Posts tagged ‘humeur du jour’

avril 21, 2011

Cette vie là

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Vacances à partir d’aujourd’hui. Je me prélasse, je fais le tour de blogs pas vu récemment. J’en vois qui prennent le large, trop assaillis de commentaires de tous poils pas toujours bon à gratter. J’en vois qui sont toujours aussi intelligents et la maladie vogue, rend leur mots encore plus fins et distants et chaleureux.

Je me revois ouvrir ce blog ici. Je revois les premiers lecteurs, l’ambiance, les textes posés que je connais par coeur. L’ouverture d’un blog où tu décides de te livrer, ce n’est pas rien. L’ouverture d’un blog tout court n’est pas rien. Ensuite le temps passe. Vont et viennent les survivants.

On se fait de l’électricité, le plaisir des découvertes. Les blogs sont égoïstes. L’auteur, le lecteur, ne me parlez pas de générosité. C’est le pour soi qui prime, y compris dans l’envie de rencontrer lecteur à son pied. Cendrillon brille.

On se croise. On vit des émotions fortes. Ici j’en ai vécu des vertigineuses. Des chocs. De ceux qui m’ont mis sur le nuage toute la journée. Oui, l’écriture c’est quelque chose. Le secret dévoilé. Le courrier qui fait l’aller et le retour.

L’émotion continue de traverser l’écran, onde des chocs. Avec le temps s’éteint aussi. Se fondent, s’endorment les passions, les premières fois, les frissons. On abandonne parfois.

Reste les rangs serrés. Les liens qui s’incrustent. Je me demande souvent pourquoi, comment.

Aucun ami ne lit mes blogs. A peine de temps en temps, à peine une ou deux. Rien de précis, rien de véritable. Mes vieilles amies ne savent pas du tout comment j’existe dans cette boîte, de ces contours là. Au tout début j’ai trouvé cela dommage. Maintenant j’en suis satisfaite. Ceux qui restent, ceux qui sont là, sont des secrets. D’une certaine vie.

Pas davantage, ai je tendance à penser quand je suis cynique. Douce mélodie, doux réconfort. Portée de voix.

On essaye tout, par touches non feintes. J’essaie tout. Et j’entends le merle du soir ce soir, très en forme. Qui refait sa sérénade chaque printemps. Connaitrais-je jamais sa vie  ?

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avril 13, 2011

Première rencontre

J’ai ramené trois roses, celles qui grimpent sur la facade de la maison. Je crois que c’est de l’églantier. Leur parfum est incroyable, je tombe en pamoison. Une odeur sucrée presque de pêche, une odeur d’eau de roses anciennes.

J’en ai ramené trois mais trois déjà très ouvertes. Elles sont petites et roses. Leurs pétales sont très doux et fragiles. Oui, l’églantine ? Une a laissé ses pétales dans la voiture, je le savais.

J’avais oublié l’appareil photo. Je venais jardiner un peu. Elle n’est pas encore à nous, quelques procédures procédurières à passer. Mai, ou Juin dernier délai.

Mais on vient déjà buissonner, faire maison buissonnière. C’est rigolo.

La maison est une maison de bidouille. Un genre de Gaston Lagaffe aurait mis son nez. Il a plaqué du bois au mur, desfois on voit l’ancien papier peint dans les trous du bois, les planches même se plient, elles ont mal au dos d’être clouées là depuis plus de dix ans.

Je ne connais pas bien l’histoire. La maison a plus de quarante ans. Mais il y a une douzaine d’années je crois que des gens s’y sont amusés. Elle était potière, il lui a fait un coin atelier au fond du garage en bois. Il a construit une terrasse en bois, couverte, dans le petit jardin. Il a installé une salle et une cuisine dans le garage d’origine. Ils y dormaient, les enfants étaient en haut . Il a , là encore, plaqué des grosses planches de bois au mur. Le gars c’est son truc, il pose du bois au mur, comme ça. Rien en dessous. Non, il prend des clous, il prend des planches et il les cloue.

