Posts tagged ‘ton corps mon corps’

mars 10, 2011

Un arbre, des fleurs

.

Je sais ce qui me plait dans la vie, ce qui me fait avancer, ce qui est comme un moteur.

C’est entrer en contact avec les personnes. Spécialement la première phase est un délice pour moi. La rencontre première, les premiers moments. Je crois qu’il y a de l’amour là dedans, autant que pour un rendez-vous galant. D’ailleurs c’est galant, ce joli mot non ? C’est une galanterie que d’aller vers l’autre et pousser la porte du soi.

C’est cela, c’est à chaque fois ouvrir une échappée intime, intérieure. Ce qui se passe dans chaque nouveau contact est quelque chose qui me passionne, qui m’énivre. Je suis emparée. Parée de nos atours, de nos tours, de ce qu’on ne voit pas, de se qui s’élève dans les airs, soulève la terre sous mes pieds. Le monde change à chaque rencontre. Un autre être, encore un humain dont je ne savais rien il y a quelques heures. C’est une joie.

C’est parfois un tel émoi que j’ai besoin de plusieurs heures ensuite pour m’en remettre et me remettre dans ma peau. Mais cette peau doit se réajuster, celle d’avant la rencontre est trop étroite, il faut se tisser, recoudre, réaménager la place pour que je me retrouve en moi avec toi, avec lui, avec eux.

C’est seulement maintenant, cinquante ans après, que je peux mieux comprendre ma timidité de petite fille. J’étais dans une coquille et un cocon. Je ressentais sans doute de manière si forte chaque nouvel élément tentant de se mêler à mon univers que cela me faisait mal physiquement. Je le ressens toujours mais je commence à connaître cette musique. Petite, plus on m’aimait, plus je fuyais durant les premières heures, je cherchais un refuge où me concentrer et rassembler mes forces, me garder. Puis je pouvais être avec les autres, mes grands parents par exemple, et capter leurs affects, leur renvoyer mes sentiments sans me sentir happée.De ces premières expériences est né mon besoin absolu de solitude. Dans la solitude je réajuste mes peaux, je cale mes énergies, mes ressentis, mes priorités, je respire à mon rythme, pour pouvoir encore et encore m’ouvrir au monde et lui donner en pleine conscience, chaque pore ouverte et frémissante.

Aujourd’hui je sais à quel point j’aime cette danse de la rencontre. Je me sens enrobée, parcourue de transes aquatiques. Je me sens comme la fleur de cerisier qui s’ouvre au soleil. Je suis l’arbre et chaque être vivant ( à deux pattes ou à quatre, à un bec, une bouche, un pistil, des feuilles, des griffes ou une carapace…) auquel je m’adresse, vers lequel je me pose, est une fleur de plus sur mes branches.

.

février 20, 2011

Le rêve de tous ceux qu’on aime

Ton corps sur le mien. Lourd et rempli. Ta chair, ton âme.

L’essentiel retrouvé, la certitude. Dans un lieu qu’on dit « rêvé » mais je n’en suis pas sûre.

Je suis restée éveillée lentement pour ne pas tout perdre. Et même les yeux ouverts, dans cette vie là, l’autre existence restait en moi, présente, réelle.

Dans ce rêve les amis tournaient et venaient. Tout le monde était en séjour, en voyage. Des valises, des sacs, des vêtements éparpillés, des douches à partager. Et notre chambre. L’évidence. Ton sexe sur mon ventre, chez lui. Ton odeur sous tes cheveux dans ta nuque. Ton visage, large, presque enfantin, ta peau qui entoure tout, qui me fait une peau.

Nous étions cette fois encore différents des autres rêves, de tous les rêves que je fais de toi. Calmes, sans remords, sans lourdeurs passées. L’évidence, toujours, mais encore plus pleine et sereine, cette fois. Atteinte totalement. Tu n’étais plus angoissé, toujours à courir après mon âme ou vers un autre ou une autre. Tu étais arrivé. Chez toi, en moi, là où tu n’es jamais parti mais tu ne voulais pas savoir. Pas vivre.

