Archive for ‘être rien’

juin 24, 2011

En plein

Le sens des choses n’est pas à chercher. N’a aucune importance quand on les vit puisqu’on le vit.

juin 20, 2011

La route

Sur la route j’ai le coeur amoureux du paysage, du pays. Pays, c’est un beau mot, quoiqu’en disent les frontières discutables.

Sur la route je m’émerveille. C’est un pays d’arbres qui grimpent. Ils se roulent sur les collines, ils s’accrochent aux rives des rivières qui sont parfois abruptes. Les arbres ici se sont emparés du vert pour toujours. Pour la vie. Le grand mariage, les promesses de toujours tendre. De traverser les saisons, les couleurs, les froidures, les chaleurs comme aujourd’hui. De toujours rester là, au plus près.

Sur la route mon coeur s’étire. Je suis retournée au boulot ce matin par cette route que j’avais tant pratiquée autrefois, lors de mes huit années dans ce pays,mais il y a une surprise qui s’est invitée pour ce retour ici, un détour qui rapproche de la maison, une route en lacets un peu plus pure. D’un coup de tournant il y a la vue qui déborde, en face, face, à droite, sur le côté. Il faut tourner et regarder puis le ruban coule droit, dru, et tout est pour toi. Cette beauté. Les roches aux formes impossibles, ces routes qui peuvent t’y mener et là-haut tout, tout est encore autre. C’est le Vercors que tu trouveras et là tu sauras pourquoi tu n’aimais pas les autres montagnes, pourquoi là, c’est autre chose, c’est tout pour toi.

Il n’y a rien de fermé, les arbres restent multiples, il n’y a pas de sombre, ou bien l’ombre raide des gouffres, des précipices, et toujours la nature accrochée aux flancs. Tu te sens chèvre dans les rochers. Tu es fière.

Il y a les dégagés soudains, où une plaine s’évade, douce, remplie de fleurs, de foin, de chevaux, d’ânes, et de rapaces pas loin.

Sur la route mon coeur s’étale comme une plaine. La vie me touche. Si l’amour m’a menée là, aujourd’hui qu’est ce qui me fait revenir à ce point et comme cela ? Qui suis-je en ces creux, ces brisures géologiques, ces formes coulantes et abruptes, ces vallées creusées d’eaux claires ? Des vaisseaux pour mon continent ?

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mai 19, 2011

Pas besoin de quoi

De quoi me faut-il dans la vie ? Je ne sais pas. Au fond, le croyais-je ?

Est-ce l’amour ? Oui mais si tu as.

Est-ce un lieu précis ? Non, je ne peux pas.Pas seulement comme ça. Je ne saurais pas. Je pense parfois à la mer et je me retrouve au bord des montagnes. Oui mais quelles montagnes ! Elles sont spéciales. Ce sont des roches sculptées, énormes, éléphantesques, qui laissent des places, des percées pleines de rivières. Des vallées larges, des passages, des routes sous lesquelles tu passes sous la roche, tu baisses la tête même dans la voiture.

De quoi ai-je besoin ? Je dis souvent que le bonheur est dans la tête, dans l’être, dans la volonté farouche, dans la résistance.

De quoi ai-je besoin ? De la solitude ?

De quoi ai-je besoin ? De musique ? Mais pourtant je passe beaucoup de jours sans. Puis quand je la retrouve je me demande comment je vivais avant.

De quoi ai-je besoin, maintenant ? Parce qu’avant je sais. Je vivais surtout en sachant ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas de ligne droite. Je ne voulais jamais rester là où j’étais bien. Je voulais toujours voir l’herbe du pré à côté. J’ai eu même ce à quoi je ne pensais pas, je ne savais pas. Je disais autant non que oui.

Qu’est ce que je veux aujourd’hui ?

Ne plus me poser la question. Serais-je dans l’Avoir autant que dans l’Etre ? Ai-je les mains pleines ? Serais je encore amoureuse autant, dans la vie qu’il me reste à vivre ?

De quoi ai-je besoin ? Me découvrir encore. Faire le contraire de ce que je pensais faire. Etre prise au dépourvu. Voilà l’amant admirable, ce dépourvu qui te prend. Pas de gants pour une vie pas douce. Est-ce que je veux la douceur ? Parfois c’est bon contre ton coeur. Mais je veux le dépourvu, être dérangée comme une folle. Mais te tenir serré. Car je t’ai.