Dans la cuisine du rez de chaussée ( oui, du coup, il reste la petite cuisine d’origine, en haut) il a mis des placards et tout le fourbi, c’est joli. Carrelage bleu foncé outremer ? Bois, etc. Oui mais ces quatre feux là ? On change comment le tuyau de gaz ? Ben on sait pas. Le Gaston il a pas pensé, il a tout enfermé, y’a un trou pour la bouteille dans la buanderie derrière le mur, mais t’as pas accès à l’embout. Pour changer le tuyau il nous faudra casser un fond de son placard. On se marre. Nous qui sommes piètres bricoleurs on se marre.

C’est la maison bidouille. Si elle n’avait pas déjà un joli nom inscrit sur une céramique de la potière, à côté de la boite aux lettres, on l’aurait nommée  » Bidouille » ou « Bleu roses ». Bleus les volets, roses les églantines parfumées.

L’actuelle propriétaire est arrivée après la famille « Potière et Gaston ». Elle a vécu à peine deux ans là, elle n’a rien fait, rien touché, elle a juste pris soin de. Et depuis cinq ans elle a déserté. Une histoire d’amour et de projet de chambres d’hôtes en montagne avec son nouveau fiancé. La retraite finalement, a réservé ses surprises !

Alors depuis plus de quatre ans la maison attend. Des nouveaux Gaston-la-débrouille. Qu’on la chatouille, qu’on la cajole un peu. Elle a eu très froid. Mais les oiseaux se sont installés dans les arbres. Merles et moineaux. Tout à l’heure, dans le cerisier sauvage , grande discussion. Voix tonitruante hautement perchée entre ces ménestrels. Une histoire de territoire ? Une histoire de nouveaux habitants ? Une fille qui remue la terre là devant ? Un gars qui répare une gouttière là derrière ? Qui sont ces gens ?

La maison, elle montrait ses dents, ses fesses et ses jupons. On lui a soulevé la moquette pour qu’elle dévoile son vieux parquet. J’ai coupé de la mélisse et la sauge est chez elle. J’ai pris trois églantines dans leur fouillis grimpant. Elles attaquent le balcon de ce qui sera mon atelier. Celui dont je rêve depuis une vingtaine d’années.

Et les lauriers le long du mur devant, le mur de Gaston, ils ont l’air malades. Je suis allée les voir. On ne sait pas encore comment on va s’en sortir eux et moi, on verra.

Ce n’est pas une maison qui nous a parlé tout de suite. On ne comprenait pas bien son tempérament, personne ne nous disait son histoire d’abandon ni celle de Gaston. La propriétaire n’était pas très franche et on la sentait radine, elle déplumait la maison du peu qu’elle y avait mis, elle. On a alors compris, au bout de la troisième visite, qu’on revenait en arrière, qu’on récupérerait, au fond, la maison de La potière et Gaston et qu’il faudrait relever le défi. Et en rire. Pour s’amuser, sur tout.

Rosa rugosa, dit Virginie. Qui dit mieux ? Son rose est très rose mais c’est surtout son parfum qui est fou.

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mars 9, 2011

marathonwoman ?

Merci à Lise dans la rosée qui m’a emmenée ( sans le savoir) vers le blog d’Alainx qui est sur sa liste de blog.

Encore un blogueur qui publie, j’en suis émoustillée. J’ai lu cela aussi chez Imazine, ce jeune artiste incroyablement multi-créateur  vient de clôturer un recueil.  Celui là, j’aime l’imaginer dans son Paris, de ses vingt ans à peine, épris de tout. L’écriture, le visuel, les arts plastiques, l’architecture, la photo, la musique ( il joue du piano aussi, que ne fait-il pas ?). Paris, la ville où il faut vivre jeune (oui, à tout âge oui…quand tu veux)…la ville des élans, de la vie étudiante, pour moi c’est une ville qui bat tant, l’éternelle adolescente,  puissamment et pour toujours en moi.

Alors donc chez Alain je découvre un Forum des marathoniens de l’écriture. Le prochain Marathon est fin mars. Tu dois écrire au moins trois heures d’affilées et publier toutes les heures quelque chose, tiens je ne sais pas si tu publies TOUT ce que tu as écrit dans l’heure précédente, non cela me parait trop….? Comme le dit Alain : c’est en écrivant qu’on écrit, et de plus en plus. De cela je suis persuadée. C’est une discipline à avoir, et un besoin. Et plus on pratique plus on avance. C’est une gymnastique.

