Posts tagged ‘une goutte’

juin 20, 2011

La route

Sur la route j’ai le coeur amoureux du paysage, du pays. Pays, c’est un beau mot, quoiqu’en disent les frontières discutables.

Sur la route je m’émerveille. C’est un pays d’arbres qui grimpent. Ils se roulent sur les collines, ils s’accrochent aux rives des rivières qui sont parfois abruptes. Les arbres ici se sont emparés du vert pour toujours. Pour la vie. Le grand mariage, les promesses de toujours tendre. De traverser les saisons, les couleurs, les froidures, les chaleurs comme aujourd’hui. De toujours rester là, au plus près.

Sur la route mon coeur s’étire. Je suis retournée au boulot ce matin par cette route que j’avais tant pratiquée autrefois, lors de mes huit années dans ce pays,mais il y a une surprise qui s’est invitée pour ce retour ici, un détour qui rapproche de la maison, une route en lacets un peu plus pure. D’un coup de tournant il y a la vue qui déborde, en face, face, à droite, sur le côté. Il faut tourner et regarder puis le ruban coule droit, dru, et tout est pour toi. Cette beauté. Les roches aux formes impossibles, ces routes qui peuvent t’y mener et là-haut tout, tout est encore autre. C’est le Vercors que tu trouveras et là tu sauras pourquoi tu n’aimais pas les autres montagnes, pourquoi là, c’est autre chose, c’est tout pour toi.

Il n’y a rien de fermé, les arbres restent multiples, il n’y a pas de sombre, ou bien l’ombre raide des gouffres, des précipices, et toujours la nature accrochée aux flancs. Tu te sens chèvre dans les rochers. Tu es fière.

Il y a les dégagés soudains, où une plaine s’évade, douce, remplie de fleurs, de foin, de chevaux, d’ânes, et de rapaces pas loin.

Sur la route mon coeur s’étale comme une plaine. La vie me touche. Si l’amour m’a menée là, aujourd’hui qu’est ce qui me fait revenir à ce point et comme cela ? Qui suis-je en ces creux, ces brisures géologiques, ces formes coulantes et abruptes, ces vallées creusées d’eaux claires ? Des vaisseaux pour mon continent ?

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mai 18, 2011

Nostalgie

Derrière mon rideau rouge un oiseau chante. Nous sommes dans la teneur de l’été, qui tient en force le printemps. Je m’abrite. Une pénombre.

Hier mes pieds dans l’eau de mer. Dès que je les ai mis cela m’a envahi. C’est comme un poison. Quand je suis les pieds dans l’eau, je vois ma mère si heureuse les pieds dans l’eau sur ses plages favorites. Debout, scrutant l’horizon et respirant, un grand inspir.

Alors je regarde la mer étalée et je lui demande pourquoi. Pourquoi le temps passe. Pourquoi les aimés meurent. Pourquoi le bonheur. Pourquoi le malheur. Et toutes ces questions dépassent largement la petite vague lancinante qui lèche mes chevilles.

Alors je cherche l’oubli et l’instant présent. Je veux prendre.

Petite, je me rappelle très bien du dernier bain. Le dernier de chaque année car il fallait quitter l’île. Dire au revoir à la mer est une chose pas facile. Elle glisse dans les bras. Mais elle écoute tout. Chaque fois je retrouve cette étreinte. Je fais tomber mon corps lentement, de tous les côtés. Pour que chaque parcelle minimale de ma peau soit comblée, reçoive, récolte, aussi loin et aussi longtemps que possible.

C’est un chagrin. Un déchirement. Elle essaie de me consoler. Je lui fait des promesses.

Hier je n’ai rien dit. Je n’ai pas aimé la nostalgie qui me prenait. Je n’ai pas aimé les fantômes. Et comme je la revois dans huit jours, j’essaierai d’être un peu plus à la hauteur.

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avril 20, 2011

Réunis

Et nous aurions un canoë, entre nos grandes rivières. Parfois, au gré des courants, nous naviguerions l’un vers l’autre. Sur une rive à droite ou à gauche, près du ponton ou proche du banc de sable, celui qui forme une plage pour deux, trois, guère plus.