Le rêve où tous sont rassemblés. Je quitte notre chambre et je retrouve Lui. Tout est naturel et très drôle et tendre. Mais il y a tout ce monde autour. Il y a aussi des petit-dejeuners qui se préparent, on s’affaire autour des fours. Des feux. Il n’y a pas la place pour tous les plats, pour tous ?

Tu m’attends, tu es toujours dans la chambre, j’y reviens. Je cherche des vêtements. Des vêtements gais, doux, des t-shirts de printemps avec des fleurs grises et mauves, des pantalons légers. Légers, qui tombent autour des jambes, confortables.

Tu es assis nu par terre, comme tu aimes. Je m’assois face à toi. Je t’aime. Tu m’aimes tant que cela ne peut se dire, pas là. Je caresse ton bras, rond, épais. Ta présence sur la terre dans ce corps si ancré. Je souris. Je veux te le dire : je vais écrire. J’écris un livre. Tu sais combien nous y avons pensé, toi qui le fais. Je caresse ton bras avec un doigt, de haut en bas. Je n’ose pas et puis tout à coup c’est encore une évidence.

J’ai la première phrase en tête. J’ai le sésame, j’ai la certitude, j’ai le chemin, j’ai. Je te dis. Je te dis « Tu sais j’écris, et je vais écrire un livre, ça y est. Je le sais, je sais comment le commencer ».

Je sors du sommeil à peine. Je te vois resté là bas. Assis nu face à moi dans ce lieu où nous sommes tous réunis et aimants, et aimés et amants. Un lieu satellite de tout. Un endroit où je suis, où j’existe. Je laisse les draps me sortir de cet endroit, loin mais pas. Non, cet endroit est là. C’est l’endroit de toute une vie. Toutes les vies de ceux qu’on aime.

Mon corps est mou, entre deux lieux. Il est ce corps qui n’est qu’un véhicule entre mes dédales. Il est l’outil pour traverser mon esprit, rencontrer les possibles, atteindre nos mondes invisibles. Ceux qui disent. Ce qui porte. Emporte le rêve sur des barques.

Je me suis levée. J’ai petit-déjeuné en regardant les mésanges picorer, mon chat dans les bras. Comme à chaque fois, je n’oublierai pas. Sur mon agenda des rêves, nos rendez-vous. Les barques glissent. Me dire qui je suis. Ce qui sera.

.

janvier 15, 2011

Le monde est au dehors

Le monde est au dehors. Qu’est ce que je fous à rester chez moi ?

Je suis dans un troquet très joli. Vieilles chaises et fauteuils tapissés, bibelots relookés, lustres rococo, le tout dans des teintes pastels de gris, vert pâle, rouille, ocre, avec petits tableaux et grands miroirs en dorures écaillées. Des femmes parlent haut et fort, on entend qu’elles. Elles sont commerçantes dans la rue piétonne, les boutiques vont ouvrir, fringues, chaussures de marque. Elles ont pris la table près de la baie vitrée , table basse et fauteuils autour, près du bar. Elles connaissent la patronne.

Je me suis mise au fond. Plaque de marbre et pieds en fer forgé, bougie sur la table, meuble de récupération à côté, avec tiroirs à grosses poignées de cuivre. J’ai acheté un journal, avec son supplément « Livres ». Boudiou ça faisait longtemps ! J’ai bu mon café, je l’ai même sucré et j’ai mangé un croissant, dévoré, même, gros et beurré. C’est l’aventure, ce sont des retrouvailles.

Le ciel d’hiver craque sous le soleil, un peu brumeux, il est presque dix heures du matin. Le Monde est dehors, le Monde n’est pas dedans, pas dans ma maison où tout finit par se rapetisser et se rapiécer, maladroitement ces derniers temps.

Tiens, je vois passer cette femme aveugle et son chien. Jolie, toujours pimpante, habillée de couleurs et de tissus qui flottent, elle marche droite, sûre, partout où je la croise. Rues, magasins, marché. Elle semble totalement libre de ses pas comme si c’était son chien qui la suivait et non le contraire. Elle a des yeux quelque part, je ne sais où, elle a beaucoup plus que moi. Elle a un cabinet de kiné, elle m’épate. Elle sait, elle, que le monde est dehors et elle y va avec ses grands pas. Elle est grande, légère, agile. Tiens, elle a encore changé la couleur de ses cheveux courts. Parfois je lui dis bonjour, parfois une caresse au chien si doux et si intelligent.