Me voilà donc tentée (tout ce que je ne connais pas me tente, tout ce que je n’ai pas encore fait et pourrait bien m’en apprendre sur moi-même). Pourtant je fais tout pour ne plus passer justement trois heures d’affilées devant l’ordinateur, condition sine qua non de ce nouveau challenge !

Je suis aussi un peu vaccinée avec mes expériences de l’hiver. Deux blogs menés par une blogueuse pleine d’espoirs et d’expériences. J’y ai participé et éprouvé un max de choses. Beaucoup d’adrénaline, d’intensité, mais beaucoup de malaise aussi, même des larmes. Je me suis donc arrêtée, voyant que je ne tenais pas le choc émotionnel. Et puis impossible de suivre une conduite, une discipline. Trop sous l’emprise de mon écriture, du personnage créé, trop personnel, trop fort. Je ne suis pas faite pour écrire à plusieurs une même histoire. Et puis  via le net, comme il est difficile de s’affirmer sans faire mal, de se faire comprendre sans heurter, de dire non en restant amis ! Le  face à face  que j’aime tant m’est indispensable pour exprimer ce que je suis sans choquer. Il nous faut le bruit des corps et les sourires. Je suis donc ressortie meurtrie d’un début d’amitié parti en queue de bidouille. J’ai été, en prime, bannie d’un autre blog en commun, très convivial celui là, où chacun écrivait à sa guise sur un thème ( ça je sais faire, il y a la marge dont j’ai besoin).

Tout cela pour dire qu’entre juillet 2010 et janvier 2011 j’ai tenté l’expérience des blogs à plusieurs et je sais maintenant où je ne suis pas capable et où je peux poser mes pattes.

Alors ? Vaccinée ? Ou future marathonienne ?

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février 27, 2011

Pelle en rade

La pelle bleue en plastique a retenu son envol sur la balustrade du balcon. Stoppée dans son élan. C’est le mistral ce matin qui a gonflé les voiles. J’avais laissé cette petite pelle et sa brosse noire sur la table blanche. En un geste têtu et réprobateur mais j’avais laissé. Parfois je ne me commande pas, pas du tout. Je fais quelque chose que ma tête réprouve mais je le fais, attendant la catastrophe, la preuve par quatre de cette chienne de vie,comme on dit. Mais il faudrait trouver autre chose à dire.

Je m’entête. Ainsi la pelle, non, n’a pas complètement basculé vers le vide emportée par le fichu mistral glacial. N’a pas non plus heurté le crâne d’un vieux propriétaire sortant lentement de sa copropriété pour aller faire ses trois courses au supermarché. Ainsi la pelle bleue n’est pas allée tourbillonner dans le parc pour s’arrêter net dans une clôture où tout le monde se serait demandé ce que fait là cette pelle de ménage et quelle ménagère inattentionée à donc laissé sa pelle à portée des vents. Inconsciemment.

Non. Sciemment. Comme on scie du bois bien proprement, je m’entête. Et la pelle bleue est stockée entre la table et les grilles du balcon, bien à la verticale ou presque, immobile. Je n’ai plus qu’à la récupérer. Et à tout recommencer.

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février 24, 2011

Mea culpa et tutti

J’ai été horrible ce matin au boulot. Un coup de gueule, comme on dit, et pour une connerie. C’est là que tu vois que les coups de colères ne prennent pas les vraies cibles. Un peu de lâcheté.

Sur l’instant ça défoule un max. Le truc c’était juste : un de nos tableaux pour les cours d’alphabétisation que je cherche et que je trouve bousillé parce que quelqu’un a écrit avec un vrai feutre , jaune en plus, et non les feutres ad hoc. Je me doute que ça doit être une des bénévoles de ma collègue. On a des personnes qui nous aident, prennent des petits groupes en aparté.

