je pense tout bas : faut ti être con pour pas savoir qu’on écrit pas avec n’importe quoi sur ce tableau ? Elle le sait puisque d’habitude elle a les bons feutres !! grr)

– Je lui ai pas donné de feutre. Et je lui ai dit qu’elle avait fait une bêtise. On peut rien faire d’autre.

– Ben si, elle aurait pu passer un quart d’heure comme je viens de le faire, à effacer ses conneries et je le lui dirai.

Bam. La collègue est un peu verte et moi je quitte la pièce toujours remontée comme un coucou chinois. Non, je dis chinois because la collègue est asiatique et a une mère tyrannique qui lui a gâché son enfance, son adolescence et tutti. Du coup toute forme d’autorité lui est génétiquement impossible, un rejet total de tout point sur les i, une trouille et un laisser-faire vis à vis de tous ceux qui l’entourent. Bref mon opposé. Du coup, oui, on me refile tous les apprenants un peu compliqués, qui demandent d’être cadrés et accompagnés dans leur comportement. Parce que sinon une seule personne un peu demandeuse ou chiante lui casse son cours à la bibiche….

C’est là où tu vois que la colère prend des cibles ridicules au lieu de traiter le fond du problème. En vérité y’a pas de problème,  on se répartit très bien la tâche et je m’éclate totalement dans ce job. C’est moi qui aujourd’hui ai envie d’être tyrannique et de ne rien laisser dépasser. Point.

On est bien peu de choses. Pourtant la matinée a super commencé. J’étais à New York. J’errais. Je ne sais pas où j’avais la tête car je n’avais si sac ni papiers ni argent sur moi. Je me laissais aller dans les grandes avenues. Et puis j’avais faim et je ne sais comment je réussisais à avoir une assiette dans les mains avec un peu de viande et des légumes. Je marchais avec cette assiette. Il y avait une drôle d’ambiance.

Je me retrouvais dans des ruelles et des entrées d’immeubles, très anciennes, mal entretenues mais assez typiques et pleines de charme et j’étais étonnée de voir cela dans cette ville. Me faisant la réflexion que, bien sûr, j’étais sotte N.Y ce n’est pas que des buildings modernes, pas du tout. Je devais être à Brooklyn ou genre. Enfin….de ruelles en ruelles, je passe dans des dédales, cela devient compliqué. Je me réfugie dans un genre de garage, arrière cour de boutique et en fait je suis en Inde.

Je suis toujours avec mon assiette et je finis ce repas mais je m’inquiète. Tous les stores se ferment, dans tous les lieux alentours comme si on nous enfermait ou s’il y avait un couvre-feu mais il est 13h…Je suis dans une sorte de galerie de petites échoppes. Et puis je vais vers le store en fer et il y a un passage, en fait, un chemin ouvert qui me permet de sortir, de partir.

Je vais rejoindre le local d’une association où beaucoup de gens me connaissent et où sont mes affaires ( sacs, etc). Auparavant dans tout ce voyage errant, je suis une totale inconnue, étrangère, qui trouve des bouts de repères. Tiens, cette place avec des étudiants sur les marches, tiens ce monument, tiens, cette avenue et ce gratte-ciel…

Dans le local, l’histoire continue, très confuse. Une piscine où je nage toute habillée. Des morceaux de repas et des personnes attendues. Une désorganisation et en même temps une maîtrise. Des pièces qui s’imbriquent, des chaises en bois éparpillées, la lumière du jour rasant le sol.

Je suis partie au boulot encore empreinte de ce rêve entre des pays. Interrogative, envie d’en savoir plus, d’y retourner.

Alors bon, le tableau à effacer….il était de trop dans mon décor ?….

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février 3, 2011

Il y a des jours

Il y a des jours ou peut être même des semaines. Oui j’ai l’impression qu’un jour ne me suffit jamais pour marquer la page de ce livre. Ce livre que je n’écris pas, qui s’écrit tout seul. Il suffit sans doute de l’ouvrir un jour pour qu’il te raconte. Les pages se tournent sans les mains, parfois sans les yeux car je suis aveugle souvent.

