Posts tagged ‘rencontres décisives’

mars 5, 2011

Toi, loin désormais ?

Tu as à portée de mains.

Si tu es en changements, le sauras tu vraiment ?

Il est passé dans ta vie. Tu t’es faite avec lui. Elle t’a donné ses ailes.

Nous sommes traversés par des continents. Et pour nager c’est la fuite en avant.

Je traverse sans comprendre. Mes sentiments.

Sème, sème. Je crois que tu existes encore mais je crois que tu es bel et bien mort. Cet amour, maintenant.

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février 20, 2011

Le rêve de tous ceux qu’on aime

Ton corps sur le mien. Lourd et rempli. Ta chair, ton âme.

L’essentiel retrouvé, la certitude. Dans un lieu qu’on dit « rêvé » mais je n’en suis pas sûre.

Je suis restée éveillée lentement pour ne pas tout perdre. Et même les yeux ouverts, dans cette vie là, l’autre existence restait en moi, présente, réelle.

Dans ce rêve les amis tournaient et venaient. Tout le monde était en séjour, en voyage. Des valises, des sacs, des vêtements éparpillés, des douches à partager. Et notre chambre. L’évidence. Ton sexe sur mon ventre, chez lui. Ton odeur sous tes cheveux dans ta nuque. Ton visage, large, presque enfantin, ta peau qui entoure tout, qui me fait une peau.

Nous étions cette fois encore différents des autres rêves, de tous les rêves que je fais de toi. Calmes, sans remords, sans lourdeurs passées. L’évidence, toujours, mais encore plus pleine et sereine, cette fois. Atteinte totalement. Tu n’étais plus angoissé, toujours à courir après mon âme ou vers un autre ou une autre. Tu étais arrivé. Chez toi, en moi, là où tu n’es jamais parti mais tu ne voulais pas savoir. Pas vivre.

Le rêve où tous sont rassemblés. Je quitte notre chambre et je retrouve Lui. Tout est naturel et très drôle et tendre. Mais il y a tout ce monde autour. Il y a aussi des petit-dejeuners qui se préparent, on s’affaire autour des fours. Des feux. Il n’y a pas la place pour tous les plats, pour tous ?

Tu m’attends, tu es toujours dans la chambre, j’y reviens. Je cherche des vêtements. Des vêtements gais, doux, des t-shirts de printemps avec des fleurs grises et mauves, des pantalons légers. Légers, qui tombent autour des jambes, confortables.

Tu es assis nu par terre, comme tu aimes. Je m’assois face à toi. Je t’aime. Tu m’aimes tant que cela ne peut se dire, pas là. Je caresse ton bras, rond, épais. Ta présence sur la terre dans ce corps si ancré. Je souris. Je veux te le dire : je vais écrire. J’écris un livre. Tu sais combien nous y avons pensé, toi qui le fais. Je caresse ton bras avec un doigt, de haut en bas. Je n’ose pas et puis tout à coup c’est encore une évidence.

J’ai la première phrase en tête. J’ai le sésame, j’ai la certitude, j’ai le chemin, j’ai. Je te dis. Je te dis « Tu sais j’écris, et je vais écrire un livre, ça y est. Je le sais, je sais comment le commencer ».

Je sors du sommeil à peine. Je te vois resté là bas. Assis nu face à moi dans ce lieu où nous sommes tous réunis et aimants, et aimés et amants. Un lieu satellite de tout. Un endroit où je suis, où j’existe. Je laisse les draps me sortir de cet endroit, loin mais pas. Non, cet endroit est là. C’est l’endroit de toute une vie. Toutes les vies de ceux qu’on aime.

Mon corps est mou, entre deux lieux. Il est ce corps qui n’est qu’un véhicule entre mes dédales. Il est l’outil pour traverser mon esprit, rencontrer les possibles, atteindre nos mondes invisibles. Ceux qui disent. Ce qui porte. Emporte le rêve sur des barques.

Je me suis levée. J’ai petit-déjeuné en regardant les mésanges picorer, mon chat dans les bras. Comme à chaque fois, je n’oublierai pas. Sur mon agenda des rêves, nos rendez-vous. Les barques glissent. Me dire qui je suis. Ce qui sera.

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janvier 27, 2011

Assemblés

Ce matin des z’artistes décorateurs plasticiens sont venus déposer une structure de tête de drakkar dans le hall de la Maison citoyenne ( ex MJC-centre social ) où je travaille (un peu, pas trop hein ! ).

Oh c’était gai ! Le groupe de femmes analphabètes avec lequel je bosse va aider à recouvrir cette structure métallique avec un genre de mousse. Elles se sont retrouvées en petits groupes autour d’une table pour apprendre à découper au cutter et à coller des courbes avec la colle néoprène. Raphaëlle, une des zartistes, est au poil avec elles. Il y a aussi deux autres accompagnatrices. C’était notre première matinée, il y en aura cinq. Tout cela c’est pour le carnaval de la ville.

Ces dames sont contentes. Je ne savais pas trop…Elles viennent pour apprendre le français, en fait c’est comme un prétexte, elles viennent surtout pour sortir de chez elles. Mais j’ai fait le guignol, je leur ai présenté la chose avec force de sourires et Raphaëlle a montré des tas de photos, y compris de marionnettes géantes que la compagnie a faites au Maroc, chez ces dames donc…

Autour de la grande table, dans la grande pièce-atelier, les petites mains pressent fermement les bouts de mousses qui se rejoignent. Les sourires et la concentration. « Il fait faire joli » elles disent.