Je fulmine et je tente d’enlever cette emplâtre. Je frotte, j’use du papier, du savon, je m’escagasse et réussis à enlever le maximum. Mais le tableau en a pris un coup. Faut vous dire qu’on bosse à minima avec tout, matériel inclu. Donc, un tableau tout propre, c’est un tableau qu’on bichonne, pas sûr d’en revoir un de sitôt.

C’est la pause de 10h et je passe voir la collègue dans sa salle et j’en mets un coup sur cette histoire de tableau. Je suis remontée comme une pendule, faut dire que depuis deux semaines j’en peux plus, j’ai plus toute l’énergie qu’il faut. C’est les vacances ce soir, j’ai hâte. Faut dire aussi que ma p’tite collègue est adorable mais n’a aucune autorité sur rien ni personne. Elle me dit  » Oui je sais, c’est Monique, mais qu’est ce que tu veux faire ?  » Je lui dis que la Momo je vais lui dire deux mots et qu’elle aurait pu au moins tenter de réparer sa connerie ( Et je pense tout bas : faut ti être con pour pas savoir qu’on écrit pas avec n’importe quoi sur ce tableau ? Elle le sait puisque d’habitude elle a les bons feutres !! grr)

– Je lui ai pas donné de feutre. Et je lui ai dit qu’elle avait fait une bêtise. On peut rien faire d’autre.

– Ben si, elle aurait pu passer un quart d’heure comme je viens de le faire, à effacer ses conneries et je le lui dirai.

Bam. La collègue est un peu verte et moi je quitte la pièce toujours remontée comme un coucou chinois. Non, je dis chinois because la collègue est asiatique et a une mère tyrannique qui lui a gâché son enfance, son adolescence et tutti. Du coup toute forme d’autorité lui est génétiquement impossible, un rejet total de tout point sur les i, une trouille et un laisser-faire vis à vis de tous ceux qui l’entourent. Bref mon opposé. Du coup, oui, on me refile tous les apprenants un peu compliqués, qui demandent d’être cadrés et accompagnés dans leur comportement. Parce que sinon une seule personne un peu demandeuse ou chiante lui casse son cours à la bibiche….

C’est là où tu vois que la colère prend des cibles ridicules au lieu de traiter le fond du problème. En vérité y’a pas de problème,  on se répartit très bien la tâche et je m’éclate totalement dans ce job. C’est moi qui aujourd’hui ai envie d’être tyrannique et de ne rien laisser dépasser. Point.

On est bien peu de choses. Pourtant la matinée a super commencé. J’étais à New York. J’errais. Je ne sais pas où j’avais la tête car je n’avais si sac ni papiers ni argent sur moi. Je me laissais aller dans les grandes avenues. Et puis j’avais faim et je ne sais comment je réussisais à avoir une assiette dans les mains avec un peu de viande et des légumes. Je marchais avec cette assiette. Il y avait une drôle d’ambiance.

Je me retrouvais dans des ruelles et des entrées d’immeubles, très anciennes, mal entretenues mais assez typiques et pleines de charme et j’étais étonnée de voir cela dans cette ville. Me faisant la réflexion que, bien sûr, j’étais sotte N.Y ce n’est pas que des buildings modernes, pas du tout. Je devais être à Brooklyn ou genre. Enfin….de ruelles en ruelles, je passe dans des dédales, cela devient compliqué. Je me réfugie dans un genre de garage, arrière cour de boutique et en fait je suis en Inde.

Je suis toujours avec mon assiette et je finis ce repas mais je m’inquiète. Tous les stores se ferment, dans tous les lieux alentours comme si on nous enfermait ou s’il y avait un couvre-feu mais il est 13h…Je suis dans une sorte de galerie de petites échoppes. Et puis je vais vers le store en fer et il y a un passage, en fait, un chemin ouvert qui me permet de sortir, de partir.

Je vais rejoindre le local d’une association où beaucoup de gens me connaissent et où sont mes affaires ( sacs, etc). Auparavant dans tout ce voyage errant, je suis une totale inconnue, étrangère, qui trouve des bouts de repères. Tiens, cette place avec des étudiants sur les marches, tiens ce monument, tiens, cette avenue et ce gratte-ciel…

Dans le local, l’histoire continue, très confuse. Une piscine où je nage toute habillée. Des morceaux de repas et des personnes attendues. Une désorganisation et en même temps une maîtrise. Des pièces qui s’imbriquent, des chaises en bois éparpillées, la lumière du jour rasant le sol.