Avoir l’amour n’existe pas. Nous sommes deux nids séparés et nous rions car nous savons. Que d’un revers de main, tout peut s’arrêter. Tu n’as pas peur. C’est sans doute pourquoi je t’aime encore. Tu tiens face à l’adversité de moi-même.Tu me protèges de moi.

Ai-je besoin de moi ? Qui, seule, qui a besoin ?

Qui a besoin de quoi ?

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mai 14, 2011

Jupons vivre

Soulever la jupe de la vie

Parce qu’on veut ses secrets

S’étendre dans la douleur ne mènerait

Pas beaucoup plus loin.

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avril 20, 2011

Réunis

Et nous aurions un canoë, entre nos grandes rivières. Parfois, au gré des courants, nous naviguerions l’un vers l’autre. Sur une rive à droite ou à gauche, près du ponton ou proche du banc de sable, celui qui forme une plage pour deux, trois, guère plus.

Parfois là on se voit. On se voit vraiment. Les mots ont tissé entre le silence et nos secrets, ceux qu’on tait. Les devines-moi, les regardes, tu vois ? Et quand tu vois tu ne dis rien. Tu retiens la pagaie dans tes mains. Celle qui pourrait nous éloigner d’un bon coup d’épaule, d’un trait à la surface, oscillant. Tu la tiens ferme parfois même tu l’as posée. Elle s’appuie sur la barque, sur le bois lisse en cet endroit. Là où la main repose quand elle hésite. Avancer ou continuer ?

Parfois de nos deux mains, libres, rames reposées. On s’adresse. L’eau témoin glisse. Les certitudes s’osent. Personne ne le saura quand on sera ensemble. Personne ne le saura. Qu’on se ressemble.

avril 11, 2011

Un mirage, des sanglots

Le silence des soirs d’été. Je suis seule depuis plusieurs jours. Je crois qu’il m’en faudrait encore, je sens , je me sens dans le silence faire du tricot, broder dans l’espace.

Samedi soir devant l’écran, une poche de chagrin s’est répandue. Je regardais un épisode de  « Tell me you love me ». Je ne sais pourquoi c’est tombé juste. Une histoire d’amours, de refus, de comment arrêter une relation passionnelle. Au moment même de la dernière image, sur cette chanson très belle (chaque épisode se termine sur des incroyables chansons, pile poil, te fendre le coeur), je n’ai rien vu venir. Ca a perçé comme une poche, comme un placenta enfermé, un canyon, un torrent dans une roche.

Assise sur le canapé, je me suis mise à sangloter. Tout à fait, évidemment. Simplement, comme une chose naturelle, qui ne cherche aucune explication et qui a exactement sa place, avait sa place à cette minute là comme si elle était attendue, chez elle. Chez moi.

C’est le drame des ruptures, de celle là particulièrement. Qui revenait, qui n’est jamais parti ce drame là. Je crois que je sais maintenant qu’il ne sert plus à rien de compter les années. Je crois qu’on ne s’en remet pas, je te l’avais dit d’ailleurs, parmi tout ce que j’ai pu te dire et t’écrire. Quinze ou vingt ou trente ou trois, c’est la même chose. les sanglots savent affluer, je n’ai pas été étonnée longtemps. Juste une micro seconde pour me reconnaitre dans le drame laissé. La perte humaine derrière soi, derrière toi, sans nous.

Pourtant dans la même journée j’avais tapé ton nom sur le net et j’avais eu la certitude de ne plus vouloir te croiser. D’en être incapable.

C’est le rêve que j’ai entretenu, une image, un espèce d’oasis qui n’a plus aucun goût, qui n’est plus rien de vrai, rien de moi, rien de toi, qui est desséché. Un mirage.

Et voilà que sur le canapé je sanglotais à l’abandon. D’un mirage. D’un oasis. Le trop plein des douleurs est sans pardon. Ne sait pas compter, ne sait pas laisser. Non.

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février 22, 2011

Le fil du Temps

Très peu et lentement, intensément et sans retour

S’assemblent

Et sans qu’on sache comment.

 

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décembre 19, 2010

Le calendrier

Jours qui comptent et racontent. Jours qui laissent et se dépasser, dépassés. Le 13, arrêter de vivre, une mère qui enfin cesse de respirer le jour de sa fête, celle de la lumière, Lucia. 24h après son frère, main dans la main, comme si ils s’attendaient. Elle l’attendait, elle avait peur et plus assez de force pour commander ni corps ni esprit. Il fallait le coup de pouce, celui du calendrier.

Les calendriers seraient vivants et ce seraient eux qui dirigeraient nos vies. Nous croyons qu’ils sont nos objets et que nous jouons entre leurs lignes, leurs cases, les agendas de petits pas. Mais voilà.