Simplement se réunir pour créer, même un petit bout de mousse qui s’assemble. S’assembler. Les choses simples qui coulent et s’animent. Je me souviens au Nord Laos, un genre de bibliothèque que nous avions construite dans un village. Les enfants assemblés. Au dehors il y avait une cahute de paille et bambou, avec des livres aussi. Des livres de dessins, des bandes dessinées, que nous faisions. Les enfants se posaient là, dehors, à deux ou trois et tournaient les pages. Parfois très sérieux, parfois en riant, tenant fermement les livres, parfois un livre pour trois ou cinq. Sous le soleil, sous la tiédeur matinale de là-bas.

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décembre 27, 2010

A-t-on besoin de se voir ?

J’ai entendu ta voix. Je ne t’ai pas vue depuis longtemps. Je ne peux m’empêcher de relier ta voix à quelqu’un d’autre et à ce bout de vie qui était comme une clôture mais je ne le savais pas. Une clôture comme autour d’un champ ? Mais qu’est ce que je dis moi ? Une clôture comme une fin. Est-ce la même chose ?

L’amour s’encercle-t-il ? Comment finit-il, je ne sais pas. Avec spasmes et lenteur, je crois. C’est ta voix, celle d’une amie que je ne vois pas. Les années ont passé par dizaine, bientôt vingt s’il le faut. Avec le temps je ne sais plus s’il faut se voir ou pas. La somme des sentiments s’allongent, comme sur une plage à même le sable, peut être juste une petite serviette là où tu voudras. Sous la tête ? Sous le dos ? Et ils prennent le soleil. L’absence sans nuages fait dorer la certitude. Lentement.

Se voir amène les nuages et la pluie, et la vigueur et les océans, et l’eau entre les orteils, et. Se voir est l’absence.

Hier j’ai vu une amie lointaine dans mon ordinateur. Comme elle vit très loin et qu’on s’aime beaucoup, elle m’a demandé d’installer ce truc qui s’appelle sk….qui permet de se parler et de se voir sans frais. Il est dix heures plus tard chez elle. Et 35 degrés à l’ombre en décembre. Je l’ai vue, elle me voit. J’aime son sourire. Elle porte un joli haut au décolleté très rond et des manches courtes fronçées. L’eau est à 27 degrés me dit-elle aussi et je me dis que je vais aller nager dans cette eau, sur la plage que je connais de ce Pacifique sud qui m’attendrait. Je ne vois pas pourquoi je n’irais pas moi aussi dans cette eau là.

A un moment nous ne disons rien et j’aime la voir se pencher simplement. Et tout se dit dans cet instant silencieux, dans cette présence lente. Il suffisait cela, peut être.

Amis. Sommes nous loin ? Faut-il encore se voir ?  Je suis rompue à l’exercice et j’en sais les recoins sombres, la dose de force qu’il requiert, même si cela fait vivre bien souvent. Même si indispensable parfois. Encore faut-il savoir l’être. Et ce près et ce loin.

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décembre 7, 2010

Ecrire ensemble

Ecrire ensemble une histoire, une histoire un peu folle.

Avoir chacun un personnage à faire vivre et avoir un « pilote dans l’avion », c’est à dire un Chef de Gang qui recueille nos textes à foison et les trie, les range, les garde au chaud dans les bons tiroirs parce que cette personne a une vision à long terme et gère toute la pagaille engendrée par des auteurs qui inventent au fur et à mesure.

Cette personne c’est Lise. Elle a ouvert un blog avec un projet d’écriture 2011. Elle a créé un synopsis et une trame de personnages. C’est ouvert à tous.

Il y a encore de la place,  (RECTIF du 11/12, comme l’indique le commentaire de Lise, il n’y a plus de place…) et c’est un lieu où l’ouverture et la créativité peuvent prendre des ailes.

C’est là

ensemble2011

Les textes sont mis en privé, donc c’est juste un coup d’oeil frustrant que tu peux avoir si tu vas sur ce blog. Mais si tu sens des frémissements et une folle envie de participer ( il faut un gros brin de folie, je te le dis) alors il faut écrire à la Patronne, Lise : lise.genz@yahoo.com.. Il faudra attendre la suite de nos aventures , hi hi !

Voilà, c’est dit. Pour ma part c’est le troisième blog participatif dans lequel j’embarque et pour moi c’était pile poil le moment, l’heure, le jour, l’année, la seconde. A chaque étape l’envie d’écrire se vérifie et ça bouge, ça se renforce et j’apprends énormément.

Découvrir et apprendre sont les moteurs de mon envie de vivre, alors. OUI.

novembre 13, 2010

Lettre amie

Moi aussi je pense souvent à toi et à cette absence… Je me disais même il y a quelques jours, qu’il faut que je vienne te voir.

Oh l’amitié, ma soeur de coeur. Oh celle qu’on ne veut pas perdre, qu’on ne peut pas perdre, qu’on voudrait encore là au dernier jour.

Oh les coeurs qui pleurent et rient. Oh le manque de l’autre. De toi qui dis  : Si c’était à refaire, je prendrais femme et ce serait toi.