Hier dans ma boîte aux lettres un simple objet qu’on nomme enveloppe. Cette enveloppe vient du notaire. Celui qui depuis trois ans se débat avec frère et soeurs, surtout le frère et la soeur. Parce que moi, loin, j’ai écrit il y a trois ans Faites, faites, moi je veux juste la séparation totale des biens. Le reste, je m’en fous.

Done. Did, fait, la preuve par quatre : ce chèque, ma « soulte » comme ils disent, j’aurais au moins appris un mot.

Fait. Dit. Executé. Après une volonté têtue, une profonde certitude et tout simplement l’impossibilité d’en être autrement. Moi, en être autrement. Je n’aurais pas pu. Voilà la fin, voilà le commencement. Trois années de souffrance  après six années de fin de vie en démence d’une mère qui ne savait plus par quel bout mourir et a attendu son frère, morte 24heures après lui, enfin. Puis le début de la fin des déchirements et la violence puissante entre nous trois. Les restants. Les restants, la progéniture. Trois entités débordantes, pétris de douleur, d’enfance sans commune mesure entre nous. Incapable de communiquer calmement sur les choses principales, les familiales. Trop. Trop de. Tout. Mélangé. Des volcans. Autant de vides que de pleins. Il fallait trancher. J’ai. Pris le couteau, ma mère aimait les beaux couteaux, et coupé ferme avec mes mots , par écrit, bien sûr. Même une rencontre était impossible, physiquement impossible pour moi. Après les cendres au Père Lachaise, il ne restait que les écrits pour dire. Mon corps porte encore l’explosion de ce que nous avons vécu, de nos affrontements devant un cercueil, devant les cendres répandues. J’étais partie seule après la cérémonie, pris le bus du Paris que j’aime et qu’elle adorait, et je ne pouvais plus les revoir, pas tant que nous n’ayions coupé en tranche le matériel, les choses et les murs,  et donné sa part à chacun.

Trois ans à le dire , sans démordre, malgré menaces affectives, lettres et coups de fil. Je sais dire non, j’avoue, c’est quelque chose que je sais dire et quand je le dis je le pense avec tout mon être. Ce n’est pas que cela me fasse plaisir, c’est souvent une question de survie pour moi, physiquement compris, mais cela personne ne peut le savoir ni le comprendre. Personne ne sait ce que mon être ressent et comment il me le fait savoir. J’ai un problème entre mon corps et mon âme et mon esprit : ils sont soudés, siamois, il n’y a pas de frontières entre eux. C’est un handicap, une sensibilité qui fait de moi son esclave et sa reine. Alors quand je décide de quitter, de me séparer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est une fuite, une survie, je suis en apnée, je ne peux plus respirer, je pleure, je tremble, je suis malade physiquement, mon cerveau est mou et fout le camp, je suis l’ombre de moi-même, alors je dois partir, laisser, m’éloigner. Dans le même temps je suis extra-lucide, affûtée sur ma cible, la cible c’est moi, et je sais très bien où je ne dois pas , ou plus, aller.

Je n’ai pas grandi. Je n’ai rien appris. Je suis immatûre, totalement. C’est ainsi. Ou bien je suis un tout, un genre de chimpanzé resté dans son arbre et qui veut juste qu’on lui foute la paix. T’as pas des bananes ?

Oyé ! Oyé !!

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janvier 27, 2011

Assemblés

Ce matin des z’artistes décorateurs plasticiens sont venus déposer une structure de tête de drakkar dans le hall de la Maison citoyenne ( ex MJC-centre social ) où je travaille (un peu, pas trop hein ! ).