19 décembre et les deux au Père Lachaise répandus sur le gazon en poussière froide mais juste le rayon de soleil. Une ambiance électrique et lamentable entre frère et soeurs. L’enfance ne fait pas de cadeaux dans ces moments là, toute en trombe elle dirige la valse. Aucune pitié ton enfance n’a. Elle a tout à dire et surtout quand il faudrait taire. Elle l’ouvre grand le précipice de ce qui fut, de ceux qui ont aimé, un peu, pas assez, trop et comment et comme ci et pas comme cela. Et les places valent chères tout à coup, tout déborde, tu n’es rien, c’est un combat entre toi et ce qu’il reste de toi. Enfin tu le croyais.

19 décembre et tout à refaire. La vie se révèle en si peu de temps parfois. Encore un coup du calendrier qui ne pardonne pas. Encore un coup du calendrier qui fait si bien les choses, d’un trait, d’une croix, d’une marque au fer rouge, d’un tatouage sur ta nuque. Un papillon, une coccinelle, indélébile comme l’amour. Le calendrier de ta peau. Regarde comme il est, et même il est beau, je te dis, il est beau.

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décembre 3, 2010

Sans prévenir

On se demande comment, on se demande comment cela se fait. Tout à coup dans un endroit, dans l’endroit où peut être tu t’y attends le moins, ton être entier est traversé d’une sensation primordiale, déterminante. Ton corps, mais est-ce ton corps ? Est-ce …quoi ? Te fais signe. Et tu sais que quelque chose est en mouvement, en chemin, une étape peut être, juste franchie, en silence et ce petit bruit.

Hier dans une salle au boulot, c’est vrai que j’étais bien, tranquillement, dans une belle humeur avec les personnes présentes. Mais sans crier gare…

Je me lève et arpente la pièce vers la fenêtre. On est dans un quartier de H.L.M, la neige est tombée en masse hier, le ciel est bas et gris. Au loin je regarde un immeuble qui dépasse et je vois un peu de fumée blanche de la chaufferie centrale. Et sans que rien ne me l’annonce, mon corps est traversé de bonheur.

Ce n’est pas un bonheur simple et quotidien. Je ne savais pas qu’il était caché, cette sensation dans mon être, en la retrouvant hier, en lui offrant mon corps pour se faire voir à nouveau, c’est là que j’ai su que je l’avais perdu depuis quelques années. Un bonheur insouciant, un bonheur à décorner des montagnes, une foi puérile et absolument essentielle.

C’est là que j’ai compris que j’avais gardé les mots, l’idée, l’idée de la foi en tous les possibles, comme un élan amoureux total envers ma vie, j’avais gardé comme des archives entretenues mais tout mon être ne remplissait pas la place laissée. Je couvais, je gardais, je ne savais pas que je gardais et couvais seulement. Si, je savais, mais ce que je voyais, ce que je vois dans ces cas là, quand tu n’as plus la foi de vivre, ni la soif absolue ni la faim à te damner, ce que je vois moi est trop aveugle et sourd. Ne mérite plus d’exister.

Hier alors, dans ce décor si banal, avec cet horizon gris et « plate », j’ai reçu un choc en profondeur. Comme une amie qui appelle, comme, comme rien de comparable, moi-même je découvrais, cela a duré quelques secondes mais j’ai senti qu’une faille bougeait. Fort. Qu’un seisme se calmait aussi et qu’une armée de géants revenaient en place, comme des garants, comme des amants de moi à moi, en force, car ils ont retrouvé le chemin.

Est-ce le corps, est-ce la vie, est-ce tout ce temps qu’il faut ? Il m’a fallu continuer tout comme si de rien n’était puisque j’étais entrain de travailler. Mais j’avais été traversée, assurée, remplie. Sentir ce qui ne se voit mais est certitude. Vagues roulées, chemin creusé, pied à pied, pelle à pelle, lentement, et sans que l’on ne contrôle quoi que ce soit, je crois.

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novembre 24, 2010

Se retrouver

C’est bien d’avoir du temps.

Je ne sais pas comment cela m’est venu mais je sais quand. Et je crois que j’ai renoué en quelque sorte. Retrouvé, repris à la source ce cours.

C’est bien d’avoir le temps. Ce n’est pas toujours facile, il faut avoir beaucoup à dire et à taire. Il faut s’assoir et attendre. C’est cette façon de voir les choses. De ne plus pouvoir laisser passer, être sûr qu’on sera là au bon moment. C’est pour cela qu’il faut du temps. Et lui offrir gîte et couvert.