Oh cette longue année en brisure, fragilité et manque de nous. Moi qui me suis mise à la porte, enfermée loin. Toi qui as pensé que je te l’avais claqué au nez, la porte de chez toi, et le choc fut si brutal. Il faut une vie pour se connaître et défaire et tricoter l’amitié. Toutes les deux nous avons perdu des êtres chers, c’est notre salut. Nous savons le coût de ces pertes. Chaque ami est une pièce du puzzle, il manque à jamais.

Je reviendrai. Je, tu, le, sais. Ce ne peut être autrement, plus maintenant. Je ferai tout pour te garder, je prendrai tout le temps, je pèserai les mots, je te laisserai le silence.

Je veux nos thés au soleil, je veux nos dîners seules au fin fond des restaurants. Je veux nos rires en vacances, je veux la douceur dans la cuisine et la popotte autour du feu. Je veux tes tisanes, je veux mes sauces de salade, je veux dans la salle de bains nos échanges de crèmes et de shampoing.

Je veux aux terrasses des cafés les serveurs souriants en nous demandant Mais vous êtes soeurs toutes les deux, non ? Et nous de nous regarder malicieuses, depuis tout ce temps, 28 ans, et ne rien dire, en rigolant.

 

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novembre 11, 2010

Madame Groult et nous

Merci Paola. Tu nous a raconté ta lecture récente de Benoîte Groult et tu m’as donné envie de lire d’elle encore, après sa Touche étoile.

J’ai emprunté Mon évasion à ma médiathèque et hier soir je pensais juste y jeter un premier oeil. Impossible. J’ai pris ce bouquin par tous les bouts. Le début, avalé en pages, la fin, boulimisée en totalité, le milieu (interview sur les Vaisseaux du coeur) gloutonné en trombe, impossible de m’arrêter sous les draps et la chaleur de la lampe qui voulait s’éteindre avant l’incendie de la table de chevet (mon ampoule y est trop forte !).

J’ai dormi dès le livre posé, les yeux fatigués, la migraine naissante, et ce matin j’ai noté mon rêve fort, que j’écrirai sur Ella, sans doute, mon blog des poèmes et mots qui viennent tout seuls.

Merci Paola. Mais que tu es coquine de venir taquiner comme cela mon esprit, enfin, je veux dire c’est Benoîte, bien sûr, c’est elle. Tous les passages sur lesquels je me suis ruée, hier soir, concernent l’amour et les choix de vies, de couple, et les comment.

Comment s’accorder la liberté mutuelle. Comment rester libres, ouverts et ne pas se recroqueviller sur le deux + deux = zéro au fil des années ? Tu le sais Paola, le couple sous le même toit et rien que cela ce n’est pas pour moi la bonne solution, ce ne peut être l’unique. Elle est même teintée de lâcheté, de peurs, bien souvent. C’est un challenge énorme que d’ouvrir les possibilités, et d’oser le dire et/ou le vivre. J’y pense tout le temps. Parfois je mets en action, parfois non, alors j’y pense encore plus.

L’homme qui est près de moi et que j’aime depuis 22 ans, n’a pas été le seul en 22 ans et c’est itou/idem pour lui. Nos toits n’ont été communs que les deux premières années et puis les cinq précédentes, actuelles. L’âge s’en vient, l’âge et la peur de vieillir nous accompagnent maintenant mais je veux croire en des ouvertures encore. Il faudra inventer. Déjà nous pensons à notre prochain toit et souhaitons avoir chacun nos espaces, certains espaces, bien séparés et peut être des morceaux en commun avec une amie ou deux, le rêve pour moi, mais pas facile, pas facile la mise en place.

Tout est possible. Madame Groult raconte tout cela, son contrat « open » avec son Paul. Les douleurs aussi. Même quand tu es sûr de l’autre, savoir qu’il (et elle) se permet d’être amoureux d’un autre être…Il faut traverser, traverser ensemble les ponts, les gouffres, et créer, créer pour dire ce qui ne peut être dit en temps et heure.

Mais l’être humain est fait pour aimer. Hier j’entendais Mme Deneuve dire qu’amour et bonheur n’allaient pas souvent ensemble, à son goût. Qu’elle n’était pas encore capable de bien les assembler et de trouver le bonheur, de s’en contenter, là où il était, sans doute, mais pas à ses yeux, pas à son coeur trop avide, trop inquiet.

Ce que permet l’amour qui s’ouvre aux autres, c’est de vivre des passions. Elle en parle bien La Benoîte. Voilà pourquoi j’ai encore fait ce rêve de toi. Toi, mon tout, mon ventre, ma déchirure, mon poison doux. Comment pourrais-je être encore sous le toit de mon amour, 22 ans après,  si je n’avais pas été dans ton lit ? Si tu n’avais pas pris ma vie, mon corps, ma raison. Pourquoi est-ce que je rêve que nous nous retrouvons enfin ? Parce que nous avons eu tort de tenter de vivre chaque jour ensemble ? Parce que nous étions amants, purement et totalement faits l’un pour l’autre et qu’il ne fallait pas mêler le quotidien à tout cela ?

Oui mais nous voulions tout, au bout de deux années avec et sans et toi aimant, amant de tant d’autres, tu voulais poser tes valises avec moi, nous avions tant désiré cela et nous avions 34 ans, je t’attendais, rien que toi sous mon toit. Voilà nous l’avons fait, deux ans après les murs s’écroulaient. Il faut des murs monter puis descendre. Il faut tout essayer.