Je suis partie au boulot encore empreinte de ce rêve entre des pays. Interrogative, envie d’en savoir plus, d’y retourner.

Alors bon, le tableau à effacer….il était de trop dans mon décor ?….

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février 22, 2011

Le fil du Temps

Très peu et lentement, intensément et sans retour

S’assemblent

Et sans qu’on sache comment.

 

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février 13, 2011

Doux

Il fait doux. Depuis hier, depuis peut être plus longtemps mais il y a cette tendresse dans l’air. C’est drôle comme on n’oublie rien des sensations. Je ne sais pas ce qu’est cette mémoire intime entre nous et l’extérieur. Le temps qu’il fait, ce que cela nous fait, ce qu’il pose sur nous. Ce qu’il offre. Nous sommes des sauterelles fragiles. Repliées, dépliées. Tangibles et invisibles sont nos fils de sauterelles entre les arbres. L’arbre du printemps, celui de l’hiver. Il y a des moments où ils se tissent, nous ouvrent des voies. Je ne fais que ressentir et être surprise. Ce que je dis n’est que du vent.

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février 10, 2011

Champ d’aimer

Le champ de blé où je t’aimais a fait des petits hier.

Avec des baguettes je le mangerai.

Et puis…

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février 6, 2011

Baguette magique

Parfois la vie est comme un conte de fée. Il n’y a sans doute rien à en faire. Juste se laisser pénétrer de l’existence à foison. Parfois toute une gamme de possibles se lève au grand jour. Il n’y a sans doute rien de plus à vivre puisque, touchée du doigt, la chance se met à vibrer. De partout.

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janvier 29, 2011

Qui m’anime ?

De ce qui reste un peu tout tu garderas.

Les montagnes et les bras.

Crois- tu en quelque chose ? En cette chose mouvante qui distribue les cartes, les contours. Ta géographie.

Cette sinueuse chose dont tu ne sais le nom. Un coup oui, un coup non. Et qui connaît l’abandon. Puis la reprise. A pic. A pic de toi. Vertical diamant, serments encordés.

Hier tu pleurais et maintenant la rivière est à sa source. Jaillissement, tu te pardonnes. Tous ces moments où tu ne sais pas vivre.

Nous ne tenons à rien, je n’arrive plus à croire à quelque chose de connu. Il n’y a plus de maîtrise. Je suis l’objet de moi. Dans cette carcasse tout est possible. Je ballotte, je tremblote, je révolte, je géant, je rien, je pourtant. Qu’il y-a-t-il de consistant ? Dans une boîte à musique je danse, puis je m’assois pour humer l’air, et puis je me rends. Je me rends à moi-même à bout portant. Encordée entre celles que je suis et qui n’en font qu’à leurs têtes.

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janvier 27, 2011

Assemblés

Ce matin des z’artistes décorateurs plasticiens sont venus déposer une structure de tête de drakkar dans le hall de la Maison citoyenne ( ex MJC-centre social ) où je travaille (un peu, pas trop hein ! ).

Oh c’était gai ! Le groupe de femmes analphabètes avec lequel je bosse va aider à recouvrir cette structure métallique avec un genre de mousse. Elles se sont retrouvées en petits groupes autour d’une table pour apprendre à découper au cutter et à coller des courbes avec la colle néoprène. Raphaëlle, une des zartistes, est au poil avec elles. Il y a aussi deux autres accompagnatrices. C’était notre première matinée, il y en aura cinq. Tout cela c’est pour le carnaval de la ville.

Ces dames sont contentes. Je ne savais pas trop…Elles viennent pour apprendre le français, en fait c’est comme un prétexte, elles viennent surtout pour sortir de chez elles. Mais j’ai fait le guignol, je leur ai présenté la chose avec force de sourires et Raphaëlle a montré des tas de photos, y compris de marionnettes géantes que la compagnie a faites au Maroc, chez ces dames donc…

Autour de la grande table, dans la grande pièce-atelier, les petites mains pressent fermement les bouts de mousses qui se rejoignent. Les sourires et la concentration. « Il fait faire joli » elles disent.