Oh c’était gai ! Le groupe de femmes analphabètes avec lequel je bosse va aider à recouvrir cette structure métallique avec un genre de mousse. Elles se sont retrouvées en petits groupes autour d’une table pour apprendre à découper au cutter et à coller des courbes avec la colle néoprène. Raphaëlle, une des zartistes, est au poil avec elles. Il y a aussi deux autres accompagnatrices. C’était notre première matinée, il y en aura cinq. Tout cela c’est pour le carnaval de la ville.

Ces dames sont contentes. Je ne savais pas trop…Elles viennent pour apprendre le français, en fait c’est comme un prétexte, elles viennent surtout pour sortir de chez elles. Mais j’ai fait le guignol, je leur ai présenté la chose avec force de sourires et Raphaëlle a montré des tas de photos, y compris de marionnettes géantes que la compagnie a faites au Maroc, chez ces dames donc…

Autour de la grande table, dans la grande pièce-atelier, les petites mains pressent fermement les bouts de mousses qui se rejoignent. Les sourires et la concentration. « Il fait faire joli » elles disent.

Simplement se réunir pour créer, même un petit bout de mousse qui s’assemble. S’assembler. Les choses simples qui coulent et s’animent. Je me souviens au Nord Laos, un genre de bibliothèque que nous avions construite dans un village. Les enfants assemblés. Au dehors il y avait une cahute de paille et bambou, avec des livres aussi. Des livres de dessins, des bandes dessinées, que nous faisions. Les enfants se posaient là, dehors, à deux ou trois et tournaient les pages. Parfois très sérieux, parfois en riant, tenant fermement les livres, parfois un livre pour trois ou cinq. Sous le soleil, sous la tiédeur matinale de là-bas.

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janvier 15, 2011

Le monde est au dehors

Le monde est au dehors. Qu’est ce que je fous à rester chez moi ?

Je suis dans un troquet très joli. Vieilles chaises et fauteuils tapissés, bibelots relookés, lustres rococo, le tout dans des teintes pastels de gris, vert pâle, rouille, ocre, avec petits tableaux et grands miroirs en dorures écaillées. Des femmes parlent haut et fort, on entend qu’elles. Elles sont commerçantes dans la rue piétonne, les boutiques vont ouvrir, fringues, chaussures de marque. Elles ont pris la table près de la baie vitrée , table basse et fauteuils autour, près du bar. Elles connaissent la patronne.

Je me suis mise au fond. Plaque de marbre et pieds en fer forgé, bougie sur la table, meuble de récupération à côté, avec tiroirs à grosses poignées de cuivre. J’ai acheté un journal, avec son supplément « Livres ». Boudiou ça faisait longtemps ! J’ai bu mon café, je l’ai même sucré et j’ai mangé un croissant, dévoré, même, gros et beurré. C’est l’aventure, ce sont des retrouvailles.

Le ciel d’hiver craque sous le soleil, un peu brumeux, il est presque dix heures du matin. Le Monde est dehors, le Monde n’est pas dedans, pas dans ma maison où tout finit par se rapetisser et se rapiécer, maladroitement ces derniers temps.

Tiens, je vois passer cette femme aveugle et son chien. Jolie, toujours pimpante, habillée de couleurs et de tissus qui flottent, elle marche droite, sûre, partout où je la croise. Rues, magasins, marché. Elle semble totalement libre de ses pas comme si c’était son chien qui la suivait et non le contraire. Elle a des yeux quelque part, je ne sais où, elle a beaucoup plus que moi. Elle a un cabinet de kiné, elle m’épate. Elle sait, elle, que le monde est dehors et elle y va avec ses grands pas. Elle est grande, légère, agile. Tiens, elle a encore changé la couleur de ses cheveux courts. Parfois je lui dis bonjour, parfois une caresse au chien si doux et si intelligent.

Elle passe, elle est déjà partie loin. Je regarde le dehors. Devant moi les deux sièges Louis quelque chose, ils sont marrants. Dos sculptés finement, tissu à matelas saumon à grandes fleurs passées. Passées.