Elle passe, elle est déjà partie loin. Je regarde le dehors. Devant moi les deux sièges Louis quelque chose, ils sont marrants. Dos sculptés finement, tissu à matelas saumon à grandes fleurs passées. Passées.

La vie est au dehors et dans ce troquet. Sortir de chez moi. Je me suis oubliée à l’intérieur depuis trop longtemps.J’avais perdu le goût. Je m’étais fait mal, en 2009 j’avais dû partir plus tôt de chez une amie très chère. Coupé le doigt dans un mixer un jour de fête des mères. Il y a des dates qui ne pardonnent pas. Malaise global, sur toute la ligne, incompatibilité de tout, de tout ceux qui m’aimaient de loin.  J’étais handicapée. J’étais apeurée, je me couvais comme je pouvais. Bientôt deux ans de cela et je commence tout juste à me servir normalement de ce doigt accidenté. Et je commence à pouvoir aller.

2011. Autre jour. Le jour dit, ce jour, retrouvailles avec celle de moi laissée loin là-bas. Je suis enfin seule dans un beau café comme j’aime. Avec un journal, avec le Monde dedans et dehors que je vois et qui me voit. J’écris ces lignes sur une pochette en papier et il n’y a plus de place, le papier est noirci et ravi, comme moi. Dehors le monde dit, m’attendait, me retrouve.

En payant, je discute avec la patronne, je lui dis : Je viens de retrouver ce plaisir, ici. Je reviendrai.

décembre 9, 2010

C’est simple

C’est simple comme bonjour.

Qu’est ce que tu aimes ? Qu’est ce que tu ne veux pas ?

Je reste stupéfaite de la variété des vies sur cette planète.

C’est simple, tu es né là ou là et toute ta vie en est transformée.

Tu as le choix ou tu ne l’as pas.

Tu es femme ou pas.

Tu dis ou tu te tais.

Tu subis. Tu vis une enfance pourrie ou gâtée.

Qu’est ce que tu veux ? Chaque journée s’enchaîne. Je pense à ceux pour lesquels les jours sont interminables. Je ne peux pas  totalement les oublier. Derrière des barreaux, privés de liberté. Derrière des vitres, dans des lits, privés de mobilité. Jusqu’où l’esprit reste-t-il mobile quand le corps abandonne ?

Le corps est-il le pur reflet de l’esprit, l’esprit commande-t-il le corps jusqu’au bout ?

Tu vois je ne m’ennuie pas avec la vie, tu vois.

.

novembre 11, 2010

Madame Groult et nous

Merci Paola. Tu nous a raconté ta lecture récente de Benoîte Groult et tu m’as donné envie de lire d’elle encore, après sa Touche étoile.

J’ai emprunté Mon évasion à ma médiathèque et hier soir je pensais juste y jeter un premier oeil. Impossible. J’ai pris ce bouquin par tous les bouts. Le début, avalé en pages, la fin, boulimisée en totalité, le milieu (interview sur les Vaisseaux du coeur) gloutonné en trombe, impossible de m’arrêter sous les draps et la chaleur de la lampe qui voulait s’éteindre avant l’incendie de la table de chevet (mon ampoule y est trop forte !).

J’ai dormi dès le livre posé, les yeux fatigués, la migraine naissante, et ce matin j’ai noté mon rêve fort, que j’écrirai sur Ella, sans doute, mon blog des poèmes et mots qui viennent tout seuls.

Merci Paola. Mais que tu es coquine de venir taquiner comme cela mon esprit, enfin, je veux dire c’est Benoîte, bien sûr, c’est elle. Tous les passages sur lesquels je me suis ruée, hier soir, concernent l’amour et les choix de vies, de couple, et les comment.

Comment s’accorder la liberté mutuelle. Comment rester libres, ouverts et ne pas se recroqueviller sur le deux + deux = zéro au fil des années ? Tu le sais Paola, le couple sous le même toit et rien que cela ce n’est pas pour moi la bonne solution, ce ne peut être l’unique. Elle est même teintée de lâcheté, de peurs, bien souvent. C’est un challenge énorme que d’ouvrir les possibilités, et d’oser le dire et/ou le vivre. J’y pense tout le temps. Parfois je mets en action, parfois non, alors j’y pense encore plus.