Ensuite l’espace de vie augmente, la place pour soi, la place pour d’autres. L’amour est créé pour nous connaître, pour nous apprendre, pour nous vivre, nous étonner. Avec toute la douleur qu’il engendre il faut bien quelques compensations sonnantes à nos poignets. Des bijoux de belle danseuse qui connaît un peu mieux son solfège et sa musique et qui veut toujours recommencer.

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octobre 12, 2010

Je ne cherche plus

 

Je trouve de moins en moins le goût d’aller chercher sur le net. Je trouve de moins en moins de choses, forcément, puisque je cherche ailleurs. L’addiction s’estompe, sans douleur. Je pose des choses sur mes bouts d’espaces , j’en suis contente. Je fais un petit tour vers ceux que j’aime. Et le tour est joué. Le jeu s’éteint avec le clic de fin. J’ai trouvé plein même peu. Je n’ai plus de quête. Je connais les tartines et les bonnes confitures à mettre dessus. Aucune douleur ne se résous. Mais des petits- beurres dessous-dessus. Cela fait du bien. Tout est affaire d’humeur. Le grand charivari. On s’utilise, on pense les uns aux autres. Pleuplés de solitudes  qui font vivre. J’ai essuyé mon temps sur les vitres de l’ordinateur, je ne suis pas bonne pour faire les carreaux. J’ai moins l’envie car moins d’attente. Oui attentes j’avais, normal devant un nouveau joujou et ce néant de l’autre côté. Blanc des yeux. Soif. Vide.

Je ne cherche plus ce que j’ai trouvé. J’ai fait un premier tour, une première année moulti-bloguesque. Le temps des rencontres a commencé. On sait à qui on a à faire. On va se regarder dans les yeux.

C’est le mieux.

J’ai épluché des regrets, j’ai mis des peaux dans des pages, décortiqué certains souvenirs. J’ai parfois l’impression que cela m’a aidé, surtout ici. Je laisse le poids. Je me moque de moi. Je vois qu’il n’y a rien. Cette illusion qui demande tant de légèreté d’avec soi-même.

Sur la petite route il y avait, en lisière, cette fleur bleue. Elle s’appelle poésie, elle est au bord, entre gravillons, goudron, terre et herbes. En sandwich, en prise, entre le bord et le bord, chacun menant tout à fait ailleurs. Juste à la frontière quelque chose pousse, se maintient, se fout de tout, comme ces marchands sur les quais népalais qui suivent le train en courant, pour te vendre par la fenêtre leur produit, leur thé brûlant, ton repas. Jusqu’à ce que leurs pas puissent encore les porter, à la limite de la vitesse d’un corps, d’un bras tendu à se rompre, quelque chose s’impose à toi tant que tu crois vivre.

 

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septembre 26, 2010

L’émotion, la marée basse

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L’émotion est-elle comme une marée basse ?

Voilà je cherche. Je cherche pourquoi la teneur d’une émotion se dilue. Il y a un moment. Un espace-temps où quelque chose se passe. Une rencontre, pour moi, le plus souvent. Un écrivain dans son livre. Une feuille de châtaignier dans une forêt solitaire. Un premier face à face avec un être animé qu’on oubliera jamais et qui par cet instant là entre dans ta vie. Entre. Porosité. Tout est question de porosité. Mais moi je laisse entrer la première fois, je n’ai pas de filtre. Je mets des filtres après, éventuellement, ou bien j’y suis forcée. Le premier instant c’est celui des toujours. Ensuite il faut absorber le choc. Le digérer et il faut vivre. Avec ?

Et après le choc émotionnel, oui vraiment c’est un choc, beau, mais éprouvant, tout le temps, alors après, il y a le corps. Et la tête. Mais le corps qui est bousculé. Tout papier mâché par l’émotion pure. Moi c’est ainsi. On dit bouleversé ? Longtemps j’ai écrit boulversé, mais il paraît qu’il y a boule dedans. Je ne vois pas, mais bon…Boule au ventre ? Boule au coeur versé de côté ? Renversé ? D’accord, à la renverse, bien sûr. Avec des boules, des carrés, des étoiles, des portiques, des vélos, des bagarres, des ciseaux, des strapontins qui s’installent, des fauteuils, des tabourets, par dessus les murets, les foins, les vaguelettes de mauviettes, des tranches, des oiseaux, des histoires de dormir dehors encore ?, des points, des triangles, des flûtes de zut, des bassons, des mains, des yeux, etc

Alors cette émotion gigantesque me prend une bonne dizaine d’heure. Je viens de le vivre. J’aimais bien être envoûtée. Toute mêlée, pas démêlée, non, l’autre s’installe en toi, ça fait un barouf, il pleut sur le toit. L’émotion de l’autre, les silences, les sentiments, les notes posées sur la partition, juste un début, et toi tu embarques ce paquet d’elle et tu composes maladroitement, toute entière. Cela prend le corps. La nuit, un jour. Mais le matin l’émotion s’est comme reposée, ou bien elle s’est enfuie, ou bien elle s’est reposée oui, parce que c’était fatigant. Et tu te retrouves toi, presque comme avant. La vague immense est passée. Tu es encore pleine, bousculée. Les larmes au coeur. Le corps pressé dans ses tranchées, oui tu as souvent envie de te laisser aller. Tu as envie de pleurer. Oui, cela reste mais tu as  un peu repris ta vie. Reprise ? Tentative ? C’est comme si tu avais marché à marée basse très loin et découvert sous tes pieds tout cet univers vivant. Tu en ferais partie. Une partie à découvert. Et puis pendant que tu dormais la mer est montée. Maintenant tu es sur la côte, assise sur ton rocher, et les contours sont connus. Le bouleversement s’est-il caché en dessous ? Dans ta tête il y avait tempête de mots. Le soir, la nuit, et tu n’as pas écrit.