Parfois là on se voit. On se voit vraiment. Les mots ont tissé entre le silence et nos secrets, ceux qu’on tait. Les devines-moi, les regardes, tu vois ? Et quand tu vois tu ne dis rien. Tu retiens la pagaie dans tes mains. Celle qui pourrait nous éloigner d’un bon coup d’épaule, d’un trait à la surface, oscillant. Tu la tiens ferme parfois même tu l’as posée. Elle s’appuie sur la barque, sur le bois lisse en cet endroit. Là où la main repose quand elle hésite. Avancer ou continuer ?

Parfois de nos deux mains, libres, rames reposées. On s’adresse. L’eau témoin glisse. Les certitudes s’osent. Personne ne le saura quand on sera ensemble. Personne ne le saura. Qu’on se ressemble.

février 22, 2011

Le fil du Temps

Très peu et lentement, intensément et sans retour

S’assemblent

Et sans qu’on sache comment.

 

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janvier 29, 2011

Qui m’anime ?

De ce qui reste un peu tout tu garderas.

Les montagnes et les bras.

Crois- tu en quelque chose ? En cette chose mouvante qui distribue les cartes, les contours. Ta géographie.

Cette sinueuse chose dont tu ne sais le nom. Un coup oui, un coup non. Et qui connaît l’abandon. Puis la reprise. A pic. A pic de toi. Vertical diamant, serments encordés.

Hier tu pleurais et maintenant la rivière est à sa source. Jaillissement, tu te pardonnes. Tous ces moments où tu ne sais pas vivre.

Nous ne tenons à rien, je n’arrive plus à croire à quelque chose de connu. Il n’y a plus de maîtrise. Je suis l’objet de moi. Dans cette carcasse tout est possible. Je ballotte, je tremblote, je révolte, je géant, je rien, je pourtant. Qu’il y-a-t-il de consistant ? Dans une boîte à musique je danse, puis je m’assois pour humer l’air, et puis je me rends. Je me rends à moi-même à bout portant. Encordée entre celles que je suis et qui n’en font qu’à leurs têtes.

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janvier 27, 2011

Assemblés

Ce matin des z’artistes décorateurs plasticiens sont venus déposer une structure de tête de drakkar dans le hall de la Maison citoyenne ( ex MJC-centre social ) où je travaille (un peu, pas trop hein ! ).

Oh c’était gai ! Le groupe de femmes analphabètes avec lequel je bosse va aider à recouvrir cette structure métallique avec un genre de mousse. Elles se sont retrouvées en petits groupes autour d’une table pour apprendre à découper au cutter et à coller des courbes avec la colle néoprène. Raphaëlle, une des zartistes, est au poil avec elles. Il y a aussi deux autres accompagnatrices. C’était notre première matinée, il y en aura cinq. Tout cela c’est pour le carnaval de la ville.

Ces dames sont contentes. Je ne savais pas trop…Elles viennent pour apprendre le français, en fait c’est comme un prétexte, elles viennent surtout pour sortir de chez elles. Mais j’ai fait le guignol, je leur ai présenté la chose avec force de sourires et Raphaëlle a montré des tas de photos, y compris de marionnettes géantes que la compagnie a faites au Maroc, chez ces dames donc…

Autour de la grande table, dans la grande pièce-atelier, les petites mains pressent fermement les bouts de mousses qui se rejoignent. Les sourires et la concentration. « Il fait faire joli » elles disent.

Simplement se réunir pour créer, même un petit bout de mousse qui s’assemble. S’assembler. Les choses simples qui coulent et s’animent. Je me souviens au Nord Laos, un genre de bibliothèque que nous avions construite dans un village. Les enfants assemblés. Au dehors il y avait une cahute de paille et bambou, avec des livres aussi. Des livres de dessins, des bandes dessinées, que nous faisions. Les enfants se posaient là, dehors, à deux ou trois et tournaient les pages. Parfois très sérieux, parfois en riant, tenant fermement les livres, parfois un livre pour trois ou cinq. Sous le soleil, sous la tiédeur matinale de là-bas.

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janvier 22, 2011

Tourne la page

Une page se tourne. Pour moi une page se tourne. Quelque chose bouge entre les lignes. Entre mes frontières de ce pays que je ne sais.

Retournée au café m’abreuver de la terre entière. Envie de parler  à tout le monde. Pris le carnet de moleskine encore jamais entamé. Dessiné, écrit, regardé, rêvé, retrouvé.

Retrouvé tous mes troquets que j’ai aimé et qui m’ont fait, dans le coeur battant de la vie. Entourée. Entourant. Dans les bras je reprends. Et l’air et le tournant.