L’homme qui est près de moi et que j’aime depuis 22 ans, n’a pas été le seul en 22 ans et c’est itou/idem pour lui. Nos toits n’ont été communs que les deux premières années et puis les cinq précédentes, actuelles. L’âge s’en vient, l’âge et la peur de vieillir nous accompagnent maintenant mais je veux croire en des ouvertures encore. Il faudra inventer. Déjà nous pensons à notre prochain toit et souhaitons avoir chacun nos espaces, certains espaces, bien séparés et peut être des morceaux en commun avec une amie ou deux, le rêve pour moi, mais pas facile, pas facile la mise en place.

Tout est possible. Madame Groult raconte tout cela, son contrat « open » avec son Paul. Les douleurs aussi. Même quand tu es sûr de l’autre, savoir qu’il (et elle) se permet d’être amoureux d’un autre être…Il faut traverser, traverser ensemble les ponts, les gouffres, et créer, créer pour dire ce qui ne peut être dit en temps et heure.

Mais l’être humain est fait pour aimer. Hier j’entendais Mme Deneuve dire qu’amour et bonheur n’allaient pas souvent ensemble, à son goût. Qu’elle n’était pas encore capable de bien les assembler et de trouver le bonheur, de s’en contenter, là où il était, sans doute, mais pas à ses yeux, pas à son coeur trop avide, trop inquiet.

Ce que permet l’amour qui s’ouvre aux autres, c’est de vivre des passions. Elle en parle bien La Benoîte. Voilà pourquoi j’ai encore fait ce rêve de toi. Toi, mon tout, mon ventre, ma déchirure, mon poison doux. Comment pourrais-je être encore sous le toit de mon amour, 22 ans après,  si je n’avais pas été dans ton lit ? Si tu n’avais pas pris ma vie, mon corps, ma raison. Pourquoi est-ce que je rêve que nous nous retrouvons enfin ? Parce que nous avons eu tort de tenter de vivre chaque jour ensemble ? Parce que nous étions amants, purement et totalement faits l’un pour l’autre et qu’il ne fallait pas mêler le quotidien à tout cela ?

Oui mais nous voulions tout, au bout de deux années avec et sans et toi aimant, amant de tant d’autres, tu voulais poser tes valises avec moi, nous avions tant désiré cela et nous avions 34 ans, je t’attendais, rien que toi sous mon toit. Voilà nous l’avons fait, deux ans après les murs s’écroulaient. Il faut des murs monter puis descendre. Il faut tout essayer.

Ensuite l’espace de vie augmente, la place pour soi, la place pour d’autres. L’amour est créé pour nous connaître, pour nous apprendre, pour nous vivre, nous étonner. Avec toute la douleur qu’il engendre il faut bien quelques compensations sonnantes à nos poignets. Des bijoux de belle danseuse qui connaît un peu mieux son solfège et sa musique et qui veut toujours recommencer.

.

septembre 4, 2010

Le coude du rêve

.

Comment ai-je pu rêver si près de toi encore ? C’est toujours l’histoire de nos corps comme s’ils vivaient une vie séparée de nous, du reste.

Dans le lit d’une grande pièce en rez-de-jardin deux chats couraient d’une fenêtre à l’autre et du dedans au dehors. Ton corps lourd et rond, ta peau pâle et le mien qui t’appartient et le tien qui m’appartient. Ton coude sur lequel je prends mon temps. Je le caresse, le mange et le lèche, pour remonter plus haut sans quitter le goût de ta peau. Et ton visage est dans le mien, est installé lascivement, ta jambe dépasse du drap. C’est toujours la même histoire, celle de nos retrouvailles au delà de nous, sans nous qui vivons ailleurs et faisons semblant de ne plus nous connaître.

J’ai laissé dans ton coude ma peau et mes lèvres, mon destin, la nudité de ma réalité. Dans cette journée qui commençait et deux chats taquins qui sortaient et entraient dans ce rêve. Nous, immobiles.