Simplement se réunir pour créer, même un petit bout de mousse qui s’assemble. S’assembler. Les choses simples qui coulent et s’animent. Je me souviens au Nord Laos, un genre de bibliothèque que nous avions construite dans un village. Les enfants assemblés. Au dehors il y avait une cahute de paille et bambou, avec des livres aussi. Des livres de dessins, des bandes dessinées, que nous faisions. Les enfants se posaient là, dehors, à deux ou trois et tournaient les pages. Parfois très sérieux, parfois en riant, tenant fermement les livres, parfois un livre pour trois ou cinq. Sous le soleil, sous la tiédeur matinale de là-bas.

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janvier 22, 2011

Tourne la page

Une page se tourne. Pour moi une page se tourne. Quelque chose bouge entre les lignes. Entre mes frontières de ce pays que je ne sais.

Retournée au café m’abreuver de la terre entière. Envie de parler  à tout le monde. Pris le carnet de moleskine encore jamais entamé. Dessiné, écrit, regardé, rêvé, retrouvé.

Retrouvé tous mes troquets que j’ai aimé et qui m’ont fait, dans le coeur battant de la vie. Entourée. Entourant. Dans les bras je reprends. Et l’air et le tournant.

 

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janvier 21, 2011

L’émotion de l’information

Je ne regarde pas la télévision, je n’ai donc pas vu d’images de la Tunisie. J’entends ce matin les radios. Depuis huit jours, j’écoute. Ce matin au troquet, je lirai un journal.

Tout est bouleversant et m’intrigue. Comme tout se dévoile tout à coup, alors que depuis tant d’années les médias et les politiques se taisaient sur cette dictature ! Je me souviens de ce journaliste harcelé Taoufik Ben Brick , je crois ?, il y a plusieurs années, comme il lui était difficile de faire comprendre la réalité du régime. On aurait pu croire à un marginal révolté et extrême. Au jourd’hui où est-il ? Se retourne-t-il dans sa tombe ?

Je suis inquiète aussi car le plus dur est encore à faire. On saura bien plus tard, le pouvoir des américains dans cette révolte et ses suites, je n’en doute pas…

Illusions et réalités se mêlent. Courage des peuples, bien sûr, mais ensuite. Mais courage des peuples.

Tout à coup tout le monde raconte le calvaire du système policier incrusté partout. Et tout à coup tout le monde écoute et croit. Avant c’était le silence. Le silence tue les consciences. Et tout à coup tout le monde croit tout ce qu’on dit. Cette rapidité, ces retournements me font peur et me rendent confuse. Comment faire en sorte que nous restions toujours objectifs et informés ? Il n’y a pas d’information objective ? Comment rester toujours en alerte sur ce que les médias véhiculent ? Je cotoie chaque jour des personnes qui gobent tout ce qui est dit dans leur poste de télé et oscillent au gré de ce qu’on leur bourre dans le crâne. Pas d’accès à la lecture ni aux journaux ni aux radios. Oui, en France on vit aussi comme cela.

J’aime aussi, énormément, que ce peuple tunisien tellement éduqué et lettré ait eu ce courage. Ce courage vient aussi de l’éducation reçue et de la capacité à puiser l’information et la décrypter. Le sens critique. J’ai vécu au Cambodge, en 1992,  où l’information n’existe pas, en tout cas pas à l’époque. Il n’y a que des rumeurs, des peurs et des traumatismes, des manipulations et de la corruption. Je travaille depuis des années sur le partage des connaissances et les apprentissages pour tous, en particulier pour  les femmes. Ce sont des critères d’évaluation ( illettrisme, etc) du degré de démocratie dans un pays.

Où sont les masses silencieuses en Tunisie ? Que feront les milliers de garants de la dictature dans les mois qui viennent ? La masse silencieuse me fait peur. En suis-je ? Celle qui choisira le vote F.N en France, juste pour dire sa colère, son mécontentement de tout, comme un crachat sur le trottoir, comme une gifle à un gosse.