Je ne sais pas comment c’est revenu, même si je sais quand puisque c’est le deuil qui a fait. J’ai presque envie de dire Merci à celle qui. Dans sa douleur et sa misère de mourir si lentement. J’ai presque envie encore de la remercier. Me mettre au monde et à nouveau m’offrir cette chance, ce luxe, de continuer à dire non, de changer de position, de tout défaire encore. Comme ces centaines de valises qu’ensemble nous faisions.

 

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novembre 21, 2010

Quand l’amour part faire un tour

Parfois l’amour s’en va. Pourtant il y a toi, pourtant il y a moi.

On ne sait pas où il va. Je ne sais pas. Il laisse moi. Il nous laisse avec nous mêmes et débrouillez-vous avec vos conneries mon p’tit gars.

Il laisse un immense miroir qu’au début tu ne vois pas. Comme toujours tu fais la sourde oreille, tu as du noir aux yeux, tu inventes des prétextes, tu joues à l’autre. Mais le miroir est là.

Quand l’amour s’en va c’est pour te laisser avec toi, petite pimbêche, petit grognat. Maintenant tu vois ce miroir et tu vois ta lâcheté et ton mauvais fond. Fond de commerce, boîte à petits pois chiches. Chiche dans la tête. Tu vois.

Il faut du courage pour affronter la lâcheté de l’amour qui dure. Il faut du courage. Le courage d’aimer en se disant. D’être soi. Le silence pèse la mort, les renoncements friseront ton cercueil. Belle avancée dans ta lâcheté.

Alors quand l’amour s’en va, il fait semblant de te laisser. Tel un jeu de cache-cache mais au début tu ne sais pas trop qui joue avec qui , quoi, comment. Il faut apprendre le jeu, bien longtemps, se faire prendre, rester caché aussi pendant que personne ne te cherche plus. Là t’as l’air d’une belle andouille, princesse aux pieds nus, personne pour tendre l’oreille. Mangée crue.

L’amour te laisse pour que tu te voies. Pour que tu lui dises encore et encore qui tu es, tes faiblesses et ce que tu ne veux pas. On ne sait pas ce qu’on veut, on sait ce qu’on ne veut pas ou plus jamais. C’est nous les femmes, sans doute, nous sommes comme cela ?

Alors le miroir ramassé tu t’es regardé. Tu as baissé la colère en toi, tu as ramassé du courage, dans ce miroir au fond, il faut trouver. Tu diras ta lâcheté, tu diras ce que tu peux. C’est ce que l’amour attend de toi. Sinon il s’en ira ou fera tout comme en restant l’ombre de toi et ça, tu ne veux pas.

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octobre 16, 2010

Toi et moi

Aujourd’hui tu as pris le train. Je suis montée debout sur le banc pour te faire signe de la main.
Une heure après tu m’as écrit « Tu ne sais pas combien je t’aime ». Et depuis, moi j’ai le monde au bout des mains. J’écarte mes bras en dansant chez moi. Je tourne et j’ai le monde au bout des doigts. Je dis merde à la mort, je dis merde à nos corps, je suis au delà. Tu es au delà. Et ça, je le sais, je l’ai su tout de suite. Je l’ai quitté lui quand je t’ai trouvé toi. Tu ne voulais pas. Tu trouvais que j’allais trop vite. J’ai lancé des cailloux à ta fenêtre dans la première nuit mais tu n’as rien fait, rien dit cette fois là.
Pourquoi veut-on un amour ? Pourquoi veut-on être aimé ? S’attirer un être à soi, à soi. Parce qu’on ne se dit pas assez « je t’aime », chaque jour. A toi qui me voit, qui lit cela, à moi. C’est simple de dire je t’aime, il suffit de prendre le monde dans ses bras. Pas la peine d’avoir des amoureux pour cela. Il y a toi, il y a moi. Regarde-toi, regarde-moi. Il y a déjà.
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octobre 6, 2010

Le silence

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Le silence unit-il ? Rassemble-t-il autant qu’il ne sépare ?

Rassemble-t-il , tout simplement. Soi. Même. L’autre. L’ensemble.

Le silence parle-t-il ? Le silence écoute-t-il ?

Dans le silence il y a toi. Il y a rempli. Il y a plus que ce que je crois.

Dans ton silence que je vois.

Dans le silence il y a quoi ?

Dans mon silence que sais tu ?

Moi même je le découvre à chaque fois.