 

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janvier 2, 2011

L’enfant et ma mère dans le couloir

C’est un jour d’une saison, on ne sait plus, je crois que c’était l’automne puisqu’il fêtait ses deux ans. C’était il y a vingt cinq ans.

Ma mère est assise dans le couloir de l’hôpital et ses pieds ne touchent pas tout à fait le sol alors elle les balance. Le fils de son fils est dans la chambre. Quatrième étage, celui des « cancéreux », comme on disait à l’époque. On est contents qu’il soit arrivé dans ce service car l’autre service n’était pas de la pédiatrie et il et on a vécu des horreurs. Une tumeur cérébrale, un poupon rond, doux, blond aux grands yeux bleus.

Il est entré bébé, il va grandir vitesse grand V. et repartir avec un état d’âme et une maturité d’adulte.  Il va devenir adulte à deux ans, en si peu de temps. Il y a dans ses yeux tout ce qu’il a vu, toute la force de survivre et de supporter. C’est presque lui qui nous porte, parfois, avec ses silences, ses sourires apitoyés sur nous.

Ma mère balance ses jambes dans le couloir. On entre dans la chambre chacun son tour pour ne pas le fatiguer. Il est doux, lisse, son bandage géant autour de la tête. Chaque jour du mois précédent nous ne savions pas s’il survivrait. Chaque jour de l’année qui va suivre nous ne savons pas quelles fonctions il récupèrera, des « séquelles » on dit. En fait, il va presque tout récupérer, mais c’est une autre histoire, d’autres vies à vivre, d’autres combats, et ils ne seront pas simples.

Dans le couloir un autre enfant passe, en pantoufles, en pyjama, je ne sais plus. Ma mère lui parle, lui parle comme s’il était le sien. Ici ils sont tous pareils, ils ont le ciel au bout des mains. Dans leurs yeux la vie a pris toute son ampleur et ils te la donnent d’un coup, sans chichis. On est dans l’instance de l’essentiel, on s’aime d’office, sinon on reste dehors. Ma mère et l’enfant conversent doucement, il s’est assis sur le banc à côté d’elle. Ici on a tout le temps. Ils sourient et balancent leurs pieds dans l’air, comme des enfants. Le temps s’arrête vraiment.

Dans la chambre j’ai parlé, chuchoté, sans doute essayé de rire avec les peluches et puis je sors pour le laisser dormir. Je vois ma mère avec cet enfant dans le couloir, dans l’intime extrême, au bout du couloir de la vie, qui tresse et palpe l’âme, je vois ma mère et cet enfant, leurs jambes qui se balancent et s’aiment, le même mouvement, la même volonté fugitive, celle d’exister, de vivre ensemble ce moment.

Dans cet exact instant qui abattrait des montagnes et des volcans, l’amour, la déchirure, la beauté s’emparent de moi comme une gifle. Et toujours je les vois et toujours j’ai gardé, très loin au profond des êtres, cette éternité partagée.

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décembre 3, 2010

Sans prévenir

On se demande comment, on se demande comment cela se fait. Tout à coup dans un endroit, dans l’endroit où peut être tu t’y attends le moins, ton être entier est traversé d’une sensation primordiale, déterminante. Ton corps, mais est-ce ton corps ? Est-ce …quoi ? Te fais signe. Et tu sais que quelque chose est en mouvement, en chemin, une étape peut être, juste franchie, en silence et ce petit bruit.

Hier dans une salle au boulot, c’est vrai que j’étais bien, tranquillement, dans une belle humeur avec les personnes présentes. Mais sans crier gare…

Je me lève et arpente la pièce vers la fenêtre. On est dans un quartier de H.L.M, la neige est tombée en masse hier, le ciel est bas et gris. Au loin je regarde un immeuble qui dépasse et je vois un peu de fumée blanche de la chaufferie centrale. Et sans que rien ne me l’annonce, mon corps est traversé de bonheur.

Ce n’est pas un bonheur simple et quotidien. Je ne savais pas qu’il était caché, cette sensation dans mon être, en la retrouvant hier, en lui offrant mon corps pour se faire voir à nouveau, c’est là que j’ai su que je l’avais perdu depuis quelques années. Un bonheur insouciant, un bonheur à décorner des montagnes, une foi puérile et absolument essentielle.