La vie est au dehors et dans ce troquet. Sortir de chez moi. Je me suis oubliée à l’intérieur depuis trop longtemps.J’avais perdu le goût. Je m’étais fait mal, en 2009 j’avais dû partir plus tôt de chez une amie très chère. Coupé le doigt dans un mixer un jour de fête des mères. Il y a des dates qui ne pardonnent pas. Malaise global, sur toute la ligne, incompatibilité de tout, de tout ceux qui m’aimaient de loin.  J’étais handicapée. J’étais apeurée, je me couvais comme je pouvais. Bientôt deux ans de cela et je commence tout juste à me servir normalement de ce doigt accidenté. Et je commence à pouvoir aller.

2011. Autre jour. Le jour dit, ce jour, retrouvailles avec celle de moi laissée loin là-bas. Je suis enfin seule dans un beau café comme j’aime. Avec un journal, avec le Monde dedans et dehors que je vois et qui me voit. J’écris ces lignes sur une pochette en papier et il n’y a plus de place, le papier est noirci et ravi, comme moi. Dehors le monde dit, m’attendait, me retrouve.

En payant, je discute avec la patronne, je lui dis : Je viens de retrouver ce plaisir, ici. Je reviendrai.

septembre 26, 2010

L’émotion, la marée basse

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L’émotion est-elle comme une marée basse ?

Voilà je cherche. Je cherche pourquoi la teneur d’une émotion se dilue. Il y a un moment. Un espace-temps où quelque chose se passe. Une rencontre, pour moi, le plus souvent. Un écrivain dans son livre. Une feuille de châtaignier dans une forêt solitaire. Un premier face à face avec un être animé qu’on oubliera jamais et qui par cet instant là entre dans ta vie. Entre. Porosité. Tout est question de porosité. Mais moi je laisse entrer la première fois, je n’ai pas de filtre. Je mets des filtres après, éventuellement, ou bien j’y suis forcée. Le premier instant c’est celui des toujours. Ensuite il faut absorber le choc. Le digérer et il faut vivre. Avec ?

Et après le choc émotionnel, oui vraiment c’est un choc, beau, mais éprouvant, tout le temps, alors après, il y a le corps. Et la tête. Mais le corps qui est bousculé. Tout papier mâché par l’émotion pure. Moi c’est ainsi. On dit bouleversé ? Longtemps j’ai écrit boulversé, mais il paraît qu’il y a boule dedans. Je ne vois pas, mais bon…Boule au ventre ? Boule au coeur versé de côté ? Renversé ? D’accord, à la renverse, bien sûr. Avec des boules, des carrés, des étoiles, des portiques, des vélos, des bagarres, des ciseaux, des strapontins qui s’installent, des fauteuils, des tabourets, par dessus les murets, les foins, les vaguelettes de mauviettes, des tranches, des oiseaux, des histoires de dormir dehors encore ?, des points, des triangles, des flûtes de zut, des bassons, des mains, des yeux, etc

Alors cette émotion gigantesque me prend une bonne dizaine d’heure. Je viens de le vivre. J’aimais bien être envoûtée. Toute mêlée, pas démêlée, non, l’autre s’installe en toi, ça fait un barouf, il pleut sur le toit. L’émotion de l’autre, les silences, les sentiments, les notes posées sur la partition, juste un début, et toi tu embarques ce paquet d’elle et tu composes maladroitement, toute entière. Cela prend le corps. La nuit, un jour. Mais le matin l’émotion s’est comme reposée, ou bien elle s’est enfuie, ou bien elle s’est reposée oui, parce que c’était fatigant. Et tu te retrouves toi, presque comme avant. La vague immense est passée. Tu es encore pleine, bousculée. Les larmes au coeur. Le corps pressé dans ses tranchées, oui tu as souvent envie de te laisser aller. Tu as envie de pleurer. Oui, cela reste mais tu as  un peu repris ta vie. Reprise ? Tentative ? C’est comme si tu avais marché à marée basse très loin et découvert sous tes pieds tout cet univers vivant. Tu en ferais partie. Une partie à découvert. Et puis pendant que tu dormais la mer est montée. Maintenant tu es sur la côte, assise sur ton rocher, et les contours sont connus. Le bouleversement s’est-il caché en dessous ? Dans ta tête il y avait tempête de mots. Le soir, la nuit, et tu n’as pas écrit.