Maintenant ça fait deux jours. L’eau redescend un peu de ton rocher.  Découverte. Seras-tu ? Tu te souviens de toutes les émotions, de toutes les rencontres, de ce mic mac de vie entre les êtres animés. Sans doute en vieillissant est-on encore plus conscient de cette science inexacte de la vie et encore plus au courant. Au courant naissant dans chaque instant. Ces croisées de vies. Comment vivent les autres ? Comment sont-ils arrivés jusque là aujourd’hui ? Avec leur visage tel qu’il est, leur voix, leurs gestes, chaque mouvement ? Pourquoi cette voiture, ce vélo, cet endroit, ce travail ? Pourquoi cet instant que nous avons voulu. Cette table, toi et toi que je ne connais pas. Toi qui me vois pour la première fois et tu parles, tu ris. Cette tarte chaude, ce chocolat, ce pantalon là, ces couleurs,  le dehors où il grêle puis il fait soleil comme par magie. Pour que vive l’instant il faut le vouloir, il faut cet inconscience, cette décision, et cette conscience qui fait passer à l’acte. Qui fait que l’heure est dite, le jour nommé, et qu’on se trouve là où on a décidé d’être. Décidé d’être. Et comme tu l’as bien dit Moi je veux être rien. Voilà qui est bien dit. Mêlons le dire au faire. Et faire ce rien, c’est une belle vie, je te le dis.

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septembre 19, 2010

Rencontres. Piano. Musique de la vie.

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Dans quelques jours je rencontre quelqu’un que je n’ai jamais vu. Je te dis ça en écoutant E.S.T Live in Hamburg. Tu connais ? Piano jazz ? Vif, puissant.

Dans quelques jours je rencontre. Je vis. La vie n’est-elle rien d’autre ? Non la vie n’est rien d’autre que les rencontres. Elles sont mon poison violent, je les aime. Un jour je te rencontrerai peut être. Sans les rencontres point de vie. Piano qui file, en pointes, court, vole, dit.

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août 17, 2010

A deux roues et puis loin.

J’ai roulé à vélo sur une petite route de terre caillouteuse ce midi. Un vrai terrain miné où tituber et chercher une bordure, un morceau par où passer sans exploser les pneus du vélo ordinaire.

Je me suis soudain rappelé de notre longue sortie . Marie, ta poupée de six ans et moi dans la campagne laotienne. Sortir en vélo un dimanche après-midi pouvait relever de l’exploit ou de la folie inconsciente. Mais cela te plaisait beaucoup et tu avais raison. La chaleur laissait parfois un glissement d’existence possible au dehors et c’était vraiment drôle et improbable. Nous cahotantes au milieu des rizières, au milieu de rien, de petits hameaux de pacotilles, de bambous et de boue.

On a trouvé une buvette, un truc au milieu de nulle part mais la route se poursuivait. On a réussi à boire un truc, mais grignoter, à peine, Poupée avait envie mais quoi ? Pourtant elle, née au Viet-Nam, mange du salé au goûter et met des sauces au poisson dans ses yaourts mais, là, je ne sais plus si elle a trouvé une saloperie à sucer.

La chaleur nous est retombée dessus au dehors. Les roues partaient comme elles pouvaient dans tous les côtés, les ornières, la terre sèche comme une trique. Je ne me souvenais plus de cette balade, tu vois. J’ai une mémoire très capricieuse, tendance au retranchement pour sauver le Titanic de l’existence.

Mais ce midi  j’ai souris en me voyant valdinguer dans les cailloux si loin de nous, si loin de ce que nous fûmes. Sommes nous encore ? La Poupée a vingt ans et je n’ai plus de nouvelles. Est-ce important ? On est proches quand on est présents, quand on peut se toucher et faire valser nos vélos en buvant un Coca chaud au milieu de nulle part. Ensuite, on repart. Ne reste que la mémoire qui se prend à faire la belle à vélo quand il fait trop chaud.

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août 15, 2010

Bashung

Bon, si tu as raté les huit premières émissions, tu peux encore te rattraper sur les deux prochains dimanche, à 12h sur France Inter. Jolie rétrospective, pleine d’interviews, de voix et de musiques.

Aujourd’hui c’était l’album l’Imprudence, 2001.

Tu perds ton temps à te percer à jour

Devant l’obstacle, tu verras, on se reflète

A l’avenir, laisse venir….L’imprudence

Nous nous sommes posés tous les deux avec le thé autour de la table en bambou. Dans le silence. Ecoutant  sa dernière femme, son fils, ses musiciens, son parolier, et lui. LUI.