C’est là que j’ai compris que j’avais gardé les mots, l’idée, l’idée de la foi en tous les possibles, comme un élan amoureux total envers ma vie, j’avais gardé comme des archives entretenues mais tout mon être ne remplissait pas la place laissée. Je couvais, je gardais, je ne savais pas que je gardais et couvais seulement. Si, je savais, mais ce que je voyais, ce que je vois dans ces cas là, quand tu n’as plus la foi de vivre, ni la soif absolue ni la faim à te damner, ce que je vois moi est trop aveugle et sourd. Ne mérite plus d’exister.

Hier alors, dans ce décor si banal, avec cet horizon gris et « plate », j’ai reçu un choc en profondeur. Comme une amie qui appelle, comme, comme rien de comparable, moi-même je découvrais, cela a duré quelques secondes mais j’ai senti qu’une faille bougeait. Fort. Qu’un seisme se calmait aussi et qu’une armée de géants revenaient en place, comme des garants, comme des amants de moi à moi, en force, car ils ont retrouvé le chemin.

Est-ce le corps, est-ce la vie, est-ce tout ce temps qu’il faut ? Il m’a fallu continuer tout comme si de rien n’était puisque j’étais entrain de travailler. Mais j’avais été traversée, assurée, remplie. Sentir ce qui ne se voit mais est certitude. Vagues roulées, chemin creusé, pied à pied, pelle à pelle, lentement, et sans que l’on ne contrôle quoi que ce soit, je crois.

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octobre 25, 2010

Rêve de castor

La photo est comme ça, avec ce vieux rose là. De l’autre côté il y a ma grand-mère paternelle sur un poney, un ranch avec véranda derrière, l’arrière-grand père, Alfred, sur le côté.  (C’est dingue comme mon frère lui ressemble !) .Petit, roublard, moustache, mort à New York dans des circonstances de moi inconnues. Qu’il vaut peut être mieux ne pas connaître ? Laissant sa famille, et sa tripotée de filles, au Québec, avec sa femme Gabrielle ?

Au bord des grands lacs alors, tu développeras cette photo. 120 années plus tard une femme dont tu ne peux pas soupçonner l’existence, la gardera précieusement, l’emmenant partout où elle habite.

Mon père rêvait d’aller s’installer en Amérique du Nord. Il aurait tant aimé, disait ma mère, regrettant de lui avoir un peu coupé l’herbe sous le pied.

Tant aimé rejoindre le pays de sa mère.  Fille de la tripotée, elle avait dû se marier avec son cousin français. Et toute sa vie de penser à ses sept soeurs et à son pays laissé derrière.

Un jour au bord des grands lacs j’irai à Bay City, une horrible ville industrielle aujourd’hui. Je fermerai les yeux, je chercherai ce bâtiment rose, celui de la photo. Plus loin dans les étangs, je me ferai castor, à l’embouchure d’une rivière. Les lacs sont grands comme une mer. Porté par les courants je nagerai sur le dos,  le ventre gavé de poissons frais. Chercher du bois, creuser son nid, sortir la nuit loin des hommes. La belle vie pour une vie.

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septembre 8, 2010

Déroulement, faire, avoir fait, être.

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Est-ce qu’on change ? Est-ce qu’on reste la même personne ? La même qu’à 3 ans, qu’à 13, qu’à 22, qu’à 33, qu’à 47 et ainsi de suite ? Est-ce qu’on rassemble mieux ses affaires, tous nos trucs et machins et qu’on sait mieux moins s’y casser la binette ? Mieux et moins ? Moins et mieux ? Une histoire de tri, de se frayer le passage, moins s’affoler devant soi-même, relever ce défi.

Dans cette période maintenant où derrière il y a cinquante années et un grand paquet de faire, que je n’ai plus à prouver aux autres, et que j’ai fait les essentiels sans lesquels je ne pourrais pas me regarder dans un miroir, sans lesquels je serais encore entrain d’accumuler. Entrer dans cette autre façon d’être, brûlée par le fragile, contaminée par la douleur inhérente à tout mais lestée et remplie toute entière par tout ce que j’ai mis dans mon sac de vie. C’est ce passage, cette multitude de réponses possibles, la peur de mal vieillir, la frayeur de ce que je sais et de ce que j’en ai vu et dont je ne veux pas, à aucun prix.

Soleil en face. Partir dans la lumière. Envelopper mes contours en faire un rayon de vie souple où le temps ne compte pas et qui ne cherche plus aucune réponse.