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septembre 26, 2010

L’émotion, la marée basse

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L’émotion est-elle comme une marée basse ?

Voilà je cherche. Je cherche pourquoi la teneur d’une émotion se dilue. Il y a un moment. Un espace-temps où quelque chose se passe. Une rencontre, pour moi, le plus souvent. Un écrivain dans son livre. Une feuille de châtaignier dans une forêt solitaire. Un premier face à face avec un être animé qu’on oubliera jamais et qui par cet instant là entre dans ta vie. Entre. Porosité. Tout est question de porosité. Mais moi je laisse entrer la première fois, je n’ai pas de filtre. Je mets des filtres après, éventuellement, ou bien j’y suis forcée. Le premier instant c’est celui des toujours. Ensuite il faut absorber le choc. Le digérer et il faut vivre. Avec ?

Et après le choc émotionnel, oui vraiment c’est un choc, beau, mais éprouvant, tout le temps, alors après, il y a le corps. Et la tête. Mais le corps qui est bousculé. Tout papier mâché par l’émotion pure. Moi c’est ainsi. On dit bouleversé ? Longtemps j’ai écrit boulversé, mais il paraît qu’il y a boule dedans. Je ne vois pas, mais bon…Boule au ventre ? Boule au coeur versé de côté ? Renversé ? D’accord, à la renverse, bien sûr. Avec des boules, des carrés, des étoiles, des portiques, des vélos, des bagarres, des ciseaux, des strapontins qui s’installent, des fauteuils, des tabourets, par dessus les murets, les foins, les vaguelettes de mauviettes, des tranches, des oiseaux, des histoires de dormir dehors encore ?, des points, des triangles, des flûtes de zut, des bassons, des mains, des yeux, etc

Alors cette émotion gigantesque me prend une bonne dizaine d’heure. Je viens de le vivre. J’aimais bien être envoûtée. Toute mêlée, pas démêlée, non, l’autre s’installe en toi, ça fait un barouf, il pleut sur le toit. L’émotion de l’autre, les silences, les sentiments, les notes posées sur la partition, juste un début, et toi tu embarques ce paquet d’elle et tu composes maladroitement, toute entière. Cela prend le corps. La nuit, un jour. Mais le matin l’émotion s’est comme reposée, ou bien elle s’est enfuie, ou bien elle s’est reposée oui, parce que c’était fatigant. Et tu te retrouves toi, presque comme avant. La vague immense est passée. Tu es encore pleine, bousculée. Les larmes au coeur. Le corps pressé dans ses tranchées, oui tu as souvent envie de te laisser aller. Tu as envie de pleurer. Oui, cela reste mais tu as  un peu repris ta vie. Reprise ? Tentative ? C’est comme si tu avais marché à marée basse très loin et découvert sous tes pieds tout cet univers vivant. Tu en ferais partie. Une partie à découvert. Et puis pendant que tu dormais la mer est montée. Maintenant tu es sur la côte, assise sur ton rocher, et les contours sont connus. Le bouleversement s’est-il caché en dessous ? Dans ta tête il y avait tempête de mots. Le soir, la nuit, et tu n’as pas écrit.

Maintenant ça fait deux jours. L’eau redescend un peu de ton rocher.  Découverte. Seras-tu ? Tu te souviens de toutes les émotions, de toutes les rencontres, de ce mic mac de vie entre les êtres animés. Sans doute en vieillissant est-on encore plus conscient de cette science inexacte de la vie et encore plus au courant. Au courant naissant dans chaque instant. Ces croisées de vies. Comment vivent les autres ? Comment sont-ils arrivés jusque là aujourd’hui ? Avec leur visage tel qu’il est, leur voix, leurs gestes, chaque mouvement ? Pourquoi cette voiture, ce vélo, cet endroit, ce travail ? Pourquoi cet instant que nous avons voulu. Cette table, toi et toi que je ne connais pas. Toi qui me vois pour la première fois et tu parles, tu ris. Cette tarte chaude, ce chocolat, ce pantalon là, ces couleurs,  le dehors où il grêle puis il fait soleil comme par magie. Pour que vive l’instant il faut le vouloir, il faut cet inconscience, cette décision, et cette conscience qui fait passer à l’acte. Qui fait que l’heure est dite, le jour nommé, et qu’on se trouve là où on a décidé d’être. Décidé d’être. Et comme tu l’as bien dit Moi je veux être rien. Voilà qui est bien dit. Mêlons le dire au faire. Et faire ce rien, c’est une belle vie, je te le dis.

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