J’ai trop de mal à écouter Bashung depuis qu’il est parti. Je pleure, je ne peux pas me faire à l’idée qu’il n’est plus là à côté, prêt à m’emporter, à nous étonner, nous dévier, nous fulgurer, nous embarrasser, nous dévaster. Toi tu connais toutes ses chansons par coeur. Tu ne disais rien et tu ne bougeais pas et je n’osais te regarder car je savais que tes yeux se noyaient.

Déviances, métamorphoses, poésies, mots entourloupés, dégagés de leur gangues. Artiste plein, plein à la tonne de souffrance et de liberté. Débattu, fouetté, des nuits, des années, des vies par tranches plombées, rapatriements, expéditions sur les fronts où tu courais, pour arriver dans nos oreilles et entrer dans nos vies. Capharnaüm de l’existence, tout arracher au passage. Dire, dire, dire, partir aveugle, revenir sourd, reprendre les gants, se noyer dedans, enfanter l’espoir fou et l’étrangler, ne rien guérir, et dire, dire, redire et en crever.

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août 9, 2010

Léo, toi et le tigre

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Quand j’écoute Léo Ferré c’est toi que je vois. Toi qui n’est plus dans mes bras depuis longtemps mais toi qui a vu ce lion là. Toi qui racontais tellement bien les histoires.

Je me souviens de nous en nos débuts, sortis d’une nuit nouvelle et hypothétique, nous redescendions vers la gare mais j’étais confiante. Je ne sais plus pourquoi. Où en étions nous de nos joutes douces-amères ?

Toujours est-il que tu étais fier de toi à la place passagère  – de moi – et nous parlions, toi en fait, tu me racontais. Et tu chantais une chanson, une chanson à textes comme on disait autrefois, une chanson de révolte, de la Commune, ou autre.  Tu les connaissais par coeur. Ce jour là dans cette voiture tu m’as aussi appris que tu peignais, plus jeune, mais que tu avais tout détruit.  Cela ne m’a pas étonnée. Tu avais plusieurs métiers  et plusieurs vies déjà, et des secrets en pagaille, je n’en doutais pas. Comme moi, ta vie d’adulte avait commencé vers 16 ans, droit devant. Nous commencions tout juste à nous avouer l’un l’autre, je crois qu’on s’était rencontrés, oui, sans doute l’année précédente, et depuis, les continents nous séparaient comme ils savent faire.

Au tout début de notre rencontre en pays khmer tu m’as vite parlé de Ferré. Ferré et l’anarchie, bien sûr. Toi membre, très actif,  dès 18 ans , de la Fédé parisienne. Tu avais organisé un concert au merveilleux Cirque d’Hiver et dans les coulisses tu avais rencontré l’artiste, l’idole. Tu l’avais trouvé plutôt silencieux mais toi même, j’imagine, tu étais dans tes petits souliers. Ne me dis pas qu’à vingt ans tu étais déjà un coq téméraire face au grand lion  !

Voilà que quelque part, au fond de cet espace , il y a des animaux, dont un tigre et qu’on peut le voir à travers une lucarne. Tu regardes. Le tigre t’en met plein la tête. Place à Léo qui met son oeil dans la fente. Puis il se tourne vers toi et te dit « Tu as vu son oeil ?! », l’air admiratif. Et tu vois l’oeil de Ferré et tu vois l’oeil du tigre et ces deux là restent pour toujours associés dans ta mémoire vive. Tu ne sais lequel des deux te parait le plus puissant.

Deux ans plus tard je suis en France et toi encore là-bas. Le doute a doublé la distance, je suis en déroute de tes silences. J’entends à la radio que Léo est mort. Mon coeur se serre. Et je te l’écris. La lettre traversera les airs et t’arrivera bien. L’année suivante, celle où tu me reviens pour de bon, nous sommes heureux au bord de la Seine. Les bateaux partent vers Le Havre de Paris à Rouen. Nous roucoulons, coule la sève, ouvre le ban, nous sommes enfin, nous sommes. Tu me dis que je suis celle qui t’a appris la mort de Ferré. Que je suis celle là, celle qui y a pensé. Tu me dis que tu l’as su par cette lettre dans laquelle je voulais te rejoindre ce jour là au moins, grâce à lui qui jamais ne disparaitra. Pas en moi, pas en toi.  Tu es celui qui a vu le tigre dans ses yeux.

Aujourd’hui à chaque fois que j’entends Ferré je pense à toi, au tigre et à Léo l’oeil dans la lucarne face à son double, ou presque, et à tes vingt ans de ce moment. Gravés en moi, gravés en toi. Il y a de ces souvenirs qui ne sont pas des nôtres mais le deviennent je ne sais comment. Ils passent d’un corps à l’autre comme des passeurs et s’emparent des mémoires à l’origine étrangères, tourbillonnent et font leur lit, sans doute par amour, exclusivement, comme on transmettrait un gène incidemment.

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août 2, 2010

La sécurité ?

En 2001 j’avais tout ce qui me fallait. J’étais au top de moi-même, on pourrait dire. En prime de l’essentiel amour, j’avais deux boulots parfaits. Je m’amusais bien, j’apprenais sans trop croiser des cinglés, juste ce qu’il faut car il faut bien des chefs -qui-aiment-le-pouvoir, à ce qu’il parait.

