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février 19, 2010

Le train passé

Cette nuit tu étais dans un bus avec moi.

Un bus d’une ville. Je t’y vois au fond entouré de collègues, je viens, je plante mes yeux dans les tiens. Immobile, plantée devant toi, cela dure plusieurs secondes. Tu regardes. Puis tu me regardes et tu dis : 

C’est toi ?

Je ne dis rien, tu as vu, tu m’as reconnue, nos yeux sont scellés.

Ensuite, c’est cela que j’aime dans nos rêves, ensuite il n’y a rien qui se dit. Nos regards sont l’un dans l’autre et nos corps fondus, naturellement.

Car ce rêve est naturel et il est aussi mon rendez-vous régulier. Tu es la pleine lune de mes rêves. Maintenant je le sais.

Je suis ensuite allongée sur une banquette d’un train. Et ton visage s’approche du mien et tout n’est qu’un. Une longue caresse infinie sans espace autour, sans contours.

Comme tu caresses une herbe nouvelle et haute, de la paume de la main et refais le geste à l’unisson, sans chercher à comprendre, irradié.

Le train roule. Un petit train de campagne, de ceux qu’on a fait fermer il y a longtemps. Celui là gravit encore les collines, passe les vallées, longe des rivières.

Je dois descendre Ici c’est mon pays, dis-je, avec un geste large et fier vers l’horizon. La campagne est pleine de lumières.

Tu vas plus haut, vers des montagnes puisque tu les aimes.

Je sais que nous rêvons ensemble. Je sais à quoi tu penses, je te connais trop bien. Je sais, derrière nos apparences, que nous nous rejoignons. Dans cet endroit immense où rien ne se dit, ton visage se rapproche du mien et nos corps sont ensemble.

L’oubli n’existe pas. J’écris ce matin encore ensommeillée de nous, froissée, lente, brouillonne, les yeux dans les tiens. Petit à petit s’éloigne ton visage.

Une pluie forte réjouit mes oreilles, son clapotis, ce petit bruit. Ce goutte à goutte dans ma demie nuit, mon presque jour d’aujourd’hui.

Je  suis mal assise, je ne reste pas, je me lève, avec toi.

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