Maintenant ça fait deux jours. L’eau redescend un peu de ton rocher.  Découverte. Seras-tu ? Tu te souviens de toutes les émotions, de toutes les rencontres, de ce mic mac de vie entre les êtres animés. Sans doute en vieillissant est-on encore plus conscient de cette science inexacte de la vie et encore plus au courant. Au courant naissant dans chaque instant. Ces croisées de vies. Comment vivent les autres ? Comment sont-ils arrivés jusque là aujourd’hui ? Avec leur visage tel qu’il est, leur voix, leurs gestes, chaque mouvement ? Pourquoi cette voiture, ce vélo, cet endroit, ce travail ? Pourquoi cet instant que nous avons voulu. Cette table, toi et toi que je ne connais pas. Toi qui me vois pour la première fois et tu parles, tu ris. Cette tarte chaude, ce chocolat, ce pantalon là, ces couleurs,  le dehors où il grêle puis il fait soleil comme par magie. Pour que vive l’instant il faut le vouloir, il faut cet inconscience, cette décision, et cette conscience qui fait passer à l’acte. Qui fait que l’heure est dite, le jour nommé, et qu’on se trouve là où on a décidé d’être. Décidé d’être. Et comme tu l’as bien dit Moi je veux être rien. Voilà qui est bien dit. Mêlons le dire au faire. Et faire ce rien, c’est une belle vie, je te le dis.

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septembre 6, 2010

Une journée

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Comment ? Et serait-ce trop de choses. Il y aurait ce qu’on pense et ce qui se passe. Comment ?

Il y aurait le rempli et le vide et toute la surface à tapisser de regrets, bande d’abrutis que tu es. Petit chose mal peignée qui traîne au dedans de toi. Se tenir debout est déjà assez difficile. Qu’ai je fais ce matin ? J’ai revu. Des lieux de travail et des personnes à côtoyer. Je sens que ce sera gai et fatigant, parce que toujours les gens. Toujours les gens, mais quand même. Le corps d’être. Une table autour. Un thé , deux thés, odeur de cannelle, des filles, des papiers. Rien de pressé. Ce lieu est vraiment aimable, je m’en bénis des deux pieds, je pourrais être tout à fait autre et ailleurs. J’y ai pensé tout de suite longeant le couloir  encore noirci  ( tout a cramé en janvier, la vie de quartier…) je me suis dit, ouf, tu échappes à cet autre bureau, à cet autre job  payé quatre fois plus mais tellement merdique. Un boulot ça te change la vie. Pas de boulot aussi.

Revenue je me sens sur le quai. Quelque chose va partir, va se dérouler. Et tout ce que je pensais être bien sûr, prend une autre tournure en refaisant les pas dans les rues, petites, petites maisons, calme, circulation, passage au pôle emploi déposer courrier, monde dans le hall, juste apercevoir, sourires, boîte aux lettres, poster une carte colorée pour une petite fille qui ne va plus à l’école, heureuse liberté accordée, parents qui veulent une vie autrement, et ce bébé de cette maman jeune collègue, qui à trois mois se retrouve  dans un lieu de garde collectif, pas fait pour elle, cadrage, rupture, parents qui ne savent pas, et tant mieux, ce qui se vit dans ces lieux là. Vaut-il mieux ne rien savoir parfois ?

J’étais tout de même toute désolée pour ce bout de chou de la savoir malheureuse déjà d’une séparation non voulue mais prise dans le flot, déjà dépendante de choix bizarre fait comme malgré. Encore un dommage à subir. Larmes et cris à peine sorti du nid. Je trouve qu’on apprend bien trop tôt les ruptures. Et ne va pas me dire que c’est pour notre bien.

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