J’allais d’une petite ville à une autre petite ville répandre ma bonne volonté tout en ne croisant que campagnes et rivières sur ma route. Pour couronner mon tout, je terminais deux ans de recherche universitaire. Je soutenais un Master face à des profs en or qui me sur-notaient car c’est comme cela les études à la quarantaine on est quasi entre collègues, entre adultes, on s’aime un peu tout de même. Vraiment, disons le. Cet aboutissement en était un de taille. Un très long cheminement, un choix, une preuve, une revanche. Une joie.

Et puis la fin de l’été a commencé à être un début de catastrophe. Mon 11 septembre à moi avant l’heure, juste un défaut de timing, moi c’était vers le 27 aout 2001. Tu vois, presque. Je ne vais pas raconter là. Trop long. Mais c’est à ce moment là que ma mère a été mise de force, par mon frère,  dans une maison de vieux et que la dégringolade de sa démence a pris le dessus. Normal. Je te mets là où elle s’est retrouvée et tu plonges direct, tu deviens dingue de dingue, raide.

Juste trois semaines après, les tours s’effondrent et moi je passe ma soutenance. Est-ce à cause de.. quoi je ne sais, de tout cela à la fois ? Mais voilà que je m’amuse à penser qu’il me faudrait peut être maintenant un boulot fixe. Une idée saugrenue qui jamais dans ma vie ne m’était venue. J’en avais déjà eu des boulots fixes et donc stables et le but avait été de les quitter le plus rapidement possible. Parce que, franchement, quel interêt ?  Je n’ai pas fait de gosses aussi pour cela, pour voguer à ma guise sans boulet au pied. Pour n’être obligée de rien matériellement, de ma petite personne égoïstement vivre. Point. Et qui aime suive, bien.

Non mais là, je m’ennuyais peut être à ranger mes fatras de cours de fac, je cherchais à me prouver encore quelque chose ? Je me suis mise dans l’idée de passer un concours. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je travaillais avec des collectivités territoriales, conseil généraux, mairies et compagnie, avec des gens très sympas qui me donnaient envie. J’ai donc révisé, très sérieusement et passé cette chose à l’écrit puis à l’oral. Je n’ai jamais fait un truc aussi débile. Ecrits : sujets débiles, enfin surtout dans ce cadre là. Je savais ce qu’il fallait ne pas mettre. C’était le degré zéro de l’intelligence. Un jeu. Puis à l’oral c’était le face à face avec des sadiques qui cherchent à te mettre mal à l’aise, te piéger, te faire passer pour une m…..Un monde à part. Le summum de la bêtise et de la méchanceté, de l’arrogance et de la prétention.

Comme une con j’ai eu ce concours. Je suis vraiment une bonne comédienne mais j’avais plutôt honte de m’être abaissée à ce point. Puis un an plus tard j’ai pris un poste de fonctionnaire quelque part. Ce concours m’offrait la possibilité d’être « chef » de quelque chose. Je voulais voir ? Je voulais gagner du fric années après années et ne plus être funambule ? Une de mes amies m’a demandé si j’étais folle. J’étais surtout inconsciente. J’ai appris beaucoup et beaucoup stressé. J’ai découvert un univers de malades. Avec des personnes qui crèvent de leur boulot, d’autres qui emmerdent le monde jusqu’à la retraite car ce sera tout ce qui leur restera. Des gens formidables aussi, mais en  minorité. Bien sûr, tu imagines la suite, je me suis barrée fissa au bout de trois ans. J’ai pris « une dispo » comme on dit. J’ai droit à dix années de réflexion, j’en ai fait cinq. Chaque été je refais ma lettre de prolongation de ma liberté. C’est toujours un moment-clé. Où je souris et poste en recommandé cette foutue liberté, mon risque, ma fierté. Et un jour il faudra tirer le trait définitif. Plus de filet. Assumer.

J’ai perdu beaucoup de moi dans cette histoire, je commence tout juste à récupérer et heureusement ma mère est morte pour arrêter les frais de  ce désastre, de cette fuite vers le fantôme de la sécurité.

La sécurité ? Bien sûr quand tes tours s’effondrent, tu es tenté. Tu marches à côté de tes pompes alors tu aurais comme un besoin de cadrer la catastrophe ? Mais le besoin de sécurité dans ta vie professionnelle c’est le début de ta fin en soi. C’est la peur à tes côtés, c’est le goutte à goutte poisonneux qui s’infiltre. Tu lâches tes biens précieux, ceux de ta créativité, ceux de l’amour d’exister sans peurs, ceux du gai vivre, ceux du droit-dans-les-bottes de toi.

Non. La sécurité c’est quand vraiment tu vas trop mal et que tu ne peux plus faire autrement. D’ailleurs tu n’en n’as guère conscience sur le moment. Tu te plantes une  flûte au bec pour charmer tes serpents, tu crois que c’est pour du bien. Tu mens. Un jour folie reprend. Toi. Vraiment. Dedans. Laisse. Ecoute. Prends. Va, vers toi, va . Tant.

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juillet 23, 2010

Mon bibliothécaire

Mon bibliothécaire, appelons le J, et moi, entretenons un amour platonique. Soyons honnête, on doit être 543 dans mon cas. Bon.