Je pense aussi au peuple birman.

Nous vivons en direct des mouvements de révolte, de libération et de répression. Ce Monde a toujours été en perpétuel mouvement. C’est peut être ce qui le fait tourner ?

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janvier 15, 2011

Le monde est au dehors

Le monde est au dehors. Qu’est ce que je fous à rester chez moi ?

Je suis dans un troquet très joli. Vieilles chaises et fauteuils tapissés, bibelots relookés, lustres rococo, le tout dans des teintes pastels de gris, vert pâle, rouille, ocre, avec petits tableaux et grands miroirs en dorures écaillées. Des femmes parlent haut et fort, on entend qu’elles. Elles sont commerçantes dans la rue piétonne, les boutiques vont ouvrir, fringues, chaussures de marque. Elles ont pris la table près de la baie vitrée , table basse et fauteuils autour, près du bar. Elles connaissent la patronne.

Je me suis mise au fond. Plaque de marbre et pieds en fer forgé, bougie sur la table, meuble de récupération à côté, avec tiroirs à grosses poignées de cuivre. J’ai acheté un journal, avec son supplément « Livres ». Boudiou ça faisait longtemps ! J’ai bu mon café, je l’ai même sucré et j’ai mangé un croissant, dévoré, même, gros et beurré. C’est l’aventure, ce sont des retrouvailles.

Le ciel d’hiver craque sous le soleil, un peu brumeux, il est presque dix heures du matin. Le Monde est dehors, le Monde n’est pas dedans, pas dans ma maison où tout finit par se rapetisser et se rapiécer, maladroitement ces derniers temps.

Tiens, je vois passer cette femme aveugle et son chien. Jolie, toujours pimpante, habillée de couleurs et de tissus qui flottent, elle marche droite, sûre, partout où je la croise. Rues, magasins, marché. Elle semble totalement libre de ses pas comme si c’était son chien qui la suivait et non le contraire. Elle a des yeux quelque part, je ne sais où, elle a beaucoup plus que moi. Elle a un cabinet de kiné, elle m’épate. Elle sait, elle, que le monde est dehors et elle y va avec ses grands pas. Elle est grande, légère, agile. Tiens, elle a encore changé la couleur de ses cheveux courts. Parfois je lui dis bonjour, parfois une caresse au chien si doux et si intelligent.

Elle passe, elle est déjà partie loin. Je regarde le dehors. Devant moi les deux sièges Louis quelque chose, ils sont marrants. Dos sculptés finement, tissu à matelas saumon à grandes fleurs passées. Passées.

La vie est au dehors et dans ce troquet. Sortir de chez moi. Je me suis oubliée à l’intérieur depuis trop longtemps.J’avais perdu le goût. Je m’étais fait mal, en 2009 j’avais dû partir plus tôt de chez une amie très chère. Coupé le doigt dans un mixer un jour de fête des mères. Il y a des dates qui ne pardonnent pas. Malaise global, sur toute la ligne, incompatibilité de tout, de tout ceux qui m’aimaient de loin.  J’étais handicapée. J’étais apeurée, je me couvais comme je pouvais. Bientôt deux ans de cela et je commence tout juste à me servir normalement de ce doigt accidenté. Et je commence à pouvoir aller.

2011. Autre jour. Le jour dit, ce jour, retrouvailles avec celle de moi laissée loin là-bas. Je suis enfin seule dans un beau café comme j’aime. Avec un journal, avec le Monde dedans et dehors que je vois et qui me voit. J’écris ces lignes sur une pochette en papier et il n’y a plus de place, le papier est noirci et ravi, comme moi. Dehors le monde dit, m’attendait, me retrouve.

En payant, je discute avec la patronne, je lui dis : Je viens de retrouver ce plaisir, ici. Je reviendrai.

janvier 9, 2011

Passagère

Un sac, un quai. Autour d’elle le tout défile dans ses cheveux. Elle se rappelle et elle oublie.

Un sac, une rue, un bus traverse une ville. Derrière se posent les ponts entre ses années.

Un sac, des escaliers, les uns descendent les autres montent. Tous au même endroit et elle, elle pose pied là où elle ne s’attend pas.

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