Oui mais moi. Quand même, hein ? Tu sais bien l’effet saisissant que je fais, hum ? Et lui ? Lui, je veux pas t’en parler parce que tu vas tout de suite te ruer dans la Médiathèque, si. Il est brun avec des cheveux épais et bouclés et il a des yeux…..Des yeux je sais pas. Bleus ? Non ce n’est pas cela.  Verts ? Je vais te dire, la couleur on s’en moque. C’est la façon. Par exemple le bleu, bon, ben si c’est pour être rond comme une vache qui pisse dans une face de lune, c’est pas la peine. C’est sans moi. Non, lui il a le regard qui tue sans en avoir l’air. D’ailleurs, c’est con, tu baisses les yeux. Enfin je baisse les yeux parce que c’est trop. Je me dis, merde je suis entrain de lui dire par tous les trous de mon cerveau qu’il est si, si… attrayant…Et en fait, surtout ne crois pas que c’est le beau gars qui se la pète. Non. C’est cela qui est scotchant c’est que c’est le petit gars qui n’en a rien à cirer. D’ailleurs il baisse les yeux lui aussi quand il me voit, je crois que ses yeux se mouillent, tu vois je te disais. ..543 mais je crois que je caracolle en tête. Je caracolle avec deux ailes, oui.

Non, bon, il fait juste son job et le problème c’est qu’il le fait BIEN. Il valse dans les rayons, il n’y en a pas deux comme lui pour te trouver le livre que tu cherches et te dénicher un truc qui te va bien. Il est responsable du secteur voyages, en plus, vlan !, comme si j’avais besoin de cela !!

Et puis il est militant écologiste et pratiquant. Un vélo c’est tout. La petite famille aussi. Vélo en toutes saisons, je le croise parfois, je suis à pied et lui en vélo. C’est beau. Si. C’est vrai je ne le croise jamais quand je suis à vélo, sans doute parce que je pédale en campagne et que lui il trace en ville aux heures de boulot. Des fois je ne le vois pas, je suis dans mes pensées, tu sais quand tu marches. Je pars bosser. Mais lui il me voit. Ah ? 543 mais moi.

Un jour j’arrive dans la Médiathèque et je lui demande comment s’est passé l’animation d’hier soir. Oui parce qu’en plus il anime, il fait le con, il chante (bien),  il joue ( Râââh…) , il raconte ( waouh)…. Et il me répond avec une petite moue et en baissant la tête  Ben c’était pas mal mais toi tu n’y étais pas.

Vlan. Pffff. Bon, quoi ? 543 mais moi je te dis, moi. Y’a.

Faut dire aussi qu’on a bossé ensemble. Avec des groupes de femmes qui apprennent le français et avec des jeunes déscolarisés, comme on dit….Lui il raconte, il montre les lieux, il offre le thé, il accueille, ce qu’on appelle accueillir vraiment et avec sa passion, son voeu que chacun trouve une place, une joie, un désir, une émotion dans cet endroit de vie. Parce qu’une Médiathèque, c’est cela, c’est le but. En tout cas par chez moi, dans mes contrées d’ici.

Un matin nous étions huit dans une salle. Lui, moi et les loulous que j’amenais là, qui n’ont jamais ouvert un livre, qui ne savent pas aligner trois phrases correctes et qui ont été bercé trop près du mur comme j’aime à le dire. Des pas gâtés, des qui-ont-mal-démarré. Mais tous sympas ce jour là. Et J. a préparé quelques morceaux choisis, pour lire à voix haute, comme il sait si bien faire. Les loulous, des gars et des filles, entre 16 et 20 ans, ils sont scotchés. Ils aiment, ils écoutent et puis J. lit un texte grave, je ne sais plus si c’était le journal d’Anna…enfin un texte d’adieu lié à la perte des parents, à l’abandon…Et il se met à pleurer. Oui J. il est comme cela. Un gars en or massif, je te dis. Sa voix s’étreint dans l’émotion, il est archi troublé, il demande pardon et sort (il va revenir). C’est le silence dans la pièce. Les jeunes zoulous n’ont jamais vu cela. Primo un mec qui pleure et qui n’a pas honte, en public. Deuxio un mec qui lit des livres à voix haute. Tout le monde s’écrase, pensif. La douceur flotte, on est ensemble tout à coup, pour de vrai. Il reviendra et reprendra sa lecture. Nous aurons des sourires à décrocher la vie, à accrocher la beauté. Tous.

Plus tard je le remercie tant. Je lui dis que là ma séance c’est du gagné à 130 % puisque lui et moi ce qu’on veut c’est que de l’émotion sorte pour aller vers l’envie de toucher les livres, ne pas reculer devant une page, penser que quelque chose est possible au travers d’un texte, même et surtout pour des illettrés.

J’avais senti dès mon arrivée ce jour là que J. était à fleur de peau, encore plus que d’habitude. L’air las, ce qui n’est pas son genre, l’air en dedans profondément alors qu’il est toujours d’une présence totale avec chacun. Moi j’étais  aussi très atteinte car j’étais au Père Lachaise exactement 48 h auparavant et ma mère réduite en cendres dans une ambiance tragique à couper au couteau entre frère et soeurs. Et c’est ce matin là que lui, il pleure devant nous, lisant un texte sur le deuil et le tragique. Je ne lui ai pas dit à quel point ce vendredi là  était unique pour moi et combien nous étions en communion. En tout cas j’avais été. Inutile, nous savons. Et flotte  merveilleusement dans l’air tout ce que nous ne nous dirons jamais. C’est parfait.

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